D - DANS L'ATTENTE DU DÉBARQUEMENT

La stratégie de la Résistance non communiste du Var reste inchangée après la démobilisation de la mi-juin, aussi bien pour le MLN-CFL que pour l'ORA Les uns ne peuvent ou ne veulent, pour des raisons diverses, répondre aux changements d'orientation manifestés aux échelons nationaux et (partiellement) régionaux, les autres n'ont pas les moyens d'étendre au nord du département ce que connaît la région d'au-delà du Verdon. Sur le plan militaire, le souci général reste donc de remettre sur pied une organisation parfois ébranlée par les événements de juin, de renforcer le potentiel et d'adapter les plans dans la perspective du débarquement. Quant aux réseaux de renseignement, ce débarquement est leur principale raison d'être. C'est de leurs indications que sa réussite dépendra. Mais la répression en s'accentuant complique encore une situation qui ne cesse de s'embrouiller au niveau des états-majors régionaux.

1 - Un commandement éclaté

Les divers échelons de commandement FFI-CFL connaissent des difficultés. L'organisation ne sort pas indemne du cafouillage souvent constaté en juin. Robert Rossi, le chef régional, essaye d'abord de la reprendre en main face à ce qu'il considère comme une sécession de la part de l'ORA. Mais, en plus, il tente de faire passer la nouvelle ligne stratégique calquée sur celle des FTP. Ce n'est pas le plus facile. Ses consignes d'action du 9 juillet complètent les directives données en vue de l'IN et portent sur la participation des FFI aux opérations alliées qui auront vraisemblablement lieu dans la région. Dans ce cadre, elles ne distinguent plus que deux zones d'intervention. Celle des départements côtiers dont fait partie le Var où

“ les FFI auront à exécuter dès l'abord les missions de destruction et de guérilla prévues pour la zone de l'avant, et, très rapidement, dès que ces départements feront partie de la zone des Armées alliées, elles entreprendront les missions prévues pour ces cas précis ”
(c'est-à-dire assurer la prise de pouvoir sous l'autorité du CDL). Les leçons du 6 juin sont tirées. aussi bien celles du rassemblement d'hommes désarmés dans les maquis mobilisateurs, que celles des occupations prématurées de localités :

“ les grands rassemblements d'hommes sont interdits … il n'est absolument pas question de grande bataille rangée … il est prématuré... de se livrer, sur de petites localités, à l'action de prise de pouvoir... car l'Insurrection nationale, pour se propager, doit rayonner à partir des grands centres ”.

Quant aux départements de l'intérieur, l'action ne sera entreprise “ que lorsque des parachutages massifs auront permis d'armer tous les patriotes ”1. La question de l'armement est la question centrale. Quelques jours avant cette directive, Rossi, de passage à Toulon, a sommé le capitaine Durand de réclamer des armes à Alger de toute urgence, ce dont témoigne le télégramme qu'il envoie le 1er juillet2.

S'il n'avait pas été arrêté le 16 juillet à Marseille, Rossi aurait-il pu rassembler les groupes dispersés de basse Provence et donner une substance à l'organisation FFI ? Dans sa propre organisation, il se heurte aux réticences d'une partie des responsables MLN-CFL, Juvénal en tête, vis-à-vis de la stratégie qu'il défend. La résistance vient d'ailleurs davantage des chefs politiques que des chefs militaires. D'autre part, l'ORA fait cavalier seul et les FTP ne s'engagent pas avec enthousiasme dans une structure militaire commune à toute la Résistance militaire, malgré l'appui que la direction interrégionale apporte à Rossi. La collaboration avec les CFL a du mal à entrer dans la réalité des échelons inférieurs. Jusqu'à la Libération, l'usage fera une distinction significative entre les FTP et les FFI.

La situation est rendue encore plus confuse par les coupes sombres que la répression exerce sur les chefs régionaux. Ces arrestations constituent la matière du rapport Antoine, commencé le 11 juillet et terminé le 11 août3. Le DMR Burdet est arrêté le 28 juin à Marseille. Bien que libéré le 8 juillet, il est considéré comme “ brûlé ” et remplacé par le capitaine Chanay, le chef de la mission interalliée qui a quitté les Alpes, où il avait suivi l'état-major de l'ORA, pour rejoindre Rossi à Marseille. Le délégué militaire de zone, Bourgès-Maunoury, l'a convaincu de changer d'attitude vis-à-vis du commandement FFI et l'a nommé DMR par intérim4. Mais Chanay est lui-même victime du SD de Marseille. Il est arrêté le 15 juillet, un jour avant Rossi. La direction nationale FFI-CFL fait face rapidement à la situation. Elle désigne alors, le 23 juillet, comme nouveau chef régional FFI, Renard Thibaud, membre du directoire du MLN. Or, Simon, le délégué des FTP, seul membre de l'état-major FFI resté à Marseille, évidemment sans liaison avec la hiérarchie MLN-CFL, se considère d'autant plus volontiers comme le successeur de Rossi qu'il en était proche et que cette responsabilité permettra de donner une influence supplémentaire à son organisation, tandis que Juvénal, réfugié à Saint-Paul-de-Vence et très difficile à joindre, entend reprendre en main les FFI et les diriger lui-même. C'est d'ailleurs en allant le rencontrer que Renard est arrêté à Nice, à son tour, le 28 juillet5. De son côté, le troisième membre du directoire régional du MLN, Fortoul, isolé à Méounes, a peu de prises sur les événements. Marginalisé par rapport au reste de l'organisation, il est lui-même momentanément arrêté dans les Basses-Alpes6.

Inquiètes de l'imbroglio qui règne en R2 depuis la scission ORA-FFI, réagissant avec un retard inévitable sur la base d'informations partielles (et peut-être partiales), les instances extérieures de la Résistance ne parachutent pas moins de trois émissaires, en ordre dispersé, pourvus de responsabilités régionales. C'est dire l'attention que l'on porte à cette région. Les deux premiers envoyés ne jouent aucun rôle très effectif, mais leur qualité rend bien compte du souci que l'on a de la contrôler : le capitaine Widmer Cloître, nouveau DMR, parachuté le 2 août, et le nouveau chef FFI, le lieutenant-colonel Jean Constans Saint-Sauveur, parachuté le 11 août, font partie, l'un et l'autre, de l'antenne française au sein du SPOC, l'organisme allié chargé de l'aide à la Résistance intérieure. Constans est même le chef du Service Action de la DGSS. Le troisième envoyé d'Alger, Sorensen Chasuble, représente le général Cochet. Il est plus ou moins chargé de réorganiser la Résistance régionale7. D'Alger, le général Cochet envisage même une vaste refonte du dispositif régional. Il imagine la constitution de six “ groupements tactiques de base ”, pourvus chacun de moyens radios, et dans lesquels la Résistance locale s'intégrerait. Dans ce schéma, le Var aurait été à cheval sur deux de ces groupements, l'un, côtier, autour de Toulon et l'autre l'associant au Vaucluse et à l'ouest des Basses-Alpes8...  On mesure par là l'écart qui sépare les deux rives de la Méditerranée. On se fait à Alger une curieuse conception de la Résistance et de la réalité du commandement en France occupée.

Toutes ces interventions ne simplifient pas la situation, bien qu'elles n'aient aucun effet direct en Basse Provence et que, dans la montagne, la mission Sorensen participe à la clarification des positions entre la direction de l'ORA (Lécuyer) et celle du MLN (Juvénal). En réalité, la Résistance (non communiste) n'a plus de direction régionale. Elle est écartelée et surtout éclatée en centres de décision, soit rivaux, soit qui s'ignorent. La confusion règne à tous les niveaux du commandement. Un autre exemple en est fourni par la SAP où la responsabilité régionale est levée à Rayon Archiduc et confiée à Eugène Bornier Curé, au début juillet, alors que Rayon revient d'Alger au même moment et supervise très efficacement l'activité SAP, fort importante, dans la région d'Apt.

Presque tous les responsables de la Résistance non communiste (et hors réseaux) sont identifiés par le SD de Marseille. Les arrestations portent des coups encore plus sévères aux “ civils ” du MLN qu'aux “ militaires ” des CFL. Elles déciment les directions des Bouches-du-Rhône et des Basses-Alpes (où les “ Brandebourgeois ” ont monté une sinistre comédie pour s'emparer du CDL, à Oraison, le 16 juillet9). Le Var est relativement épargné. C'est pourtant sur le territoire de la commune de Signes que les Allemands viennent fusiller leurs victimes, le 18 juillet et le 12 août. Il y a parmi elles deux hommes qui comptent parmi les fondateurs de la Résistance varoise et qui, jusqu'au bout, ont continué à y jouer un rôle majeur : Georges Cisson, chef régional du NAP et de Libération, et Charles Boyer chez qui il a été arrêté, vraisemblablement le 13 juillet. Une importante documentation sur le NAP est trouvée chez Cisson. Son secrétaire, Herouard, et Jean Garrus, le responsable MLN de l'arrondissement, sont pris à leur tour, le lendemain, à Draguignan, où ils subissent les sévices de la “ Gestapo ” locale. Quelques jours après, ce sera la “ chute ” de François Pelletier, à Saint-Tropez. Plusieurs chefs varois sont identifiés : Salvatori (chef CFL-FFI), Roustan (chef NAP), Gouzy, Silvani et Lions (officiers ORA). Ces arrestations et la nécessité de se cacher pour ceux qui ont pu y échapper ne sont pas sans incidences sur l'activité et sur l'équilibre politique interne de la Résistance. Elles accentuent les tendances centrifuges, en désorganisant, après la mobilisation du 6 juin et ses conséquences, le conglomérat MLN-CFL-FFI. Elles incitent la Résistance extérieure à intervenir et renforcent les organisations qu'elles n'atteignent heureusement pas, à commencer par celles de la Résistance communiste.  
  Dans ce contexte, la répartition des responsabilités donne lieu à des conflits assez âpres, où se mêlent considérations militaires, personnelles et politiques. À Marseille, les petits états-majors civils et militaires rivalisent et déchirent les FFI, pourtant décimés par la répression. Le problème est comparable dans les Alpes-Maritimes où se joue une partie serrée entre le MLN-Juvénal, des dissidents, les communistes, l'ORA, le SOE et les missions extérieures. Deux fractions du CDL rivalisent. Dans les Basses-Alpes, la balance politique penche en faveur du PCF Ses militants (PCF ou FN) dirigent le nouveau CDL, alors que le précédent, celui qui est tombé le 16 juillet, était tenu par le MLN. Sur le plan militaire, l'alliance - pas seulement tactique (car joue aussi la considération réciproque entre gens qui combattent effectivement) - de l'ORA et des FTP. fait perdre le contrôle du commandement FFI aux CFL. Le 4 août, lors de l'importante réunion qui se tient au col Saint-Jean (près de Seyne-les-Alpes), à la surprise générale, Lécuyer a fait remplacer le chef départemental FFI (CFL) par le délégué des FTP10. Dans la montagne, l'ORA joue la carte des FTP contre le MLN Malgré la diversité des situations, sur le plan de l'équilibre général des forces, la période de lutte ouverte au 6 juin lui a permis de consolider ses positions et d'imposer au pouvoir "civil" de la Résistance ses officiers comme les responsables de l'activité militaire, dans l'ensemble de la région. Restent les FTP, mais les mettre dans son jeu n'est-ce pas une façon de les contrôler ?
Le Var connaît moins de troubles. La situation n'en est pas moins difficile pour l'ensemble MLN-CFL. S'il garde les rênes du pouvoir résistant grâce au CDL, il n'en affronte pas moins la pression de la dynamique communiste. Les uns sont à l'offensive (par choix stratégique surtout), les autres sur la défensive. Certaines positions sont grignotées. Le fait que le chef départemental NAP, Roustan, soit obligé de se cacher après l'arrestation de Cisson, fait passer ses responsabilités aux mains de Jean Cazalbou dont on s'apercevra, après la Libération, qu'il est très proche du PCF, ce qui, dans l'état de tension entre les deux forces, sera considéré par les résistants anticommunistes comme une sorte de trahison. Les liaisons sont devenues intermittentes et compliquées, surtout, comme on peut le penser, après les arrestations de juillet. Les chefs du MLN ont des responsabilités graves à assumer, pratiquement seuls, à la veille de la Libération. Au point de vue financier, les besoins se sont accrus avec les arrestations et les passages à la clandestinité qui ont suivi le 6 juin. Il n'est pas facile d'y faire face, d'où le mécontentement de certains groupes. Réceptionnant le budget, le 28 juin, Amigas évoque “ la pénible situation du département ” de ce point de vue11. Il bénéficie cependant d'une augmentation et reçoit, en août, 1 million, dont 300 000 F pour le SR.
Affecté par les conséquences de Siou-Blanc et par les problèmes de l'état-major CFL-FFI régional, le commandement CFL-FFI varois est paralysé et son aire d'influence est encore plus réduite qu'auparavant. Dans cette période, le Var est à l'écart du conflit ORA/CFL. Mais, dans les faits, on ne sait plus très bien qui dirige quoi. Les groupes de base sont relativement autonomes ou sont soumis à d'autres influences, dont celle de l'ORA. Rossi a confirmé Salvatori dans ses fonctions départementales, lors de sa venue à Toulon. Diverses raisons rendent cependant sa mutation souhaitable. Aussi est-il finalement nommé chef des FFI des Bouches-du-Rhône, le 8 août, en remplacement du commandant Martinie Lespiau, arrêté le 15 juillet. Le CDL désigne à sa place le général Azan, réfugié à Pignans, que ses amitiés maçonniques ont permis de connaître12. À défaut d'expérience résistante, le promu a un grade qui, l'espère-t-on, permettra d'en imposer au lieutenant-colonel Lelaquet, chef de l'ORA. En fait, ni Salvatori, ni Azan n'auront le temps de prendre leurs fonctions. Au moment de la Libération, Salvatori, toujours à Toulon, dirigera les opérations, mais c'est Lelaquet que le général Cochet désignera, peu après, comme le chef départemental FFI..
L'ORA locale est parvenue à apparaître comme la direction de fait des FFI, hors de Toulon, dans la mesure où elle profite (par la force des choses) des difficultés de l'état-major FFI-CFL et qu'elle contrôle un terrain bien plus étendu que lui. Elle quadrille le département. Ses officiers sont désignés ou jouent le rôle de chef de secteur FFI, en particulier dans l'arrondissement de Draguignan, théoriquement d'obédience MLN-CFL. Le lieutenant Silvani dirige le secteur de Saint-Raphaël et l'on a pu voir son rôle auprès des maquis SAP-FTP de Brovès. L'un des plus proches collaborateurs du colonel Lelaquet, le capitaine Lombard François, a été nommé chef du secteur d'Aups-Salernes, bien qu'il n'y ait là aucune force ORA effective13. Le colonel Gouzy dirige les FFI du nord-ouest du Var, zone de contact importante avec les Basses-Alpes. Avec son état-major, il a divisé son domaine en trois sous-secteurs, regroupant trente guérillas de quinze hommes chacune. Dans ce dispositif, seuls lui échappent les FTP “ légaux ”, ceux de Barjols en particulier, malgré ses efforts pour les intégrer14, tandis que les raids des maquis FTP sont considérés comme perturbateurs. Sur le plan départemental, les relations entre l'ORA et les FTP ne sont pas moins conflictuelles. Le lieutenant Boudoube, délégué FTP auprès des FFI, est reçu de façon très froide par Lelaquet. À Boudoube qui lui réclame, comme il se doit, des armes, Lelaquet rétorque en demandant l'arrêt des actions FTP et la localisation de leurs camps. Le dialogue a été sans lendemain15.

Affaibli par la répression, limité dans sa capacité de réaction par une conception statique de la Résistance militaire, le relais militaire du MLN, pris en tenaille par les FTP et par l'ORA, montre ses lacunes pendant ces semaines décisives. C'est alors que l'on peut mesurer l'écart entre les plans sans cesse remaniés et la possibilité de les appliquer, entre les effectifs théoriques et la réalité concrète d'une juxtaposition de groupes de résistants beaucoup plus civils que militaires. Par nécessité, le MLN fait la part du feu et laisse, de fait, le champ libre à l'ORA, en tant que structure de commandement. Le souci de faire contrepoids au PCF y contribue bien évidemment. Le MLN se préoccupe donc avant tout de la préparation politique et administrative de la Libération, par le biais du NAP et du CDL. Sur le plan militaire, alors que Picoche supervise le maquis Vallier, il se cantonne à Toulon et ses environs immédiats, ce qui n'est pas peu. La situation du port est au centre de l'activité de Sarie et Arnal. Ils espèrent pouvoir lui éviter sa destruction et arriver à sa libération rapide grâce à l'appoint inattendu et prometteur d'une mission parachutée, la mission Sampan.

2 - Les yeux et les oreilles des troupes libératrices

La mission Sampan vient compléter l'impressionnante panoplie des réseaux de renseignements et autres missions pourvues de moyens radios installés dans la région.

Supervisée par Alger, elle est composée de quatre marins, qui ont un objectif prioritaire précis. Leur mission consiste à préserver, dans la mesure du possible, le port de Toulon de la destruction16. Parachutée dans le Vaucluse, le 14 juin, elle est commandée par le lieutenant de vaisseau de la Ménardière Sampan, assisté par le lieutenant de vaisseau Midoux Jonque, par l'enseigne Antoine Sanguinetti Canot et parle sous-officier radio Turluer Guillaume. Comme les autres missions parachutées, ses contacts sont, à l'origine, exclusivement militaires. Peu après son parachutage, de la Ménardière va rencontrer le chef régional ORA, à Colmars, et obtient, par là, la liaison avec le capitaine Durand Dominique. Pendant ce temps, le 27 juin, Sanguinetti vient établir le contact avec le SR Marine. C'est par le capitaine Baudoin Teddy, le chef réel du SR, que la mission Sampan entre en contact avec la Résistance “ civile ” et “ politique ” dont l'appui est indispensable à Toulon. Pour Baudoin comme pour Sarie et Arnal, cette mission apparaît comme une chance. Elle représente la possibilité d'une liaison avec la Résistance extérieure et l'espoir de parachutage d'armes. Elle est le moyen de pallier les difficultés rencontrées depuis le début du mois de juin. L'importance de ce contact, exceptionnel, malgré le nombre de réseaux et de missions pourvus de moyens radios en activité, dépasse le cadre local. Il est tel qu'Arnal fait aussitôt aviser son chef, le responsable national du SR du MLN, Jean Gemalhing, des ressources qu'il offre en permettant de faire transiter les renseignements de l'organisation17.
À partir du 7 juillet, date de leur première réunion, commence une collaboration régulière qui fait de de la Ménardière “ le grand conseiller de la Résistance ”18. Il aide Arnal à préparer un plan d'insurrection de Toulon, car on craint que les Allemands ne tentent de s'enfermer dans le camp retranché au moment du débarquement et qu'ils ne puissent, dans ces conditions, y résister longtemps19. Au fil des jours, la possibilité de les empêcher de saboter le port s'amenuise et l'impatience gagne les résistants. Le message envoyé le 1er août est significatif de leur état d'esprit :
“ Vous précise que antisabotage Toulon ne peut se faire que par la force impliquant engagements toutes F.F.I. Cette opération ne peut avoir lieu que par surprise quelques heures avant envoi force de soutien. Situation s'aggravant chaque jour aimerai savoir si débarquement aura lieu la semaine ou l'année prochaine. ” 20
Les projets concoctés pour s'emparer de l'arsenal - intervention avec un millier d'hommes - manquent de réalisme, comme bien d'autres projets de cette époque. On compte sur les 300 marins-pompiers et gendarmes maritimes dont Baudoin promet le concours. On escompte l'armement de 700 FFI, grâce aux parachutages qui ne manqueront pas d'avoir lieu près de Siou-Blanc. Les FUJ sont chargés de se tenir prêts à les réceptionner21. Le 14 et encore le 31 juillet, la mission réclame l'envoi d'équipement pour 1 000 hommes ou celui d'un régiment capable de tenir, dans Toulon, une vingtaine d'heures22. Le 1er août, elle envisage à nouveau de former un maquis dans les environs de Toulon, jusqu'à ce que, le 10 août, on avise Alger qu'aucun maquis n'est possible dans une zone où il n'y a ni vivres, ni eau. Les parachutages, d'abord retardés, sont annoncés entre le 11 et le 13 août. Ils sont attendus en vain, tandis que l'avion, par deux fois, ne voyant pas de balisage, va larguer ailleurs l'armement prévu pour 400 hommes. À ce moment-là, est abandonné l'espoir d'intervention à l'intérieur de l'arsenal. Il est remplacé par la préparation d'un coup de main sur les Forges et Chantiers de la Seyne, complété par la prise des forts de La Seyne-Six-Fours, avec l'aide des CFL-FFI locaux, dirigés par le lieutenant Pichaud. On sait par eux que les garnisons arméniennes et polonaises sont prêtes à passer aux côtés de la Résistance23. En fait, les conditions mêmes de la Libération rendront vite obsolètes tous les projets.
Cependant, le bilan de la mission est loin d'être négatif. En calquant son attitude sur celle du SR Marine, elle est la seule à travailler, sans volonté de domination, avec la Résistance “ institutionnelle ”. C'est, à Toulon, une nécessité, vu l'attitude persistante de ce qui reste des forces navales et c'est la raison pour laquelle le capitaine Baudoin s'est tourné d'autant plus volontiers vers elle. Pour les chefs du CDL et du MLN, la mission est un atout. Réconfortante sur le plan psychologique, elle est politiquement importante pour eux.  Elle leur donne des moyens de liaison et un appui militaire. C'est, en quelque sorte, la reconnaissance qu'ils n'avaient pas jusqu'alors. Bien entendu, les résultats militaires ne se limitent pas aux tentatives de protection du port. La mission a pu transmettre à Alger des renseignements importants, provenant du SR Marine ou de celui du MLN, grâce aux trois postes émetteurs qui ont été convoyés jusqu'à Toulon avec l'habituel concours de bonnes volontés diverses24. Mais tous les renseignements ne peuvent être transmis par ce moyen. Aussi Midoux part-il de Toulon, le 5 août, pour bénéficier d'une opération “ pick-up ” dans le Vaucluse et convoyer les plans et les photos rassemblés qui couvrent toutes les fortifications côtières. À Alger où il arrive le 13, ces renseignements sont considérés comme “ supérieurs à tous autres ” et valent des félicitations officielles à la mission25.
Parallèlement, Arnal obtient d'autres possibilités de liaisons avec l'extérieur par la centrale du réseau américain Ritz-Crocus, installée à Seillons, près de Saint-Maximin. Par contre, même à la veille de la Libération, aucune liaison ne semble exister avec les centres d'émission des réseaux de la France Combattante. La situation est d'autant plus curieuse que Marenco, ancien responsable du GF de Combat et qui a présidé à l'installation de Sycomore, antenne du réseau Gallia, entretient des contacts avec ses camarades du MLN. Il va visiter le maquis CFL Vallier et promet aux Toulonnais de les aider au moment de la Libération. Les émissions de Sycomore se font alors autour de Cotignac, à Entrecasteaux, Lorgues (chez Piéplu, le chef FTP) et Tourtour26.
Il reste toujours aussi difficile de mesurer le travail des réseaux de renseignement. Le peu de traces qui subsistent, à travers les télégrammes et les cartes parfois conservés, plus encore la précision avec laquelle les emplacements des unités et des installations des Occupants sont portés sur les plans qui servent à la préparation du débarquement témoignent du travail accompli27. On sait que, par exemple, l'activité du sous-réseau Azur (F2) n'est pas ralentie par l'arrestation momentanée du chef de son service radio par la Milice28. On sait aussi que les réseaux payent jusqu'au bout leur tribut à la répression allemande. La perte la plus sensible est celle du responsable de Tartane à Toulon, Robert Leplanquais Kervella. Arrêté en essayant de pénétrer à l'intérieur de la base sous-marine de Saint-Mandrier, le 24 juin, il se suicidera, quelques jours après, au cours de son transfert en Allemagne29.
La répression n'épargne pas la SAP. Le commandant Berthe, son chef départemental, est recherché et contraint de se cacher, lorsque le groupe de Brignoles est décimé à la fin juin. Marius Brunet, Paul Vauffrey et trois de leurs hommes sont arrêtés. Jean Ferrari peut fuir et se réfugier au chantier du Pelenq transformé en maquis ORA. Un mois plus tard, Eugène Mozzone, l'un des réorganisateurs du PCF local et responsable d'une équipe de réception de parachutage, est arrêté à son tour avec ses deux fils et un ami. Ils seront tous les quatre fusillés à Vins, le 29 juin, près de l'une des caches d'armes, heureusement déménagée30. Avec la disparition de ces hommes, la Résistance brignolaise est décapitée. La SAP de l'Est-Varois qui se confond, comme celle de Brignoles, avec d'autres organisations de Résistance est lourdement touchée, à la mi-juillet, à Montauroux surtout, ainsi qu'à Callian et Fayence. Entre le 10 et le 21 juillet, le SD de Grasse effectue 21 arrestations, dont celle du chef SAP, Justin Blanc, et celle du chef cantonal de l'  AS , le capitaine Laroute. L'équipe de réception qui stationne au Malay, un peu plus au nord, est épargnée pour l'instant. La réception des parachutages peut continuer dans ce secteur devenu essentiel, sans doute le second en importance après la région d'Apt. Le terrain Prisonnier est classé “ homo ” depuis le 4 juillet. L'opération la plus notable a lieu le 4 août avec la réception de 15 Canadiens, qu'il faut ensuite convoyer vers les maquis ORA des Basses-Alpes31. Le même terrain accueille le capitaine de frégate Allain Lougre, autre membre de l'antenne française au SPOC, qui vient superviser les équipes antisabotages (et donc la mission Sampan) dont il est le chef. Il est parachuté dans la nuit du 11 août, en compagnie d'un officier américain. Nous sommes alors à la veille du débarquement et cette mission est l'une de celles qui l'annoncent.

La présence locale de tel ou tel réseau ne contribue pas à clarifier une situation déjà passablement compliquée avant, et encore plus après le 6 juin. À la base, on a aucune idée de cette complexité. Les influences se mêlent, tandis que la vigueur de la répression aggrave la tension et l'éparpillement. Aucune coordination n'est plus possible. Chaque état-major ne contrôle vraiment qu'un secteur relativement réduit, quelles que soient ses prérogatives. Les difficultés favorisent les tendances centrifuges, même si l'unité des cellules de base reste la réalité première. Mais que de situations diverses !

3 - Une base fractionnée

L'horizon des groupes de base est le plus souvent enfermé dans les limites du terroir communal. La plupart du temps, les événements du début juin n'entraînent aucune inflexion. Les hommes ont repris, en général, leur activité normale en attendant le bon moment. Mais la situation est plus tendue. Comme nous l'avons signalé, certains résistants qui se sont dévoilés à ce moment-là sont contraints de rester dans la clandestinité, de prendre, comme l'on dit, “ le maquis ”. La répression se renforce et étend à peu près partout sa menace. D'autre part, ces quelques semaines sont aussi celles d'un minimum d'action, non pas une action armée, mais plutôt une préparation au combat futur. Ce sont celles où l'on cherche plus fébrilement des armes, où il faut remplacer les caches et transporter le matériel ailleurs, où l'on attend toujours les parachutages promis. C'est peu. C'est un constat, ce n'est pas un jugement. D'ailleurs, comment des groupes, mal armés ou armés d'armes légères, mal entraînés, constitués dans une perspective qui n'est pas celle de l'action immédiate, résidant dans une région où l'Occupation est une réalité, parfois permanente, parfois épisodique, mais, en tout cas, rendue inquiétante par les réactions brutales dont elle s'accompagne, auraient-ils pu faire autre chose ? Ils se préparent donc pour la Libération.

Prenons un exemple qui nous paraît significatif de la réalité d'un groupe de résistance “ ordinaire ”, qui témoigne à la fois de sa force tranquille, mais aussi de ses limites. Cabasse est un village du centre Var, près de Brignoles, viticole et minier à la fois, républicain, bien entendu, mais sans physionomie politique plus marquée. Sa population - un millier d'habitants que sont venus grossir des réfugiés toulonnais - compte plus du quart d'immigrés italiens, plus ou moins anciens, naturalisés ou non32. Formé autour de l'Occupation, sous l'impulsion de résistants du Luc et de Brignoles, le groupe des FFI est composé de sédentaires, continuant à mener leur vie professionnelle et familiale habituelle. Son affiliation est imprécise, du moins pour la base, puisqu'elle suit les fluctuations de la Résistance du secteur, d'abord MUR.-AS, puis SAP et ORA. Officiellement, si l'on peut dire, le groupe est à la fois SAP et ORA et fait partie du sous-secteur Ducret. Son chef est un camionneur de bauxite, désigné avec l'assentiment du maire (républicain-socialiste maintenu par Vichy et lié au MLN). Il a recruté, sans prosélytisme, quelques hommes sûrs qui sont naturellement des hommes de son milieu, des mineurs, communisants et souvent d'origine italienne. De vingt hommes à l'automne 1943, le groupe est passé à trente lorsqu'il est enfin sollicité pour un parachutage en mai 1944. Peu d'activité jusque-là : propagande (rarement écrite), repérage de terrains de parachutages, récupérations d'armes, petits sabotages à la mine, aide ponctuelle au maquis de passage. Quelques officiers sont venus en inspection. On ne sait pas qui ils sont. On connaît seulement les résistants brignolais par qui passent les ordres et ceux qui forment le groupe équivalent du village voisin de Vins.

La grande affaire du groupe, c'est le parachutage réussi du 27 mai 1944. Ce succès fait choisir le terrain du village (Vermissel) comme terrain “ homo ”. Il doit réceptionner un état-major que l'on croit chargé d'une mission dans le Haut-Var pour recevoir des parachutages plus importants. Le groupe est donc mis en état d'alerte le 8 juin, lorsque la radio fait passer le message annonciateur de cette opération. Un envoyé de Brignoles confirme. Le débarquement doit avoir lieu cette nuit-là. Les armes sont sorties de leur cachette, distribuées entre les hommes ou aux groupes des villages du sous-secteur qui viennent en chercher (Méounes, en particulier). Après deux nuits d'attente vaine, c'est la redescente au village, le 10 juin. Les armes sont cachées de nouveau, confiées à la garde de jeunes gens qui travaillent dans les bois, tandis que l'équipe de Malgaches, anciens soldats devenus bûcherons, et les gendarmes de Carcès gardent le maquis. Il faudra donc les ravitailler. Ce sera l'affaire - pas simple - de quelques femmes dévouées et militantes. Parallèlement, plusieurs responsables ou hauts fonctionnaires recherchés par les Allemands sont hébergés par un grand propriétaire, catholique, membre du réseau Brown en 1943, aidé par diverses complicités locales.

Entre juin et août, le village est frôlé par la répression à plusieurs reprises. Les armes sont déplacées avant que les Allemands ne les découvrent. Les chutes dans le groupe SAP de Brignoles n'ont pas le temps de se traduire ici par des arrestations. On peut éprouver la brutalité des occupants. Le 16 juillet, un détachement de passage tue un homme et blesse plusieurs habitants qui étaient en train de danser. Le village est unanime (à l'exception des quelques “ Blancs ” et des fascistes italiens, mais, ni les uns, ni les autres ne se font plus remarquer). Aucune dénonciation, bien que les montées aux parachutages ne soient pas passées inaperçues. Les FFI - c'est le seul sigle que la mémoire populaire a retenu - comptent alors une quarantaine d'hommes et se sont élargies à presque toute la jeunesse, quelle que soit son origine politique ou sociale. On attend un autre parachutage, “ mais le débarquement s'effectua entre temps ”33. Le responsable du groupe FFI, peut-être sur les instances de militants communistes de Carcès qu'il rencontre parfois, aurait voulu entreprendre une action contre le camp de la Todt, installé près des mines de bauxite. Il en est dissuadé, afin de ne pas mettre en danger la population et les Espagnols républicains qui s'y trouvent. L'action militaire sera pour après le 15 août.
Sans entrer dans le détail de ces événements, ajoutons que les FFI locaux se refuseront à obéir au “ chef ”, un inconnu, que le sous-secteur leur enverra à ce moment-là et que le village restera fidèle à ses propres chefs, c'est-à-dire aux trois hommes qui représentent les trois “ cercles ” de la Résistance : le responsable FFI, l'homme du peuple sorti de l'anonymat par la Résistance, auprès duquel s'impose à la Libération le grand propriétaire catholique, qui a une légitimité de notable patriote, tandis que le maire, vigneron aisé, petit notable républicain, est le seul à posséder la légitimité résistante et la légitimité politique34. Chacun représente les diverses facettes de cette résistance “ ordinaire ”, populaire et bourgeoise, ouvrière et paysanne, française et immigrée, communiste (non militante) et catholique. Cette résistance, donc courante, reflète l'unité d'un village qui rejette seulement, avec les occupants, certaines catégories d' “ étrangers ” : les Italiens fascistes et les Français venus travailler volontairement pour la Todt des mines de bauxite, mais qui intègre par contre, même si c'est avec méfiance, ceux qui participent au courant libérateur, réfugiés de Toulon et Espagnols de la Todt.

Ce type de résistance, s'il ne correspond pas aux canons de la mythologie résistancialiste, n'en représente pas moins ce que l'on rencontre le plus souvent et ce groupe ne fait pas partie des plus négligeables et des moins solides. Peu d'activité, si l'on veut, mais il ne faudrait pas sous-estimer la somme d'efforts que ce peu représente, ni les risques pris. Ce qui est peu au niveau général prend une tout autre dimension au plan local. Ce peu tranche quand même avec des décennies de respect de la légalité. C'est une rupture avec la tradition. Les quelques semaines durant lesquelles il s'inscrit réellement représentent un moment tout à fait exceptionnel de l'histoire locale, et c'est une dimension que l'on ne peut négliger. À ce moment-là, le groupe a fini par se confondre avec le village. Obéissant aux impulsions extérieures, mais quasiment autonome, en tout cas autocentrée, la cellule résistante est à l'image des localités petites ou moyennes de la région. L'objectif, c'est la Libération du pays, mais il faut d'abord assurer celle de la commune.

 Ces groupes sont humbles, mais fondamentaux. Ils forment la trame de la Résistance, servent d'assise aux structures clandestines et à ceux qui les dirigent. À leurs côtés, s'en trouvent d'autres organisés en vue de la résistance armée, maquis ou groupes francs. Mais ils sont l'exception, et non la règle, même dans l'été 1944. D'ailleurs, ce sont les mêmes qu'avant le 6 juin.

- Le maquis CFL Vallier (désigné aussi comme 1er Groupe de Résistance Armée du Var) illustre combien la ligne du MLN régional qui consiste à préserver le potentiel des forces est difficile à tenir dans le contexte de l'après 6 juin et de la concurrence des FTP.

Ce maquis se trouve, en effet, aux environs d'Aups lorsque, le 8 juin, il apprend le débarquement de Normandie et reçoit l'ordre de se préparer au combat35. Devenu maquis mobilisateur, il est rejoint par de nouveaux éléments, en particulier par les deux gendarmes résistants d'Aups et par une équipe sanitaire, venue de Draguignan (le Dr German et un infirmier). L'action entreprise le 7 juin à Aups par les FTP et les résistants sédentaires est regardée avec méfiance. Vallier la désapprouve. Il en craint les conséquences pour son maquis, surtout lorsque, par deux fois, plusieurs dizaines d'Aupsois viennent le rejoindre pour échapper à d'éventuelles représailles. D'ailleurs trois de ses hommes, en corvée de ravitaillement, sont pris par la Milice, le 12 juin. L'un est gardé prisonnier, les deux autres, le Hyèrois Millet et le gendarme Duchatel, sont fusillés immédiatement par des miliciens marseillais36. Vallier attend des parachutages d'hommes et d'armes. Il n'a pas reçu de consigne d'action immédiate et ne peut donc entreprendre la guérilla. Mais il a hérité de quatre “ collabos ”, arrêtés le 7, dans le village. Si les hommes sont relâchés au bout de quelques jours, les deux femmes, qui émargeaient au SD de Draguignan, doivent être fusillées, après une tentative de fuite, le 22 juin.

Quelques jours après, le 29, Vallier demande à nouveau à ses chefs l'autorisation d'agir. Les opérations se sont limitées, jusque-là, à quelques “ récupérations ”, bien nécessaires dans la mesure où le ravitaillement qui lui arrive de l'extérieur est insuffisant. Un temps fort cependant, le 2 juillet : il organise, ce jour-là, une cérémonie à la mémoire des morts du 12 juin. Ses hommes défilent dans les villages d'Aiguines et des Salles. La population est impressionnée. Vallier représente, pour elle, l'autorité légitime.  

S'écoulent plusieurs semaines éprouvantes, parfois angoissantes. Comme avant le 6 juin, il faut résoudre les nombreux problèmes que pose la survie du maquis, grossi de nouvelles recrues, en particulier des hommes du chantier forestier du Pelenq. Les effectifs se montent à 70 hommes37 qu'il n'est pas simple de nourrir, malgré l'aide de quelques fermiers, dans une contrée aride, brûlée par le soleil de l'été et peu peuplée. La tension est sans commune mesure avec ce qu'elle était avant le 6 juin. La menace que les Allemands font peser et les raids qu'ils entreprennent sur le Plan de Canjuers à diverses reprises contraignent le maquis à d'incessants déplacementsP10". Le 22 juillet, il perd son chef adjoint, Dominique Luciani, abattu à l'entrée d'Aups avec l'un de ses camarades.39
L'inaction pèse d'autant plus que les FTP du camp Robert servent d'aiguillons. Enfin autorisé, mais timidement, à entreprendre quelques opérations, le maquis CFL organise une expédition dans le petit bourg de Comps, le 12 juillet, histoire de réquisitionner du tabac et d'effrayer les deux miliciens qui y résident. La fronde qui couve parmi ses hommes n'est pas désamorcée pour autant. Elle est suscitée par les maquisards communistes ou sympathisants que le hasard des filières a menés là, auxquels se joignent ceux qui veulent participer d'une autre façon au combat. Ils ont noué des relations avec les FTP du camp voisin qui, conformément aux consignes générales, leur proposent de venir les rejoindre. La scission du maquis Vallier est scellée le 18 juillet. Ce jour-là, en présence des chefs CFL de l'arrondissement, venus tout exprès, une quinzaine d'hommes confirment leur volonté de passer aux FTP40. D'après Vallier, l'intervention du chef FFI adjoint, très maladroite, est partiellement responsable de l'ampleur des défections. C'est, pour lui, un nouveau grief contre les chefs, ceux de la ville, qui le laissent se débrouiller pour assurer la subsistance et qui lui envoient des ordres contradictoires :

“ Premier ordre : guérillas partout, puis aussitôt après : plus aucune action permise, ordre direct de Koenig, suivi d'une circulaire portant intensification de l'action des guerillas, en attendant le débarquement. Et il y a deux ou trois jours, ordre à la radio d'agir en Bretagne, mais de ne pas bouger dans le reste de la France.  Alors ?... ”  

Du moins Vallier a-t-il la satisfaction de jouer un rôle militaire en attirant les troupes de l'adversaire, “ même sans combattre directement ”, comme il le constate au vu de l'importante offensive menée vainement au début août :

“ De concert avec les FTP, nous immobilisons un effectif de troupes boches, d'au moins 1 000 à 1 200 hommes et tout un matériel moderne puisqu'ils ont attaqué CANJUERS au canon, voitures blindées et avec un avion. ” 41
Son autre satisfaction est d'avoir réussi à garder le contrôle d'une “ force en potentiel... qui se manifestera le jour du débarquement.42 ”

Vallier en est prévenu alors qu'il a décroché des environs d'Aups et s'est installé plus à l'Ouest, près du Verdon. Il a fini par toucher un parachutage, et a noué des contacts cordiaux avec la 18e compagnie des FTP des Basses-Alpes. Avec l'accord de Picoche, ils ont même envisagé une action commune sur Moustiers. L'ordre de descendre vers la côte, où le débarquement doit avoir lieu arrive à ce moment-là. Il faut traverser, à pied, tout le département.

 Le trajet s'effectuera sans encombre, mais, le 7 août, le maquis a bien failli se scinder à nouveau, à cause d'un conflit d'autorité qui oppose Vallier et un commandant, jusque-là chef FFI du secteur d'Hyères, qui lui a été imposé comme adjoint et qui se prévaut de ses galons. Vallier, soutenu par le gros des maquisards, parvient à s'imposer. S'il peut avoir la légitime satisfaction d'avoir mené à bon port la troupe qui lui a été confiée, l'affaire reste une ultime illustration des difficultés pratiques que l'AS et ses avatars n'ont cessé de rencontrer et de l'attirance constante qu'a exercé le modèle militaire classique,

- Les Groupes Francs toulonnais offrent un cas de figure très différent. La création des CFL n'a rien changé. Ils restent les groupes autonomes et marginaux qu'ils étaient.

C'est principalement vrai pour le principal d'entre eux, celui que l'on désigne comme le Groupe Franc Libération et qui persiste dans la dissidence vis-à-vis de la direction départementale du MLN43. Composé d'une dizaine d'hommes, dirigé par Jacques Bruschini, il est sous le contrôle relatif de Fourtoul, membre du directoire régional du MLN, que l'on sait toujours en délicatesse avec ses camarades varois. Après avoir participé, malgré tout, à l'affaire de Siou-Blanc, le GF est resté quelque temps à Méounes en juin, auprès de lui, avant de revenir à Toulon, dans le quartier du Pont-de-Bois. Groupe très audacieux et très remuant, il a commencé à mener une lutte sans merci contre les “ agents de la Gestapo ” qu'il n'hésite pas à pourchasser en plein Toulon.
Les deux autres GF, celui de Léon Ribaud Coco et celui que dirige Georges Poussel au Pont-de-Suve, sont sous le contrôle d'Amigas pour le compte de la direction du MLN44. Ils ne sont pas moins autonomes vis-à-vis du reste de l'organisation et constituent entre eux et celui de Bruschini un petit conglomérat solidaire.
Le GF est alors une sorte de version urbaine du maquis avec la même audace dans les coups de main, la même volonté justicière, le même goût pour les automobiles, la même juvénilité, mais sans le garde-fou politique et avec une structure et une pratique fort proches du gang. Georges Poussel se fait appeler Robin Jo. C'est tout un programme. Il est vrai que ces groupes effectuent de nombreuses “ récupérations ” de véhicules, d'essence, de vivres, de tabac, soit pour leur compte (pour subvenir à leurs besoins), soit sur ordre, ce qui, après-guerre, donnera lieu à polémiques. Il serait cependant un peu court de s'en tenir là. Ils ont d'autres actions à leur actif : évasion de prisonniers, sauvetages d'aviateurs alliés et, surtout, exécutions de militants PPF, ceux du Comité pour la Justice sociale en particulier. Entre le début juillet et la Libération, au moins neuf de ces hommes sont mis hors d'état de nuire, principalement par le groupe Bruschini. C'est au cours d'un accrochage avec les Allemands que celui-ci trouve une mort que l'on peut qualifier sans outrance d'exemplaire, l'avant-veille du débarquement, le 13 août 1944, avec l'un de ses hommes45.
Le cas de Bruschini est intéressant dans la mesure où ce communiste a gardé des liens (ou a renoué, on ne sait) avec son ancien parti. Est-ce par suite de ses démêlés avec la direction départementale du MLN ? Est-ce par refus de l'attentisme ? Ces contacts sont établis à l'insu de Fortoul, qui n'en souffle mot dans ses témoignages. Il se présente comme le “ patron ” du groupe et l'initiateur de la lutte contre les “ gestapistes ”. Or il est sûr que, pendant cette période, Bruschini est directement contrôlé par le responsable “ cadre ” du PCF. C'est lui qui met en relation Joseph Bessone et Bruschini pour qu'il procure les tickets de ravitaillement nécessaires aux clandestins venus renforcer l'équipe dirigeante de la CGT. C'est toujours par le même intermédiaire que Bruschini peut obtenir les armes nécessaires à son action auprès des FTP de Tourves qui gardent, cachées près du village, des mitraillettes récupérées sur un dépôt SAP46. À quoi correspond donc l'offensive épuratrice de ce GF ? Aux consignes d'action de Fortoul ou à celles du PCF ?
  Ce n'est pas le seul groupe toulonnais à subir l'attraction communiste. À la déception causée par le maintien d'une ligne défensive, s'ajoutent les effets de la désorganisation et de la démoralisation qui résulte de la dissolution du maquis de Siou-Blanc. L'affaire laisse des traces profondes et la Libération elle-même ne suffira pas à les colmater. Le chef du groupe FFI du Revest, Louis Camolli, militant SFIO connu, ne réclame-t-il pas explications et sanctions quelques semaines après47 ?

 La fronde touche particulièrement le groupe de l'URAC, l'une des composantes des CFL de Toulon, qui revendique 180 hommes. Ses dirigeants alignent plusieurs motifs de plainte. L'inaction et le sentiment d'avoir été abandonnés accompagnent un grief plus concret. Ils reprochent à la direction MLN de ne pas leur fournir l'argent nécessaire à ceux de leurs hommes qui ont dû se cacher. Dans un rapport rédigé le 6 août 1944, l'un des chefs du groupe écrit :

“ A plusieurs reprises, les hommes viennent me trouver et je suis obligé de calmer leur mauvaise humeur ; ils ne se retiennent plus de critiquer et même de m'avouer qu'ils sont écoeurés de voir que l'on fait si peu de cas de leur fausse situation. ” 48  

À ce moment-là, le commandement CFL vient d'exclure trois des responsables de l'URAC à qui l'on reproche leur indiscipline ou des indélicatesses. Il se trouve parmi eux l'officier CFL qui avait rencontré le chef départemental de la Milice, trois semaines auparavant. L'affaire ne figure pas parmi les griefs retenus contre lui. A-t-elle joué ? Rejetés, les responsables du groupe se tournent vers les communistes.

Les difficultés du MLN et des organisations proches accentuent encore le déséquilibre entre les deux pôles de la Résistance. Cette situation n'est pas seulement flagrante dans les domaines militaire ou syndical. Elle l'est aussi dans celui de la propagande. Entre le 6 juin et la Libération, on ne repère la diffusion que d'un seul tract du MLN – “ Appel aux jeunes de Provence ” - et d'un seul numéro de Combat49. Sur ce plan, les communistes ont également le champ libre. C'est dans de telles circonstances que les différences de pratiques militantes se marquent le plus.
L'attraction du PCF s'exerce fortement sur la plupart des groupes, quel que soit leur type. On la retrouve un peu partout et l'on ne forcerait guère le paradoxe en affirmant que c'est même l'une des constantes au sein des divers éléments qui forment l'ensemble hétérogène où se mêlent MLN, CFL, ORA, SAP, réseaux. Les communistes récupèrent leurs anciens militants et attirent d'autres éléments, avant et après la Libération. Dans le cas de Cabasse, c'est après la Libération que le groupe choisira de passer aux FTP50. La force des communistes, au sein de cette population, est d'apparaître comme les “ meilleurs ” résistants. Elle repose sur une base patriotique, celle sur laquelle s'est engagée l'action de tous ces communistes d'opinion ou de vote (pas forcément des militants) venus spontanément à la résistance qui n'était pas celle que le Parti organisait.

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Tiraillée entre des forces concurrentes et des objectifs divergents, composée d'organisations souvent fragiles, reposant sur une base disparate, la Résistance que le MLN dirige traverse la période de la Libération sur la défensive. D'un point de vue militaire, à la pression des FTP s'ajoute celle de l'ORA et de ses appuis extérieurs. Alors que les communistes s'imposent dans le domaine de l'action, alors que la Résistance extérieure et l'ORA contrôlent le pouvoir militaire, reste aux socialistes et à leurs compagnons du MLN le pouvoir politique. Mais cette domination leur est contestée par les communistes. Aigu depuis plusieurs mois, le conflit prend, entre eux, un tour encore plus vif, voire verbalement violent, radicalisé par l'état de tension qui règne et par l'enjeu qui se rapproche. Mais, ni d'un côté, ni de l'autre, il n'y a volonté de rupture. Au contraire, l'union reste le maître mot.

 

1. Arch. privées, Consignes d'action des FFI, directive n°11 : participation aux opérations alliées, 9 juillet 1944.

2. AN, 72 AJ 446, FFI B2, télégramme, 1er juillet 1944.

3. Reproduit, par exemple, in M. BAUDOIN, Témoins..., op. cit., t. 2, p. 564 et suiv.

4. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 5, p. 663 et annexe I, rapport Degliame, 10 juillet 1944.

5. Sur cette question, M. BAUDOIN, Histoire..., op. cit., p. 146 et suiv.

6. Le 24 juillet, à Thèze, pendant que les Allemands attaquent un maquis.

7. Il est parachuté début août (vers le 4) dans les Basses-Alpes avec d'autres officiers alliés. Sorensen est constamment accompagné par F. Cammaerts Roger, le patron de la mission Jockey du SOE. Dans les Alpes (y compris le Vercors), le SOE apparaît comme une composante importante de la Résistance locale et ne joue pas qu'un rôle militaire ou d'appoint. Les informations qu'il fait parvenir à Alger ne semblent pas politiquement neutres.

8. AN, 72 AJ 446 B1 FFI Zone Sud, télégramme du général, 9 juillet 1944, qui porte en préalable sur les dissensions en R2. Il tient L. Burdet pour probablement arrêté et avise de son intention d'envoyer un officier chargé de réorganiser le commandement militaire régional. Le 11 juillet, il envoie un télégramme pour faire part des instructions qu'il lui donne (réorganisation du commandement si la situation l'exige, adapter les moyens radios locaux aux six groupements envisagés, mettre les chefs “ dans l'ambiance d'Alger ”, renseigner, arbitrer les conflits). L'officier en question est Sorensen qui ne sera parachuté qu'au début août alors que la situation s'est encore modifiée.

9. Là encore, on remarquera la confusion habituelle dans les récits entre “ Brandebourgeois ” et miliciens. Parmi les membres du CDL arrêtés à Oraison, se trouvent deux résistants qui ont commencé leur action dans le Var : J. Piquemal Jacquaime, chef du NAP, franc-maçon, licencié de son emploi d'infirmier à l'hôpital de Draguignan en mars 1941 et venu travailler à Manosque et F. Cuzin Etienne, chef du 2e bureau du MLN, représentant du MLN au CDL (qui a renoué avec le PCF).

10. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 52 et 67 affirme que cette réunion a été présidée par Sorensen, le délégué du général Cochet, ce qui paraît peu vraisemblable. Il confond probablement avec une réunion ultérieure. Nous suivons plutôt la version qu'en a donnée J. GARCIN, op. cit., p. P10"5. Le commandement FFI départemental passe donc des mains de Morin, qui a condamné la mobilisation du 6 juin, dans celles de Bonnaire Noël, militant communiste d'envergure, bien que controversé. Lors de cette réunion à laquelle participent, entre autres, l'inévitable Cammaerts et un représentant de Zeller, Juvénal ne parvient pas à faire destituer Lécuyer. Une autre réunion qui aura lieu à Beuil peu avant le 15 août, aboutira à une solution de compromis sous l'égide de Sorensen, Lécuyer, toujours chef régional ORA, devient chef départemental FFI des Alpes-Maritimes et prend pour adjoint le chef ORA et le délégué FTP (SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 130). H. NOGUÈRES, op. cit., t. 5, p. 435 fixe cette réunion au 16 août, ce qui est peu vraisemblable, Lécuyer ayant reçu l'ordre le 14 de rejoindre les Alliés. Sa nomination comme chef départemental FFI des Alpes-Maritimes ne serait-elle pas intervenue ce jour-là ? Notons que c'est le 14 août que le général Cochet, à Alger, est avisé par un télégramme de Koenig de la destitution de Lécuyer comme chef d'état-major régional FFI Il prend assez mal cette façon de le mettre devant le fait accompli, alors qu'il considère que Lécuyer, confirmé par Constans, fait du bon travail (AN, 72 AJ 447-448, télégramme n°131, 19 août 1944).

11. Arch. Amigas, lettre à Hermann Imbert, secrétaire du MLN, 28 juin 1944.

12. Personnalité connue, auteur de divers ouvrages sur l’Empire colonial, Albert Azan a commandé le 1er “ Étranger ” avant-guerre.

13. Recherché par les Allemands, il est muté à l'état-major hyèrois, le 10 août, et remplacé par l'adjudant-chef Le Guellec.

14. Lt-colonel GOUZY, Historique..., op. cit., décrivant ce dispositif. Sur ses relations avec Barjols, tém. Jules Salvatico 1980, représentant du CLL, présenté à Gouzy par Garcin “ des essences ”. Gouzy lui a demandé de mettre à sa disposition 60 hommes, devant faire diversion au moment du débarquement (vraisemblablement celui du 6 juin), et l'aurait menacé en cas de refus ce qui n'a pas empêché le CLL de le faire et d'y ajouter une demande d'armes.

15. J. Boudoube, tém. cit. Le contact a été obtenu par Rigon, représentant le FN au CDL. Il a eu deux entrevues avec Lelaquet, mais la première n'a permis aucune discussion.

16. Plusieurs tém. sur cette mission dont l'action est résumée in V. MASSON, op. cit., p. 93 et suiv. ; tém. Midoux, Historique de l'équipe antisabotage, dactyl., février 1964, de la Ménardière, tém. sur la mission Sampan, s.d., et Le soleil se lève à l'ouest ( 3 fois), dactyl., s.d., amiral Baudoin, La participation..., op. cit. avec télégrammes envoyés et reçus (Fonds Masson).

17. J. Arnéodo, tém. cit. Arnéodo assure deux liaisons avec le Vaucluse pour porter des renseignements destinés à Alger.

18. Amiral Baudoin, La participation..., tém. cit., p. 26. Confirmation par le tém. F. Arnal déjà cité.

19. Tém. F. Arnal (“ on croyait que Toulon pourrait résister plusieurs mois ”).

20. Amiral Baudoin, La participation..., tém. cit., et reproduction in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 161.  

21. A. Chambardon, tém. cit. Le terrain - Jean Murat - est situé à Valbelle, près de Siou-Blanc.

22. Reproduit in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 161.

23. Rapport sur la Résistance de Jean Klimoff, s.d. Klimoff, exploitant forestier d'origine russe, polyglotte, fait du renseignement, aide certains soldats à déserter et assure la liaison avec Pichaud (Fonds Masson).

24. “ Les postes, pris en charge par une équipe du rail de Perthuis à Toulon, sont livrés par une voiture des PTT chez Jullien (un bar qui sert de boîte aux lettres au SR Marine), transférés par un commissionnaire inconnu chez Mathieu Léonelli (le pharmacien), enfin dispersés dans la ville ”  (Historique..., op. cit.).

25. R. Midoux, tém. cit. Il devait partir d'abord par Saint-Tropez, mais l'arrestation de Pelletier le conduit à utiliser la filière SAP. Il est allé à Grambois, près d'Apt où se trouve le principal maquis SAP de la R2, assurant parachutages et mission “ pick-up ”. Il en part le 10, atterrit en Italie. De là, passe en Corse puis à Alger. Sur les renseignements, J. Arnéodo, agent de liaison d'Arnal, tém. cit.

26. Tém. S. Fabre, manuscrit, 11 février 1979. Cette antenne de Sycomore, baptisée Grenadine, est gardée par le brigadier de gendarmerie de Carcès, Delrieu, qui a pris le maquis en juin et par S. Fabre, FTP de Cotignac.

27. Voir carte en annexes.

28. On en veut pour preuve le lot de plans et de renseignements explicatifs portant sur l'ensemble du littoral, rassemblés en feuilles numérotées de 12 à 98, datés du 9 août 1944, qui devait partir lorsque le débarquement a eu lieu et que conserve le dossier F2 des AN, 72 AJ 52 Un exemple in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 162.

29. C.-L. FLAVIAN, Ils furent..., op. cit., p. 79-80. Il aurait été dénoncé par un de ses hommes.

30. L'exécution a lieu le 29 juillet, dans la colline, près d'une grotte où les armes d'un parachutage avaient été cachées.

31. Le camp SAP prend alors le nom de camp Lafayette. Cette équipe de Canadiens, dirigée par le capitaine Brandes, parachutée avec 2 tonnes de matériel, est menée jusqu'au maquis de Manfred Prince, à Saint-Jurs par Schneider et Jean Lambert (tém. de ce dernier, 1985).

32. Dans un travail minutieux et inédit qu'il nous a aimablement communiqué, J. GIRAULT constatait qu'avant-guerre ce village était l'un des rares à n'avoir pas de cercle et pas de section socialiste ou communiste (mais nous ajouterons qu'il y avait quand même des hommes qui se disaient socialistes ou communistes). Il a calculé que les étrangers représentaient encore 21,6 % des habitants en 1936, après une pointe à 36,1 % en 1926.

33. AN, 72 AJ 199-200, Lucien Guillon, L'occupation à Cabasse, dactyl., s.d. (vers 1947). Sur ce village, tém. dactyl. L. Cavallini, chef du groupe, rapport général sur l'activité de la Résistance à Cabasse, s.d. (1944), rapport sur le parachutage du 27 mai 1944 et la fausse alerte du 8 juin 1944 (idem), tém. oraux L. Cavallini et L. Gérard 1976, D. Logiacco et César Pavoni, agent de liaison de la SAP de Brignoles. Cavallini est né en 1892 en Italie.

34. Mêmes tém. et J. Pizan, le maire en question. Le notable catholique, André Plauchud, ami du commissaire Hacq et de Maurice Maurin, a hébergé les émissions radio du réseau Brown-Azur et caché plusieurs personnalités menacées (le commissaire Becker, Maurin, etc.).

35. La source essentielle reste pour ce maquis le journal de son chef, op. cit.

36. Une arme a été trouvée dans la camionnette que le barrage de la Milice a arrêtée. Le deuxième gendarme a pu s'échapper. L'attitude de Millet et Duchatel est exemplaire de courage. Les miliciens ont inscrit sur une pancarte “ Traîtres à la patrie ” (ADBdR, Cour de Justice de Marseille 500 U 87, dossier Du.).

37. Il y a, parmi les dernières recrues, Guy Barel, aspirant et fils du député communiste des Alpes-Maritimes, Virgile Barel.

38. J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 160, extrait du journal de Vallier au 7 août : il en est à son onzième emplacement (ils sont énumérés dans ce document). Voir aussi le journal de Gleb SIVIRINE, Le Cahier rouge... op.cit.

39. André Chaudé, un réfractaire de Cannes, est tué avec Luciani. Un autre occupant de la voiture est grièvement blessé, les deux autres peuvent s'échapper. Dans le même échange de coups de feu, sont tués une jeune agent de liaison des FTP, Rosette Cioffi, et un chauffeur de La Seyne.

40. Tém. E. Bertrand 1980.

41. Tém. E. Bertrand 1980.

42. Journal de Vallier, extrait déjà cité du 7 août 1944.

43. ADV, 1 W 108, déposition Ro. : le 14 juillet, Bruschini a répondu à un policier résistant qui menace de l'arrêter parce qu'il a “ piqué ” la voiture d'Amigas qu'il n'obéit qu'à F. Fortoul et qu' “ il emm... Sarie ”.

44. Ribaud est un étudiant de 19 ans qui sera tué le 25 août 1944 par une autre résistant en voulant prendre la voiture du préfet. Georges Poussel est un ancien ouvrier de l'arsenal qui travaille sous les ordres de l'adjoint d'Amigas, F. Malique.

45. Récit reproduit in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 165 (rapport de police sur une longue et poignante agonie).

46. Tém. J. Bessone, Jean-Maurice Claverie et G. Saint-Etienne 1980 qui gardait les armes avec Albert Sotgui, qui sera tué avec Bruschini, le 13 août, les deux jeunes gens ayant rejoint le GF après ce contact. Sotgui, marin jusqu'au sabordage, puis manœuvre de la SNCF, avait 23 ans et était né à Tourves.

47. Arch. ANACR, rapport d'activités, 20 novembre 1944, dactyl. (“ A ce sujet, il serait intéressant de connaître l'origine des mots d'ordre qui nous firent agir, le 6 juin 1944, c'était de l'avis de tous, prématurément... Cette aventure devait se traduire par la démoralisation des éléments y ayant participé, et le traquage (sic) de quelques autres qui durent faire des miracles pour échapper à la Gestapo. Une enquête s'imposait et des sanctions auraient dû être prises... Des rapports furent faits en temps utiles ”. L. Camolli signale aussi que le groupe du Revest a récupéré les armes cachées dans les bois “ sur notre propre initiative, les chefs semblant se désintéresser de cette très importante question ”).

48. Arch. privée, rapport manuscrit, 6 août 1944. Non signé, ce texte est cependant identifiable. Son auteur, Félicien Pascoet Lebreton, est un employé de la mairie de Toulon et l'un des chefs de centaine CFL à Siou-Blanc. Ce rapport est porté à la connaissance du PCF.

49. Tract émanant des Jeunes du MLN de la région provençale et diffusé à Toulon le 26 juillet. Le numéro de Combat (n° 58) est retrouvé à Toulon le 4 août. En juillet, circule aussi Provence Libre n°6 du 30 juin, mais aucun numéro n'est signalé par la police.

50. Ce qui se traduira par des problèmes de reconnaissance des droits à la Libération, problèmes qui tiennent à la fois à l'attitude du liquidateur de la SAP, mais qui ne sont pas sans rapport avec le choix fait à la Libération par le groupe, choix et donc problèmes que l'on connaît aussi dans les groupes SAP de l'Est-Varois.