QUATRIÈME PARTIE

PRINTEMPS–ÉTÉ 1944
DE LA RÉSISTANCE À L'INSURRECTION

La Libération ne peut plus tarder. Chacun le sait. La quasi-totalité de la population l'espère. La Résistance change alors d'échelle. La participation active au combat clandestin devient un fait “ de masse ”.

L'atmosphère est extrêmement tendue. Les gens sont angoissés et à bout de nerfs. Excédée par les privations, bouleversée dans sa vie quotidienne par les événements qui se sont succédé depuis que les bombardements ont commencé, une partie de la population est désemparée, déracinée, prête à tout. La Libération est là, toute proche, mais le pire peut arriver à n'importe quel moment. Cette attente anxieuse rend tout plus insupportable encore.

La Résistance intérieure ne rassemble qu'une minorité, même si celle-ci s'est considérablement renforcée depuis un an. Cependant, jamais le pays réel n'a été si proche des avant-gardes dont l'éparpillement a au moins permis de toucher et d'exprimer les positions des milieux les plus divers. S'il reste une majorité silencieuse et craintive (mais patriote), jamais le nombre de ceux qui sont prêts à participer activement à la lutte n'a été aussi grand. De nouvelles couches rejoignent celles qui se sont engagées depuis plus longtemps. Beaucoup auraient été volontaires pour “ faire quelque chose ” si on le leur avait demandé les mois précédents. La Résistance en se découvrant va les entraîner dans son sillage et il serait injuste de n'y voir que des opportunistes1. Ce ne serait pas un point de vue d'historien que de se mêler aux jugements sévères et faciles sur les “ résistants de la dernière heure ”, d'autant qu'ils n'ont pas forcément été ceux qui ont pris le moins de risques. La Résistance est un mouvement qui se construit jusqu'à la Libération incluse. La contagion de l'enthousiasme, le mimétisme des moments d'exaltation, la volonté et l'opportunité de lutter et d'obéir à la Résistance l'expliquent bien mieux qu'on ne sait quel gigantesque “ retournement de veste ”. Avec la période de lutte ouverte - plus longue que prévue - commence un de ces moments rares où le peuple est aussi un acteur “ agissant ”.Les opérations de la Libération commencent le 6 juin, pas le 15 août. Les semaines qui séparent ces deux dates sont les plus intenses et les plus dramatiques de toutes celles qui ont été vécues jusque-là. Pour tous les résistants, c'est véritablement le temps de l'action. Pour tous, c'est celui qui laisse des traces dans la mémoire.

Jamais la Résistance n'a été aussi unie, rassemblant des foules derrière elle, établissant une solidarité réelle dans le combat. Mais jamais, non plus, elle n'a été aussi divisée. De nombreux clivages qui se traduisent par des conceptions politiques ou militaires différentes parcourent ses forces, avant que les événements et la répression ne les émiettent. Il y a divergences entre ceux qui luttent “ seulement ” pour chasser les Allemands et délivrer le territoire national - c'est assurément la majorité - et ceux qui veulent aussi prolonger la Libération par l'instauration d'un ordre neuf, sans être d'accord sur celui-ci.

Les résistants, les forces qui dirigent la Résistance intérieure ont, pour la plupart, la religion de l'unité. Elle n'empêche pas chacun de prendre place dans la perspective du partage du pouvoir qu'il faudra bien faire à la Libération et qu'il faut, dès lors, préparer. Le contrôle des moyens militaires et des institutions de la Résistance est donc les enjeux de luttes intenses. Mais les résistants de l'intérieur ne sont pas les seuls acteurs. Il y en a d'autres. Le peuple n'est pas le moindre. Entre la masse et ses états-majors, apparaissent des contradictions sur les objectifs et, parfois, sur les méthodes. Si les forces vichystes ne représentent plus rien, l'incertitude règne en ce qui concerne les projets de ceux qui viennent de l'extérieur libérer le pays. L'action politique de la Résistance doit aussi se comprendre par rapport aux espoirs et aux craintes que l'on place en eux.


CHAPITRE I - LES GRANDES MANOEUVRES DU PRINTEMPS 1944 (MAI - JUIN)


La situation de ces quelques semaines est caractérisée par une extrême fluidité. Constat banal que celui de cette accélération de l'Histoire, mais comment dire autrement cette réalité ? Fluidité des individus qui, ici, n'ont jamais été aussi nombreux en errance. Fluidité des sentiments, prêts à s'enflammer. Fluidité des masses que la Résistance mobilise. Fluidité des rapports de force entre ceux qui la composent. D'autant que la Résistance connaît au printemps 1944, avant le 6 juin, d'importantes transformations, générales et locales, d'hommes et de structures.

A - Les dernières mues de la Résistance

1 - Ultimes réorganisations

Les plus importantes concernent les directions régionales de la Résistance. Étant donné le caractère crucial de la période qui s'ouvre et l'importance de cet échelon de commandement, il est indispensable de s'arrêter dessus. Il est difficile de comprendre ce qui se passe à Toulon ou Nice si l'on ne tient pas compte de ce que fait Marseille.

a - Chez les communistes

Épargnée par la répression, la direction interrégionale du Parti communiste reste stable. Elle est supervisée par Monmousseau (subdivisionnaire) qui assure la liaison avec l'état-major de zone à Lyon (Guyot, Mauvais, Hénaff). Dominée par la personnalité abrupte d'Airoldi, le responsable politique, elle assure à l'organisation la continuité et la cohésion.

Par contre, les FTPF et les FTP-MOI connaissent des coups durs parallèles. Côté MOI, c'est la mort accidentelle de Coturovitch Cot, le COIR2. Côté FTPF, ce sont les arrestations, le 18 mars, d'Henri Faurite Marceau (CEIR) et du “ technique ” des Bouches-du-Rhône Edouard Lambert Henri et, par suite, la mutation du COIR Roger Taïb Michel dans le Gard. Pendant plusieurs semaines, les FTPF restent sans direction “ inter ”.

Le nouveau COIR Louis Blésy Pierre Lhomme arrive à Marseille à la mi-avril3. Ancien d'Espagne, il s'agit d'un cadre expérimenté qui assurait jusque-là des fonctions régionales dans l'Hérault. Mis en place par le Parti, toujours supervisé par Luizet Saint-Avold, le subdivisionnaire FTPF, il ne s'en retrouve pas moins seul à l' “ inter ” durant trois semaines et doit attendre deux semaines supplémentaires avant d'avoir la liaison avec le nouveau CEIR Il est vrai qu'il n'y a pas de responsable cadre “ inter ” FTPF et que celui du Parti est débordé4. L'appareil dirigeant est
“ complètement étêté. Plus d'armes, plus d'argent ; la confusion règn(e), les directives n'arriv(ent) plus... Les gars sont livrés à eux-mêmes. ”5
On voit donc dans quelles conditions difficiles recommence à fonctionner la direction “ inter ”. Elle est à peine reconstituée lorsque survient le débarquement de Normandie. Le triangle est alors formé de Blésy, de Paul Bouy Dorval, venant de Nice, CEIR, et du dernier arrivé, le “ technique ”, Jean Gaudillat Peltier puis Dartois 6.

Blésy doit dans le même temps reconstituer plusieurs triangles régionaux. Il bénéficie, fort heureusement, d'un agent de liaison très précieux en la personne de Carmen C. Georgette, originaire des Alpes-Maritimes, qui était déjà l'adjointe de Taïb. Sa connaissance du milieu lui facilite beaucoup la tâche. Doivent être partiellement modifiées la direction du Var, celle des Alpes-Maritimes où le Varois Philippe Giovannini Souny est envoyé à la place de Bouy comme CER et celle de Marseille où Blésy fait venir Lucien Beau - devenu Callas à Villecroze où il était soigné - afin qu'il reprenne les choses en main dans cette ville difficile. À ces problèmes d'hommes qui ne sont pas mineurs, s'ajoute une autre difficulté, d'organisation celle-là. Elle est provoquée par le rattachement récent à l'interrégion FTPF de la Drôme et du Vaucluse (E3 et E2), alors que ces départements ne sont pas dans l'interrégion du Parti.

La direction interrégionale est donc en pleine réorganisation, lorsque parvient l'annonce de l'arrestation du triangle de zone des FTPF7. Elle reste coupée et doit faire, pendant cette période décisive, comme si le commandement des FTP et les liaisons fonctionnaient encore. On sait que l'intérim est assuré par le triangle de zone du Parti. Il est ressenti comme une mainmise et ne va pas sans tiraillements, même si chacun est convaincu que le politique commande au militaire. Ces problèmes ne sont pas particuliers à la région provençale. Ils se posent ailleurs en zone Sud. Ils concernent les relations entre les hommes, celles du Parti et des FTP, mais ils portent aussi sur l'orientation tactique des opérations militaires.

b - Du côté des MUR

La réorganisation des MUR est moins liée aux contingences. Elle touche l'ensemble des structures et de la stratégie de l'organisation. Engagée depuis le début de l'année, cette transformation combine décentralisation de l'ensemble et centralisation du pouvoir dans quelques mains.

Décentralisation, puisqu'il s'agit de rendre plus opératoire l'autonomie des échelons locaux (régions et départements) dans la perspective des combats de la Libération. Suite logique de la création des CDL, les liaisons verticales des divers services sont supprimées8.
Mais centralisation en même temps parce qu'au niveau régional, pour assurer l'efficacité militaire (et politique) de la nouvelle structure, les pouvoirs du chef de région sont renforcés. En R2, depuis janvier, Juvénal est devenu véritablement le “ patron ” des MUR, mettant plus ou moins sur la touche ses adjoints au directoire régional (d'où les plaintes de Fortoul9). Centralisation aussi puisque le Comité directeur
“ en prévision des événements décisifs imminents a pris la décision de désigner un exécutif composé de FOUCHE (Marcel Degliame) et de SALARD (Pascal Copeau) qui aura son siège dans le Sud et disposera des pleins pouvoirs pour prendre les dernières mesures de mise en place avant le combat final. ”10
Il n'est plus question d'équilibre entre les trois mouvements fondateurs. La fusion est poussée à son terme. Les MUR se transforment en mouvement unifié et renouent avec le “ vieux ” nom de Mouvement de Libération Nationale (MLN). Cette mutation, annoncée début janvier11, entre effectivement en application fin avril. Le 26 avril, la représentation tripartite est supprimée12.
Ce changement concerne aussi la stratégie. L'orientation “ attentiste ” est désormais officiellement récusée et remplacée par une nouvelle ligne résolument tournée vers l'action immédiate. Pour la faire passer dans la pratique, les organisations militaires dépendant des MUR-AS et GF - sont réunies dans les Corps Francs de la Libération (CFL). Cette nouvelle structure est théoriquement en place à partir du 10 avril 194413. À quoi bon, en effet, maintenir une différence entre AS et GF puisque tout le monde doit passer à l'acte et que, donc, la distinction en groupes actifs et unités “ dormantes ” n'a plus lieu d'être ?
Le modèle explicite qui inspire cette réforme est celui des FTP. Les CFL doivent être au MLN ce que les FTP sont au FN14. Pour Degliame Fouché, leur chef national, les CFL doivent être “ l'élite de la lutte armée ”15. La résolution du 21 avril du SG du MLN proclame que “ c'est seulement en nous battant que nous redonnerons à la France sa liberté ”, et le CD du MLN est encore plus clair le 1er mai en affirmant que “ tout doit être subordonné à l'action.16 ”
Ces appels à se battre sans attendre constituent une sorte de reconnaissance de la justesse de la ligne militaire suivie par les communistes. N'est-ce qu'une conséquence du “ noyautage ” des organes dirigeants des MUR ? C'est ce que l'on dit, en insistant sur le rôle des “ compagnons de route ” et des “ sous-marins ”, comme Copeau et Degliame. C'est l'analyse qui prévaut chez les socialistes17. Sans nier la réalité de l'entrisme, il nous paraît devoir être relativisé. La vision de base que nous avons de la Résistance nous la fait considérer comme, au moins, partielle, et, certainement, partiale. D'abord parce que l'on a pu voir qu'elle occulte les efficaces pare feux politiques mis en place, ce qui démontre que certaines instances MUR sont loin d'être “ noyautées ”, ou plutôt qu'elles ne le sont pas par le PC. Ensuite, parce que la formule statique de l'AS n'est pas critiquée seulement par les communistes, comme on a pu le constater avec Fortoul. Il y a soif d'action parmi les cadres de l'AS, parmi les militaires en particulier, et le maquis souffre de l'inaction forcée. Le succès des FTP auprès des jeunes et de certains des éléments actifs et le peu de fiabilité de la plupart des groupes de l'AS pose problème, alors que les opérations militaires peuvent démarrer d'un moment à l'autre. L'urgence est d'autant plus grande que l'on peut se rendre compte du grignotage auquel se livrent les FTP, mais aussi l'ORA. S'ajoute enfin la déception accumulée vis-à-vis d'un débarquement toujours attendu en vain depuis plus d'un an, d'un hypothétique “ Jour J ” sans cesse planifié pour rien et auquel, la pression communiste aidant, on se demande s'il faut toujours s'y raccrocher. C'est dans ce cadre qu'il faut aussi replacer la réorganisation des MUR et de l'AS. S'il y a alignement sur l'analyse militaire des communistes, c'est surtout parce que l'ancienne conception est en train de montrer ses faiblesses.

D'autre part, comment ne pas tenir compte de la mise en place d'une structure militaire - les FFI - qui doit chapeauter l'ensemble des organisations armées ? Si les MUR veulent garder le contrôle de ce nouvel appareil, encore faut-il qu'ils préconisent la stratégie la plus apte à leur en assurer la maîtrise. Devenus MLN, les mouvements n'entendent pas perdre leur rôle institutionnel aux divers niveaux.

Cette réorientation rencontre des blocages, surtout là où les socialistes dominent, et donc en R2. La circulaire de Copeau Salard du 22 avril 1944 fait mention d'une protestation du directoire régional qui pourrait bien concerner la concentration des pouvoirs entre ses mains et celles de Degliame18. Que, dans cette région, l'évolution inquiète Juvénal et ses amis est une évidence. Toutes les décisions prises par le CNR ou par l'exécutif du MLN sont considérées avec méfiance. Il est vrai qu'elles prennent le contre-pied de tout ce qui a été fait jusqu'alors, qu'elles sont autant d'illustrations de l'influence communiste dans la conception de l'action à mener et qu'elles arrivent au moment où la “ bagarre ” politique agite les CDL. Les directives sur la formation des Milices Patriotiques qui mettent en application la décision du CNR ne sont suivies d'aucun effet. On ne cherche pas réellement à mettre en œuvre l'action immédiate préconisée. Juvénal est
“ nettement opposé à la lutte prématurée dans la rue, qui faite avec des moyens insuffisants, risque d'envoyer à la mort des hommes qui seront indispensables au débarquement. ”19

De ces blocages, découlent certains des problèmes qui se posent au sein du nouvel état-major FFI.

2 - Le commandement unifié et ses limites : les Forces françaises de l'intérieur (FFI)

Les FFI sont créées le 1er février 1944, mais leur mise en place ne commence qu'en mars20. Copeau explique clairement dans sa note du 22 avril qu'il n'est pas question pour les CFL d'en laisser échapper la direction : leur prépondérance justifie le choix du chef CFL comme chef FFI, ce qui permettra son contrôle par le chef régional MUR (qui double de ce fait le CDL sous les ordres duquel le chef FFI est normalement placé)21.
Le premier chef FFI en R2 n'est pas Salvatelli Charles, le chef régional AS depuis août 1943. Pourquoi ? On l'ignore. Juvénal précise qu'il n'a pas eu le choix, car la direction nationale lui aurait imposé soit Montiès Labarthe, soit le colonel Fourrier Godefroy22. Ayant eu quelques difficultés avec le premier au moment de l'organisation du Service maquis dont il est le chef, on comprend que son choix se soit porté sur le second. On le comprend d'autant mieux qu'il s'agit de l'ancien chef de l'AS de l'arrondissement de Draguignan, franc-maçon révoqué et très proche des socialistes. Il réside aux Arcs, chez Edouard Soldani.
Mais la nomination de Fourrier n'est pas heureuse. Elle a créé des rancœurs, à commencer par celles de Salvatelli. C'en est au point que le DMR Burdet les voit prêts à en venir aux mains, le 9 avril, lors d'une réunion régionale qui réunit dans la nature une trentaine (pas moins !) de chefs de toute la région23. Juvénal passe beaucoup de temps à mettre Fourrier au courant. Trop militaire pour les civils qu'il doit commander, assez cassant, il accepte mal l'autorité que Juvénal entend exercer. Certains Varois lui reprochent le ratage d'une opération, sur les bords de l'Etang de Berre. Bien qu'anecdotique, l'affaire éclaire les problèmes posés par le personnage : il aurait refusé de s'occuper de la mise en place d'un plan de sauvetage de la flotte marchande, ancrée dans l'étang de Berre, parce qu'il lui fallait aller au-devant d'un officier de marine moins galonné que lui24. Bien qu'il ait accepté, le 9 avril, le contrôle des civils, Fourrier est finalement remplacé, à la suite d'un nouvel accrochage. Dejussieu, chef national FFI, nomme à sa place le chef régional ORA, le capitaine Lécuyer Perpendiculaire, Sapin, mais cette solution ne convient guère au MLN Le 1er mai, à Carpentras, une réunion entre Copeau, Degliame, les chefs régionaux du MLN et le chef régional ORA, Lécuyer, modifie et fixe définitivement la direction des FFI.
Leur commandement régional est confié au capitaine Rossi Levallois, chef régional CFL, sous l'autorité de Juvénal, avec la charge

“ d'organiser la coopération des éléments militaires C.F.L., O.M.A. et F.T.P.F. en vue de la formation immédiate d'un E.M. Régional et d'E.M. Départementaux F.F.I. ”25
Lécuyer

“ conformément aux instructions du chef de l'O.M.A., rédigées en accord avec le C.N.R., procèdera en ce qui le concerne à la répartition de toutes les armes aux formations prêtes à se battre tout de suite et dans un avenir immédiat, contre l'ennemi et tous ses complices. ”

Il est précisé dans un troisième point sur le problème de la SAP que les armes seront remises “ y compris (aux) formations sédentaires des villes appelées à participer aux opérations insurrectionnelles éventuelles ”26. Au sein des CFL, les adjoints directs de Rossi seront Salvatelli (dont les responsabilités ne sont pas précisées), Jean Garcin Bayard (chef régional GF), Dusser Eiffel (Résistance-Fer) et Adolphe Lestrade Vial (Action ouvrière). De plus, au cours de cette même réunion, Copeau confirme le directoire régional du MLN, en y incluant Rossi. Pour hâter l'organisation effective des CFL (et dynamiser l'AS), les trois membres du directoire MLN (Juvénal, Renard, Fortoul) se partageront les départements. C'est ainsi que Fortoul est chargé du Var et des Basses-Alpes27.
Les structures régionales se mettent donc en place. Les CFL sont en voie d'organisation. La liaison avec les deux autres mouvements militaires, ORA et FTP, est officialisée par les FFI. Bien que le rapprochement ne se soit pas encore étendu aux échelons inférieurs, le MLN paraît avoir négocié le tournant dans des conditions qui lui sont favorables. Sa suprématie institutionnelle est confirmée. La région R2 bénéficie d'un chef militaire convaincu de la nécessité de rompre avec les pratiques passées. La collaboration de l'ORA semble acquise. Son chef régional est devenu le chef d'état-major des FFI Le représentant des FTPF joue le jeu. Il s'agit d'Henry Simon Huiton, venu du Front national, officier de réserve, chevalier de la Légion d'Honneur, typique de ces cadres peu marqués politiquement, souvent d'origine bourgeoise et au curriculum vitæ susceptible d'impressionner favorablement les non-communistes28. Son rôle est surtout un rôle de liaison entre l'état-major FFI et l'interrégion FTPF qui reste l'instance de décision. Le problème à résoudre est celui de l'accès aux armes et, donc, du contrôle à exercer sur la SAP. Là encore, les choses paraissent en bonne voie et la réunion de Carpentras a fixé clairement les responsabilités. La SAP doit débloquer ses stocks sans délai, pour que Lécuyer puisse les répartir entre les groupements prêts à entrer en action, CFL, ORA ou FTP S'il y a des difficultés, le DMR s'engage à peser de toute son autorité auprès de la SAP et s'il n'aboutit pas (comme quoi la confiance ne règne guère), Copeau et Degliame interviendront à leur tour auprès du COMIDAC d'Alger29.
La suite prouvera que les problèmes ne sont réglés qu'en apparence. Personne n'a renoncé à jouer sa propre partie. Juvénal et ses amis socialistes (ou non socialistes), la plupart des cadres locaux du MLN, se méfient de l'orientation prise par leur mouvement et ne la favorisent pas. Bien que, dans les premiers temps, les relations paraissent loyales avec Rossi, le fait qu'il soit l'émanation d'une direction cryptocommuniste ne plaide pas en sa faveur. Simon entretient de bons rapports avec lui, de même que Blésy à qui il le présente (peut-être après le 6 juin). Ni l'un, ni l'autre ne le savent, ou simplement ne le soupçonnent, d'être communiste. Sa nomination n'a pas changé l'attitude du PCF vis-à-vis des FFI avec lesquels la collaboration prônée ne va pas jusqu'à faire entièrement confiance à ce qui est considéré comme une émanation du MLN30. Les FTP gardent leur autonomie. Quant à la SAP, elle fait la sourde oreille aux demandes de collaboration. Du côté de l'ORA, les FFI ne sont pas pris au sérieux. On ne voit
“ pas très bien comment rassembler trois mouvements dans lesquels l'organisation, les moyens, les modes d'action, les objectifs mêmes (sont) différents, chacun ayant une “ personnalité ” à laquelle il (tient). Tout au plus (peut)-on espérer orienter et coordonner quelques unes de leurs activités ”.
 Aussi leur création est-elle vue comme “ toute théorique et sembl(e) ignorer totalement les réalités de la base ”31. À vrai dire, le chef régional ORA ne cache pas ses réserves à l'égard du
“ chef FFI, envoyé par un organisme, dont (il) n'avait jamais entendu parler et qu’ (il a) toujours considéré comme une sorte de coordonnateur, sans véritable pouvoir de décision. ”32
Dans ces conditions, ces militaires ne reconnaissent réellement qu'une seule hiérarchie, celle de leur armée, l'ORA, et celle de “ cette autorité extérieure, mal définie ” à laquelle, eux, sont reliés, ce qui n'est pas le cas du chef régional FFI33. Cette attitude n'est pas propre au chef ORA R2. Elle est celle de toute son organisation dont la “ politique ” (car elle en a implicitement une) est faite de méfiance à l'égard des autres composantes de la Résistance. Elle ne se situe pas (et ne veut pas se situer) sur le même plan que ces instances trop politiques dont l'état-major FFI est l'émanation.

Tandis que d'un côté se dessine une tendance à l'unification qui, vaille que vaille, parvient à prendre forme et, au moins formellement, à joindre une Résistance intérieure morcelée et concurrente dans des structures politiques (les CDL) ou militaires (les FFI), de l'autre, prolifèrent les centres de décision autonomes qui s'ignorent ou rivalisent et qui s'ajoutent à l'éparpillement que la nature et le campanilisme imposent. Non seulement mouvements et réseaux ont leurs propres états-majors, mais, à ceux-ci, s'ajoutent les antennes que la Résistance extérieure envoie et dont la présence complique encore les choses.

L'état des lieux est donc, comme toujours, moins simple à faire aux dessous de l'échelon régional. Non seulement parce que la confusion est la plus grande, mais aussi parce que les efforts d'unification en général, et la création des FFI en particulier, ne s'y font pas sentir avec la même netteté. C'est aux niveaux intermédiaires que les freinages sont les plus nombreux. Le Var n'échappe pas à la règle. Mais les positions prises dans les départements sont inséparables de l'orientation régionale des organisations et les blocages constatés sur ce terrain reflètent aussi les réticences, voire le double langage, des forces dont ils émanent.

3 - MLN, CFL et FFI dans la continuité

Dans le Var, l'ensemble formé par les MUR et l'AS ne fait que changer de sigle. Et encore. Dans la mémoire, comme dans la pratique, la confusion est totale entre AS-CFL-FFI, au point que le sigle CFL, coincé chronologiquement entre les deux autres n'aura jamais vraiment droit de cité dans le langage résistant. Il y a l'AS qui désigne, en général, tout ce qui est MUR-MLN, les FFI devenant l'appellation commode sous laquelle on met tous les résistants qui participent à la Libération. Elle n'est d'ailleurs vraiment employée qu'une fois celle-ci réalisée34. Quant aux GF, pas plus que dans les Bouches-du-Rhône, ils ne se fondent dans le nouvel ensemble

À la tête des “ nouvelles ” structures, les hommes restent les mêmes. Confirmé par Rossi, le capitaine Salvatori Savary passe de la responsabilité départementale de l'AS à celle des CFL et des FFI. L'organisation CFL-FFI travaille sous les ordres de la direction du MLN (Sarie, Amigas, Arnal) et du CDL (moins les communistes). L'orientation n'est en rien modifiée.

Cette période est dominée par les mêmes soucis politico-militaires qu'avant, mais avec un peu plus de fièvre. Sarie, caché à la ferme Humbert, près d'Hyères, prépare les modalités de la Libération, assisté par sa secrétaire, Mademoiselle Bonnans. Le DMR Burdet vient à Toulon, accompagné de Juvénal et Cisson, pour prendre contact avec les ingénieurs des ports de Toulon et Saint-Tropez et préparer, avec eux, leur protection vis-à-vis des destructions envisagées par les Allemands. Le directeur des Ponts et Chaussées, Vidal, reçoit 100 000 F dans ce but35. Le travail du NAP est sollicité de façon encore plus pressante pour mettre au point les plans ultimes. Le 31 mai, le chef départemental Roustan réclame à ses adjoints les listes qui permettront de dresser un état de la situation dans les diverses administrations et préparer l'épuration. Il faut les lui adresser d'urgence par courrier spécial. Le 6 juin, il peut fournir un bilan concernant sept services et trois mairies36. Le NAP a préparé les modalités pratiques de leur prise en main, tandis que NAP Police et NAP PTT mettent au point leurs propres plans d'action. Ce travail préparatoire n'est pas tout à fait terminé. Restent plusieurs inconnues, en particulier l'attitude des Allemands et l'armement des résistants qui doivent assurer la prise des locaux.
Ce problème des armes est l'un de ceux que Salvatori tente de résoudre. Le SD a failli l'arrêter dans les gorges d'Ollioules alors qu'il attendait, avec le GF, celles que devait lui remettre un officier de marine. Il ne bénéficie d'aucune arme parachutée alors qu'il cherche à équiper le grand projet de l'état-major CFL-FFI et du CDL-MLN, c'est-à-dire l'organisation du maquis prévu au “ jour J ”, dans les solitudes rocailleuses, au nord de Toulon, sur le plateau de Siou-Blanc. Heureusement, il y a les armes récupérées par Picoche et ses amis en novembre 1942. Sarie, Arnal, Amigas, Salvatori participent eux-mêmes au chargement de 350 mousquetons, de six fusils-mitrailleurs et de 10 000 cartouches, cachés dans la ferme Humbert37. Grâce aux complicités rassemblées par le docteur Lagier et aux “ récupérations ” du GF, on a pu constituer des dépôts de vivres. Les Chartreux de Montrieux (commune de Méounes), sur le rebord du massif, sont complices. Le médecin militaire du groupement malgache que Salvatori dirige prépare là le service de santé, aidé par Elie Lagier, par le pharmacien Léonelli et par une notabilité toulonnaise, le chirurgien Malartic dont la clinique est repliée à Montrieux. Les FUJ de Chambardon mettent en place ce dont le futur maquis aura besoin. Fin mai, les chefs des groupes CFL-FFI de Toulon vont en reconnaître les chemins d'accès.
Les énergies (dans la région toulonnaise) sont mobilisées par ce projet. Lors d'une réunion tenue chez Salvatori, Rossi, Juvénal et Leenhardt l'ont étudié. On a discuté également des nouvelles directives38. Pourtant, l'action immédiate n'est toujours pas la doctrine officielle locale. Elle se limite à peu de choses : deux sabotages de voie ferrée aux environs de Toulon par le chef départemental FFI et son adjoint, Antoine Tramoni, une attaque de “ gestapistes ” aux Arcs, près de Draguignan, le 10 mai, par Jean Cassou et deux résistants39. Pendant ce temps, le maquis Vallier, le principal des groupes CFL du Var capables de participer à l'action immédiate, reçoit toujours les mêmes consignes d'attente. Les Dracénois lui demandent seulement deux de ses hommes pour faire une exécution qui, finalement, ne pourra avoir lieu40. La direction du MLN n'est pas favorable à ce type d'actions, jugées prématurées, et c'est bien ce que lui reproche Fortoul qui favorise l'organisation autonome et concurrente du GF Bruschini. Mais ce dernier lui-même n'a pas encore commencé l'offensive contre “ les agents de la Gestapo ”41.
Comme au niveau régional, et en liaison avec lui, le choix de ne pas modifier l'orientation stratégique est de nature surtout politique. Il s'agit, bien entendu, de la volonté de ne pas sacrifier des hommes, mais aussi d'attendre un débarquement qui ne peut plus tarder (n'est-on pas persuadé qu'il aura lieu le 10 ou le 15 mai42 ?). Il ne faut pas faire le jeu des communistes qui poussent à l'action armée et risquent d'en tirer les bénéfices. N'oublions pas qu'à ce moment-là le CDL reste coupé en deux et que les relations entre ses fractions se sont très dégradées. Le numéro 4 de Provence Libre n'oppose-t-il pas “ l'action immédiate disciplinée ” aux pressions communistes et à leur dénonciation de l'attentisme ? Si le MLN régional admet l'insurrection urbaine et son corollaire, la grève insurrectionnelle, pierre de touche de la stratégie communiste, c'est du bout des lèvres. Cette concession, toute tactique, est accordée à la condition que le mouvement “ précède de peu un débarquement fait dans notre région ”43. Or le PCF se refuse à coupler les deux et entend bien déclencher l'insurrection, si  possible, sans attendre. Cette volonté de forcer l'événement est illustrée par les événements de Marseille de la fin mai. Ressentie comme une manœuvre pour faire pression sur la direction régionale du MLN, la nomination de Rossi inquiète les socialistes. Ils sont “ secrètement opposés au principe de l'I.N. par peur du poids du Parti communiste ”44. Pour les plus méfiants des socialistes et les plus attachés à leur parti, il y a urgence à constituer enfin des groupes armés autonomes. On sait les efforts de Gaston Defferre pour transformer le réseau Brutus dans ce sens. Malgré l'importance des socialistes dans la Résistance varoise, on ne sent guère cette évolution. Le seul exemple qui nous en soit parvenu est celui du village de La Motte, près de Draguignan où Bauchière, le responsable local d'un groupe de vingt-quatre hommes rattaché à Brutus, reçoit de Charles Boyer l'ordre de se transformer en groupe d'action, le 1er juin45. Il intègrera en fait les CFL (s'il n'y est pas déjà). La faiblesse de la réaction des socialistes varois sur ce terrain contraste avec ce qui se passe dans les Bouches-du-Rhône avec la mise sur pied des Milices socialistes. Elle ne tient pas seulement aux liens noués avec le MLN, mais surtout au retard pris dans l'organisation du Parti clandestin.

4 - MLN- FFI vus par les communistes et les FTP : la méfiance

L'anticommunisme très profond de la plupart des responsables MLN de la région trouve son pendant chez les communistes dans une très grande hostilité à l'égard des forces “ bourgeoises ” que représente la Résistance qui n'est pas la leur. Ce ne sont pas des données nouvelles. Mais il est bon de les souligner dans la mesure où les proclamations unitaires de tous ne les effacent pas. Là aussi, le sommet est souvent plus favorable à l'unité (quelles qu'en soient les raisons) que les échelons intermédiaires (et, dans certains cas, la base).

 Il faut attendre l'arrivée de Blésy à l'interrégion pour que soit prise en compte dans le Var cette nouvelle réalité que sont les FFI. Le CEIR se préoccupe d'abord de remanier le triangle régional. Le CER doit être remplacé. On lui reproche son attitude (“ sectaire et intransigeant ”46) et sa volonté d'en imposer à ses deux camarades, plus jeunes. Il est, en plus, coupable de s'absenter du vendredi soir au lundi ou mardi suivant pour aller rejoindre sa femme à Marseille. Mais sa mutation n'interviendra qu'après le 6 juin. Parallèlement, l'interrégion fait désigner un officier FTP pour assurer la liaison avec “ l'A.S. ”. Sous ce sigle, ce sont bien entendu les FFI qu'il faut comprendre. La confusion des termes est significative : les FFI sont moins vues comme une structure commune que comme une émanation des gaullistes. Il faut donc quelqu'un de “ présentable ”, bourgeoisement parlant, pour donner des FTP une image positive et correspondant, d'un point de vue politique et social, à ce que doit être le Front national pour l'extérieur. L'équivalent de Simon à Marseille et son représentant dans le Var sera le lieutenant Boudoube Leroy, le seul officier de carrière dont l'organisation dispose ici. Ce petit “ appareil ” FTP-FFI47 parallèle à la hiérarchie réelle relève donc du système d'écrans déjà évoqué pour les autres branches de la Résistance communiste. Ce système, mis en place autant pour des raisons politiques que pour des raisons de sécurité, induit en erreur les correspondants des officiers de liaison FTP-FFI en leur accordant un pouvoir qu'ils n'ont pas. Ils croient, par exemple dans le cas de Boudoube, qu'il a effectivement un pouvoir quelconque sur les maquis48.
Au 6 juin, les relations FTP-FFI sont donc à peine esquissées dans le Var. Mais Amigas réserve, dans ses prévisions budgétaires de ce mois, 50 000 F pour les FTP, somme qui pourra être augmentée ou diminuée selon les demandes qu'ils présenteront49.
Pourtant, entre les deux Résistances, l'heure est plus à la dégradation des relations qu'à leur amélioration. La stratégie insurrectionnelle du Parti communiste n'est pas négociable. Pas question d'évacuer les villes. Pas question de coupler forcément l'IN au débarquement. “ C'est de France même que doit partir le mot d'ordre de l'I.N. ”50. Il fait pression ainsi pour l'ouverture la plus rapide possible du “ second front ”. Le modèle corse joue à plein pour inciter à forcer l'événement51. La ligne est extrêmement volontariste, en particulier dans l'interprétation qu'en fait la direction de zone (que l'on imagine mal agir de son propre chef). Il y a tentation d'enclencher si possible l'I.N., en zone Sud, avant le débarquement. C'est dans ce processus pré-insurrectionnel que s'inscrivent les initiatives prises en mai-juin.
On comprend mieux, de cette façon, ce qui se passe localement. L' “ appel à la population varoise ”, péniblement rédigé par la commission politique du CDL, répandu début avril à Toulon, est repris par le journal du Front national, diffusé à la fin du mois, sans les paragraphes se référant au respect des consignes fournies par le Comité d'Alger et, en particulier, sans reproduire celui qui, en majuscules, affirmait que l'ordre d'insurrection devrait être donné par lui ou par le CDL “ tout entier ”52. D'autre part, le texte du journal est signé Le Comité Varois de la Libération Nationale (et non Comité Départemental de la Libération), ce qui reprend la signature que l'on avait vue apparaître en juillet 1943, au moment où semblait se dessiner une concurrence par comité interposé. Cette réapparition, cette sélection des passages de l'appel commun ne sont pas le fait du hasard.
L'approche du 1er mai est l'occasion d'une offensive politique de grande ampleur. Sous la même signature, un autre tract appelle les “ patriotes du Var ” à faire de ce jour un moment encore plus marquant que le 11 novembre dernier. Il interpelle les diverses couches de la population et Rouge-Midi, le journal du Parti, le reprend en éditorial53. Le Parti se bat sur ses mots d'ordre et selon sa conception de la lutte. Sa direction nationale a publié à la date symbolique du 1er mai un manifeste sur l'IN54. L'heure est donc pré-insurrectionnelle. Il faut mobiliser les masses sans attendre pour préparer le mouvement envisagé dont les grèves marseillaises de la fin du mois seront momentanément, l'expression la plus spectaculaire. Mais il faut aussi les encadrer, ces masses, avant de les jeter dans l'action.

La Vie du Parti (mai 1944) pousse à la formation de nouveaux groupes armés dont l'idée a déjà été avancée, mais dont la concrétisation se fait attendre : groupe de combat à l'intérieur du Parti, FTP de réserve et, surtout Milices patriotiques. Bien qu'entérinées par le CNR, elles sont l'exclusivité des communistes. Formées en principe à partir du F.N. et de la CGT, elles doivent devenir le mouvement armé “ de masse ”, par excellence. Mais leur mise sur pied ne va pas sans mal, et l'organe interne du Parti reconnaît que beaucoup les confondent avec les FTP.

À la tête de celles du Var, est placé Fernand Barrat Jean. En plus de son énergie et de ses qualités d'organisateur, il a le triple avantage d'être un ouvrier de l'arsenal, un ancien socialiste et un FTP55. Il est assisté par l'un des responsables du FN, de Pamelaere, qui sillonne avec lui le département pour inciter à former ces milices à base ouvrière et pour nommer des responsables locaux, venus des FTP “ légaux ” ou des FUJP, non communistes ou néo-adhérents en général.
Les Milices patriotiques compteraient 2 162 hommes au total au 1er juin 194456. Ce chiffre ne nous paraît pas acceptable sans réserves. Pour les communes où l'on peut faire une vérification, il est contradictoire avec les états fournis après-guerre. Ainsi, à Saint-Tropez où il y en aurait 247 en juin 1944, l'on en trouve plus que 53 sur une liste de la Brigade des Maures qui comporte pour l'ensemble de l'unité seulement 211 noms. À Salernes, FTP et Milices patriotiques sont 65 à la Libération, au lieu des 162 revendiqués en juin57. D'autre part, on ne peut que constater la place extrêmement réduite que les témoignages recueillis dans le Var (et ailleurs dans la région) accordent aux Milices patriotiques58. La plupart d'entre eux ne situent leur création qu'après le débarquement en Normandie ou à la Libération59. En fait, les Milices patriotiques, instrument d'encadrement des masses, sont aussi un outil dans la confrontation qui oppose communistes et gaullistes. Elles nous apparaissent comme une organisation destinée à faire contrepoids aux FFI, perçus, eux, comme un satellite des gaullistes. Que recouvrent les 2 162 hommes revendiqués au 1er juin ? Peut-être l'ensemble des adhérents du Parti et de ses organisations proches, soit les MP potentielles. Mais ne sont-ils pas avant tout la réponse “ politique ” (et vraisemblablement à usage du CDL) aux 2 700 FFI-CFL recensés par Salvatori, chef départemental FFI, un peu avant ? À nos yeux, ces chiffres n'ont pas plus de réalité militaire l'un que l'autre. Dans une certaine mesure - et l’on pourra le vérifier à la Libération - l'état-major des M.P. est destiné à faire le pendant à celui des FFI60. Dans cette mesure-là, il est lui aussi une structure à la fois écran et passerelle avec l'extérieur.

Il n'en reste pas moins que les Milices Patriotiques sont en voie de constitution dans la perspective de l'insurrection. Mais leur nature est tout à fait différente de celles des autres branches de la Résistance communiste, ce qui explique aussi les confusions ou l'oubli qui les entourent. Elles ne recrutent pas, elles rassemblent les militants et, surtout, les adhérents des diverses organisations de la nébuleuse. C'est le placage d'un cadre militaire commun, plus ou moins théorique, aux syndiqués, aux membres du FN, aux membres du Parti, etc. Or, les Milices patriotiques, officiellement nées en février 1944, ne se constituent effectivement qu'au printemps et dans l'été 1944, c'est-à-dire au moment où tout (PC-FTP-FN, etc.) est confondu, plus que jamais, dans un même ensemble indistinct. Autrement dit, chez les communistes comme ailleurs dans la Résistance - et c'est inévitable- la réalité ne correspond pas tout à fait aux schémas d'organisation rationnellement élaborés par les états-majors.

Cette remarque se vérifie d'autant mieux que - toujours théoriquement - les FTP “ légaux ” doivent servir d'encadrement aux MP. Or leur faiblesse numérique, leur jeunesse et leur fréquent manque d'expérience rendent, en tout cas dans la région, cette conception illusoire.

Mais l'une des forces des résistants communistes est de savoir adapter leurs outils à la situation concrète. Les MP pourront quand même constituer une structure d'accueil pour tous ceux que la Libération drainera.

L'insurrection a besoin des masses. Elle a aussi besoin d'armes. Les FTP en manquent et cette absence a freiné et continue de freiner leurs possibilités d'action. En fait, et contrairement à ce que l'on dit souvent, ils récupèrent une partie des parachutages, indirectement (par capture ou par complicité des équipes de réception). Le problème (qui ne leur est pas propre) est surtout un problème de répartition des armes61. Il permet aussi de faire une critique efficace et de bousculer le partenaire attentiste. Les discours d'aujourd'hui sur la pauvreté (souvent réelle) des FTP en armes sont encore le reflet des polémiques de l'époque, opposant l'activité et le dénuement des uns à l'inaction des autres qui laissent rouiller le matériel reçu. Ce n'est pas foncièrement faux, mais un peu simpliste, car il ne manque pas de FTP “ inactifs ” et de membres de telle ou telle autre organisation de résistance aussi pauvrement armés qu'eux. L'argument fait partie de l'arsenal visant à affaiblir politiquement le MLN, en l'amalgamant, par exemple, à la SAP ou l'ORA (ce qui est souvent vrai à la base, on l'a vu). Il a surtout une portée politique au moment où le Parti communiste essaie de lancer toutes ses forces et d'en rassembler d'autres dans la préparation de l'insurrection.  
C'est dans ce cadre que doivent être considérés les événements de Marseille de la deuxième quinzaine de mai où le Parti lance ses forces dans une bataille d'une exceptionnelle ampleur. La CGT en est le fer de lance. L'action de masse compense la faiblesse des forces strictement militaires, FTP surtout, mais aussi Milices patriotiques62. Pourtant le mouvement ne fait pas tache d'huile, comme espéré, en particulier dans les départements voisins63. Il est brisé par le bombardement allié du 29 mai, sur les intentions duquel plane inévitablement un doute. Ce n'est qu'un court palier dans un plan assez linéaire de montée progressive de la tension. L'offensive n'est pas interrompue. Elle devient opération générale, de façon autonome par rapport aux autres forces résistantes, à la fois pour prolonger le mouvement marseillais et pour amorcer l'IN, sinon en préalable, du moins en rapport avec le débarquement en Normandie.
La propagande permet de suivre très fidèlement les impulsions données. Dans le Var, malgré les faibles résultats obtenus par les appels à manifester durant le mois de mai64 (partiellement dus au bombardement du 29 avril), une nouvelle tentative d'action de masse, visant à élargir au maximum l'assise populaire, est lancée autour de la revendication alimentaire. Au début juin, commence la campagne pour les 500 g. de pain qui prendra son plein développement par la suite65.

La direction de zone du Parti assure désormais l'intérim de la direction FTP L'offensive ne sera donc plus seulement politique. Elle devra se traduire sur le plan de la tactique militaire, et ce n'est pas forcément pour plaire à nombre de responsables FTP qui voient la situation d'un autre œil. Quant à la base, bien évidemment, elle fait ce qu'elle peut pour répondre aux sollicitations de la hiérarchie. Elle adhère à l'objectif prioritaire de la lutte de Libération nationale qui est sans conteste patriotique, ce qui ne paraît d'ailleurs pas contradictoire avec la lutte antibourgeoise (car l'équation bourgeois = collabo a fait son chemin). Pas plus que la base de n'importe quel mouvement de résistance, elle ne peut se rendre compte précisément des orientations, des tactiques et des déchirements des instances dirigeantes. Vue de la base, la description que nous faisons (et allons faire) des événements est assurément choquante, car, souvent, à mille lieux de l'expérience vécue.

Le MLN est en position défensive. Il est pris en tenaille par la dynamique que les communistes ont su créer et par la pression qu'ils exercent sur les organes de direction de la Résistance. Leurs positions institutionnelles sont soit grignotées de l'intérieur, soit contournées. Mais l'offensive communiste qui s'appuie sur le rapport de force ainsi crée dans la Résistance intérieure n'est pas la seule. La Résistance extérieure, du moins celle dont l'instrument est militaire, ne fait pas autre chose. Elle pratique la stratégie du contournement avec ses têtes de pont en métropole, profitant elle aussi d'un rapport de force qui se situe sur le plan des moyens du combat. Cette offensive-là n'est pas moins politique, malgré les apparences.

5 - L'heure des militaires

Alors que le combat libérateur s'annonce, il est naturel que la place des militaires s'accroisse en conséquence, du moins dans la conception classique de la Libération. Dans sa version révolutionnaire et populaire, les “ militaires ” sont étroitement tenus par les “ politiques ” et d'ailleurs un peu trop “ instrumentalisés ” à leur gré. Nous avons eu l'occasion de montrer que la militarisation de la Résistance était perceptible depuis longtemps dans les MUR où nombre de responsables, officiers de réserve, avaient une conception plus proche de l'armée classique que de l'armée populaire jauressienne ou de la version que les communistes essayaient de construire. Au fur et à mesure que se précisait la spécialisation, on avait abouti bien souvent, contraint et forcé, à une sorte de division des tâches avec les spécialistes par excellence, ceux de l'ORA, d'autant qu'ils jouissaient de soutiens extérieurs importants. Malgré la concurrence exercée sur l'AS, malgré la méfiance que leur giraudisme suscite, cette organisation apparaît peu à peu comme militairement nécessaire, bien que politiquement suspecte.

Mais, dans le Var, la création des FFI n'entraîne aucun rapprochement entre CFL et ORA A la différence des départements voisins, sauf les Bouches-du-Rhône, les deux états-majors continuent de s'ignorer. Les responsables locaux de l'ORA, même des civils, anciens membres de l'AS, comme Ducret, ignoreront toujours les responsabilités de Salvatori en tant que chef FFI66. Lelaquet agit comme s'il était chef départemental FFI, bien que non reconnu par le CDL Chacun sait que l'autre existe, mais s'en tient à l'écart prudemment. Lécuyer, chef régional ORA, lui-même, avoue n'avoir entendu parler qu'assez tard des CDL Il effectue “ une nouvelle tournée générale des chefs départementaux pour leur faire part de ce qu’ (il pense) des C.D.L. ((il a) d'ailleurs l'impression que les futurs C.D.L. ne tenaient pas tellement à ce que l'O.R.A. mette le nez dans leurs affaires) mais aussi pour les inciter malgré tout à prendre contact avec les M.U.R. et les F.T.P.F. ”67. Il n'y a en fait aucun contact autres que locaux (à Hyères notamment) entre les diverses organisations militaires qui ont opéré comme une sorte de partage territorial. La région toulonnaise est laissée aux FFI-CFL et tout laisse croire que Lelaquet tend à ne considérer Salvatori que comme le responsable FFI de Toulon68. L'ORA prend presque tout le reste du département en main.
Cette attitude trouve une explication, partielle, dans le partage des tâches qui s'est opéré au sein de l'état-major régional FFI. À Lécuyer, a été dévolu le soin d'établir un plan général d'opérations commun qui porte surtout sur la participation de l'arrière-pays à la Libération, laissant de côté les villes. Pour des raisons aisées à comprendre, celles-ci sont le domaine de Simon, surtout, et de Rossi. Dans le plan Lécuyer, elles constituent avec le littoral une première zone où l'action résistante envisagée se limite aux sabotages et au guidage des troupes. Zone primordiale pour les uns (les tenants de l'insurrection urbaine et les politiques soucieux du pouvoir), elle est secondaire pour les autres (les militaires), d'où l'éclatement de la direction régionale de la Résistance après le 6 juin. Pour Lécuyer, la zone primordiale, c'est la montagne, ce qu'il appelle “ la zone des maquis ”, la région qui s'étend de part et d'autre du massif des Trois Evêchés. Pour lui, les Basses-Alpes et les Alpes-Maritimes sont donc les départements “ les plus importants ”69. L'armement de cette zone est, par conséquent, prioritaire. On pourra constituer là des unités capables de manœuvrer et de défendre le terrain libéré. Entre le littoral et la montagne, s'étend “ la zone d'influence des maquis ”. La plus grande partie du Var se trouve dans cette zone tampon où sont prévues des guérillas retardatrices le long des axes routiers. C'est ce que Lelaquet s'emploie à mettre en œuvre, surtout dans la partie qu'il contrôle le mieux, les sous-secteurs de Ducret et de Gouzy (le Nord-Ouest du Var). Ni Rossi, ni Simon n'ont émis de réserves sur ce plan70. Cohérent, il ne manque pas d'arguments en sa faveur. Curieusement, ceux qui paraissent le mieux s'y conformer sont les FTP (exception faite du problème des villes), puisque l'essentiel de leurs forces maquisardes se trouve dans les Basses-Alpes et qu'ils commencent à faire glisser (ou à créer) des détachements sur le rebord alpin, d'où les rapprochements constatés avec l'ORA au moment de l'action, malgré le fossé idéologique qui les sépare71.
Le partage des tâches au sein du commandement entérine aussi la prééminence de l'ORA en matière de moyens militaires. Lécuyer a reçu mission de distribuer les armes. Dans ce but, Burdet l'a mis en relation avec Rayon à Antibes pour savoir où se trouvent les dépôts. Mais l'affaire ne peut se concrétiser par suite de rendez-vous manqués et de retards dans la constitution des équipes ou dans l'obtention des moyens de transport. Burdet aurait suggéré d'unifier la réception des parachutages sous l'égide de la SAP, mais l'ORA entend garder le contrôle de ses missions parachutées. La dernière proposition, venant d'Alger, celle du partage des tâches, les atterrissages sous le contrôle de la SAP et les parachutages sous celui de l'ORA est évidemment repoussée par Rayon. Faute de solution, il faut recourir à l'arbitrage de Londres, tandis que le chef SAP s'embarque pour Alger (le 21 mai)72. On peut se demander quelle a été la détermination des uns et des autres pour arriver à un accord. Leur particularisme et leur peu de considération pour le pouvoir politique de la Résistance ou les FFI ne pouvaient faire aboutir l'unification recherchée. D'ailleurs à quoi bon ? N'est-elle pas faite ou en train de se faire sur le terrain ? Nous en avons donné des exemples pour les régions de Brignoles ou de Fayence. Les responsables ORA des Alpes-Maritimes estiment manquer de moyens, mais “ presque tout le potentiel disponible provient de la S.A.P. de Fayence ”73.
Les moyens dont l'ORA dispose directement ou indirectement alimentent la méfiance de Juvénal et de Rossi qui la soupçonnent de ne fournir d'armes qu'aux groupes ruraux qu'elle contrôle (ce qui correspond d'ailleurs à la logique du plan d'opérations) et de n'avoir pas donné tous les détails de son organisation. En somme, on lui reproche de jouer son propre jeu74. La SAP et l'ORA sont renforcées dans leur attitude par le soutien dont elles bénéficient de l'extérieur. Lécuyer explique fort bien et très logiquement ces relations privilégiées : à Alger, on fait “ plus confiance dans des militaires - souvent connus avant-guerre - que dans des civils inconnus ”75. Les missions qu'on leur envoie renforcent le sentiment de court-circuitage que les chefs du MLN peuvent avoir à l'approche de la Libération.
La principale de ces mission, la mission interalliée, est dirigée par le capitaine Henri Chanay Michel, Grand Michel, ou Manuel. Elle est composée d'un officier britannique, le capitaine Alastair Hay Edgar et du lieutenant Lancesseur, le radio, Victor. Ils sont rejoints un peu après par le docteur Rosencher Raoul, débarqué à Saint-Tropez, le 25 mai. Cette mission est dotée de pouvoirs importants. Il ne s'agit rien moins que de coordonner toute l'activité résistante de la région et d'aider à l'unification de tous les mouvements armés76. Elle est accueillie par l'ORA, est guidée par un officier ORA à travers les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse77, n'a de relations qu'avec cette organisation et la SAP. Elle ignore les directions MLN et FFI régionales. Son importance est (malheureusement) attestée par le rapport Antoine, la dernière grande affaire traitée par le SD de Marseille, dont elle a été victime. D'après les renseignements recueillis lors des interrogatoires, cette mission “ a fréquemment outrepassé ses droits. Elle a non seulement donné des conseils, mais également des ordres et avait ainsi attiré à elle, en juin 1944, une grande partie de la Résistance ”78. Bien informée, elle s'engage assez loin sur le soutien que la Résistance extérieure apportera. À l'état-major FFI des Basses-Alpes, Chanay promet des parachutages chaque jour sur les centres de ralliement à partir du “ Jour J ”, la moitié en armes, le reste en munitions et vivres79. Elle répand l'idée d'un appui massif au “ Jour J ”, c'est-à-dire pour le débarquement. Elle permet de supposer qu'il aura lieu en Méditerranée au début juin. D'ailleurs l’officier anglo-saxon n'est-il pas là pour assurer le contact des troupes débarquées et de la Résistance ? Elle quitte Marseille fin mai en prévision de l'événement et s'installe dans le Var, près de Vinon80.
De son côté, le colonel Zeller Joseph revient d'Alger avec mission de coordonner l'action militaire en R1 et R2 afin d'aider au maximum le débarquement. Bien que ses rapports avec les états-majors FFI soient assez minces, il n'en est pas moins chargé de la coordination des FFI du Sud-Est. Comment ne pas voir dans ces envois d'officiers, qui ne sont ni les seuls, ni les derniers, un trait de mépris et de suspicion pour les chefs de la Résistance intérieure, et, en particulier, pour ceux qui, à l'état-major FFI ou dans les instances politiques de la Résistance, ont été dotés de pouvoirs qui semblent officiels et qui représentent l'ensemble de la Résistance intérieure ? La nomination du colonel Zeller, en même temps qu'elle confirme l'imminence du débarquement ici, n'a-t-elle pas une autre signification encore plus directement politique ?  C'est bien ainsi que la résistance “ civile ” (l'exécutif du MLN, le COMAC, Bourgès-Maunoury, le délégué militaire de zone, etc.) l'a ressenti : l'un des chefs nationaux de l'ORA prenait (théoriquement) en main l'action dans une région, certes stratégiquement essentielle, mais aussi politiquement redoutée. Exagération ? Peut-être. Cet enjeu politique échappe aux militaires engagés sur le terrain, mais il n'en va pas de même à Alger, en particulier au BCRA où l'on fait une fixation sur les intentions prêtées aux communistes, d'autant qu'il arrive des informations alarmantes. Nous n'en avons pas trouvé concernant directement le Var ou la Basse Provence. Mais comment croire qu'il n'y en ait pas dans la masse de messages que les diverses sources d'informations envoient ? Celles qui concernent les Basses-Alpes qui ne sont en rien l'un des objectifs prioritaires du PCF nous semblent significatives : le 13 mai, une source (non identifiée) trace un tableau inquiétant de la situation dans ce département pour souligner que le Parti communiste veut y mener une action révolutionnaire et que l'accord n'est pas possible entre la Résistance qui serait composée en majorité d'éléments modérés et militaires (ce qui est une vision assez partiale des choses) et lui. Ce parti adresserait des lettres de menace aux chefs socialistes et aurait même dressé des listes noires de personnalités à abattre au moment du débarquement81.
Le 30 mai, le général Revers, chef national de l'ORA, dénonce à Alger la collusion du PCF et du FN ainsi que l'influence "extrémiste" qui sévit dans les CDL. Il souligne “ l'action envahissante du Parti communiste qui risque de mettre le gouvernement de demain en face d'une situation non désirable et qui sera alors difficile à redresser ”. C'est la raison pour laquelle il réclame que le commandement dans les zones d'opérations soit remis aux militaires82. C'est ce qu'il met lui-même en œuvre en R4 et l'on voit que, dans le Sud-Est, une telle opération semble engagée avant même le 30 mai. On comprend donc les inquiétudes de Copeau qui, le 1er juin, avise d'Astier de l'action de l'ORA qui “ s'efforce de prendre le commandement de nos troupes ”. Il va même jusqu'à envisager la formation d'un bloc ORA- Parti socialiste83. L'hypothèse est sans fondement sur le plan national et, en R2, sur le plan régional, même si elle peut s'appuyer sur certaines situations locales ou certains contacts personnels, mais elle en dit long sur l'atmosphère de défiance qui règne et les manœuvres qui se déroulent à tous les niveaux.

 

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Avec le 6 juin 1944, les contradictions internes de la Résistance éclatent. L'apparence unitaire donnée par des institutions communes, elle-même, est brisée. Le paysage militaire et politique - comment les séparer ? - se fracture un peu plus avec un MLN débordé par l'ORA et par le Parti communiste, alors que les difficultés de liaison, la répression devenue encore plus atroce laissent la bride sur le cou aux multiples petits centres de commandement. Mais cette résistance éclatée, déchirée et martyrisée est emportée par le courant populaire, extraordinaire aux yeux mêmes des résistants, qu'elle a su créer et qui se révèle à l'annonce du débarquement en Normandie. La Résistance, toutes tendances confondues - et elles sont confondues par la population et par les résistants de base - est effectivement devenue un mouvement de masse, réunissant l'ensemble actif de la Nation comme aux moments les plus épiques de son histoire, ceux qui hantent précisément l'imaginaire résistant. Elle est portée par les milliers d'hommes et de femmes, par tout un peuple dressé. Étonnée de ce succès, écrasée par la responsabilité qui lui incombe, la Résistance ne peut décevoir cette foule qui lui fait confiance et qui lui impose de respecter cette unité qu'elle invoque sans cesse. Entre les déchirements internes plus vifs que jamais et cette nécessité unitaire que chaque force va essayer d'utiliser à son profit, l'équilibre est difficile à tenir. L'élan populaire, le combat au coude à coude contre un ennemi commun, le poids de la Résistance extérieure et la menace que les Alliés peuvent représenter pour l'indépendance du pays, tout impose la sauvegarde de l'unité, cimentée par le seul lien solide, un patriotisme élémentaire qui soude toute la génération de la Résistance dans ses diverses composantes idéologiques, dans ses diverses strates, y compris la dernière, celle du 6 juin qui donnera pourtant rapidement naissance au mythe des “ résistants de la dernière heure ”. Mais chacun cherche dans l'étape finale et décisive soit à conserver le pouvoir acquis, soit à conquérir, par un ultime effort, celui que le sacrifice des siens lui permettra de revendiquer. La situation est plus fluide que jamais de ce point de vue. Les rapports de force peuvent évoluer en fonction de l'action des forces extérieures, de l'intervention des masses ou des coupes sombres de la répression. En somme, tout dépend du temps que la Libération prendra.

 

1. C'est ce que C. BOURDET estime, op. cit., p. 402 : l'adhésion de cette dernière vague de jeunes “ qui n'avaient pas trouvé le moyen de rejoindre les organisations jusqu'à la dernière période... n'avait rien d'immoral ou de machiavélique ”.

2. Tué par la bombe qu'il fabrique, impasse Junot, quartier Saint-Lazare à Marseille (tém. Taïsch et documents ANACR des Bouches-du-Rhône). Dimitri Coturovitch est généralement donné comme l' “ inter ” technique, or il est présenté comme COIR, ce qui semble plus logique d'ailleurs, par le rapport de son homologue FTPF du 24 mai 1944 (Arch. privées).

3. Tém. L. Blésy 1982. Le pseudonyme de Granville qui lui est généralement attribué date seulement de la période de la Libération. Les indications concernant l'état-major FTPF de R2 données par H. NOGUÈRES, op. cit., t. 4, p. 218, pour décembre 1943, sont complètement erronées.

4. Cette responsabilité a été assurée par Jean Enjolvy Prosper jusqu'en avril 1944, date à laquelle il devient Commissaire à la Sécurité de la 1e Subdivision FTP qui couvre tout le Sud-Est. Il vient donc d'être remplacé lorsque le rapport du COIR du 24 mai signale cette difficulté.

5. Arch. privées, Les origines de l'insurrection marseillaise, s.d., dactyl., texte pour un article paru dans la revue des FTP, Combattre, peu après la Libération.

6. Les biographies de ces deux responsables sont données in M. BAUDOIN, Histoire..., op. cit., p. 182, pour Bouy et in M. AGULHON et F. BARRAT, op. cit., p. 54, pour Gaudillat (pseudonyme donné aussi comme Pelletier).

7. À partir du 13 mai : arrestation de Jacquot, l'homme clé, Jommart CE, et plusieurs dizaines de militants de l'appareil FTP (dont des Varois comme A. Graziani et A. Grangeon) et fuite de B. Guimpel, CO.

8. AN, 72 AJ 64, Note pour renforcer l'organisation départementale, 14 février 1944.

9. AN, 72 AJ 65, lettre à Avinin du 16 mars 1944 qui est une longue suite de critiques contre Juvénal (nomination de “ politiques ” inactifs, faiblesse du budget accordé aux GF par rapport à celui de l'AS “ qui n'a pas fait un centième seulement des opérations réalisées ”, secrétariat à l'usage personnel de Juvénal, refus de travailler en collaboration au point qu'il demande de préciser “ si les 3 membres du comité régional sont en principe égaux... ou si un seul doit gouverner en tenant compte aussi peu que possible de l'avis des deux autres ”, critique sur l'organisation du service maquis, etc.).

10. Arch. Amigas, circulaire de Copeau, C.D. à R.S.M./A., 22 avril 1944.

11. Par une note du 5 (H. NOGUÈRES, op. cit., t. 4, p. 345).

12. AN, 72 AJ 64, note du 26 avril 1944 (compte rendu de la réunion du CD du MLN).

13. AN, 72 AJ 65, circulaire du 28 avril 1944 de l'état-major des MUR aux départements.

14. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 4, p. 551 : information du 3 avril 1944 aux régions et circulaire du 12 avril de l'état-major CFL où l'on peut lire que “ l'activité sera axée non plus entièrement en vue d'un jour “ J ” hypothétique, mais bien vers l'action immédiate ”. Elle recommande de ne pas attendre d'avoir une belle organisation pyramidale pour agir, car “ c'est une erreur de croire qu'il y aura un jour quelque part un régiment ou une division de Français résistants qui se rassembleront avec armes et bagages au coup de sifflet ou sur un appel de la Radio ”, critique qui se révèlera d'ailleurs fausse le 6 juin (AN, 72 AJ 64, documents Gemalhing).

15. AN, 72 AJ 65, documents Fournier, note sur la création des CFL de l'état-major des MUR, 28 avril 1944, par Fouché, qui prépare “ une réorganisation complète des théories qui ont présidé à l'organisation des maquis ”.

16. AN, 72 AJ 64, “ Résolution à publier ”, 21 avril et déclaration du CD du 1er mai 1944. On relève d'autre part dans les Directives pour le Milices patriotiques, s.d. (vers avril-mai 1944) une incitation à “ abandonner les vieilles habitudes héritées de l'A.S. ”.

17. Et qui prévaut dans l'historiographie non communiste d’H. NOGUÈRES à S. COURTOIS (op. cit., p. 436 : manœuvre communiste pour rendre les FFI opérationnels dans l'IN).

18. Arch. Amigas, note de Copeau, déjà citée (“ Le C.D. a pris connaissance de la protestation du Directoire de R.S.H.(R2) dont il regrette de ne pas avoir eu connaissance plus tôt ” et il annonce la venue d'un délégué avec les pleins pouvoirs). H. NOGUÈRES, op. cit., t. 4, p. 614, paraît dater la concentration du pouvoir aux mains de Copeau et Degliame du 13 mai seulement, alors qu'elle est antérieure.

19. M. Juvénal, tém. cit., p. 7 et aussi M. BAUDOIN, Histoire..., op. cit., p. 31 où elle relève l'attitude prudente du Directoire régional vis-à-vis de l'action immédiate.

20. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 4, p. 488, note du 14 mars 1944 du Comité central de la Résistance annonçant leur formation.

21. Arch. Amigas, note déjà citée : “ il appartient donc en principe au chef FFI en même temps chef CFL de ne pas se laisser déborder par les éléments militaires minoritaires et au chef politique MUR d'exercer effectivement son autorité ” (ce qui, soit dit en passant, nous paraît confirmer notre critique de la vision simpliste du “ noyautage ” communiste, car si, à l'évidence, la note vise l'ORA, elle peut tout aussi bien concerner les FTP et l'on sait bien que les chefs politiques MUR ne sont pas majoritairement recrutés chez les crytocommunistes).

22. Tém. M. Juvénal 1947 déjà cité. Rossi Levallois n'a donc pas été le premier chef FFI comme il est parfois indiqué.

23. L. Burdet 1945, tém. cit. Au cours de cette réunion, Fourrier est attaqué aussi par un autre chef varois.

24. H. Michel, tém. cit. : par l'intermédiaire du Dr Lagier, ami d'un officier, la Résistance varoise a pris contact avec le commandant de cette flotte (une vingtaine de navires). Pour éviter qu'au moment de la Libération, les Allemands ne tentent de la saborder, il a été décidé de faire passer des armes à bord, ce qui était le rôle de Fourrier. Devant son refus de s'en occuper, l'affaire a été passée à la Résistance marseillaise.

25. Biographie in M. BAUDOIN, Histoire..., op. cit., p. 137.

26. Il subsiste deux textes attestant de cet accord. Un texte réduit précise les attributions de chacun, notamment sur la répartition des armes et le problème posé par la SAP. Il est signé par Juvénal, Simon et Lécuyer (AN, 72 AJ 104 Bouches-du-Rhône). Il est repris dans une circulaire de Copeau du 3 mai 1944, plus longue et plus explicite (Arch Juvénal). L. Burdet (tém. cit.) donne une version légèrement différente de la répartition des pouvoirs avant la réunion de Carpentras : Lécuyer aurait été le chef d'état-major FFI et Fourrier, chef de l'action immédiate, sous les ordres de Juvénal jusqu'à ce qu'à la fin mars Fourrier soit nommé chef FFI et Lécuyer son chef d'état-major. Mais les divers témoignages de Lécuyer ne le confirment pas. La répartition des pouvoirs a été sans doute chose moins facile que ce que les témoignages suggèrent. Le premier témoignage Juvénal (1947) évoque de très violentes discussions avec Lécuyer pour l'amener à une attitude positive vis-à-vis des FFI Exagère-t-il alors que le souvenir de la “ dissidence ” de Lécuyer après le 6 juin est tout frais ? Lécuyer n'insiste pas sur les conditions de la formation de l'état-major FFI (aucune mention de Fourrier par ex.). L'ORA leur accorde, il est vrai, un intérêt assez réduit (voir par ex. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 38).

27. Circulaire de Copeau du 3 mai 1944.

28. Tém. H. Simon 1982 et biographie in M. BAUDOIN, Histoire..., op. cit., p. 144. Simon est chef du Service départemental du cadastre.

29. Accord du 1er mai 1944, déjà cité.

30. Au point que, lors de la première réunion du CDL des Bouches-du-Rhône, peu après le 6 juin 1944, le FN et la CGT s'opposent à la proposition de Juvénal qui veut faire participer Rossi au CDL comme auditeur, puis, espère-t-il, comme membre à part entière. Ce qui signifie donc qu'il est difficile de considérer Rossi, à cette date comme un “ sous-marin ” du PC (Rapport de Juvénal en annexe à son tém., déjà cité).

31. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 38.

32. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 47. Il écrit également “ que le commandement régional des FFI et que le D.M.R. avaient l'un et l'autre quelques chose de flou et d'indéterminé ” (p. 39).

33. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 47.

34. Mais le terme est employé, pour la première fois, dans un rapport de police du 15 juillet 1944 (ADV, 1 W 25, Rens. gén.), ce qui laisse penser que son emploi a commencé à se répandre dans l'opinion.

35. L. Burdet, tém. cit.

36. Arch. Roustan, op. cit., notamment rapport du 6 juin à RSH/C : les administrations “ napées ” sont les transports, les Ponts et Chaussées, la magistrature, les contributions directes, la préfecture et les PTT et les trois mairies : Toulon, Draguignan et Aups.

37. Quartier de l'Estagnol où Sarie était caché. Sur ce passage, tém. H. Sarie (L'Estagnol, préfecture clandestine du Var), s.d., médecin lieutenant Seys, 9 septembre 1944, L. Picoche (La Résistance dans le canton..., op. cit.), A. Chambardon, tém. cit., Mme Lagier, s.d. Tém. F. Salvatori, 1983. Le docteur Henri Malartic est membre de l'Académie de Médecine.

38. Tém. Salvatori. Celui de Mme Amigas, 1955, la situe en avril, alors qu'elle ne peut avoir eu lieu qu'en mai.

39. Ils ont essayé d'attirer deux agents du SD de Draguignan dans un guet-apens. L'affaire a échoué. L'un des agents, mais aussi le résistant Bigel sont blessés. Bigel est retrouvé par le SD dans un ferme voisine, la ferme Guido, proche de celle de Vermiglio qui sert de base à la MOI et qui sera repérée à cette occasion (d'où l'arrestation de Vermiglio le 11). Le GF de Toulon fera évader Bigel de l'hôpital de Draguignan, le 2 juin, avec l'aide de la Résistance dracénoise, en particulier le Dr German et le commandant Blanc.

40. Journal de Vallier, op. cit. Il s'agit d'exécuter deux “ gestapistes ”, condamnés à mort par la commission exécutive du CLL, certainement les responsables des arrestations de Bigel et Vermiglio. Vallier estime que l'on fait appel à lui car “ tous les jeunes d'en bas se dégonflent ”.

41. Contrairement à ce qu'indique F. Fortoul dans son rapport d'activité, op. cit. Cette offensive ne se traduit en actes repérables qu'au mois de juillet 1944.

42. Journal de Vallier, op. cit., notation du 8 mai.

43. ADV, 1 W 98, annexe au tém. Juvénal, rapport s.d., dactyl., portant sur la formation du CDL des Bouches-du-Rhône et les discussions sur le noyau actif et la grève générale insurrectionnelle. Si ce rapport est postérieur au 6 juin 1944 (il mentionne le télégramme Koenig du 10 et doit avoir été rédigé aussitôt après), les séances du CDL qu'il évoque sont, elles, antérieures.

44. Lettre de Copeau à d'Astier de la Vigerie, 1er juin 1944, citée par H. NOGUÈRES in La Libération dans le Midi..., op. cit., p. 145.

45. A. Bauchière, tém. cit.

46. Arch. privées, rapport du COIR, 24 mai 1944.

47. Les autres officiers de liaison de Simon sont Jammes Job dans les Alpes-Maritimes, Chanavas dans le Vaucluse, Alziary (instituteur) et Georges Bonnaire (syndicaliste CGT de l'hôtellerie des Alpes-Maritimes) dans les Basses-Alpes.

48. Plusieurs exemples, notamment arch. Amigas, tém. F. Salvatori, s.d., qui donne les maquis FTP “ sous les ordres de Leroy ”.

49. Arch. Amigas, prévisions budgétaires, 20 mai 1944.

50. La Vie du Parti, juin 1944 (rédigée avant le 6 juin).

51. F.-L. CLOSON, op. cit., p. 156, montre bien l'importance de ce modèle.

52. Documents reproduits en annexes pour comparaison. Il s'agit de La Provence Libre d'avril 1944, retrouvée à Draguignan, le 28 avril.

53. Tract “ Pour un 1er mai de lutte contre l'envahisseur ” (Les Arcs et Toulon, 30 avril 1944), reprenant les consignes d'un tract signé par le PCF et diffusé en même temps (“ Appel pour le 1er mai ”) : arrêt de travail de 11 heures à midi, dépôt de cahiers de revendications, manifestations. Rouge-Midi, avril 1944 (Toulon, Draguignan, Les Arcs, Cogolin, Grimaud, entre le 28 et le 30 avril).

54. Accompagné des directives du CC du Parti “ "pour la préparation et la conduite de l'I.N. ”, mai 1944 (M. AGULHON et F. BARRAT, op. cit., p. 26-27).

55. Biographie in M. AGULHON et F. BARRAT, op. cit., p. 10-11.

56. M. AGULHON et F. BARRAT, op. cit., p. 33

57. Nous nous fondons sur des états établis par les résistants, sans doute à fin de reconnaissance des droits : liste nominative de la Brigade des Maures de Saint-Tropez-Ramatuelle, tableau d'effectifs de Salernes, etc. (Arch. ANACR).

58. Tém. Barjols, Flayosc, Toulon, Salernes, Draguignan, Saint-Tropez où, pourtant, elles existent à la Libération. Nous reviendrons sur cette question par la suite. Un rapport du COIR du 31 juillet confirme la faiblesse des MP.

59. Par exemple à Barjols ou à Flayosc (tém. J. Oliva déjà cité : après le 6 juin, “ des amis de toutes classes et d'opinion politique très différente étaient venus rejoindre nos rangs ce qui nous a permis au débarquement d'avoir un si important effectif ” ).

60. Nous y reviendrons, mais pour préciser, disons que les uns seront l'armée nouvelle, les autres la police nouvelle.

61. Arch. privées, rapport du COIR, 24 mai 1944, où l'on peut lire à propos des Basses-Alpes que “ cet afflux (des parachutages) devient même un danger, car nous ne sommes pas capables de ventiler rapidement ce matériel. J'ai peur que nos dépôts ne subissent le même sort que ceux qu'ont connu ceux de l'A.S. ”.

62. Sur les grèves de Marseille, l'analyse la plus sérieuse est celle de J.-P. BEAUQUIER, op. cit., p. 322 et suiv. La force des Milices patriotiques à Marseille est controversée. M. BAUDOIN, Histoire..., op. cit., p. 138, la juge très faible à la Libération. Mais ce jugement nous paraît trop sévère.

63. La grève s'étend cependant à la métallurgie des Alpes-Maritimes, épargnée par celle de mars (ADN et chantiers navals d'Antibes).

64. Rien pour le 1er mai (sauf Barjols). Appel à manifester à Barjols, le 5 (les tanneurs) et le 15 (les femmes), la seule localité où le mot d'ordre est suivi, et à Draguignan, le 21. Appel à la grève générale (29 mai, Tourves).

65. Tract “ Du pain ”, par le Comité des femmes de France du Var, Toulon, La Seyne, entre le 4 et le 6 juin 1944, divers tracts à Draguignan, 3 juin, par le Comité des Femmes de France (“ Femmes alertes ”, “ Maman ”, “ Femmes Ménagères ”) et le FN (“ Population dracénoise, alerte ! ” ).

66. Arch. Salvatori, lettre de J. Ducret, chef ORA du sous-secteur de Méounes, à F. Salvatori, 22 juin 1964.

67. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 35.

68. On peut trouver des indices de cette attitude dans le rapport qu'il fait en novembre 1944 sur le bilan de l'action FFI à la Libération (ADV, 1 W 108, dactyl.), alors qu'il est devenu chef départemental FFI. Idem in tém. de l’amiral Baudoin, La Marine..., op. cit.

69. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 42. Ce plan est exposé avec cartes à l'appui, p. 39-43.

70. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 42 : Lécuyer a l'impression que Burdet et Simon lui font confiance, tandis que Juvénal et Rossi ne s'y intéressent guère. Son plan est approuvé par ses chefs (le colonel Zeller).

71. Arch. privées, le COIR évalue les forces FTP à 700 hommes (rapport du 24 mai 1944).

72. L. Burdet, tém. cit. Dans ses divers tém., Lécuyer n'évoque pas ses relations avec la SAP. Celui qu'il a déposé au SHA (13 P 53, Basses-Alpes) évoque seulement la volonté de Rayon d'agir seul. Par contre, dans le tém. que nous avons recueilli, il nous a affirmé avoir eu des relations excellentes avec la SAP. Rayon qui s'est embarqué à Saint-Tropez revient peu après par parachutage dans le Vaucluse où est désormais installé son PC (Apt).

73. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 310, tém. du lieutenant de Boisfleury Pyra qui assure la liaison entre Nice et Fayence et p. 123, tém. du lieutenant Gautier Malherbe, chef départemental.

74. M. Juvénal et L. Burdet, tém. cit.

75. Tém. 1984 : le général Lécuyer affirme avoir obtenu les parachutages réclamés

76. H. ROSENCHER, op. cit., p. 254 et 266. D'après lui, l'officier américain prévu initialement ne serait pas parti avec la mission. Rosencher donne les pseudonymes de Louis et Paul à Chanay et Lancesseur. Ils ont été parachutés le 31 mars dans le Vaucluse.

77. SAPIN et quelques autres, op. cit., p. 294, tém. de cet officier, le sous-lieutenant Granier Nicole. Le radio Victor serait resté un moment près de Fayence et Grasse (mais confusion possible avec Nestor), d'après L. Burdet.

78. Rapport Antoine, 11 août 1944.

79. SHA, 13 P 53, journal de marche du chef ORA-FFI Chaumont qui a rencontré Chanay en mai. Celui-ci lui a demandé ses besoins en armes, munitions et veut les coordonner des terrains de chaque centre de ralliement et les effectifs à ravitailler.

80. Le problème posé par cette mission la dépasse. Il pose la responsabilité (ou de l'irresponsabilité) des états-majors de la France Combattant et des Alliés. On trouve exactement le même phénomène dans le Vercors. Le délégué militaire de zone, Bourgès-Maunoury, le pose d'ailleurs, dans un câble à Koenig du 9 juillet, en général et en particulier pour cette mission interalliée dont il avoue qu'elle est pour lui une énigme, puisqu'elle se pare de la responsabilité des maquis en R2 (H. NOGUÈRES, op. cit., t. 5, p. 643). S'agirait-il d'opérations de diversion et d'intoxication (dont les résistants et les officiers de la mission eux-mêmes auraient été victimes) ?

81. AN, F1 a 3 922, rapport du 13 mai 1944 : les FTP tergiversent et tardent à établir des relations avec les MUR, donnant l'impression de ne travailler que pour eux-mêmes. Ils effectueraient des exécutions sans en aviser les MUR.

82. AN, F1 a 3 922, Fonds Cochet, 72 AJ 447-448, Note d'ensemble sur la situation en France, 30 mai 1944, Thénard (c'est-à-dire Revers).

83. La Libération dans le Midi..., op. cit., p. 145.