B - LE 6 JUIN 1944 : LEVÉE EN MASSE RÉUSSIE, INSURRECTION MANQUÉE

 

À partir de la fin mai, les bruits de débarquement reprennent avec insistance. Ceci explique-t-il cela ? Les messages de pré-alerte sont passés le 25 mai. Il est vrai que le bombardement de Carnoules, le même jour, puis quatre alertes successives sur Toulon, le 26, suffisent à faire naître la rumeur de l'intervention de 2 000 commandos français entre Nice et San Remo1.
La population semble pourtant ne plus y croire. Fausse impression. Le 1er juin à 21 heures 15, les messages d'alerte sont diffusés. Les chefs militaires avisent leurs subordonnés. Les ultimes consignes parviennent aux groupes qu'ils peuvent joindre et la rumeur repart aussitôt : les radios auraient invité les patriotes de la région côtière à se regrouper. Tout devient signe, y compris le calme que l'on constate évidemment annonciateur d'une action prochaine2. L'atmosphère est tendue et, plus encore qu'avant ce moment, l'émotion “ devient un facteur déterminant de l'évolution des esprits.3 ”
Le pain manque à nouveau à la fin mai. Le lait reçu à Toulon, après plusieurs jours de rupture de stocks, est impropre à la consommation4. Les réquisitions de main d'œuvre sont de plus en plus mal acceptées. Les Allemands sanctionnent encore la ville d'Hyères, le 3 juin, à ce sujet5. Les bals clandestins sont toujours aussi nombreux, un peu partout. Le temps est à la désobéissance, et, bientôt, à la révolte.

1 - Le soulèvement de juin

Le 5 au soir, les messages d'exécution des plans vert et rouge passent sur les ondes. Le plan rouge n'est autre que l'appel à la guérilla. Sa mise en œuvre éclipse celle, très modeste ici, du plan vert qui prévoit le sabotage des voies ferrées. À partir du moment où la radio sert d'instrument de commandement (et de manipulation), l'autorité des chefs régionaux ou départementaux se trouve d'autant plus réduite et contrée. Chaque chef de secteur, chaque chef local, voire chaque résistant, décide de l'attitude à suivre, pratiquement seul, en fonction des dernières directives reçues et de sa détermination. Mais comment résister à l'appel entendu ? D'autant que, le lendemain, on apprend, le débarquement de Normandie et que le général de Gaulle paraît inciter au combat ouvert dans la proclamation qu'il fait le soir, alors que la direction du PCF est en pleine phase offensive. Malgré la prudence de la BBC6, il y a simultanéité des incitations à l'insurrection, alors
“ qu'après tant de mois, on pourrait dire d'années d'attente, la tension est devenue si grande qu'elle est insupportable. A l'annonce du débarquement, il se créé une psychose qui fait sauter tous les freins et entraîne les moins décidés.7 ”
On se prépare, un peu partout, à déclencher l'action, comme prévu, le 7 juin. Le soulèvement déborde le cadre des organisations clandestines. Il est multiforme, prudent et discret ici, massif et tranquille là, vibrant d'enthousiasme et d'ardeur parfois révolutionnaire ailleurs. La police, elle-même, peut constater que les mots d'ordre “ de Londres ” sont, non seulement suivis, mais que l'affluence est telle que leur application en est gênée8.
C'est un soulèvement très juvénile à l'image de ce qu'est devenue la Résistance dans son ensemble. Difficile de dire à quelles organisations appartiennent les 14 jeunes gens partis de Carcès, Cotignac, Le Val, Montfort et Brignoles, ensemble, pour monter rejoindre le maquis bas-alpin. Amis de village, joueurs de football dans les équipes locales, en contact avec “ la ” Résistance (FTP) au moins à Carcès, ils symbolisent ce que le mouvement a de quasi adolescent, de neuf et d'impatient. “ Résistants de la dernière heure ” ? Comment le dire, même si certains d'entre eux n'ont aucunement participé à la Résistance formelle ou spontanée avant (et, d'ailleurs, comment le savoir ?) ? Ils ont entre 17 et 24 ans. Ils seront, tous les 14, fusillés, dans un vallon, près de Saint-Martin-de-Bromes (Basses-Alpes), le 16 juin suivant9.
Au sein de l'état-major FFI régional, Juvénal et Rossi ont été “ tout à fait hostiles au déclenchement général des opérations ”10, à l'inverse de Simon et de Lécuyer. Pourtant, Rossi est obligé de reconnaître, le 21 juin, que, dans la région, “ les prévisions les plus optimistes ont été largement dépassées ” par “ un afflux tout à fait inattendu de patriotes ”11. Dans toutes les communes varoises où l'on trouve un groupe de Résistance, le processus prévu au “ Jour J ” est enclenché. Mais aucune organisation ne gère vraiment le mouvement. Comment le pourrait-elle ?
“ La “ bataille ” n'a pas été réellement dirigée. Elle s'est déroulée de façon un peu anarchique et désordonnée.12 ”
Dans le secteur ORA (quart nord-ouest), les guérillas prennent position aux emplacements prévus le long des routes et sur les lieux des parachutages attendus. Plus de 350 hommes sont en place dans le seul sous-secteur de Joseph Ducret (Cabasse-Méounes), bien que trois guérillas ne soient pas armées. Dans le coin nord-est du Var, les maquis SAP et FTP du Plan de Canjuers (au Malay, communes de Brovès, Mons et Seillans), mis en place depuis plus d'un mois, sont renforcés. À Draguignan, les jeunes du GAVR montent prendre le maquis dans le massif voisin des Sallettes. Les groupes AS et FTP de la région médiane qui va de Salernes à Vidauban attendent des parachutages. Comme prévu, la Brigade des Maures forme trois maquis, l'un à Cogolin (FTP, au Val d'Astier, avec Celebonovitch et Macario), l'autre à Sainte-Maxime (FTP, à Bagarri, avec Darnac) et le troisième à La Mourre, dans la commune de La Garde-Freinet (AS, avec Despas et l'aide de l'officier parachuté Pelletier qui a passionnément épousé le combat de la Résistance locale et s'y est complètement intégré)13. La Sainte-Baume reçoit des FTP (notamment des marins-pompiers) et les Milices socialistes de Marseille, tandis que les solitudes voisines de l'arrière-pays toulonnais voient affluer les volontaires mobilisés par le CDL et le commandement CFL-FFI pour constituer le maquis de Siou-Blanc. Le 8 juin, il y aurait là plus de 500 hommes, dont 200 à 250 armés, répartis en quatre groupes14. L'adjoint de Salvatori, Tramoni, est allé chercher à Brignoles quelques armes stockées par la SAP, mais l'essentiel de l'armement – 200 mousquetons - provient des dépôts constitués par l'AS au préalable. Il y a quinze cartouches par mousqueton15. La plupart des hommes sont membres des groupes de l'AS, venus de Toulon (URAC, marins, FUJ) et des communes du secteur ouest (La Seyne, Ollioules, Le Beausset, Le Revest, Signes). Ils sont renforcés par certains des jeunes membres du centre (ex-Compagnon de France) de La Pinède, replié à Signes, et par les gendarmes stationnés au Camp que l'on a fait semblant d'enlever les uns et les autres16. Les rejoignent par la suite certaines des guérillas ORA de la vallée du Gapeau.
Le seul accrochage avec les troupes d'occupation pendant ces journées fébriles d'attente et de mobilisation a lieu à Aups. Il y a là conjonction des enthousiasmes. Les FTP du camp Robert en formation descendent au village, le 7 juin, avec le soutien du groupe de jeunes que Martin Biaggini a organisé. Armés de quelques mitraillettes provenant des parachutages récupérés par les FTP de Claviers, ils viennent arrêter les miliciens du lieu. L'opération a été décidée la veille, lorsque le CE du camp a rencontré les responsables aupsois et le “ polo ” de secteur Maud'huit Ricard qui a “ passé outre les instructions de cloisonnement en raison de la situation, • le débarquement ayant eu lieu en France par les Alliés ”17. L'action décidée est donc limitée, car “ l'occupation des édifices publics n'était prévue que pour plus tard lorsqu’une partie du département serait libérée ”. Mais, si l'on s'en est tenu là pour l'essentiel, la confluence de l'opération et de la mobilisation parallèle du groupe CFL-SAP, en application des ordres reçus de Draguignan, à 13 heures, donne à ce qui se passe à Aups un relief particulier. C'est une sorte d'occupation spontanée d'un village en effervescence. Robert Charvet, le CE du camp Robert fait
“ une allocution aux habitants du village, en leur expliquant ce que voulaient les FTP et surtout ce qu'ils étaient. Cette allocution fut très bien accueillie. ”18
Du côté CFL, on distribue des armes qui proviennent d'un dépôt de l'AS (mais sans munition) et de la gendarmerie abandonnée par ses occupants, les uns partis à Draguignan et les deux autres étant allés rejoindre le maquis AS Vallier. Les guérillas, mixtes, sont placées aux accès de la localité. Cinq collaborateurs sont arrêtés, dont le receveur des Postes. Au total, une trentaine d'hommes armés sont présents dans le village. La poste et la gendarmerie, désertées, sont en quelque sorte “ occupées ”. On croit que le débarquement doit avoir lieu dans la nuit19. Les autorités de Draguignan sont avisées de ce qui se passe à Aups à la fois par deux gendarmes non résistants et par un collaborateur qui a pu échapper à ceux qui le recherchent. Un sous-officier de gendarmerie est envoyé pour récupérer le seul gendarme resté au village et pour juger de l'état de la gendarmerie. C'est là que, vers 19 heures, un motocycliste allemand est abattu, en essayant de s'y réfugier. Mise au courant par ses propres informateurs et par la préfecture, la Kommandantur 800 l'a fait suivre par une petite colonne, afin de se rendre compte de la situation. Composée d'une vingtaine d'Allemands, soldats et policiers du SD, et de quinze gendarmes français, elle arrive vers 20 heures à l'entrée d'Aups. Essuyant quelques coups de mitraillettes et un lancer de grenades, les Allemands ont deux morts et trois blessés. Ils repartent sans essayer de pénétrer de force dans le village, mais en emmenant deux otages20. Les FTP “ organisent ” la quarantaine de jeunes du village. Le lendemain, le Comité de Libération s'installe dans la mairie et collabore avec l'administrateur extraordinaire, un Alsacien, nommé par la préfecture peu après. Des armes parachutées au Pelenq sont distribuées, mais l'ORA (le colonel Gouzy) désapprouve l'action. La Résistance dracénoise fait prévenir de représailles. Les jeunes gagnent le maquis FTP, les SAP-CFL montent rejoindre le maquis Vallier qui stationne non loin.
Dès le 6 juin, à l'annonce des événements, comme dans tout le pays, la préfecture rassemble les forces de répression à Draguignan. La Milice, dont l'état-major s'y trouve depuis avril, mobilise donc, tout comme la gendarmerie. Mais si les difficultés de l'une pour rassembler ses troupes donnent la mesure de la démoralisation, l'importance des désertions chez l'autre montre l'état de déliquescence atteint par l'appareil d'État (et tout autant les illusions de nourries par la Résistance). Au total, 39 gendarmes sont portés manquants, ceux de Carcès, Salernes, Grimaud, Saint-Maximin en particulier21. Est-ce à dire que leurs collègues regroupés à Draguignan constituent une troupe sur laquelle les autorités peuvent compter ? Nullement. Beaucoup sont prêts à rejoindre la Résistance, surtout si la hiérarchie le leur demande, ce que la suite des événements montrera. Leur commandant, Jean Favre, est en contact, en effet, avec les responsables CFL-FFI de l'arrondissement22. Il rencontre Vallier, chef du maquis CFL, et plusieurs de ses hommes rejoindront le maquis composite de Brovès quelque temps avant le débarquement.
Comme dans le Vercors, les résistants provençaux attendent partout le débarquement en Méditerranée promis23. Henri Michel et Georges Cisson qui se trouvaient sans doute à Marseille regagnent Draguignan où ils doivent assurer l'intérim du préfet. Le Dr Risterrucci, parti de Toulon en novembre 1943 pour échapper à la “ Gestapo ”, y revient pour assumer les fonctions de maire qui lui ont été attribuées. L'activité économique de Toulon et de La Seyne est en partie paralysée par une quasi-grève. Presque tous les ouvriers – 80 % - ont accueilli le débarquement en Normandie avec émotion et l'on compte 4 000 absents dans l'arsenal24. La rumeur se fait l'interprète naturelle de la certitude du débarquement. Il aura lieu vers Nice ou Gênes. C'en est au point que des milliers de Toulonnais désertent la ville les nuits du 8 et 9 juin par crainte des bombardements qui doivent l'accompagner25.

L'idée du débarquement imminent en Méditerranée a été largement popularisée dans la Résistance par les émissaires de la France combattante et des Alliés. Seignon de Possel Erick (Noël), l'un des officiers parachutés, passé au service du SD de Marseille, en a averti ses nouveaux patrons. Le rapport Catilina qui est fondé sur ses révélations s'en fait l'écho :

“ Le 6 juin 1944, à 17 heures, l'agent Erick a annoncé le déclenchement immédiat du “ Plan Rouge ” (rassemblement de tous les résistants dans le maquis) et celui du “ Plan Vert ” (début de sabotage) à partir du 6 juin 1944 à 24 h., de même que l'intervention des troupes dissidentes de débarquement, le 7/8 juin 1944 dans le Sud-Est de la France, notamment à Fréjus et Saint-Raphaël. ”26
Il reproduit ainsi ce qu'ont fait croire les membres de la mission interalliée (et qu'ils ont eux-mêmes cru). Maurice Bourgès-Maunoury, délégué militaire de zone, confirmera le rôle qu'ils ont joué et le jugera avec beaucoup de sévérité pour avoir participé à la “ mobilisation générale hommes sans armes sur points nombreux et annoncé avec irréflexion débarquement Sud ”27, comme s'ils en étaient seuls responsables. Le passage des messages du 5 juin au soir a donc été vu comme une confirmation. Sans ça, jamais de tels risques n'auraient été pris, jamais des centaines d'hommes n'auraient été rassemblées dans la rocaille toulonnaise, sachant qu'il était impossible de s'y maintenir longtemps. Si le mouvement a paru prématuré à certains, ils se sont rassurés en pensant que “ Londres était mieux à même de juger...? ”28

Tout le monde a cru au débarquement. Presque tout le monde a participé au soulèvement, au moins les deux premiers jours. Chacun a sa façon. Le MLN prône la prudence. Les FTP critiquent la stratégie des maquis mobilisateurs. Ils condamnent la “ désertion ” des villes qu'ils impliquent. Mais ni les uns, ni les autres ne peuvent toujours résister au courant d'ensemble.

Chez les communistes, c'est d'autant plus difficile que le débarquement relaie et s'intègre à l'offensive lancée depuis le mois de mai, que le soulèvement qu'il entraîne se combine et se confond à la base avec celui que la direction essaye de susciter en donnant l'ordre d'occuper les localités. L'heure de l'IN est enfin là, et, à défaut d'avoir pu la lancer avant, il ne faut pas la rater pendant le débarquement. L'Ordre du jour du Haut Commandement des FTPF. (zone Sud) - c'est-à-dire la direction du PCF. - daté du 6 juin et abondamment répandu les jours suivants, est sans équivoque. Il est repris et explicité par L'Humanité du 11 juin (numéro spécial).  Il appelle à la mobilisation, en commun avec les FFI, dans les Milices Patriotiques pour assurer “ le succès de la Grève Générale et de l'Insurrection Nationale ” et “ partout où le rapport des forces le permet c'est le cas dès aujourd'hui dans les immenses provinces de Savoie, des Alpes, du Massif Central, du Limousin - tout mettre en œuvre pour la Libération de ces territoires afin d'en faire des bases de résistance et d'attaques ”. Hors de ces zones où il s'agit de prendre le pouvoir, il convient de mener la guérilla. L'Appel à la classe ouvrière de France, diffusé lui aussi dans le département, est une exhortation à la révolte :

“ Au moment où les armées alliées débarquent en libératrices sur le sol de la Patrie et que se lève enfin l'aurore de la libération nationale, le devoir de tous les Français est de se lever comme un seul homme et de frapper, d'exterminer l'ennemi exécré et les traîtres à son service.

L'HEURE DE L'INSURRECTION NATIONALE tant attendue par le Peuple de France et que la France Combattante avec à sa tête le Général DE GAULLE ont préconisé a sonnée. ”29
Les opérations constatées ces jours-là dans certaines bourgades provençales participent de cette volonté insurrectionnelle, bien que les chefs FTP ou du Parti ne soient pas unanimement convaincus de la justesse des mots d'ordre, ainsi de l'état-major interrégional des FTPF qui est plutôt réticent, d'où des conséquences finalement réduites, sauf dans les zones moins bien contrôlées de la Drôme ou du Vaucluse30. Les consignes du COIR n'ont rien d'aventuriste. Elles condamnent, dès le 8 juin, la “ désertion ” de la zone côtière, recommandent de ne pas abandonner la population, mais, au contraire, de l'encadrer pour la faire participer à l'action31. Les mouvements locaux (qui affectent d'ailleurs des zones rurales et non de véritables villes et qui ne sont pas l'exclusivité des FTP, par exemple à Manosque) sont plutôt provoqués par l'enthousiasme du moment et le désir d'action, bien entendu favorisé par les consignes offensives reçues depuis longtemps. Mais, comme on l'a vu à Aups, il ne s'agit pas, pour les FTP, d' “ occuper ” une localité que l'on considèrerait dès lors comme libérée.

Sous sa simplicité apparente de levée en masse spontanée ou presque spontanée, portée par la majorité de la population, caractérisée par l'unité des réactions à la base, le mouvement qui naît le 6 juin a pour conséquence un émiettement encore plus poussé de la Résistance. Ses retombées vont le mettre en évidence. À l'éparpillement des centres de décision, coupés les uns des autres par les contraintes naturelles ou nées du moment, s'ajoutent les désaccords stratégiques régionaux, plus profonds que jamais. Les objectifs divergents des organisations sont mis à nu. L'échec (partiel) du soulèvement, la nécessité de gérer ses conséquences et de réorganiser une Résistance en partie découverte rendent le débat d'autant plus âpre que jamais les ravages de la répression n'ont été aussi grands.

2 - Les retombées du soulèvement.

Sous des apparences massives, quasi-unanimistes, les attitudes devant les ordres de guérilla sont plus diversifiées qu'il n'y paraît. Les clivages passent davantage au sein des organisations qu'entre elles. L'ORA, fidèle par définition à la discipline militaire, a suivi les ordres reçus, mais avec prudence comme il se doit dans la “ zone d'influence des maquis ” qui couvre le Var. Lelaquet aurait conseillé le calme. Gouzy et Ducret ont fait prendre position, sans donner l'ordre d'ouvrir le feu. Malgré l'opposition du chef régional FFI et de Juvénal (mais a-t-elle été immédiate ?), les CFL-FFI de Toulon sont montés à Siou-Blanc, mais Fortoul, à Méounes, et Custaud, à Toulon, auraient déconseillé l'opération. Picoche, à Hyères, a donné l'ordre d'attendre le débarquement aux CFL locaux. Si le maquis Vallier est mis en alerte et reçoit des renforts, il n'est pas engagé dans l'action.

Chez les communistes, les divergences ne sont pas moindres. Les FTP du golfe de Saint-Tropez ont participé à la montée au maquis, dans le cadre de la Brigade des Maures. Le COR le reproche à leur chef, Celebonovitch, en l'accusant de s'être laissé influencer par le FN (traduisons, par les “ bourgeois ” du FN, comme Marc Rainaud, Jean Despas, etc.)32. Louis Michel et les Barjolais refusent de participer aux guérillas du secteur nord-ouest. Le débat est particulièrement vif autour de l'affaire d'Aups.
Luciano (PCF), à Draguignan, a désapprouvé l'action entreprise. Par contre, Maud'huit, autre responsable politique, l'a encouragée. Le CER la défend avec enthousiasme. Pour lui, elle est exemplaire. Il estime que le CE du camp Robert “ a su tirer partie de la situation crée par le débarquement ” et que si “ tous dans le département avaient agi de même nous aurions pu peut-être déclencher un grand mouvement des masses paysannes et faire un grand pas vers l'I.N. ”33. Maud'huit et Marrucci, le CO de la 2e Cie FTPF ont essayé en vain d'élargir le mouvement aupsois aux localités environnantes. Déçus parce qu'ils ont eu le sentiment d'être freinés, ils font un rapport à “ l'instructeur du Comité central ”, quelques jours après34. Le texte est confus, il est fait sous le coup des événements, mais il montre bien le fonctionnement de la prise de décision au sein de la Résistance communiste, et notamment, ce que l'on a trop tendance à sous-estimer, la grande autonomie des responsables qui décident en fonction de leur lecture des directives générales reçues, et, aussi, de leur sensibilité. Pour les auteurs du rapport, l'annonce du débarquement a fait conclure à la nécessité de prendre l'initiative :
“ Depuis trois ans, nous disons aux camarades qu'au moment du débarquement, il faudra s'emparer des miliciens, des salops (sic) et empêcher les boches de circuler, or les copains de H.V. 4 (Aups) n'ont fait que mettre en exécution les directives. ”
À leur avis, l'action entreprise a été entièrement positive :

“ Le 1er jour de l'action des copains contre les miliciens la population de H.V. 4 était un peu effrayé, mais le lendemain tout le monde était d'accord. Des réalisations avaient été obtenues, le lait qui allait tout au marché noir était distribué à la population. De la viande allait être distribué par les boucheries et le vin de la Coopé, vendu librement à la population. Nous pouvons dire que à H.V. 4 cette action a amené beaucoup de gens qui n'était pas d'accord pour l'action ”.

Pourtant, le CO du sous-secteur et le “ régional ” des Milices patriotiques auraient dit dans les communes voisines qu'il n'y avait pas d'ordres et que les Aupsois avaient commis une faute. D'où les réticences à suivre le mouvement dans les sections voisines. Mêmes atermoiements les jours suivants, d'après les deux plaignants. Le 19 juin, l'ordre d'insurrection n'avait toujours pas été donné, alors que, selon eux, il était arrivé depuis le 13 ou le 14. Le CO ne l'a fait passer que le 25. Ils réclament donc des sanctions contre ceux qui freinent l'action. Estimant avoir perdu une part de leur autorité puisque leurs instructions n'ont pas été suivies, ils demandent à rejoindre le camp Robert.

À la base du Parti comme des FTP, il y a donc débat, d'autant qu'avec l'accélération des événements, la latitude laissée à chacun est grande. La nécessité de l'insurrection ne se discute pas, mais, comme en d'autres temps et en d'autres lieux, les divergences aux divers niveaux de responsabilité portent sur le moment favorable, sur les conditions de son déclenchement. Dans une organisation comme celle du Parti, l'équilibre entre l'initiative et l'obéissance aux consignes n'est pas toujours aisé à trouver. La diffusion des mots d'ordre est forcément lente, surtout dans les moments d'action intense. L'appareil est divisé entre les “ ardents ”, qui entendent se battre et les “ prudents ”, pour qui il convient d'abord “ d'installer les municipalités, d'occuper les mairies, les postes et les gendarmeries ”35. Le clivage tient aux tempéraments, probablement aux générations, sans doute à l'expérience plus “ politique ” ou plus “ militaire ” de chacun, mais il coupe tant le Parti que les FTP, les partageant entre ceux qui croient que l'IN est possible tout de suite et ceux qui ne pensent pas que les circonstances soient favorables. Le débat est à la base, il est aussi plus haut dans la hiérarchie où la direction de zone espère encore forcer l'événement. Après les échecs relatifs (échecs seulement parce qu'ils n'ont pas pu servir de détonateurs à un mouvement général) des semaines précédentes, mais s'appuyant sur les avancées qu'ils ont permises, elle ne renonce à pas à enclencher l'IN. On la croit possible dans les jours qui suivent. On la projette vers le 20 juin. Mais les événements vont plus vite que les réactions forcément lentes de l'appareil.

 En attendant, il faut utiliser les circonstances nées de la mobilisation massive du 6 juin et proposer des actions à ceux que l'absence de débarquement en Méditerranée laisse sans perspective. Les FTP doivent profiter des résistants ainsi rassemblés et bientôt démoralisés. Ils doivent les attirer sur leurs positions.

En effet, autour des 9 et 10 juin, le mouvement commence à retomber. La plupart des groupes qui ont pris le maquis, le 7 juin, se dissolvent peu à peu. Dans le Var, les hommes redescendent vers les localités et, quand ils en ont, remettent les armes dans les caches. Quelques-uns persistent un peu plus, ainsi les jeunes du GAVR ou le groupe du Muy qui serait resté jusqu'au 22 dans la forêt du Rouet.

Les jours suivants, parviennent les ordres de freinage de la guérilla, émanant de l'état-major du général Koenig, ainsi que la consigne d'éviter de gros rassemblements36. C'est pour en avertir la mission interalliée que le capitaine américain Muthular d'Erecalde Lucas est parachuté, le 14 juin, dans le Vaucluse. À quel moment précis les chefs de la Résistance locale en ont-ils été avisés ? Burdet aurait eu connaissance du télégramme Koenig le 15 juin, mais Cisson ne l'a eu en main que le 1937. En fait, là aussi, les responsables doivent se débrouiller bien souvent tous seuls. Comme celle de prendre le maquis, la décision de redescendre ou de continuer l'action dépend pour beaucoup de leur seul jugement et pour partie de la zone d'influence dans laquelle ils se trouvent. Bien souvent, les groupes n'ont pas attendu la réception des contre-ordres pour se dissoudre.
Or, les Allemands n'ont pas tardé à réagir. Les arrestations que provoque la trahison d'Erick commencent dans la nuit du 7 juin et touchent particulièrement la Résistance des Bouches-du-Rhône (surtout Martigues et Salon-de-Provence, ORA et MUR)38. Sur le plan militaire, la réaction est, en général, plus lente. C'est l'expectative pendant quelques jours (l'intoxication a réussi). Le Var est relativement épargné par la contre-attaque, mais les départements voisins sont l'objet de sanglantes expéditions qui débordent sur ses marges39. Le 10 juin au matin, le maquis des Milices socialistes de la Sainte-Baume est dispersé, sur le territoire du Plan d'Aups, après avoir perdu 11 hommes. Il y a 15 morts à Jouques, le même jour, dans un maquis dont les hommes faisaient quelques incursions dans le Var. La colonne allemande qui suit la Durance, guidée par les “ Brandebourgeois ” qui se font passer pour maquisards, arrive à Manosque, occupée encore la veille par la Résistance. Elle est à Vinon le 14, sur la piste de la mission interalliée dont le PC se trouverait au château d'Ongles. Après échange de coups de feu, les hommes de la mission et les officiers ORA qui sont avec eux peuvent lui échapper, grâce à l'aide de résistants locaux40, mais tous les environs sont perquisitionnés avec violences à l'appui. Deux hommes de Vinon sont tués, dont l’ancien maire Arbaud, beau-père du chef de la Résistance locale. Cette même colonne est la responsable du drame d'Allemagne-en-Provence (neuf morts), le 16 juin, et du massacre des 14 jeunes gens, partis des environs de Carcès pour aller au maquis.
Dans le Var, Aups est particulièrement menacée. Dès le 8 juin, la Feldkommandantur 800 de Draguignan exige des représailles. Peu soucieuse de prendre la responsabilité des opérations, elle fait pression sur les autorités françaises en menaçant de brûler la localité. Elle peut ainsi s'en défausser sur elles, toujours soucieuses, même en ce domaine, de sauvegarder les apparences de leur souveraineté. Après négociations à la préfecture, il est entendu que les Français effectueront eux-mêmes les représailles (après avoir pu réduire les exigences allemandes)41. Mais le commandant de gendarmerie refuse la participation de ses hommes. La Milice du Var, bien que rassemblée à Draguignan, est trop faible pour se charger seule de l'affaire. Elle servira d'appoint à celle de Marseille qui fera l'essentiel du travail, sous les ordres de l'intendant de police régional, Panebœuf. Elle arrive, le 12 juin, au petit matin, échange des coups de feu avec les FTP, installés en lisière, aux Grottes. Le village est investi et perquisitionné, ses habitants sont contrôlés et interrogés. Une ferme refuge est incendiée. Prévenus de l'imminence d'une opération par la Résistance dracénoise, les résistants ont rejoint les maquis voisins. Il n'empêche que, vers 9 heures, une camionnette du maquis Vallier (CFL), en mission de ravitaillement, est surprise par le barrage que la Milice de Marseille a installé sur la route, en amont du village. Deux de ses occupants, dont l'un des gendarmes partis au maquis le 7, sont fusillés illico. Après quelques heures d'occupation et une harangue de l'intendant de police, la Milice repart, vers 16 heures, celle de Marseille avec deux prisonniers, celle du Var avec 87 Aupsois, requis pour quinze jours de travail supplémentaire sur la côte, à Fréjus-Saint-Raphaël. C'est la sanction que le préfet a négociée avec les Allemands42.

Les jours suivants, après avoir servi de figurants à Aups, les miliciens varois interviennent à Flayosc, les 15 et 21 juin, contrôlent les hommes et opèrent trois arrestations (dont celle d’Albert Pierrugues, responsable cantonal AS de Fréjus). Ces expéditions font suite à un accrochage entre les Allemands et les FTP “ légaux ”. Au même moment, sur les indications d’Hugo Brunning, le SD de Draguignan met la main sur les résistants de la région de Saint-Maximin qui ont aidé les maquisards FTP.

Les Allemands ne sont donc pas assommés par les événements. Leur commandement a fait paraître dans la presse, le 13 juin, un avis précisant que les francs-tireurs ne seront pas assimilés à des soldats réguliers. Principale cible : le gros maquis de Siou-Blanc qui n'est pas passé inaperçu. Des imprudences et des trahisons ont permis d'en mesurer l'importance. Son attaque est prévue. La date est fixée au 18 juin. Depuis plusieurs jours, les chefs de la Résistance varoise sont inquiets. Sarie et Arnal savent que le maintien du maquis est impossible. Il n'y a pas assez d'armes. Aussi s'efforcent-ils de faire passer un message d'alerte par un émetteur dont ils connaissent vaguement les coordonnées et qui doit être celui du capitaine Durand Dominique, aux environs de Varages43 (ils n'ont aucune liaison radio à eux et l'on peut ainsi se rendre compte que le chef régional du SR des MUR ignore donc que Gallia, par exemple, possède plusieurs postes dans le Var, sans parler des émetteurs des autres réseaux). Ont-ils eu connaissance des réticences de Rossi et Juvénal ? Les ordres de dispersion leur sont-ils parvenus ? Les témoignages sont muets sur ce point. Pourtant, on a tout lieu de croire que l'ordre de faire redescendre les maquisards désarmés est arrivé à Toulon, puisque ce mouvement est déjà entamé. La réunion que tient le CDL, vraisemblablement le 16 juin, ne serait-elle pas liée à la réception des télégrammes du général Koenig, demandant de freiner l'action ou de la stopper44 ? N'est-ce pas pour cela que le capitaine Durand y participe ? En tout cas, si l'on a bien conscience que le maquis de Siou-Blanc n'est pas viable sans armes, tout espoir n'est pas encore perdu puisqu'on charge cet officier d'en réclamer à Alger. Cependant, c'est au sortir de cette réunion, que Salvatori est prévenu de la trahison et de l'attaque projetée et qu'il ordonne, avec l'accord d'Amigas, la dissolution du maquis45.
Bien qu'il y ait déjà moins de monde à Siou-Blanc, l'opération s'effectue finalement d'une façon remarquable, compte tenu du nombre de personnes qui restent impliquées et des ravages de la répression ailleurs. Cependant dix jeunes FFI se font surprendre par les Allemands. Un groupe de huit, capturé à la ferme Robeuse, est fusillé, le 17 juin, près du Castellet, et deux autres sont tués, le lendemain, dans les bois de Méounes. Dans Toulon, Allemands et hommes de main du PPF multiplient les rafles. Les occupants font partir les hommes qu'ils craignent de voir participer à un éventuel soulèvement en ville46. Les détachements des chantiers de jeunesse travaillant pour la Todt sont dissous et partent, en chantant La Marseillaise. Les travailleurs coloniaux - malgaches - ont été éloignés et envoyés à Tourves. Les Allemands n'ignorent pas que leur encadrement a participé au maquis. La Geheim Feldpolizei se charge de la répression. Entre le 19 et le 22 juin, quinze résistants sont arrêtés, dont cinq officiers et sous-officiers des troupes coloniales. Le tribunal militaire allemand les jugera le 6 juillet et prononcera douze condamnations à mort (non exécutées)47. L'état-major FFI est en partie découvert, arrêté ou identifié. Salvatori, lui-même, touché par une dénonciation, doit se cacher. Le commandement FFI départemental est donc désorganisé. Certains résistants quittent Toulon. Beaucoup sont démoralisés48. Les marins-pompiers et les gendarmes maritimes qui ont participé au maquis, à l'insu évidemment de la hiérarchie, sont menacés de sanctions par des supérieurs qui, bien qu'en contact avec le SR Marine, ne manifestent pas d'enthousiasme résistant particulier49. La zizanie s'installe entre les groupes montés à Siou-Blanc. Elle apporte de l'eau au moulin des FTP qui ont critiqué l'opération et n'y ont pas participé. Il est vrai que cette mobilisation a eu pour conséquence de désorganiser un pan de la Résistance locale et d'hypothéquer l'action future de ceux qui fondaient leur stratégie sur le couplage de l'action militaire des FFI et celle des troupes débarquées. Dans l'esprit de ses concepteurs, le maquis de Siou-Blanc aurait dû avoir une importance considérable, mais à condition d'être accompagné de parachutages d'armes et de s'effectuer en liaison avec le débarquement. La fausse mobilisation du 6 juin rend caducs des mois d'efforts et fait perdre à une fraction importante de la Résistance locale une partie de ses possibilités. Il ne sera plus possible de rééditer l'opération le 15 août, au moment du vrai “ jour J ” pour la région. Un jugement serein sur le rôle militaire de la Résistance à ce moment-là doit aussi en tenir compte.

Faute de débarquement, la mobilisation se révèle donc prématurée et mal préparée.

“ La grande majorité des membres de la Résistance nous a blâmé et a perdu confiance en nous, en nos alliés et en eux-mêmes. ”50

Ce jugement du DMR qui concerne essentiellement l'ensemble MLN-CFL est exagéré. Il n'en est pas moins significatif des sentiments que la fausse manœuvre a pu faire naître. Les conséquences négatives l'emportent sur les effets positifs, effets qui sont davantage politiques et psychologiques (sur la Résistance et sur ses adversaires) que militaires. Les événements ont jeté le trouble, y compris chez ceux qui ne font du “ Jour J ” qu'un élément de leur stratégie politique. Aux yeux de Juvénal, et pour son organisation, ils

“ ont relâché l'essor de la Résistance dans certains secteurs, il nous faut reprendre en main les troupes disséminées, faire connaître les responsabilités. ”

Il demande même à ce que l'on reconsidère au plan national la “ fusion ” avec l'ORA51. Les retombées du soulèvement portent à son comble les divisions entre les trois pôles de la Résistance dans les semaines qui suivent. Il n'y a pas d'entente possible entre ceux qui veulent continuer coûte que coûte l'action militaire engagée, ceux qui veulent faire des événements une étape vers l'IN et ceux pour qui il s'agit de tenir et de garder les forces jusqu'au bon moment.

3 - La fiction unitaire rompue.

Dès le 6 juin, face aux événements, la direction régionale de la Résistance se trouve tiraillée entre deux attitudes. Pour le chef régional ORA, il n'y a pas à discuter les ordres d'entrée en action reçus et à différer l'application du plan d'opérations qu'il a conçu. Il ira donc dans la montagne provençale diriger l'insurrection de “ la zone des maquis ”. Par contre, Juvénal a, comme il se doit, une position plus politique. Il est tout à fait hostile à une action qui ne serait pas couplée avec un débarquement en Méditerranée. Il en craint les conséquences et redoute, en particulier, de laisser les villes aux mains des communistes. Il voudrait, depuis déjà longtemps, que les groupes CFL urbains soient armés52.    
Les autres membres de la direction sont partagés. Simon appuie Lécuyer par refus de “ l'attentisme ” et bien que la stratégie des FTPF. soit passablement différente. Burdet qui n'a pas de responsabilités militaires est d'accord à condition d'exclure les villes de l'action. Rossi est réticent, sans doute inquiet du rôle que va jouer l'ORA et de l'application d'un plan qui laisse les villes de côté. Mais, partisan de l'action, il suit. Il n'y aura pas d'ordre de lui appelant à monter au maquis, mais il n'y aura pas non plus d'ordre inverse et rien ne laisse supposer que, sur le moment, il ait formellement désapprouvé Lecuyer. Il est même prévu qu'il ira le rejoindre à son PC de Barcelonnette. C'est ce qu'il confirme encore à Zeller lorsqu'il le rencontre, le 8 juin, à Aix-en-Provence53. Plus tard, Juvénal lui-même dira avoir cru au débarquement. Malgré son hostilité, ne prend-il pas lui aussi le maquis ? Il s'établit à Vauvenargues du 7 au 9 juin54. Il y a donc bien une relative communauté d'attitude, à tous les échelons, dans les deux jours qui suivent le débarquement de Normandie, sinon sur le déclenchement de l'action, du moins sur la mobilisation.
Le front commun éclate les jours suivants, vers les 9 et 10 juin, faisant rejaillir les divergences stratégiques et politiques antérieures55. En l'absence de l'aide extérieure promise, les responsables MLN et CFL, Juvénal le premier, réagissent, expriment leur désaccord et leur colère. C'est le moment où les Allemands contre-attaquent et où les premières victimes - dès le 8, dans le Vaucluse - sont recensées. Le comptage macabre qui s'alourdit sans cesse explique l'âpreté des réactions. Avant même réception des télégrammes du général Kœnig, les désaveux, les demandes d'explication accompagnent les ordres de dispersion, du moins dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, les Basses-Alpes et les Alpes-Maritimes56. Lorsque parviennent les nouveaux ordres de Kœnig, s'évanouissent les dernières illusions sur le débarquement et les parachutages promis et, chez de nombreux responsables, s'installe le sentiment d'avoir été floués.

Juvénal et Rossi, chacun dans son domaine et avec des conceptions de l'action à mener qui ne sont pas identiques, tentent de reprendre le contrôle des opérations et de sauver ce qui, dans leur esprit, peut l'être. L'attitude de l'ORA depuis le 6 juin, l'autonomie prise par son chef régional qui continue l'action, malgré les contre-ordres, et qui a même ordonné aux hommes des Bouches-du-Rhône de rejoindre le réduit alpin, apparaissent comme une tentative de débordement de la Résistance “ politique ” par la Résistance “ militaire ”, comme une tentative “ giraudiste ” de prendre le pas sur la Résistance “ gaulliste ”. C'est bien ainsi qu'on va l'analyser à tous les niveaux du MLN.

Les dissensions affectent rapidement les Alpes-Maritimes et surtout les Basses-Alpes, principale pièce de la stratégie militaire de l'ORA, mais dominée politiquement, pour l'instant, par les amis de Juvénal. Le CDL essaie d'imposer son autorité aux militaires57. De son côté, Rossi rédige une note extrêmement dure contre les officiers qui
“ viennent de démontrer clairement qu'ils ont toujours obéi à des consignes et des mots d'ordre provenant d'organisations étrangères aux Forces Françaises de l'Intérieur telles que celles-ci avaient été instituées. ”
Les officiers visés sont ceux de l'ORA et de la mission interalliée. Il les accuse de “ manœuvres de sabotage ” et il
“ dénie formellement au capitaine SAPIN le droit de donner aucun ordre relatif à la conduite des opérations des Forces Françaises de l'Intérieur sur la Région ”,
en même temps qu'il interdit

“ formellement à quiconque d'exécuter toutes instructions émanant de lui, de l'un quelconque de ses lieutenants agissant en son nom, ou de l'officier français de la Mission Interalliée qui s'est fait récemment son interprète auprès de nos troupes. ”58
Son attitude est approuvée par Degliame et Bourgès-Maunoury qui effectuent une tournée des régions dans le courant juin. L'affaire devient une pièce essentielle dans le contentieux national qui oppose les militaires et le reste de la Résistance59.
Le commandement régional des FFI est donc coupé en deux, très symboliquement partagé entre le haut et le bas pays, entre Marseille où se tient Rossi et Barcelonnette d'où Lécuyer dirige les opérations dans les Alpes du Sud. La fracture est grave, mais ses effets sont réduits par l'éparpillement des centres de décision, par l'autonomie de chacune des composantes des FFI et par la lenteur des liaisons. Ses conséquences sont plus importantes au plan national qu'au plan régional. C'est ainsi que le Var est épargné, sinon par les dissensions, du moins par les effets directs de cette controverse. Le seul département où l'atmosphère en soit empoisonnée est, pour l'instant, celui des Basses-Alpes. Occupé par les combats que livrent ses hommes dans le réduit alpin, fort de l'appui de Zeller, Lécuyer n'a connaissance des “ pièces ” de “ son ” affaire qu'au compte-goutte et assez tard. Son procès monte très haut, mais il ne sera avisé de la sanction prise à son encontre par Alger que le 14 août et n'apprendra l'existence du rapport “ d'un certain Degliame ”60 que bien plus tard, après-guerre.  

La note que rédige Rossi va au-delà de la rupture avec l'ORA. Elle ne traduit pas seulement l'affrontement de deux forces qui rivalisent pour s'assurer la direction militaire de la Résistance. Marqué par ce qui vient de se passer, Rossi renverse désormais l'orientation stratégique des FFI en R2. “ Les événements récents -  écrit-il - m'ont conduit à modifier d'une manière essentielle les instructions données ”. Comme si ceux-ci l'avaient convaincu de l'absence de toute alternative, il s'aligne sur la stratégie des FTP :

 “ les actions déclenchées prématurément et où la mission de simple guérilla a été dépassée par un caractère nettement politique ont, par leur échec cuisant, clairement démontré qu'une insurrection nationale ne se déclenche pas au préalable dans des petites sous-préfectures isolées où l'action de masse est impossible, mais n'a de chance de succès que dans les grands centres... il est en effet indispensable d'envisager le déclenchement de la grève générale insurrectionnelle sans égard à aucune considération relative au débarquement sur nos côtes. ”

L'alignement n'est pas que stratégique, c'est d'une véritable intégration qu'il s'agit en donnant l'ordre

“ dès maintenant,( de) se mettre en contact étroit avec les responsables départementaux FTP en vue de dépasser très largement la formule des FFI par une unité totale dans l'action ”,
en recommandant de faire en commun des récupérations d'armes, par exemple parachutées, en préconisant, comme les FTP au même moment, la prise des armes, non seulement aux miliciens et aux Allemands, mais aussi aux policiers français. Rossi précise que
“ le commandement régional des FFI a pris tous les accords nécessaires avec le commandement régional FTP. ”61  

 On pourra toujours s'interroger sur les positions politiques de l'homme avant cette période et ses liens avec le Parti communiste, mais tout indique que les journées de juin ont joué un rôle décisif dans son évolution. Par ce changement d'orientation, Rossi ne rompt pas seulement avec l'ORA, il se sépare aussi des “ politiques ” du MLN avec lesquels, jusque-là, le contact paraissait bon, mais qui voient en lui désormais un “ sous-marin ” communiste.  

Il ne faut pas majorer l'impact de la rupture FFI-ORA et, moins encore, les conséquences de l'évolution de Rossi. Le pouvoir réel des commandements régionaux, celui des FFI surtout, est si réduit... Ces divergences-là ne parviendront pas à la base et l'on verra vite les limites des nouvelles consignes d'action données par Rossi. Sur le terrain, on combat en général au coude à coude. Dans les Basses-Alpes, les dissensions politiques n'empêchent pas la fraternité d'armes entre les partisans de l'action. Les cadres de l'ORA se mettent à apprécier, sous cet angle, les FTP qui, de leur point de vue, ont l'avantage de se battre réellement. Les uns et les autres se rapprochent au point de nouer une alliance au moins tactique face au partenaire/adversaire commun MLN-CFL Lécuyer propose même de partager avec les FTP - et avec eux seulement - l'argent qu'il reçoit62.
Malgré ces rapprochements, malgré l'unité qu'il peut y avoir parmi les résistants ordinaires qui ne font guère de distinction entre les organisations, il n'en reste pas moins que l'affrontement des trois pôles de résistance est plus réel que jamais. Il se poursuit avec âpreté entre la mi-juin et la Libération, en contrepoint de la lutte qu'ils mènent en commun ou parallèlement contre l'occupant63. Rivalisent trois conceptions de la lutte à mener avec au bout une plus ou moins grande part du pouvoir futur.
- Les militaires de l'ORA poursuivent sur leur lancée avec l'appui des réseaux (SAP ou SOE). La région alpine – “ zone des maquis ” - est quasiment libérée. Elle doit être défendue pour fixer ou harceler l'Occupant. C'est, dans une certaine mesure, la même position qu'au Vercors, où l'on se considère, d'ailleurs, comme l'avant-garde du débarquement attendu en Provence64. Elle est son prolongement et ce n'est par hasard que Zeller a été investi d'un pouvoir de coordination sur toute cette zone65. Comme au Vercors, les télégrammes Kœnig sont accueillis dans la montagne provençale avec incrédulité. Il ne semble pas possible de démobiliser, ne serait-ce que pour des raisons de bon sens66. Bien que Kœnig ait donné l'ordre de cesser toute opération le 22 juin, il faut remarquer que l'action menée n'est pas condamnée par les correspondants extérieurs des chefs militaires67. Le général Cochet, délégué militaire FFI sur le front Sud, à Alger, ne paraît pas convaincu de la nécessité de l'interrompre. Lécuyer réclame encore des armes, de l'argent et du matériel les 8 et 9 juillet, alors que les Allemands s'apprêtent à l'attaquer de divers côtés68. Sur place, on peut - et l’on veut - toujours croire aux parachutages  qui permettront d'étendre l'action jusqu'au nord du Var (ligne Fayence-Draguignan-Barjols-Rians). Mais l'aide reçue sera très en deçà des espérances, on le sait. Cette stratégie qui privilégie la lutte en rase campagne n'en constitue pas moins une sorte de revanche des militaires sur la Résistance “ civile ”.

- Juvénal et les directions MLN-CFL qu'il contrôle - dont celle du Var - restent sur leurs positions ou y reviennent lorsque, dans un premier temps, elles ont participé à la mobilisation du 6 juin. Tous condamnent l'attitude de l'ORA, venue s'ajouter au contentieux des mois précédents. Alors que l'ORA locale veut se placer exclusivement sur le terrain militaire, ses détracteurs analysent politiquement sa manœuvre. Pour le MLN régional, l'insurrection doit être couplée avec le débarquement.

“ Une grève insurrectionnelle ne peut avoir un réel intérêt et une chance de succès que si elle précède de peu un débarquement fait dans notre région ”69,
ce qui est à l'opposé de la conception défendue par le PCF, puis par Rossi. Aux considérations de prudence, au souci de ne pas exposer inutilement les hommes, se mêlent des objectifs plus politiques que les communistes ne se font pas faute de dénoncer.

- La Résistance communiste dénonce donc tant l'ORA et les maquis mobilisateurs qui, à ses yeux, ont entraîné la désertion des villes que les “ attentistes ”. Le Bulletin intérieur d'information des FTP des Basses-Alpes continue de désigner l'ORA comme une branche de l'AS dont l'essor s'explique par le jeu des Anglo-Saxons. Il interdit tout rapport d'organisation à organisation au bas de la hiérarchie (en dessous du sous-secteur). Par contre, les contacts personnels sont autorisés, ne serait-ce que pour convaincre les membres de l' “ AS ” de la nocivité de sa “ ligne ”70. Chez les communistes, la première quinzaine de juin est dominée par l'urgence, car “ l'I.N. doit être déclenchée dans les jours qui vont suivre ”71. On croit à Marseille au redémarrage de la grève insurrectionnelle qui doit en être le prélude72. Le 20 juin, La Marseillaise n°7, lance un appel au démarrage de la grève. En fait, la tournure prise par les événements (l'échec des tentatives de libération anticipée de villes ou de régions, la vigueur de la répression, le “ suivisme ” par rapport à l'ORA ou aux CFL parfois constaté, l'impossibilité ou les réticences à se lancer dans l'action en villes) ont conduit à recentrer une action qui ne faisait pas l'unanimité. L' “ ordre du jour du Haut commandement des FTPF. (zone Sud) ” du 20 juin est nettement en retrait sur celui du 6. Entre le “ Pas de pitié. Pas de quartier. On les aura ” de celui-ci et le “ Il faut que dans un délai extrêmement court tout le peuple de France soit en armes et jette toutes ses forces dans le combat pour forcer la décision ” de celui-là, la marge est importante73. On est revenu à une évaluation plus raisonnable du rapport de force. Les circonstances ne sont pas encore favorables, mais, dans une conception dynamique de la “ montée ” des luttes, cet échec relatif est transformé en étape indispensable. Dans une circulaire à ses commandants de secteur, le COIR critique tant “ l'optimisme exagéré de nos dirigeants de la Drôme et des Basses-Alpes (qui) doit faire place à un jugement réaliste des choses ” que “ le peu d'enthousiasme de nos gars de la zone côtière ”. Il poursuit en donnant une leçon politique qui pourrait très bien s'adresser à d'autres qu'à ses subordonnés :
“ Aucun des deux sentiments, optimisme et pessimisme n'étaient fondés. Les succès rencontrés dès les premiers jours ne devaient pas nous faire oublier les difficultés qu'inévitablement il allait surgir et les trahisons que nous devrions surmonter. Le “ Il n'y a rien à faire ” de certains doit à la clarté de l'expérience faire place à un sentiment plus juste de la situation. Certes tout n'est pas possible, mais n'oublions jamais que tout est possible à tenter. Nous n'avons jamais dit que par notre action, nous décréterions l'Insurrection Nationale, mais nous répétons que nos actions en général et en particulier là où sont les ouvriers devaient créer les conditions favorables à l'Insurrection. ”74
Cette vision du combat à mener est désormais celle du chef régional des FFI La ligne est d'ailleurs résolument à la main tendue aux résistants des autres organisations déçus par l'attitude de leurs chefs, en particulier ceux de l'AS75. Elle est au recrutement, au renforcement des organisations et, bien entendu, de l'action. L'IN ne saurait tarder.

 

 

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*     *

 

La stratégie des uns et des autres se traduit plus ou moins clairement sur le terrain. L'autonomie de fait de nombreux groupes et les directives qui émanent des différents états-majors rendent la situation embrouillée. La répression fait passer souvent au deuxième plan d'autres considérations, d'autant que les sentiments contradictoires de la population oscillant entre la crainte des représailles et le désir de “ faire quelque chose ” constituent un facteur que les chefs de la Résistance ne peuvent ignorer. Il leur faut tenir compte aussi de son profond désir d'unité et de son aversion pour la “ politique ”, entendue comme facteur de division.

 Bousculée par l'événement, la Résistance qui n'a guère eu le temps de mûrir - mais l'a-t-on jamais dans de telles circonstances ? - est engagée dans un combat ouvert, parfois à son corps défendant, parfois très volontairement. Il ne se déroule pas au moment ou aux conditions envisagées avant le 6 juin. Il n'a pas toujours lieu sur le terrain choisi, mais chacun essaye d'utiliser au mieux les circonstances et les moyens insuffisants, en hommes d'expérience et en matériel, dont il dispose. Ici, comme ailleurs, et pas seulement en Normandie, l'ultime phase de la lutte a commencé. On ne peut rendre compte de la place tenue par la Résistance dans la Libération stricto sensu, celle de la mi-août, si l'on oublie qu'elle est sur la brèche depuis le 6 juin et que ce qui s'est passé alors n'est pas sans conséquence à ce moment-là76. Ces semaines sont peu de choses dans l'histoire de la guerre en France. Elles représentent encore moins dans la vie d'un homme, pourtant elles sont si intensément vécues par ceux qui y ont participé qu'elles se dilatent dans leur mémoire aux dimensions de mois entiers. Dans cette période de la guerre où le temps mesuré et le temps vécu se rejoignent si peu, les quelques jours de l'été 1944 sont certainement ceux qui pèsent le plus lourd.

 

1. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 27 mai 1944.

2. ADV, 3 juin 1944.

3. P. LABORIE, op. cit., p. 309.

4. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 5 et 11 juin 1944 : le pain a manqué à La Seyne les 27 et 29 mai.

5. ADV, 1 W 82, note de l'Arbeitseinsatz au sous-préfet, 7 juin 1944 : depuis le 4, cafés et établissements de spectacles sont fermés à 17 heures 30, le couvre-feu est à 20 heures 30.

6. Si l'on en croit P. LIMAGNE, op. cit., t. 3, p. 2 039, à la date du 6 juin, elle n'a pas donné l'ordre de rejoindre le maquis, sauf pour les policiers et les gendarmes et F. RUDE a fait remarquer que les résistants, dont il était, n'ont pris dans le discours du général de Gaulle que ce qui allait dans le sens de l'insurrection, sans se rendre compte que ce qui suivait démentait l'ordre donné par les messages (P. BOLLE, op. cit., p. 154).

7. D. PESCHANSKI, op. cit., p. 589, note d'Angelo Tasca du 9 juin 1944.

8. ADV, 1 W 21, Rens. gén., semaines du 5 au 11 et du 12 au 18 juin 1944.

9. J. GARCIN, op. cit., p. 325 en fait des bûcherons se rendant à un chantier forestier, ce qui est vraisemblablement la (fausse) version répandue dans les Basses-Alpes. Or trois jeunes gens de Carcès, dont Floreal Fuentès qui sera tué dans un maquis FTP le 11 août, sont allés en reconnaissance préalable à Montagnac, sur les indications d'un de leurs camarades, Robert Lévy, membre du groupe FTP (tém. Lévy 1986). L'un des jeunes tués à Saint-Martin-de-Bromes, Gabriel Unia, avait été condamné en 1941 pour propos antinationaux.

10. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 46, à propos de la réunion de l'état-major FFI du 6 juin 1944 à Marseille.

11. SHA, 13 P 53, note de Rossi à l'état-major FFI. Même constat de M. Juvénal : enthousiasme général, la foule voulait immédiatement se battre (AN, 72 AJ 65 AN°3 I, note s.d., rédigée courant juin) et de J. VIAL, op. cit., p. 205 : le Midi bouillonne et “ vouloir surseoir à cette explosion populaire eut été chose difficile ”.

12. SAPIN et quelques autres, op. cit., pp. 46-47.

13. Renseignements fournis par Antoine Pelletier :  ce qui sera peu apprécié par ses chefs ; le 7 juin, n'a-t-il pas reçu un câble lui demandant de n'assurer que son service ordinaire ?

14. F. Salvatori a avancé les chiffres de 483 hommes (allocution du 6 juin 1964) ou de 590 (arch. Amigas, rapport s.d.). Les groupes stationnent à La Ferme (groupe Pascoet), à La Citerne du gouvernement (groupe Thoubert), à Valbelle (groupe Bartoli) et à La Fontaine neuve (groupe Bianconi). Les FUJ de Chambardon sont aux avant-postes.

15. Les armes SAP ont probablement été obtenues par l'intermédiaire de J. Ducret (dont les groupes ne participent pas, tout au moins au début, à l'affaire). Ce sont 25 mitraillettes Sten avec 200 cartouches, six fusils-mitrailleurs et deux mitrailleuses lourdes. D'autres armes auraient été récupérées au Plan d'Aups, dans la Sainte-Baume, après un parachutage, ce qui aurait donné lieu à une altercation avec les FTP (sur Siou-Blanc, divers tém. dont F. Salvatori à des dates diverses, Dr Seys 1944, L. Médiani 1982 ; arch. privées, rapport URAC, 6 août 1944 ; AD Var, Cour de Justice de Toulon 10, dossier De., 13, dossier Fr., et 20, dossier Le.).

16. ADV, Cour de Justice de Toulon 20, dossier Le., lettre du chef départemental, commissaire aux jeunes du Var, 9 juin 1944 : le 8, une “ bande armée ” s'est présentée à Chibron où est logé le centre de La Pinède, se faisant passer pour la Milice, puis se découvrant comme réfractaires devant les jeunes rassemblés qui se sont alors précipités pour les embrasser et leur ont ouvert le dépôt de vivres, etc.

17. Arch. ANACR, Rapport sur les événements militaires et sur la situation du secteur H.V., par Paul (O. Marrucci, CO de la 2e Cie) et Ricard, s.d. (peu après le 25 juin 1944), dactyl. Orthographe respectée. Sur l'action des CFL, tém. A. Bourjéa, L'action des FFI à Aups du 6 juin au 18 août 1944, s.d., dactyl.

18. Arch. privées, rapport du CER Guy déjà cité sur l'activité du 26 mai au 10 juin 1944. Le CER indique que le camp Robert a appliqué ses “ directives... pour l'action immédiate et la lutte contre le boche et les traîtres ” ( “  sur instructions reçues du C.M.I. ”).

19. Tém. L. Philip, Aups et le militant, dactyl., s.d., p. 14 (Philip est un communiste du lieu, interné évadé. Il est prévenu par deux amis qu' “ ils avaient pris la Poste et la Gendarmerie et que dans la nuit suivante il devait y avoir le débarquement ”, ce qui le poussera à descendre au village où il sera pris en otage par les Allemands). Pour les FTP du camp Robert, il ne s'agissait pas du tout d'occuper quoi que ce soit (tém. R. Charvet).

20. Sur cette affaire, tém., parfois contradictoires, A. Bourjea, E. Bertrand, R. Charvet, L. Archier, L. Philip 1981 et, surtout, ADV, Cour de Justice de Toulon 11, dossier De. et 26, dossier Pa., 1 W 82, rapport du préfet, 16 juin, lettre du maire, 12 juin, rapport des gendarmes, 8 juin ; ADBdR, Cour de Justice Aix-en-Provence, dossier 138 ; La Liberté du Var, 6 juin 1945 ; Arch. ANACR, Rapport sur les événements militaires et la situation du secteur H.V. (s.d., dactyl.) ; arch. privées, rapport du CER du 26 mai au 10 juin.

21. J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 150, rapport du préfet sur la situation, 16 juin 1944. D'autres gendarmes du Var, rassemblés à Digne, rejoindront le maquis (SHA, 13 P 53, Journal de marche du commandant Chaumont).

22. Sur cet officier de gendarmerie atypique, voir la biographie écrite par son fils, P. FAVRE, Histoire d’un militaire peu ordinaire, Paris, L’Harmattan, 265p., 1992. J. Favre est arrivé dans le Var en avril, venant de La Rochelle où il participait à la Résistance.

23. Sur le Vercors, P. DREYFUS, op. cit., p. 132, tém. Koenig et p. 137 avec l'interrogation significative du chef ORA-FFI, Descours : “ mais, enfin, qu'est-ce qu'ils attendent pour débarquer en Provence ? ”.

24. ADV, 1 W 25, Rens. gén., 10 juin et Sûreté navale, 20 juillet 1944.

25. ADV, 1 W 21, Rens. gén. de Toulon et de Draguignan, semaine du 5 au 11 juin 1944.

26. Rapport reproduit in P. AZZIZ, op. cit., p. 177 et suiv. avec des noms d'emprunt (qui ont induit H. NOGUÈRES en erreur sur l'identité du traître, op. cit, t. 5). L'imminence du débarquement est confirmée par le responsable ORA des Bouches-du-Rhône, arrêté le 7 juin, à Marseille.

27. Câble du 9 juillet déjà cité in H. NOGUÈRES, op. cit., t. 5, p. 663.

28. Amiral Baudouin, La participation..., tém. cit., p. 19.

29. Tract du Comité National d'Unité syndicale (CGT - CFTC), diffusé après le 6 juin, trouvé dans la région tropézienne.

30. G. GUINGOUIN, Quatre ans de lutte sur le sol limousin, Paris, 1974, offre un exemple de ces réticences. Par comparaison, on sait les conséquences dramatiques de l'occupation de Tulle. Tém. déjà cités d’H. Simon et L. Blésy qui ont trouvé les consignes de la zone complètement irréalistes

31. J. GARCIN, op. cit., p. 298, circulaire du 8 juin 1944 sur la faiblesse des liaisons et la responsabilité des FTP en tant que soldats politiques par rapport à la population. Elle évoque aussi, en dernier recours, la nécessité du repli. L'ordre du jour du 10 juin rappelle que l'état-major FFI a décidé bien avant le débarquement que les unités du littoral “ occuperaient le terrain jusqu'à la limite de leurs forces ” et que la montée au maquis n'est concevable que pour ceux qui sont menacés. Elle stigmatise “ les capitaines d'aventure qui mènent à la mort des patriotes ”.

32. Arch. privées, rapport du COR, 20 juin 1944.

33. Arch. privées, rapport d'activité du 26 mai au 10 juin, par le CER Guy.

34. Arch. ANACR, rapport déjà cité de Paul et Ricard, un peu postérieur au 25 juin 1944. Nous avons respecté l'orthographe.

35. Arch. ANACR, rapport déjà cité de Paul et Ricard, un peu postérieur au 25 juin 1944.

36. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 5, p. 147.

37. L. Burdet, tém. cit. Le télégramme du 10 juin se trouve dans les documents de G. Cisson. Il est daté du 19 et accompagné d'une note du même jour pour “ faire dire au maquis ”, précisant que “ les ordres de la région furent toujours conformes aux prescriptions de ce message ” (AN, 72 AJ 64, documents Cisson).

38. Dans le cadre de l'affaire Catilina, du nom du rapport qui la conclut le 6 juillet 1944 (33 arrestations dont le chef ORA des Bouches-du-Rhône, Jonglez de Ligne, chef de la Sécurité militaire de la XVe Région, un radio installé à La Motte-d'Aigues dans le Vaucluse, etc. et identification du chef du 2e bureau Marine Nomura, du chef de la Sûreté navale Blouet, etc.).

39. Les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse (Valréas, 53 morts le 12 juin, Charleval, Lambesc, La Roque d'Anthéron, les 12 et 13, 180 morts, etc.).

40. Divers tém. in SAPIN et quelques autres, op. cit., d'officiers présents lors de l'attaque, dans la nuit. Le sous-lieutenant Cheylus rapporte qu'il y avait deux officiers anglo-saxons et que l'un d'eux aurait été tué (p. 336), ce qui n'est pas confirmé par H. ROSENCHER, op. cit., p. 271, présent sur les lieux lui aussi. D'après ce dernier, et Antoine Pelletier en a eu confirmation dans son enquête, le PC de la mission se trouvait dans la maison, isolée, du commandant Lefort (Cheyron, un assureur d'Aix-en-Provence), qui ne correspond pas au château d'Ongles, propriété d'un couple d'Autrichiens (qui ont pu fuir), les Ihm. C'est un jeune garçon qui est venu avertir la mission, d'où l'exécution de l'ancien maire Arbaud accusé de l'avoir envoyé.

41. ADV, Cour de Justice de Toulon 11, dossier De. : les exigences allemandes ont été réduites à la demande du préfet et du chef de la Milice.

42. Sur l'affaire d'Aups, sources assez nombreuses, notamment ADV, Cour de Justice de Toulon 11 dossier De., ADBdR, 500 U 297 et tém. A. Bourjéa, F. Roustan. Les deux fusillés sont François Duchâtel, le gendarme, et Ernest Millet, un Hyèrois, l'un des piliers de l'équipe Picoche. Les prisonniers emmenés à Marseille sont l'un des occupants de la camionnette et le restaurateur Authieu. La Milice du Var, arrivée en retard, a gardé la mairie et participé aux perquisitions. Son chef départemental être intervenu à Saint-Raphaël où les Aupsois qu'il avait amenés se trouvaient sous la menace d'une mitrailleuse.

43. Tém. H. Sarie, dactyl., s.d. (Fonds Masson).

44. C'est à cette même date que le cmdt Chaumont, chef FFI-ORA des Basses-Alpes en prend connaissance (SHA, 13 P 53, journal de marche).

45. Les tém. sont contradictoires sur les dates (16 ou 17 juin) et sur les conditions. Le tém. le plus près des événements, donc celui qui nous paraît le plus fiable, est celui de F. Salvatori (arch. Amigas, s.d., déjà cité) d'après lequel il est averti de ce qui se trame par le chef AS d'Ollioules, Claessens, prévenu par la Sûreté navale. Salvatori retourne voir Amigas. Ils prennent ensemble la décision de dissoudre.  

46. ADV, 1 W 25, Rens. gén., 17 juin 1944.

47. Dr Seys, tém. cit. Il y a trois acquittements. Les condamnés à mort sont envoyés à Lyon et Paris, afin d'être déportés, et seront délivrés par la Libération.

48. Arch. privées, rapport de l'URAC, 6 août 1944 et rapport d'activités du chef de groupe du Revest, L. Camolli, 20 novembre 1944, dactyl., qui réclame des sanctions contre les responsables. Ce phénomène est général, signalé aussi dans les Basses-Alpes où le cmdt Chaumont note que les événements provoquent un certain malaise et le découragement (SHA, 13P 53, tém. cit.).

49. ADV, 3 Z 4 6, rapport s. d. (après la Libération) du gendarme maritime Ca. Isidore et 3 Z 4 14, lettre de l'équipe de la 5e Cie de marins-pompiers de Toulon à la direction de Rouge-Midi, s. d. (après la Libération).

50. L. Burdet, tém. cit.

51. AN, 72 AJ 65, note s.d. (courant juin 1944), anonyme, mais certainement de M. Juvénal, AN°3 I.

52. SHA, 13 P 53, général Lécuyer, “ Etude... ”, op. cit. : le 6 juin, Juvénal considère que l'action est une “ pure folie ”.

53. AN, 72 AJ 446, Fonds Cochet B2 FFI zone Sud, télégramme de Victor, 6 juillet 1944, avec note de Lécuyer confirmant sa rencontre avec Rossi et Burdet, le 6 juin, ainsi que l'attitude mitigée de R. Rossi qui n'aurait émis aucune désapprobation. Tém. du colonel Zeller concordant in H. NOGUÈRES, op. cit., t. 5, p. 107-108. Lécuyer n'évoque un désaccord plus tranché de Rossi que dans ses tém. postérieurs (par ex. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 46-47), connaissant alors les attaques dont il avait été l'objet de la part des CFL et du MLN.

54. M. Juvénal, tém. cit., qui apport donc un autre exemple des hésitations entre le 6 et le 9 juin 1944.

55. M. Juvénal, tém. cit., qui reçoit l'ordre de décrocher le 10 et celui de se rendre à Barcelonnette.

56. Dans la région d'Aix pour Juvénal, en accord avec le PCF, dit-il dans sa note (AN°3 I) déjà citée. Autres exemples dans les Basses-Alpes et le Vaucluse où, dès le 10 juin, le chef du secteur de Carpentras et, dès le 11, le chef départemental FFI condamne les ordres prématurés d'action immédiate, tandis que le CDL du Vaucluse fait apposer une affiche comme quoi l'ordre de passer à la lutte ouverte est une provocation (documents 167 bis et 168 in S. ISSAUTIER, op. cit.). En revanche, le Var ne semble pas avoir été touché par cette réaction quasi immédiate.

57. SHA, 13 P 53, Journal de marche du cmdt Chaumont, op. cit., à la date du 11 juin. Le CDL est dirigé par L. Martin-Bret.

58. Circulaire Levallois chef régional FFI et CFL à tous responsables départementaux FFI et CFL reproduite in J. GARCIN, op. cit., p. 322. Bien qu'elle ne porte pas de date, elle est généralement datée du 16 juin (que ce soit par les FTP, peu après la Libération, in “ Les origines de l'insurrection marseillaise ”, article destiné à leur journal, Combattre, ou par Zeller, SHA, 13 P 17, Rapport sur l'opération du 6 au 1er août). Elle n'est connue que plusieurs jours après (ne serait-elle pas un peu plus tardive ?), car Chaumont (Journal de marche, op. cit.) n'en prend connaissance que le 30 juin, ce qui est confirmé par un rapport FTP du 11 juillet 1944 (arch. privées, rapport d'information au sujet du commandement dans les FFI, de Jean Bernard). C'est Chaumont qui en informe Lécuyer. Celui-ci l'ignorait, d'où probablement le télégramme du 6 juillet qu’il fait envoyer à Alger. Dans son tém., SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 47, Lécuyer pense en avoir été informé entre le 20 et le 25 juin, ce qui est donc trop tôt. L'affaire est exposée dans un télégramme de Victor du 6 juillet 1944 (AN, 72 AJ 446, B2 FFI zone Sud) en réaction à cette circulaire. Selon lui les MUR (sic) reprochent une diffusion insuffisante des contre-ordres et une “ obéissance criminelle ” aux ordres de guérilla. Voir aussi SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 58-59 et SHA, 13 P 53, “ Etude ... ”, op. cit.

59. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 5, p. 643-644 (télégramme Bourgès-Maunoury du 9 juillet) et 864-866 (rapport Degliame du 10 juillet).

60. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 48 (il s'agit du rapport du 10 juillet). Sur sa sanction, AN, Fonds Cochet 72 AJ 447-448 DMOS Débarquement, télégramme 131, 19 août 1944, dans lequel Cochet répond au télégramme du 14 de Koenig lui demandant de l'entériner.

61. Circulaire de Levallois aux responsables départementaux déjà citée. On remarquera que Degliame se montre très élogieux sur Rossi, dans son rapport du 10 juillet..

62. SHA, 13 P 53, Journal de marche du cmdt Chaumont, 11 juillet 1944.

63. Ce que remarque P. LIMAGNE, op. cit. t. 3, p. 2 096, à la date du 27 juin 1944, à partir probablement de son expérience ardéchoise : le PCF. profite des faiblesses de l'AS - prise en main par la SFIO - et l'ORA arrive au moment où l'AS est déjà menacée par les FTP qui se sont beaucoup développés.

64. P. BOLLE, op. cit., p. 156, intervention de F. RUDE sur le Vercors. F. Cammaerts, chef du réseau Jockey du SOE qui couvre tout le massif et agit la main dans la main avec l'ORA, télégraphie à Alger, le 24 juin, du Vercors où il se trouve, que tout le Sud-Est s'est soulevé, persuadé que le débarquement en zone Sud doit avoir lieu dans les 15 jours qui suivent celui de Normandie.

65. La région R1 connaît les mêmes problèmes que la R2 entre l'ORA et le MLN. Quant au Vercors, il a été agité des mêmes débats sur la mobilisation (P. DREYFUS, op. cit., p. 128-129 : “ les ordres sont les ordres, obéissons ”), puis sur la dispersion (idem, p. 130-147).

66. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 58-59 où il exprime sa surprise à la réception des ordres de dispersion et les arguments qui s'imposent à lui et le conduisent à passer outre : risques encourus par les démobilisés et surtout impossibilité absolue de les remobiliser.

67. SHA, 13 P 53, cmdt Chaumont, tém. cit. : Alger nomme Lécuyer commandant à titre définitif et lieutenant-colonel à titre fictif, le 11 juillet.

68. AN, 72 AJ 446 B2 FFI Zone sud, télégrammes reçus. Dans le télégramme du 8, Victor, radio de la mission interalliée (dont le chef, Chanay a changé de position) se dit “ kidnappé ” par Perpendiculaire (Lécuyer) alors que Chanay veut qu'il lui soit rendu.

69. M. Juvénal, tém. cit., rapport au CD du MLN, s. d., dactyl., en annexe (postérieur au 10 juin), sur la dernière séance du CDL au cours de laquelle le PCF a proposé la grève générale insurrectionnelle et la constitution de groupes armés pour protéger les ouvriers. Juvénal était absent et F. Leenhardt a demandé à en référer aux chefs MLN. Même démarche de la CGT, le 6 juin, au CDL des Alpes-Maritimes et reprise par le PCF le 13, avec les reproches de n'avoir lancé aucun appel le 6 (J.-L. PANICACCI, “ Le Comité Départemental... ”, op. cit., p. 80).

70. Bulletin intérieur d'information des Francs-Tireurs & Partisans des Basses-Alpes, n°1, juillet 1944. On remarquera que certains cadres FTP font la distinction entre AS des MUR et ORA Dans son rapport déjà cité du 11 juillet, Jean Bernard (Bonnaire) estime que “ les Anglais (Cammaerts), le général JOSEPH (Zeller) et l'ORA ” veulent éliminer du commandement “ les Chefs ex. M.U.R. ” et propose de créer dans tous les départements un échelon de commandement AS-FTP pour “ que ce dernier éclaire la boussole du premier qui ne décèle pas comme nous les “ arrière-pensées ” de certains ”.

71. Arch. privées, compte rendu du CER du Var du 25 mai au 10 juin, déjà cité.

72. M. BAUDOIN, Histoire..., op. cit., p. 159-160 : le 16 juin, les communistes s'attendent au déclenchement de la grève générale insurrectionnelle dans les jours prochains (ce qui est à mettre en relation avec le rapport Juvénal sur les discussions au CDL sur ce sujet au même moment).

73. Ordre du jour, diffusé à Toulon, le 25 juin 1944 : il appelle aussi à activer la création des Milices Patriotiques, à attaquer les prisons et à créer un commandement FFI unique (il fait obligation aux CMR de désigner un délégué auprès des FFI).

74. Arch. privées, circulaire du COIR aux commandants de secteur, 24 juin 1944.

75. Entre autres traces, même circulaire (“ Que nos camarades des Basses-Alpes sans faire du prosélytisme, s'adressent à nos frères Combattants de l'AS et leur démontrent la lâcheté de certains de leurs chefs ”) et Bulletin interne des FTP des Basses-Alpes déjà cité.

76. J.-M. GUILLON, “ La place de la Résistance dans la Libération ”, Provence Historique tome XXXVI, fascicule 144, avril-juin 1986, p. 197 et suiv.