C - LES “ MASSES ” EN MOUVEMENT

 

La “ montée des luttes ” est incontestable. L'évolution de l'opinion sous l'effet de facteurs qui touchent tant aux conditions de vie (multiplication des contraintes, dégradation du ravitaillement), qu'à l'évolution du conflit mondial ne suffit pas à l'expliquer. L'action de la Résistance intérieure est déterminante. Les mouvements que l'on recense sont de moins en moins spontanés. Ils dépassent certes la seule aire d'influence des communistes organisés, mais leurs militants en sont souvent les “ meneurs ”. Leur succès est inégal, mais, plus que d'autres, les communistes contribuent à leur organisation et à leur développement. Ces actions sont aussi les fruits du travail obscur, ingrat, en apparence inefficace, mené depuis des mois. Entre l'opinion plutôt passive et la minorité résistante active, les communistes ont réussi a jeté un pont et les “ masses ” suivent ceux qui mettent en pratique leurs principes. Ils en retireront le profit politique ou syndical.

 

1 - Manifestations et Résistance communiste

Sous les occupations italiennes et allemandes, les manifestations marquent un temps d'arrêt, après le succès de celles de 1942 et avant l'extraordinaire mobilisation de l'été 1944.

- La participation des communistes aux manifestations patriotiques n'est importante qu'à partir du moment où la remobilisation ouvrière est effective. La première tentative sous l'Occupation, le 1er mai 1943 est un échec, malgré la signature de tracts communs avec les MUR, le MOF et le Parti socialiste. Il n'y a aucune grève et aucune manifestation ce jour-là. Les communistes participent ensuite à la préparation de la manifestation commune prévue le 14 juillet, mais les arrestations italiennes perturbent le déroulement du mouvement. Valmy n'a pas assez de portée symbolique et de tradition commémorative pour pouvoir rassembler et les appels à manifester que le PCF seul a lancés ne sont pas suivis d'effet. Par contre, le 11 novembre 1943 enregistre les premières manifestations et grèves marquantes, suscitées par les communistes et le syndicalisme clandestin. Les grèves signalées à Barjols (tanneries) et à Draguignan (scierie Collomp) sont organisées par eux. Leur participation est tout à fait essentielle à Toulon et à La Seyne où les ouvriers de l'arsenal et des chantiers navals manifestent dans et hors des entreprises. Malgré l'échec de la tentative de commémoration du sabordage de la flotte, le 27, ce mois de novembre 1943 est une étape importante pour le mouvement ouvrier. C'est le moment où il émerge. C'est aussi celui où la supériorité communiste dans ce domaine s'affirme clairement. Elle sera confirmée par les étapes chronologiques suivantes, un peu le 1er mai 1944 et surtout le 14 juillet.

- La participation des femmes aux manifestations de toutes sortes conduit la police à constater qu' “ elles ne sont plus l'élément modérateur qu'elles étaient il y a peu ”1. La remarque n'est pas à ranger seulement sous la rubrique des idées toutes faites (qu'elle exprime, en oubliant les manifestations de l'hiver 1942). Elle enregistre aussi l'attitude inédite des femmes de La Seyne, deux jours auparavant, le 10 novembre, poussant les hommes à l'action lors du premier mouvement de grève enregistré dans les chantiers navals.
 Dans de nombreux cas, la plupart sans doute, aucun lien mécanique ne peut être établi entre l'action de la Résistance (par exemple, l'abondante propagande écrite du PCF à ce sujet) et le déclenchement d'une manifestation. Elles sont encore souvent spontanées, démarrant devant des étals effectivement vides2. À Toulon, les tracts n'apparaissent qu'à la suite des mouvements qui ont lieu entre le 22 et le 24 mars 1943, qu'il s'agisse de celui des comités populaires (“ Bravo, les femmes ”), le 25, ou celui des MUR (“ Ménagères, on créé la famine ”), le 29. Cependant, dans un nombre limité de localités, celles précisément où le PCF est réorganisé et actif (Draguignan, Hyères, Barjols, Ollioules), les mouvements sont particulièrement notables.
À Hyères, quatre manifestations importantes se déroulent entre le 22 mars et le 1er avril 1943, réunissant de 3 à 500 femmes avec des enfants3. Peut-être parti spontanément, le mouvement se durcit et marque une détermination certaine. La dernière manifestation, sans doute organisée, est marquée par de violents incidents, provoqués par une centaine d' “ enragées ” : barrages de police bousculés (six agents blessés), tentative pour forcer les portes de la mairie. Les très nombreux enfants présents crient : “ Nous avons faim ”. La dispersion n'intervient qu'à 14 heures, après l'arrivée des GMR, appelés en renfort, et non sans que les femmes chantent La Marseillaise et Le Chant du Départ (à la double signification, patriotique et d'hostilité au maire vichyste). Pour le commissaire de police, il ne fait pas de doute que la manifestation du 29 (et, même s'il ne le précise pas, il en va de même pour celle du 1er) a été “ réglée en partie ” par les communistes locaux, bien qu'aucun “ suspect”  n'ait été repéré. Elle a été encouragée par les gaullistes, et - la chose est si significative qu'il la relève - il a même vu “ des gens du parti de l'ordre ” dans ses rangs4. Parmi les trois femmes interpellées, se trouve l’épouse d’un interné, ancien mutin de la mer Noire, contre laquelle est prise une mesure d'éloignement5. Une dizaine d'ouvrières de l'entreprise Dufour sont parties ensemble à cette manifestation et le grainetier chez qui travaille Berthet, le “ polo ” local, a désigné un délégué de son personnel pour s'y rendre.
À Draguignan où les militants font un travail suivi en direction des ménagères, il y aurait eu, en juillet 1943, une grève des achats, mais l'affaire n'étant pas confirmée par les sources policières, nous ne savons pas ce qu'il en a été précisément6.

Le rôle des communistes ne fait pas de doute non plus dans l'agitation de septembre 1943. Si, à Hyères, les tracts qui appellent au rassemblement avec les enfants le 9 septembre ne sont pas suivis d'effet, au grand soulagement des autorités, c'est uniquement par la grâce de la capitulation italienne. Rouge-Midi d'octobre relate les manifestations des 19 et 20 septembre à Ollioules et celle du 21 à Barjols. Peut-être, les communistes prennent-ils une part moindre dans les manifestations très résolues de Fréjus et Saint-Raphaël en octobre. C'est alors que le mouvement retombe. La propagande n'y peut plus grand chose, car d'autres soucis, les bombardements, les évacuations font passer le ravitaillement un peu en retrait et limitent les possibilités d'action.

Annoncée par tract, la manifestation de ménagères qui a lieu à Barjols, le 15 mai 1944, s'intègre à une offensive plus générale et annonce, dans ce cadre-là - celui de l'insurrection nationale - la reprise du mouvement qui se produira après le 6 juin.

On notera que les manifestations contre le STO, au début 1943, sont spontanées et de peu d'ampleur. Il en va de même pour les rares tentatives de protestations contre les réquisitions de main d'œuvre pour le travail côtier en 1944. On relève seulement leur dénonciation par affiches (manuscrites) à Barjols7 et un mouvement isolé, à Pignans, le 2 mars 1944. Il ne rassemble qu'une vingtaine de femmes.
Les manifestations sont l'expression spectaculaire et exceptionnelle du mécontentement. Elles sont aussi, maintenant, le signe d'un travail clandestin que, seul le PCF, soit directement, soit par organisation satellite interposée, assume. Essayant de susciter le mouvement, de le diriger, de l'intégrer dans sa stratégie, il appuie toutes les formes de mécontentement populaire. Ses tracts, ses journaux relatent toutes les initiatives connues, même les moins “ politiques ” et Rouge-Midi du 11 novembre 1943 n'hésite pas à signaler le pillage de deux wagons de pommes de terre destinés aux Allemands de l'arsenal par les habitants du quartier de l'Escaillon, à Toulon8. Les artisans du mouvement populaire prennent leur pâture où ils le peuvent et ne dédaignent rien. Ce sont d'ailleurs des revendications, en quelque sorte triviales, qui servent de prétexte au renouveau syndical.

 

2 - Le renouveau syndical

Ce renouveau est le phénomène le plus spectaculaire de la fin 1943. Conséquence de la maturation de l'opinion, il est tout autant l'œuvre des militants du Parti communiste. Il serait vain de vouloir séparer l'évolution du PCF de celle de la “ classe ouvrière ”. Qui doit le plus à l'autre ? Le tournant vers l'action de masse de l'été 1943 n'est pas le premier, mais il rencontre à ce moment-là des conditions favorables. La réorientation de la ligne est facilitée par la possibilité d'utiliser un “ stock ” moins réduit de militants à temps plein9. L'influence des succès soviétiques et l'effondrement italien jouent un rôle dans cette entrée en action. Les problèmes matériels offrent une abondante matière à la revendication, que ce soit l'insuffisance criante des salaires ou la pénurie alimentaire. Mais rien de tout ça n'est bien nouveau. Les communistes se nourrissent du mécontentement, mais savent donner forme à son expression, lui offrir des perspectives, se faire les porte-parole des ouvriers, ce que ni les syndicalistes officiels, ni les socialistes ne peuvent ou ne savent faire.
Jusqu'à l'été 1943, peu de choses : peu de tracts, des résistants ouvriers assez nombreux, mais isolés, cantonnés au renseignement, au travail politique ou à la “ solidarité ”, de petits (et peut-être nombreux) sabotages, du freinage à la production mais une masse qui reste démoralisée et inquiète. À La Seyne, dans les chantiers navals, la propagande repérable se limite à quelques graffitis. Le calme y règne en août, comme quelques mois plus tôt, en avril. On se satisfait d'une hausse de salaire que l'on trouve insuffisante à La Ciotat. Les ouvriers travaillent en moyenne 56 heures10. Les éléments les plus combatifs, et les plus jeunes, sont partis au maquis.
Dans l'arsenal, la première tentative d'action ne rencontre pas grand succès. Elle vise à protester contre le retard de quelques jours dans le paiement de la quinzaine. Elle ne rassemble, devant les bureaux de la direction, que 80 ouvriers et Joseph Bessone, l'un des organisateurs clandestins, ressent cela comme une gifle11. Avec celui qui joue un peu le rôle de mentor politique, le “ vieux ” Edmond Mouska, il rédige un journal d'entreprise, La Cloche, qui aura au moins quatre numéros entre août et novembre 1943. Au même moment, Paul Vidal et les militants de La Seyne font sortir La Voix des Chantiers (trois numéros en août, septembre et décembre). C’est avec ces hommes que le coordinateur clandestin de l'action, Jean Seine Philippe, membre du triangle régional du Parti, chargé de l'action de masse, forme le triangle autochtone de la CGT clandestine (P. Vidal Perrault, agent technique aux Forges et Chantiers de la Méditerranée, J. Bessone Fernand pour l'arsenal et Mathieu Barra, ouvrier boulanger).
Le journal de l'arsenal, comme celui de La Seyne, “ se veut exclusivement corporatif et revendicatif ”12, mais il appelle à la solidarité avec les FTP et dénonce certains membres de l'encadrement trop zélés vis-à-vis des Allemands. On est là dans le contexte de la poussée pré-insurrectionnelle de septembre avec les appels à la grève générale. Cependant l'établissement de listes de revendications et la propagande en faveur de la syndicalisation servent de support à une action de fond.
L'occupation totale par les Allemands semble libérer les énergies. Dès le 29 septembre, une assemblée générale du syndicat des métaux de La Seyne rassemble une centaine d'ouvriers pendant 45 minutes houleuses. Les ouvriers réclament une hausse des salaires et parviennent à faire voter un cahier de revendications13. On conçoit l'étonnement de la direction et de la police devant ces signes de réveil d'une action concertée. La police s'interroge. N'avait-elle pas noté, vingt jours plus tôt, que les deux syndicats présents dans les chantiers navals (syndicat des métaux et syndicat chrétien) étaient encore moins actifs qu'auparavant et qu'ils n'avaient pas la faveur des ouvriers14 ? Ne sait-elle pas que, sur plus de 2 000 ouvriers, le Syndicat des métaux ne compte que 70 adhérents et que son secrétaire général n'a été élu au comité social qu'avec 11 voix (sur 200 votants)15 ? La direction de l'entreprise, dont certains des membres font partie de la Résistance, est inquiète du vide syndical et redoute le “ danger ” communiste. Elle craint un mouvement au début octobre, car l'atmosphère change très vite. Entre septembre et novembre 1943, le nombre de syndiqués n'est-il pas multiplié par huit, passant d'une soixantaine à cinq cents environ ?16
L'arsenal marche au même rythme. Le syndicat ouvrier est déconsidéré au point d'être surnommé le “ groupe fantôme ” par les salariés et c'est cette organisation dévaluée qui se retrouve finalement début novembre avec plus d'adhérents qu'en 193617 ! Cette comparaison (et la crainte qui la sous-tend) donne la mesure de la surprise devant l'impact du Comité d'unité syndicale. Pourtant, les Renseignements généraux ont noté depuis longtemps l'évolution de l'opinion ouvrière, son attention aux événements extérieurs, les espoirs placés dans l'URSS. Il y a désormais adéquation entre les sentiments et l'attitude. La direction de l'arsenal est aussi soucieuse que son homologue seynoise devant cette pression croissante que l'augmentation accordée, début novembre, excite, au lieu de calmer, parce qu'elle traite différemment manœuvres et spécialistes.
La stratégie clandestine est claire. Elle pousse à la syndicalisation. Le faire comprendre aux ouvriers n'a été simple ni à La Seyne, ni à Toulon18. Mais désormais, en peu de temps, le paiement de la cotisation syndicale (cinq francs) est devenu un acte élémentaire, un signe de connivence pour montrer qu'on est du même bord. Ce n'est plus seulement un acte à portée sociale ou politique, c'est aussi un geste patriotique. Le but de l'organisation clandestine est d'obtenir la majorité dans les syndicats et d'y placer des hommes sur lesquels elle pourra compter, non pas les responsables qui, eux, resteront dans l'ombre, appuyés sur la structure clandestine - une centaine d'hommes organisés en trios dans l'arsenal - mais des porte-parole, néo-syndicalistes, inconnus des services de police ou “ confédérés ” venus sur les positions “ unitaires ”. Il y a partage des tâches selon les modalités en vigueur dans tout l'appareil entre les responsables et les “ doublures légales ”19.
Dans l'arsenal, l'organisation clandestine possède en Julien Sauli, ancien dirigeant cégétiste, membre du comité syndical, un chef de file reconnu. Malgré le refus du préfet maritime et l'attitude de freinage de la direction syndicale qui se sait menacée, des assemblées générales sont improvisées. Celle du 9 novembre avec 300 participants aboutit à l'élection de 15 nouveaux membres au bureau syndical20. Peu importe qu'ils ne soient pas reconnus par le commandement maritime, la démonstration est éloquente et la réunion permet de diffuser le mot d'ordre d'arrêt de travail d'une heure pour le 11 novembre.
Les 10 et 11 novembre 1943 sont des dates capitales pour l'histoire des résistances toulonnaise et seynoise. Le 10 novembre, à 13 heures, pour la première fois depuis le 30 novembre 1938, les chantiers de La Seyne sont en grève. Mouvement spontané ? Si l'on veut puisque motivé par l'absence de pain à la cantine ce jour-là, mais mouvement maîtrisé, conduit par la double structure (apparente et clandestine) mise en place. Deux officiers allemands sont conspués, un syndicaliste qui s'est battu avec l'un d'eux est arrêté ainsi que la délégation syndicale dont il fait partie. Un millier d'ouvriers environ manifeste devant les chantiers, place de la Lune, malgré les quatre mitrailleuses allemandes en position devant la porte. Ils réclament du pain et la libération de leurs camarades. Des femmes sont là et encouragent les hommes. Le travail ne reprend que trois heures après et il a fallu, pour cela, libérer les délégués et distribuer 400 kilos de pain amenés de Toulon21. Le lendemain, à 11 heures du matin, la grève est totale. Elle est suivie d'une petite manifestation pour le ravitaillement devant la mairie, entre midi et 13 heures. L'après-midi, la reprise du travail est faible.
À Toulon, l'originalité de ce 11 novembre par rapport aux journées patriotiques précédentes réside dans le caractère ouvrier qu'il revêt. Le matin, la grève est suivie avec ardeur dans l'arsenal, malgré les Allemands et l'encadrement, obsédé par la peur du Front Populaire22.

“ À 11 h. 15, le signal d'alerte fut donné dans l'arsenal... Après l'observation d'une minute de silence, les ouvriers se groupèrent et refusant de se rendre aux abris défilèrent à l'intérieur de l'Arsenal, drapeau tricolore en tête et aux chants de “La Marseillaise ”, “ Chant du Départ ”. À 11 h. 45 rassemblement aux réfectoires où “La Marseillaise ” fût à nouveau entonnée ”.

La manifestation du soir réunit place de la Liberté plusieurs milliers de personnes avec une forte participation ouvrière23.
À partir de là, l'atmosphère se ressent du changement de rapport de force dans les deux entreprises. L'affluence aux réunions est impressionnante et rappelle l'avant-guerre24. L'idée d'une revanche ouvrière en gestation commence à obséder les autorités. Elle est alimentée par certains propos inconsidérés, tenus en réunions par des “ inorganisés ” virulents. À La Seyne, le 18 janvier 1944, un ouvrier dit crûment ce que d'autres pensent :

“ 1941, 42 et 43 a été (sic) la revanche du patronat contre les ouvriers, 1944 sera la revanche des ouvriers contre le patronat. ”25

L'un des soucis des organisateurs clandestins est justement de contrôler ces écarts qui témoignent de la contradiction classique entre les “ responsables ” (l'élite, sociale ou politique) et la “ masse ” (les participants non militants, viscéraux et parfois “ provocateurs ”). Mais, dans l'ensemble, les consignes sont suivies avec discipline, même celles qui coûtent un peu : les manœuvres de l'arsenal ne dénoncent-ils pas le ridicule de l'augmentation qui leur a été octroyée en brûlant les billets supplémentaires ou en les donnant au Secours national ?26
La situation évolue de façon différente dans l'arsenal et à La Seyne. À Toulon, l'offensive se heurte au commandement maritime qui soutient à bout de bras l'ancienne direction syndicale et refuse toute modification, et surtout pas le remplacement de Dupuis par Sauli. Elle se heurte aussi aux Allemands qui tentent de reprendre la situation en main. Quelques jours après l'interruption de la réunion du bureau syndical, le 3 février, par des ouvriers venus exiger la démission de Dupuis et une action plus énergique sur les salaires, le SD arrête Sauli et trois autres ouvriers et les emprisonne pendant dix jours27. Le 6 mars, la direction allemande impose 10 heures de travail par jour et menace, par affiches, de déporter les ouvriers pris en train de flâner28. Mais, plus qu'aux réactions des uns ou des autres, le développement de l'action se heurte aux bombardements et à leurs conséquences, c'est-à-dire aux départs qu'ils provoquent. Dès la mi-décembre, 20 % des salariés sont démissionnaires et, malgré la réquisition sur place, les défections ne cessent d'augmenter, tant est grande “ la hantise d'un nouveau bombardement ”29. Les syndicalistes ne peuvent aller au-delà d'une menace de grève, par exemple, en avril. Mais ils suivent avec passion ce qui se passe de l'autre côté de la rade.
À La Seyne, en effet, le syndicat (officiel/clandestin) s'impose au fil des jours, depuis novembre, comme un véritable contre-pouvoir, soutenu par la majorité des ouvriers. Comme à La Ciotat, le bureau syndical est conquis par les porte-parole de l'organisation clandestine. Le 16 novembre, Jean Traversa devient le secrétaire général du Syndicat des métaux. Les derniers représentants de l'ancienne direction qui refusaient le mot d'ordre “ La Seyne à l’action ” sont remplacés, le 18 janvier, après avoir été mis en minorité. L'action porte sur plusieurs points : les salaires, mais aussi le ravitaillement et les évacuations. L'offensive syndicale trouve étonnamment peu de résistance. Elle profite des failles de la partie adverse. Côté français, les autorités locales se sentent prises entre deux feux et la passivité allemande les gène. La seule menace de la grève suffit à faire obtenir farine et matières grasses, en décembre. Aussitôt créé, le COSI, organisme collaborationniste spécialisé dans l'entre aide ouvrière, est pris en main par les représentants de l'organisation clandestine30.
Celle-ci n'est pas que toulonnaise. Elle est en fait régionale et coordonnée par André Lunet Charles, que nous considérons comme l'interrégional chargé de l'action de masse31. Un front syndical régional se met en place représenté très officiellement par un comité intersyndical (Var-Bouches-du-Rhône), créé le 15 janvier, à Marseille, et qui est chargé de mettre au point un cahier de revendications. Ce sont les délégués de ce comité qui négocient avec les autorités, d'abord le préfet régional, ensuite à Vichy et à Paris, en présence de la direction nationale du syndicat et de Bichelonne, ministre de la Production industrielle.
À La Seyne, le succès appelle le succès. La peur qui s'était enracinée depuis 1939-40 s'efface. Le nombre de participants aux réunions en fournit l'illustration, puisque l'on passe de 200 en novembre à 250 (le 18 janvier), à 300 environ (le 18 février), pour arriver à 600 en avril. La direction du syndicat local (et du COSI) s'intéresse à tout ce qui concerne la vie matérielle de la population : liaison par cars avec l'intérieur du Var, répartition de la viande, questions municipales, etc. Elle met en place des commissions spéciales. Elle envoie même de sa propre initiative une délégation chargée de vérifier l'accueil fait aux évacués seynois dans la Drôme, à la suite des rumeurs alarmantes répandues32. Les relations se tendent avec l'encadrement allemand qui s'émeut du freinage à la production et menace parfois. Mais le syndicat continue de jouir d'une surprenante liberté, ce qui, de part et d'autre, entretient le souvenir de 1936. La police est consciente que ce contre-pouvoir s'affirme face aux carences, réelles ou non, de l'administration en général. Elle se doute bien que les communistes n'y sont pas étrangers, sans toutefois dire explicitement que le syndicat est la partie apparente d'une organisation clandestine. Il est vrai que les revendications sont “ souvent justifiées ” à ses yeux33. Or l'offensive s'inscrit dans le cadre de la préparation de l'insurrection nationale. Résistance n°6, de janvier 1944, publie un article sur “ Syndicalisme et résistance ” qui met en évidence le rôle du prolétariat, Rouge-Midi du même mois titre “ A l'action pour les salaires et les revendications pour hâter l'heure de la délivrance ” et La Vie régionale (janvier-février 1944) préconise “ plus que jamais ” les luttes revendicatives pour frapper l'ennemi partout. La décision de préparer un arrêt de travail pour le mois de mars a été prise lors de la réunion intersyndicale de Marseille du 15 janvier, dont La V.O. fait précisément le compte-rendu dans son numéro du 6 mars. Ce jour-là, a lieu un mouvement limité, mais annonciateur : 80 % des ouvriers font la grève des heures supplémentaires, à 17 heures 30, et une délégation du bureau syndical vient devant la mairie avec 200 d'entre eux pour protester contre l'absence de distribution de matières grasses en février (et bien que, dès l'annonce du mouvement, le beurre ait été débloqué)34.
Le mouvement culmine les jours suivants. Jean Seine est venu s'installer à La Seyne, chez le boucher Verdagne, militant du Parti clandestin d'où il peut donner les consignes aux syndicalistes, André Guilbaut en particulier. Partie de Marseille le 17 mars, la grève s'étend à La Seyne le 21, de 9 heures 30 à 13 heures. Des tracts du Comité d'unité syndicale et du bureau clandestin de l'UD CGT ont été répandus dans la nuit (“ A l'actions pour nos revendications ” et “ Aux ouvriers de La Seyne, cessez le travail ”). La grève démarre à l'atelier des turbines et gagne toute l'entreprise pendant que les délégués syndicaux déposent le cahier de revendications à la sous-préfecture de Toulon, comme prévu lors de l'assemblée générale de la veille. Ils se disent débordés, mais justifient le mouvement en invoquant les promesses non tenues du ministre Bichelonne (le changement de zone de salaires et une hausse de 30 %)35. Cette “ leçon de courage et de patriotisme (donnée) aux attentismes ”36 reprend le lendemain dès 8 heures, toujours à partir du même atelier des turbines. Un nouveau tract du bureau clandestin de l'UD est distribué (“ Reprenez l'action. Continuez la grève ”)37. La grève touche, ce matin-là, toute la métallurgie provençale (Port-de-Bouc, Aix-en-Provence, Marseille, La Ciotat d'où un ouvrier a porté la confirmation de l'ordre de grève) pour appuyer la négociation prévue avec le préfet régional. Malgré les intimidations allemandes, elle paralyse l'entreprise seynoise toute la journée en attendant le retour de la délégation qui y participe38. Le soir même, le syndicat donne l'ordre de reprise de travail au vu des résultats qu'elle ramène (une promesse de passage en deuxième zone). Ce mouvement exemplaire par son ampleur régionale est largement cité par la presse clandestine (Rouge-Midi, La Provence Libre). Il impressionne les autorités qui craignent ses répercussions dans l'arsenal. La grève “ a été considérée comme dénotant un grand esprit de discipline et un courage certain. ”39. Le SD menace les militants qui se sont mis en évidence, Traversa, le plus en vue de par ses fonctions officielles (qui s'éloigne un moment) et Guilbaut40, mais l'affaire n'en réveille pas moins, du côté patronal, l'idée, oubliée depuis 1940, d'une entente entre les communistes et les Allemands !
L'évolution des événements fait ressurgir de vieilles peurs. Il y a comme une redécouverte étonnée de la lutte (ouvrière) des classes. L'on craint les concessions octroyées et l'on essaie par l'intermédiaire de la Fédération varoise du patronat et de la direction des Forges et Chantiers de la Méditerranée de freiner l'application des promesses faites à Marseille, du moins jusqu'à ce que Marcel Déat, nouveau ministre du Travail ne les entérine, après une entrevue avec les délégués régionaux41.  
Le mouvement marque alors le pas, comme étonné du peu d'opposition rencontrée et des résultats obtenus. Mais il a renforcé l'idée que seule l'action paye42 et les ouvriers restent mobilisés. La direction de l'entreprise n'a plus grande autorité. Le 5 avril, une fausse alerte entraîne, en dépit de ses ordres, la fuite des 1 500 ouvriers dans les abris (insuffisants d'ailleurs) de la ville. Malgré le peu d'empressement mis à retourner au travail, il n'y a aucune sanction. Les Allemands ne font rien. Ils ont, eux-mêmes, reconnu le syndicat comme un interlocuteur et semblent avoir abandonné l'idée de le réprimer, pour le moment du moins43. L'importance militaire de l'entreprise, peut-être les trafics des cadres allemands expliquent, au moins partiellement, cette souplesse. On cherche à empêcher toute aggravation de la situation. Côté français, on fait tout pour éviter que le 1er mai ne relance l'agitation, d'où une amélioration du ravitaillement et un acompte à valoir sur l'augmentation prévue. En fait, la mobilisation n'est vraiment cassée que par le très important bombardement du 29 avril, le premier qui affecte La Seyne. Sorte de manifestation silencieuse, les obsèques des 117 victimes ont lieu ce 1er mai dont on a fait finalement une journée chômée. Un quart de la population est sinistrée et, à partir de là, la moitié des ouvriers, y compris des militants actifs, quitte la ville. C'est probablement la raison pour laquelle La Seyne ne suit pas le mouvement très important que connaît Marseille à la fin mai et qui sera brisé, lui aussi, par un bombardement.

Les communistes peuvent revendiquer la représentation de la CGT au CDL en s'appuyant sur la mobilisation de La Seyne et de Toulon. C'est dans cette période qu'ils obtiennent le remplacement de Portalis (confédéré) par Vidal. Auréolé du succès varois, Jean Seine est propulsé à la tête de la Fédération du sous-sol, en zone Nord. Lunet et ses camarades restés sur place préparent la grève générale insurrectionnelle à venir et poursuivent la reconstitution syndicale.

Pour spectaculaire qu'il soit, le renouveau syndical de la métallurgie toulonnaise et seynoise ne doit pas cacher que la reconstruction est plus tardive ailleurs et surtout que les actions y sont plus rares. À Toulon, hors de l'arsenal, le seul mouvement enregistré concerne les receveuses des tramways, mal payées, travaillant dans des conditions épouvantables, qui, le 1er avril, s'abstiennent de venir prendre leur poste pour protester contre l'attribution exclusive de la prime de bombardement aux hommes44. L'énorme bombardement du 29 avril sur la région toulonnaise et le congé donné pour le 1er mai expliquent pour une part l'absence de manifestations ce jour-là. Dans le reste du Var, le début mai n'est marqué que par trois actions, malgré les consignes offensives données et deux d'entre elles ont pour cadre Barjols. C'est là que se déroule la seule manifestation varoise pour le 1er mai 1944. Elle conduit très symboliquement le cortège des ouvriers tanneurs devant le monument commémorant la mémoire du martyr de “ la Résistance ” (sic) au coup d'état de 1851, Martin Bidouré45. Elle est suivie, le 5, par une grève de ces mêmes tanneurs, de 9 à 11 heures, pour protester contre le ravitaillement, prélude à la manifestation prévue le 15. C'est donc la seule localité qui participe à l'offensive générale lancée en mai dans une perspective pré-insurrectionnelle. La troisième action est menée par les cheminots de Carnoules qui se signalent le 1er mai par un arrêt de travail.  
 Ces mouvements sont donc exceptionnels. Pourtant, la reconstitution syndicale est parfois très avancée. Mais, même là où la double structure officielle-clandestine se met en place, comment ne pas relever l'absence de grèves chez les cheminots, chez les mineurs de bauxite, chez les postiers46 ? Le cas des cheminots pose problème dans la mesure où il s'agit d'une corporation réputée (à juste titre) activement résistante. Ils paraissent réfractaires à l'entrisme dans le syndicat officiel et les appels à l'action lancés, entre le 1er et le 7 mars, pour venger la mort de Sémard n'ont eu aucune répercussion. Malgré le mouvement de Carnoules, on peut aussi se demander si les mitraillages de trains par les avions alliés ou les sabotages des voies ferrées ne sont pas pour partie responsables de cette abstention dans l' “ action de masse ”47.
Les communistes sont seuls sur le terrain de l'action de masse. Ils ont su capitaliser le mécontentement accumulé et reconstruire un mouvement ouvrier. Les “ confédérés ” ont peut-être assuré la survie de la CGT, mais ce sont les communistes qui redonnent vie à cette structure vide et en apparaissent comme les vrais reconstructeurs et, par là, comme de vrais “ unitaires ”. Ils ont pu et ont su dégager de nouveaux cadres, issus de la clandestinité. Les socialistes, dans l'arsenal et, plus encore, à La Seyne, perdent leur base ouvrière48. Le contrôle du mouvement ouvrier est un atout de poids en faveur des communistes, l'un de ceux qui modifient le rapport de force au sein de la Résistance. Il n'est pas le seul. Le terrain de l'action immédiate est l'autre domaine où, grâce aux FTP, les communistes peuvent montrer leur volonté de lutte, jouer un rôle d'entraînement et trouver les meilleurs propagandistes de leur combat.
Mais lutte de masse et lutte armée vont de pair dans la stratégie globale d'insurrection nationale. Entre les deux, une nouvelle organisation doit servir de lien. Ce sont les Milices Patriotiques. Leur création est annoncée début 194449. Milices ouvrières, elles doivent s'appuyer sur la CGT clandestine et, dans une vision un peu systématique du soulèvement projeté, elles doivent être le fer de lance de l'insurrection urbaine. Bien que peu réaliste, cette conception globale de l'action est l'une des forces du mouvement communiste. Assimilée par des militants qui, même isolés, tentent de la mettre en œuvre et d'ordonner selon ses règles une situation confuse, elle fournit un cadre cohérent à tous ceux qui veulent participer pleinement à la lutte. Elle permet de faire coïncider plus étroitement l'analyse et l'action.

Par l'action de masse, les communistes replacent et réactivent la lutte sociale dans le cadre de la lutte nationale. La lutte des classes devient l'un des éléments de la lutte patriotique. Si les revendications matérielles sont le prétexte toujours mis en avant, la propagande n'oublie jamais cette motivation qui fonde l'indispensable unité proclamée de la Résistance. On peut d'ailleurs se demander quel est l'ingrédient le plus mobilisateur. De même chez les jeunes ouvriers qui fournissent l'essentiel des FTP. Ne découvrent-ils pas la lutte révolutionnaire par la lutte de libération nationale ?



 

1. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 13 novembre 1943.

2. Voir liste des manifestations en annexe.

3 . 500 le 22 mars, 3 à 400 le 29, chiffre inconnu le 30, 350 le 1er avril 1943.

4. ADV, 1 W 43, Pol. Hyères, 29 mars 1943. En revanche, l'enquête de la Sûreté du 5 avril suivant est plus circonspecte sur ce point, mais, étant donnée l'évolution résistante de ce service alors, le jugement du commissaire de police d'Hyères nous paraît plus sûr. À noter que les dernières diffusions de tracts sur le ravitaillement dataient des 12 et 22 février précédents et que le bulletin du Comité des Femmes de la localité ne sera créé qu'un an après.

5. Il s’agit de la femme de Frédéric Daucros, interné depuis mai 1940 et que les Allemands vont déporter à Buchenwald. Parmi les autres personnes inquiétées, une Italienne considérée comme une “ meneuse ” est proposée pour une expulsion et un cafetier “ communo-gaulliste ” est arrêté pour avoir encouragé les manifestantes. Au total, quatre perquisitions et une arrestation.

6. L'affaire est rapportée par Femmes, organe du Comité des ménagères, août 1943, et reprise par Rouge-Midi du même mois.

7. J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 125, “ Ouvriers Barjolais ”    apposées dans la nuit du 15 avril.

8. Événement qui a eu lieu le 12 octobre précédent.

9. S. COURTOIS op. cit., p. 389-394.

10. ADV, 1 W 52, La Seyne, Rens. gén., note du 6 avril sur les Forges et Chantiers de la Méditerranée et 3 Z 4 8, idem, 18 septembre 1943. Comme en 1942, La Ciotat fait preuve de plus de combativité, puisqu'il y a eu grève.

11. Tém. J. Bessone 1981.

12. La Cloche n°1, août 1943.

13. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 9 octobre 1943. Ce cahier doit être déposé le 4 octobre. Les ouvriers présents réclament en plus la présence d'un délégué par atelier pour siéger avec les représentants syndicaux dans les réunions hebdomadaires.

14. ADV, 1 W 23, Rens. gén., 10 septembre et 1 W 21, idem, 11 septembre 1943.

15. ADV, 1 W 52, La Seyne, Rens. gén. note du 6 avril 1943 : ce document indique sept membres (au lieu de 70) pour le Syndicat des métaux.

16. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 9 octobre 1943 (sur l'attitude de la direction) et 3 Z 4 22, Pol. La Seyne, 10 novembre (sur la syndicalisation).

17. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 5 septembre et 7 novembre 1943. La comparaison est tirée de ce rapport. Cette poussée syndicale est signalée à Londres le 23 octobre : passage brusque à plus de 1 000 adhérents (AN, F 1 a 3922). La V.O. du 6 mars 1944 annonce 1 300 syndiqués dans l'arsenal et 900 à La Seyne. En 1936-37, il y en avait respectivement 6 000 et 1 400.

18. Tém. P. Vidal et J. Bessone, d'après lequel les communistes de l'arsenal avaient été échaudés par l'entrisme dans la Légion en 1941.

19. J.-P. BEAUQUIER, “ Répétition ou démonstration ? L'agitation ouvrière dans la région marseillaise au printemps 1944 ”, Provence Historique, tome XXIX, fascicule 117, juillet-septembre 1979, p. 317.

20. Tém. J. Bessone et J. Seine 1981 : les réunions sont préparées par J. Sauli. La première, celle du 4 novembre, ne peut se tenir, faute de salle assez grande, et ADV, 1 W 21, Rens. gén., 13 novembre et 3 Z 4 13, idem, 5 et 10 novembre 1943.

21. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 13 novembre 1943 ; ADBdR, M6 III 41, rapport du préfet au ministre du Ravitaillement, 10 novembre ; arch. Amigas : compte rendu H.-E. Amigas au CD des MUR, 14 novembre qui donne 1 500 manifestants et qui insiste sur le rôle de conciliation du directeur de la Police d'État qui a fait relâcher la délégation arrêtée, et Le Petit Varois-La Marseillaise, article de B. Costa et L. Puccini, 26 août 1965.

22. J. FRANCHI, op. cit., p. 56, tém. Y. Le Madec (membre de la délégation qui rencontre le directeur de l'arsenal qui les aurait interpellés en leur disant : “ Que voulez-vous ? C'est votre revanche du Front Populaire ? ”).

23. Arch. Amigas, rapport au SG des MUR, 29 novembre 1943, reproduit in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 131. Amigas dit avoir préparé l'affaire avec les dirigeants de l'arsenal. Ils ont combiné de faire actionner le signal d'alerte pour empêcher une réaction allemande. Tém. J. Bessone, F. Barrat, M. Guès 1980 ; tém. J. Blacas in Notre Musée, 1970 ; Le Petit Varois, 24 août 1958.

24. ADV, 1 W 23, Rens. gén., 19 novembre 1943 (affluence inégalée depuis 1938).

25. ADV, cabinet 609, Pol. d'État, compte rendu, 20 janvier 1944. Tém. J. Bessone (lors d'une réunion, un ouvrier excédé par les discussions interminables lance : “ Et c'est l'étoile rouge qui triomphera ! ”).

26. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 22 janvier 1944. Sur les soucis des responsables, tém. J. Bessone et J. Seine 1981.

27. ADV, 3 Z 4 9, Pol. d'État, 3 février 1944 et tém. J. Bessone. Avec Sauli, sont arrêtés du 7 au 18 février Louis Plazanet, membre du réseau Gallia et de l'AS, Jean Daniel, cégétiste clandestin et Prin-Clary qui n'est pas connu comme militant.

28. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 9 mars 1944.

29. Rapport sur la situation dans l'arsenal, Rens. gén., 21 janvier 1944, in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 124.

30. ADV, 3 Z 4 8, Pol. d'État, 9 décembre 1943, cabinet 609, idem, 11 décembre, 3 Z 4 22, sous-préfet, 22 décembre. Le COSI est créé au cours de la réunion syndicale du 9 décembre.

31. C'est une hypothèse. Il nous a été donné comme régional. Or il se trouve dans les Bouches-du-Rhône et participe à la préparation de la grève de mars 1944, puis à celle de mai, et à la reconstitution de la CGT des Alpes-Maritimes. Nous ne savons pas depuis quand il a des responsabilités en Provence. Autre pseudonyme probable : Léonard.

32. ADV, 1 W 66, rapport de cette délégation, formée de M. Traversa et d'un autre membre du bureau syndical, Henri Garnier. La mission a duré 13 jours (fin février-début mars 1944) et a visité huit communes (une seule est critiquée).

33. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 4 décembre 1943 : ces revendications sont “ nettement d'inspiration communiste ”, comme le mouvement qui gagne aussi le paquebot André Lebon qui sert de cantonnement aux travailleurs de la Kriegsmarine et dont l'équipage a contraint le président du syndicat “ D ” des Messageries Maritimes à démissionner ; 1 W 24, Rens. gén., 25 février 1944.

34. ADV, 1 W 52, La Seyne, Pol. d'État, 7 mars 1944.

35. ADV, 3 Z 4 22, idem, 19 février (compte rendu de l'assemblée générale du 18) et, sur le mouvement, ADBdR, M6 III 42, télégramme du préfet à Vichy, 22 mars 1944. Le mouvement touche toute l'entreprise à 11 heures. La veille s'est tenue une importante réunion à Vichy (J.-P. BEAUQUIER, op. cit., p. 319).

36. Tract “ Aux ouvriers seynois ” du bureau clandestin de l'UD, 21 mars 1944.

37. Tract reproduit in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 132.

38. La police allemande vient relever les noms et adresses de 20 “ meneurs ”, mais, à la reprise de 13 heures, n'entrent que 55 ouvriers (sur 1 200). Sur ce conflit, sources dispersées entre ADV, cabinet 620 qui contient les pièces essentielles (compte rendu Rens. gén. 22 au 25 mars, Pol. d'État 22-23 mars, sous-préfet 22 mars, préfet 27 mars, Gend. 24 mars, messages téléphoniques du préfet régional 22 mars sur le résultat de la négociation), 3 Z 4 22, Pol. La Seyne, 22-23 mars, 3 Z 4 9, Pol. d'État, 26 mars, AN, F1 a 3937, compte rendu sur l'arsenal dans le Bulletin de la France combattante (diffusion 7 mars 1943).

39. ADV, cabinet 620, Rens. gén., information, 25 mars 1944.

40. A. Guilbaut est l'un des militants les plus actifs, à cheval sur les deux cercles, officiel et clandestin. Soupçonné d'introduire des tracts dans l'entreprise (non sans raison), il sera même contraint, lors de son interpellation, le 23 mars, d'avaler des timbres syndicaux ou de solidarité pour les faire disparaître !

41. ADV, 1W 24, Fédération varoise du patronat, 1er avril 1944.

42. ADBdR, M6 III 42, sous-préfet, 15 avril 1944 (compte rendu de son voyage à Paris).

43. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 5 avril 1944.

44. ADV, 4 avril 1944 : de nombreux traminots sont communistes. Le mouvement est soutenu par les hommes (ou certains hommes). Les receveuses viennent travailler le lendemain, en fournissant des certificats médicaux.

45. Compte rendu in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 133. Martin dit Bidouré, jeune cardeur de chanvre, émissaire de la colonne insurgée en décembre 1851, fusillé à deux reprises, et donc devenu le symbole du mouvement, était originaire de Barjols et le monument élevé à sa mémoire, au début du siècle, porte effectivement “ La Résistance à Martin Bidouré ”.

46. Elle est attestée pour les mineurs en mai 1944, mais très récente puisque le responsable de Brignoles n'est pas encore en contact avec le triangle régional (billets de Lunet in arch. Peyrot, Musée de la Résistance Ivry, dossier Bouches-du-Rhône).

47. Sur la faiblesse de la syndicalisation, ADV, 1 W 21, 28 août 1943 (Carnoules : une vingtaine de syndiqués) et 17 décembre. L'hostilité des cheminots à la propagande gaulliste à cause des bombardements est signalée le 3 juin 1944.

48. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 1er avril 1944 : reconquête de l'opinion ouvrière par le PCF sur le gaullisme.

49. La Vie régionale, janvier-février 1944 où l'on prend soin de les distinguer des FTP. Elles doivent être constituées sur la base de deux triangles et d'un chef. L'ouvrier de l'arsenal et ancien socialiste Fernand Barrat est alors chargé de leur création dans le Var.