CHAPITRE IV

LES COMMUNISTES
A LA CONQUÊTE DES MASSES

 

Le décollage de la Résistance communiste se situe après l'automne 1942. Son développement est beaucoup plus rapide que celui des autres composantes de la Résistance. Elle est la principale bénéficiaire de l'entrée en lutte des couches populaires, au sens large, qui vont former le gros de la génération de la Résistance. Cette réussite incontestable qui repose sur le dévouement et le sacrifice des “ purs ” qui ont permis la survie du Parti fait oublier l'isolement tragique et les errements de 1940-41. Les communistes retrouvent dans la lutte qui est autant patriotique qu'antifasciste leur “ vraie ” nature, celle qui leur avait permis au temps du Front Populaire de se greffer enfin sur la tradition républicaine, quarante-huitarde, si profonde dans la région. Leur absence de compromission avec l'  “ Ancien Régime ” et Vichy, le refus proclamé de calculs politiciens, l'évident désintéressement de leurs militants responsables, leur prosélytisme et leur esprit de sacrifice, la limpidité des mots d'ordre avancés leur donnent une virginité et un pouvoir d'attraction auxquels les socialistes, la grande force concurrente, ne peuvent guère prétendre, malgré la précocité et l'importance de l'engagement résistant de certains des leurs1. La ligne que la propagande diffuse est simple et paraît d'autant plus cohérente que les fluctuations réelles de la politique suivie échappent à la base ou ne sont pas perçues comme telles.

Appuyé sur les succès soviétiques et l'abnégation de ses cadres, valorisé par la place que lui réserve la propagande adverse et par la présence de ses délégués à Londres, le PCF a reconquis (et parfois, dans certains milieux, conquis) une image positive. Son organisation sur le modèle bolchevik est enfin acceptée par les militants. Elle a prouvé son efficacité en assurant la survie de l'organisation. Elle la prouve en encadrant le mouvement qu'elle sait susciter et utiliser. Mais nombre de ceux qui rejoignent la Résistance communiste sont bien davantage attirés par la référence politique jacobine, et surtout (et ce n'est pas contradictoire) par le modèle “ partisan ” que les FTP proposent et qui s'accorde si bien avec les archétypes que conserve la mémoire populaire. Réinventé, on ne saurait dire à qui ce modèle doit le plus. À l'  “ Histoire de France ”, véhiculée par l'école primaire, (et dans ce cas-là, plus à Bayard ou au petit Bara qu'aux francs-tireurs de 1870 auxquels se réfère Tillon) ? À la guerre d'Espagne ? Aux bolcheviks ? ou tout simplement aux hors-la-loi positifs que la littérature ou le cinéma populaire véhiculent, après la tradition orale ? Si les FTP sont les meilleurs des agents recruteurs du PCF, le pouvoir d'attraction, c'est quand même le Parti qui le possède et qui profite de ces recrues de plus en plus nombreuses, jeunes socialistes ou catholiques séduits par le messianisme révolutionnaire d'un discours qui sait faire des martyrs, ouvriers et intellectuels qui trouvent là le cadre adéquat à leur volonté d'action.

Le résultat est là : au fil de l'année 1943, les communistes s'imposent comme les interlocuteurs obligatoires des MUR, avant d'apparaître comme les concurrents dans la conquête du pouvoir au sein de la Résistance.



A - L'ORGANISATION

 

“ L'organisation décide de tout ” est une formule martelée. Le numéro de La Vie du Parti - le bulletin interne du PCF - de janvier-février 1944 la répète, en l'attribuant d'ailleurs concurremment à Lénine et à Staline. Elle tient une place primordiale dans la culture du Parti, héritée de la tradition bolchevik. La discipline qu'elle exige sous-entend l'adhésion à un ensemble de rituels qui, plus encore que les autres organisations clandestines, fait du PCF un monde particulier avec sa hiérarchie, son vocabulaire, ses règles, sa tradition, son mode de pensée. Ces traits qui caractérisent le PCF avant-guerre sont encore plus accusés dans la clandestinité. On n’est pas loin des sociétés secrètes du XIXe siècle :

“ Très important, c'étaient les bio qu'il fallait remplir. Une camarade de Marseille est venue. Je l'ai jamais revue. Elle m'a dit : “ Voilà à quoi tu t'exposes, tu ne parles pas, sinon où que tu sois, on te descendra ”. ”2

Mais l'organisation, même durcie par les conditions qu'elle doit affronter, n'est pas le deus ex machina que l'on suppose parfois. Même si sa force est incontestable, elle n'est pas le facteur décisif du succès communiste. C'est un des éléments qui assurent la cohésion de l'ensemble. Entre la structure idéale et la situation réelle, la marge est parfois importante, bien que considérablement atténuée par une meilleure acceptation des règles et l'étoffement de l'appareil. La description que nous essayons d'en faire n'est pas celle du schéma théorique proposé comme un modèle vers lequel il faut tendre, mais sa traduction dans la réalité, telle du moins que nous l'avons perçue à travers les témoignages, sachant que de nombreux maillons manquent, que des erreurs d'interprétation ou des confusions sont possibles et que cette réalité est, par nature, confuse et, par nécessité, difficile à pénétrer.

 

1 - Une ou plusieurs organisations ?

Théoriquement, autour du parti, gravitent des organisations soit dépendantes (JC, MOI, etc.), soit autonomes (organisations de masse sous forme de comités divers ou CGT, Front national et sa branche armée, les FTP). La séparation entre les unes et les autres est parfaitement artificielle. Créée par le Parti, toute la nébuleuse est étroitement contrôlée par lui. :

“ La seule organisation qui a fait l'action, en définitive, c'est le Parti. ”3

À la base, dans les localités de petite taille, tout est confondu et le cloisonnement qui aurait dû les séparer est souvent artificiel :

“ Oh, vous savez, JC, Front national, FTP, c'était tout pareil, là où l'organisation nous disait d'aller, on allait … La JC, c'était l'essentiel des FTP, comme le Parti, c'était l'essentiel des Milices patriotique … Tout était mélangé et confondu … En définitive, on était de tout. ”

et beaucoup de témoins rapportent concrètement les difficultés qu'il y avait à cloisonner, surtout à partir du moment où l'orientation vers l'action “ de masse ” est prise. Tel couple de militants se fait “ engueuler ” par un dirigeant du Parti parce qu'il trouve chez eux un maquisard FTP et le responsable “ paysan ” en tournée4. Le cas n'est pas unique. La volonté d'agir et de prendre des responsabilités n'est pas si répandue, y compris chez les communistes, qu'elle évite de retrouver à peu près les mêmes personnes au carrefour des organisations de cette Résistance-ci. Le FN est réductible, le plus souvent, au Parti et au cercle de ses sympathisants. Il en va de même pour les groupes “ légaux ” (c'est-à-dire sédentaires) des FTP, et, à plus forte raison, pour les comités populaires ou les comités de femmes. Autonomes (par la force des circonstances) jusqu'en 1942, les communistes ou sympathisants étrangers sont intégrés à leur tour dans l'ensemble. L'homogénéité y gagne et cela n'exclut pas les contradictions (mais internes), en particulier à partir du moment où les “ militaires ” vont prendre de l'importance et ne pas être toujours d'accord avec les “ politiques ”.
À la base, il n'y a donc qu'une seule et unique organisation, répartissant entre ses membres les tâches, c'est-à-dire les spécialités et les responsabilités. Elle se diversifie surtout après que le tournant réel vers l'action de masse est pris et est effectivement appliqué, plus ou moins tôt, selon les forces, dans le courant de 1943. C'est à ce moment-là que le Parti s'ouvre et fait créer les organisations périphériques jusque dans les petites localités. Entre 1943 et 1944, on passe souvent d'une structure très cloisonnée et réduite à une organisation large où les trios et le cloisonnement n'ont plus qu'une réalité formelle. À Carnoules, le Parti passe d'une poignée de militants à 80 adhérents. La répartition entre les diverses branches d'activité, FN, FTP et CGT, ne doit pas faire trop illusion. On le voit à Flayosc à travers les notes laissées en témoignage par le responsable du Parti après-guerre. Elles répartissent les militants selon le schéma classique en 1943-44 : 11 membres du Parti, 10 au FN (dont l'un des précédents), 21 FTP (dont un autre membre du Parti). Mais, de fait, la structure réelle est plutôt celle-ci : un groupe fondateur, celui des communistes (qui ne recouvre pas tous les militants d'avant-guerre), un groupe de sympathisants organisés par eux, tout comme le troisième groupe, celui des jeunes, fils de militants ou de sympathisants et leurs copains des mêmes classes d'âge5.
Le cloisonnement est effectif dans la hiérarchie. Mais c'est avant tout une spécialisation des cadres dans les divers secteurs d'activité, sous la direction du triangle régional (= départemental dans le vocabulaire communiste6) du Parti et le contrôle de l'organisation “ cadre ”. Deux responsables sont au centre de la toile qui a fini par se mettre en place : le “ polo ” qui assure la direction politique (l'application de la juste ligne) et le “ cadre ” qui garantit la sécurité et la pérennité de l'appareil. L'un et l'autre contrôlent le Parti et la hiérarchie des organisations satellites. Cette organisation n'innove pas par rapport à la période d'avant l'Occupation. Mais, maintenant, l'application des principes est rendue possible parce que les cadres et les militants sont plus nombreux, tandis qu'une sécurité accrue permet la continuité.

Cette organisation qui se diversifie, se ramifie avec le développement de l'activité clandestine est en perpétuel renouvellement. Mutations, “ chutes ”, diversification de l'appareil conduisent à un important “ turn-over ” des responsables. Il est difficile d'en arriver à une connaissance précise. Les militants n'ont qu'une vue réduite de l'organisation. Elle se résume, pour eux, à l'agent de liaison ou au responsable, connus sous pseudonyme, avec lesquels ils sont en relation. Mêmes les “ chefs ” de base savent peu de choses, au-delà de ce qui est leur tâche. Faisant pour nous le compte de ses contacts, Joseph Bessone, dirigeant de la CGT dans l'arsenal, puis membre du triangle régional de cette organisation, est arrivé à 18 noms en 1943 et 22 (les mêmes, le plus souvent) en 1944, avant la Libération. D'autant que les responsables de niveau régional ou interrégional (= régional dans le vocabulaire de l'organisation) proviennent souvent de secteurs assez éloignés de la Provence. C'est là une différence supplémentaire et importante avec les autres organisations de résistance dont le recrutement de cadres est essentiellement local. C'est aussi une autre façon d'assurer la cohérence d'un ensemble qui, malgré sa complexité, repose sur les épaules de quelques hommes chargés de responsabilités, parfois isolés de leur hiérarchie, mais qui, dans cette autonomie forcée, doivent être capables de faire la bonne analyse et de prendre les bonnes décisions. La force du Parti repose sur cette culture commune.

 Peu de sources internes, pas de rapports de police sur cette organisation qu'elle n'arrive plus - heureusement - à pénétrer localement, une documentation écrite donc tarie pour l'historien. Par conséquent, toute notre connaissance de l'appareil repose sur le témoignage. D'où des incertitudes nombreuses, chronologiques ou d'attributions7. Mais c'est aussi un signe de la solidité acquise.

 

2 - Le Parti

Il dirige l'ensemble. Il en est le vivier à cadres et à militants. Il repose sur une structure qui se démultiplie en triangles tout le long de la hiérarchie. À la tête du département, le triangle régional qui reçoit les ordres du triangle interrégional, lui-même relié au triangle de zone qui se trouve à Lyon.

On ne sait qui dirige le Parti varois avant juillet 1943. Seule certitude : la présence du Lyonnais Genton Guillaume. C'est lui qui, probablement, désigne le représentant du parti au Comité de coordination de la Résistance. C'est lui qui accueille et met en place, en avril 1943, le régional FTPF, Henri Faurite, Lyonnais lui aussi, qui a permis de l'identifier. On ne sait ni depuis quand, ni avec qui il assure la direction du Parti. Tout indique qu'entre les chutes d'avril 1942 à Toulon et le printemps 1943, le PCF a eu des difficultés à stabiliser une direction régionale.

Il y parvient seulement dans l'été 1943, lorsque Jean Seine Philippe, un militant syndicaliste de la Haute-Loire, et le Toulousain Jean Llante Roger sont appelés à la prendre en main8. Seine qui vient de passer plusieurs semaines “ au vert ” dans le Haut-Var a l'impression qu'il y a eu des “ chutes ”, que “ tout était par terre ”, ce qu'aucune source policière confirme9. La situation ne leur paraît pas bonne et doit être reprise en main. Ils sont rejoints quelques mois plus tard par l'instituteur toulousain, Georges Ducel René, venu d'abord, sans doute, comme OP (organisation propagande), et par le leader du Parti lyonnais avant-guerre, Julien Airoldi Paul. Membre du Comité central, caché, après son évasion, dans les environs de la Seyne, il remplace Llante, muté à l'interrégion lyonnaise. Airoldi ne passe pas spécialement inaperçu, son sectarisme non plus, tant dans le Var qu'à Marseille où il prend en main l'interrégion fin 1943 ou début 1944. Il est alors remplacé par Ducel, exigeant, mais très aimé. Tout aussi apprécié, Seine est le “ syndical ”, le responsable du travail “ de masse ”. Il va le rester jusqu'en avril 1944. Il est alors remplacé par Henri Gruber Auguste, militant niçois dont le premier contact avec le Var de la guerre fut le camp de Saint-Maximin, puis celui de Chibron en 1940. Aux hommes du triangle régional, doit être adjoint le responsable “ cadre ”, l'Aixois Jean-Maurice Claverie Paulus, qui restera en place jusqu'à la Libération, assurant la continuité, et modelant dans une certaine mesure la physionomie de l'organisation de base. Lui aussi, en arrivant dans le Var, en août 1943, a eu l'impression que tout était à faire10. Rien ne permet de dire qu'il y avait un responsable identique avant son arrivée. En fait, l'organisation s'étoffe. On ne dira jamais assez le rôle joué par les camps d'internement comme lieux de formation et de sélection des cadres. Les relations nouées alors, la confiance qui a pu s'établir servent de base à nombre de promotions lorsqu'il faut “ caser ” les évadés. L'organisation devient plus complexe, elle est prise en main par des hommes neufs, mais ce sentiment de changement que l'on éprouve dans l'été 1943 est accentué par d'autres facteurs. C'est le moment où la masse commence à entrer en action et où le Parti change, en sortant du cadre très cloisonné qui était le sien jusque-là.
Dans l'appareil politique, comme dans les autres branches de l'organisation, il reste des points obscurs. Toutes les responsabilités ne sont pas éclaircies. D'autres cadres apparaissent, ou sont donnés par les témoignages, sans que l'on sache bien les situer. Marcel Roucaute se souvient d'avoir réceptionné un syndicaliste du Gard, Giraud. Peut-être est-ce celui que certains militants ont connu sous le pseudonyme de Jacques11 ? Est-ce avant juillet 1943 ? A-t-il des responsabilités interrégionales ? Seine a eu contact avec Guyon Marceau qui supervise l'action syndicale chez les mineurs des Bouches-du-Rhône et du Var, mais dont on ignore les fonctions précises. Quelles sont celles de Lucien Lambert Paul. ? Llante l'inclut dans la direction régionale, mais ce militant paysan des Bouches-du-Rhône est signalé aussi dans les Basses-Alpes et dans les Alpes-Maritimes au même moment. Est-il “ inter ”  ? À moins qu'il ait été “ polo ” dans les Basses-Alpes avant d'être chargé de la propagande paysanne du Var (ce dernier point est sûr)12 ? La responsable au travail féminin Geneviève appartient-elle à l'appareil “ inter ” ou est-elle simple agent de liaison ? Nous ne tenons pas ces questions de personnes pour secondaires. Le PCF n'est pas une machine dont les cadres ou les militants sont interchangeables (et anonymes), malgré l'homogénéité que nous avons évoquée.
La JC a son propre encadrement. Là aussi, il y a un grand trou avant 1943. C'est alors qu'elle est dotée d'un véritable appareil, ce qui n'avait plus été le cas dans le département depuis 1941, semble-t-il. Elle a son propre “ cadre ” et son propre triangle de direction régional. Le “ polo ” est un militant formé par l'internement à Saint-Sulpice-la-Pointe d'où il s'est évadé et par deux responsabilités successives identiques dans le Vaucluse, puis les Alpes-Maritimes, Robert Charvet Dominique. L'OP, François Caparros Yves, vient de Port-de-Bouc. C'est un militant plus ancien dont ce sont les premières fonctions clandestines. Pour eux aussi, tout est à construire13. La JC n'existe guère en tant que telle, hors de Toulon et de la Seyne, où elle est peu nombreuse14. Il faut créer des groupes là où le Parti existe. Ce n'est pas facile, car les moyens disponibles dépendent “ de la rentrée des cotisations, et comme nous n'étions pas nombreux aux JC, ça posait un drôle de problème. Alors le Parti, il nous en donnait, mais il se faisait tirer l'oreille. ” Il arrive de passer pas mal de jours sans manger parce qu'il n'y avait pas d'argent, et, quand on n'avait pas d'argent, en général, on ne disait rien15.

Comme dans le Parti lui-même, l'action permet de sélectionner des militants qui viennent renouveler et compléter les rangs des responsables, soit dans l'appareil clandestin des départements voisins, soit à la tête de maquis FTP. Dès les débuts de la période clandestine, une grande part de l'action a été assurée par les jeunes. Désormais, la JC est le vivier des FTP, leur réservoir en hommes. Elle se confond avec eux dans bien des localités. Elle supplée aux réticences du Parti ou de ses militants pour aller dans l'appareil militaire. C'est la JC qui permettra la multiplication de groupes “ légaux ” FTP en 1944.

Le Var est divisé en trois sous-secteurs à la tête desquels se trouvent des militants issus de la base locale. Communs à toute l'organisation (PC-JC-FN-FTP), ils sont en place vers novembre 1943. À ce niveau, l'organigramme se brouille. Emergent quelques hommes qui paraissent toucher un peu à tout et ne sont pas toujours intégrés, nous semble-t-il peut-être à tort, à un triangle complet16. Que les principes d'organisation soient sans cesse rappelés (“ Un bon dirigeant ne fait pas tout le travail ”17) est significatif, car, dans les faits, le PCF a lui aussi, comme les autres organisations clandestines, ses hommes-orchestres qui inévitablement montent dans la hiérarchie et voient le poids des responsabilités s'accroître. Ainsi, Félix Berthet Rémy qui est d'abord membre du trio de direction à Hyères, puis qui devient responsable du sous-secteur du Haut-Var, avant d'être muté à la direction régionale des Basses-Alpes, le 11 février 1944. Dans le Haut-Var, le pilier du Parti qui n'a pas dételé depuis 1940, mettant sur pied toutes les organisations, faisant la propagande et, s'il le faut, le sabotage, Paul Bardin Henri assume d'abord des responsabilités locales à Barjols, passe à l'OS et aux FTP, devient le “ polo ” du Haut-Var, avant de permuter avec le réorganisateur du Parti à Draguignan, Etienne Luciano Prosper. Dans le quart sud-ouest, entre La Seyne, Le Luc et Saint-Maximin, Louis Michel, d'Ollioules, (Le Brulé) assure un rôle aussi composite que celui de Bardin.

Trois cellules et un trio de direction forment une section. On ne sait plus leur nombre désormais. Sont-elles toutes organisées sur le modèle diffusé par La Vie Régionale (janvier-février 1944) avec un “ polo ”, un OP (chargé de la liaison avec les cellules), un “ syndical ” et un “ technique ” qui tire et répartit le matériel ? Que l'on éprouve le besoin de le rappeler encore à cette époque en fait douter. La mémoire retient peu ce qui touche à l'organisation et les témoignages ne peuvent permettre d'infirmer ou de confirmer cette impression. Mais beaucoup avouent leur déception devant la passivité de nombre de leurs camarades. Finalement, l'action ne concerne qu'un petit nombre de localités et un nombre encore plus réduit de militants. Ceux que l'on vient de libérer des camps d'internement ne sont pas toujours chauds pour reprendre des responsabilités. Le recrutement est lent, d'autant plus lent que jusqu'en 1943 le processus de vérification, les précautions prises ne favorisent pas le prosélytisme. On reste très prudent. Le Parti est encore très fermé. Tout commence, comme avant, par la collecte,

“ Après, évidemment, les éléments qui étaient vraiment valables, qui avaient la foi, si on peut dire ça, c'est presque d'eux-mêmes qu'ils ont senti la nécessité de faire davantage, de s'engager  ; ça a été un processus assez lent et dans le fond, c'était pas mauvais, on forçait pas la main. ”18

Le changement stratégique est très net dans le courant de 1943, surtout à partir de l'été. Le Parti apparaît davantage en tant que tel. Il a forgé progressivement ses structures satellites propres et les fait sortir de la confusion qu'il peut y avoir éventuellement avec les mouvements gaullistes (GF, maquis). C'est le moment où, à Carnoules, les militants quittent le Front national pour se raccrocher au Parti, alors que, paradoxalement (en apparence), l'activité principale est l'aide au maquis FTP des Maures19. Par l'activité syndicale, par les FTP, l'organisation se développe rapidement. Commence “ le moment où ça va vite ”20.
Les communes “ organisées ” sont relativement nombreuses en 1944, sans toutefois coïncider avec l'implantation du Parti avant-guerre. Mais le passage à l'action reste difficile. Serge Demarch, “ technique ” à Hyères puis départemental, doit parfois assurer la diffusion lui-même. On comprend que le dégagement de militants vers les FTP soit considéré comme décevant pour les cadres de cette organisation. Il est insuffisant par rapport aux normes fixées par le Parti (10, puis 20 %). Bien des témoignages de FTP laissent poindre un certain ressentiment, des reproches de passivité vis-à-vis des militants restés au Parti21.

Quoi qu'il en soit de la participation de chacun, le travail accompli n'est pas négligeable, même s'il n'y a pas partout de plan de recrutement mensuel comme il est recommandé. Le militantisme est attesté par la propagande et la “ solidarité ”. Celle-ci, qui prend une ampleur considérable avec l'aide aux maquisards, est coiffée par le Secours Populaire. L'activité multiforme des groupes que les militants (qu'une poignée de militants) animent va des “ Amis de l'Union Soviétique ” aux comités populaires, des FUJP à la CGT, du Front national aux FTP.  

Autour du Parti, gravitent une série d'organisations aux objectifs différents qui visent à élargir sa base politique et sociale, à engager le maximum de monde dans la lutte qu'il mène contre l'occupant et contre Vichy. Elles forment aussi une couronne protectrice, en assurant l'essentiel de ses contacts avec l'extérieur. Elles brouillent les pistes et démultiplient sa force réelle. Tout à la fois outils, relais et écrans, elles sont étroitement soumises aux orientations du Parti. Effectivement dirigées par des communistes, même lorsque des non-communistes sont mis en avant (ce qui est généralement le cas),  elles sont composées pour l'essentiel de militants ou de sympathisants. Elles sont indissociables du Parti. À l’exception des chefs régionaux FTP, les dirigeants sont recrutés sur place, ce qui est en soi significatif de la dépendance de ces structures vis-à-vis du “ centre ”.

 

3 - Les Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF)

Nous commencerons donc par eux, contrairement à la fiction qui en fait une antenne, un prolongement du Front national. Certes, ils le sont, mais ils le sont davantage du Parti, surtout en 1943 lorsqu'ils se distinguent lentement de l'OS. Mais ils sont plus que ça. Ils sont le fer de lance de l'action, la principale force de frappe résistante (militaire et psychologique) des communistes.

Nous reviendrons sur l'action. Essayons pour l'instant de faire le point sur les structures, telles qu'elles nous apparaissent. Les cadres viennent du Parti ou sont sélectionnés par l'action menée. Ce sont, en général, soit des militants confirmés contraints à plonger dans la clandestinité par une évasion de camp d'internement ou par la répression, soit des militants récents, venus de la JC ou qui se sont distingués dans la lutte armée. Dans le triangle de direction qui généralement est complet, le CE (commissaire aux effectifs) est toujours communiste. Il assure la liaison avec le Parti et, parfois, la formation politique. Il est épaulé par le CO (commissaire à l'organisation, c'est-à-dire le responsable militaire) et par le T (le “ technique ” chargé du ravitaillement et de l'armement). Tous les FTP ne sont pas communistes, loin s'en faut, mais presque tous les communistes actifs sont FTP ou participent à leurs activités. À la base, règne une certaine confusion, malgré un effort de cloisonnement certain. Les “ légaux ” actifs sont un peu tout. Cette confusion est d'autant plus sensible que la plupart des groupes FTP de base se sont formés assez tard (deuxième semestre 1943 ou 1944), alors que l'organisation se complique de nouvelles branches et de nouveaux sigles. La création en 1944 des FTP de réserve et des Milices Patriotiques embrouille les militants. La répétition des consignes de cloisonnement dans La Vie du Parti montre bien que le schéma n'est clair qu'au sommet.

Entre les “ politiques ” et les “ militaires ”, le Parti et les FTP, les relations ne sont pas toujours idylliques. Bien que les premiers commandent aux seconds, des contradictions se dessinent. Dans le Var et l'ensemble de la région provençale, au moins en 1944, les tensions portent, par exemple sur l'alimentation des FTP en militants, et l'on a l'impression, du côté de l'encadrement FTP, que les “ politiques ” se méfient d'eux. Ces divergences peuvent prendre d'autres formes à la base et séparent surtout les communistes qui prennent part à l'action des autres dont la “ mollesse ” est souvent critiquée par les bulletins internes du Parti. La Vie Régionale de janvier-février 1944 dénonce “ une certaine indifférence des communistes envers ces glorieux combattants ” que sont les FTP et enjoint de créer à chaque échelon un recruteur chargé d'activer les versements. Si nous insistons un peu là-dessus, c'est parce que l'on a trop souvent tendance à présenter le Parti comme un bloc homogène. Le clivage qui passe entre “ politiques ” et “ militaires ” recoupe celui des générations et, pour traditionnel qu'il soit, il paraît le plus fondamental pour l'histoire ultérieure du PCF, d'autant que les générations en question ne sont pas seulement séparées par l'âge, elles le sont aussi par la date et les motivations d'adhésion, ainsi que par une expérience de la clandestinité différente.

Lorsque Henri Faurite Jean ou Didier arrive dans le Var, en avril 1943, il trouve, lui aussi, que l'organisation n'est pas très avancée, en tout cas moins que dans les régions qu'il connaît, le Rhône et la Savoie. Les groupes de Toulon et Draguignan sont sans moyens. Ceux de la région tropézienne, un peu plus étoffés, n'en ont guère plus, mais peuvent s'appuyer sur un Parti plus solide, sur les noyaux venus de l'OS et sur le travail déjà effectué par Adolphe Pinna Jo, investi des premières responsabilités en ce domaine22. Mis en place par le Lyonnais Genton, Faurite s'intègre comme responsable militaire (COR, le R pour régional) à ce qui lui paraît être le premier triangle régional FTPF. Il a déjà une expérience militante importante (syndicale et politique avant-guerre, militaire depuis son évasion de Saint-Sulpice en novembre 1942). Il fait équipe avec un autre Lyonnais, Edouard Lambert Henri qui fait fonction d'OP, et avec un syndicaliste docker de Marseille, Marius Colombi Maurille, comme CER. Celui-ci travaille avec le recruteur régional, un autre syndicaliste docker, Victor Gagnaire de Marseille, qui, d'après Faurite, assure la mise en place des filières vers le maquis et le passage de militants aux FTP Colombi supervise aussi le service B (le service de renseignement), dont la base régionale, pour ses liaisons avec l'extérieur, est à La Ciotat où il réside. C'est l'époque du montage véritable de l'organisation FTP. L'immatriculation des militants commence23. Faurite met en place un réseau de boîtes aux lettres, en général chez des commerçants, et un embryon de service de santé avec les docteurs Roy24 et Gilbert-Dreyfus de Saint-Tropez. Par contre, le service C - l'armement - reste le point faible. Il faut attendre la capitulation italienne pour que les maquisards soient armés par les récupérations faites un peu partout dans les villages du pourtour des Maures. Le maquis est alors prioritaire et les groupes légaux servent surtout à assurer sa survie.
À la fin de l'été 1943, le dispositif FTP est réorganisé dans l'ensemble de la zone, ce qui, localement, se traduit par des mutations. Faurite et Edouard Lambert sont promus25. Par qui sont-ils remplacés ? Les témoignages sont imprécis. On sait la présence de Jean Crespo Denis, un communiste marseillais évadé de Saint-Sulpice, comme COR et celle de Charles Paulet Bernard, autre évadé, mais originaire de Berre qui restera recruteur régional jusqu'à la Libération. Gabriel Pica, de Nice, chef d'un détachement maquisard (camp Robert, à Brue-Auriac), serait devenu commandant FTP à Toulon à l'automne. On le présume régional. Aurait-il été le TR, puisque Colombi est signalé dans le Var jusqu'en janvier 1944 ? On ne sait. Par contre, il est sûr qu'ils sont obligés, tous les deux, de partir à ce moment-là, par suite de la trahison d'un maquisard26. Le comité militaire régional (CMR, c'est-à-dire le triangle de direction) doit être complètement remanié. Il est possible que Paul Roux, de Marseille, soit alors muté dans le Var, comme TR27. Quant au nouveau COR, Louis Vautrin Brunet, il arrive début février. Il vient du CMR du Rhône (où Crespo a vraisemblablement pris sa place, tandis que Pica passait dans l'appareil “ inter ”). Mais la nouvelle direction est tiraillée par un conflit de personnes  : “ Le C.E. est un gars sectaire et intransigeant qui, plus âgé que le C.O. et le T.R. se croit par son âge plus compétent que les autres ”28, ce qui conduira à son remplacement à la mi-juin 1944.
Durant le dernier trimestre de 1943, les structures définitives des FTP sont mises en place. Les détachements sont baptisés des noms de héros révolutionnaires ou de martyrs de la Résistance communiste29. On forme, là où on le peut, des compagnies. La 1e Cie des FTPF de Provence est “ illégale ”. Elle regroupe le Camp Faïta et ses maquis. Les groupes “ légaux ”, qui commencent à s'organiser réellement, sont éventuellement intégrés à d'autres compagnies. En fait, au printemps 1944, seules les 2e et 6e ont quelque réalité. Celle-là correspond aux environs de Draguignan (entre la limite des Alpes-Maritimes et Lorgues) et celle-ci est intégrée à la Brigade des Maures qui couvre la région de Saint-Tropez. La 4e (Toulon-La Seyne et les environs) et la 5e (région de Brignoles), plus encore, n'ont qu'une existence théorique. Pour coordonner et diriger l'action de ces groupes, sont installées, dans le même temps, les directions des trois sous-secteurs. Nous ne pouvons en avoir qu'une connaissance partielle. Seuls les CO sont bien connus, par contre des lacunes subsistent pour les autres membres des triangles30. Si le premier et le deuxième sous-secteurs qui couvrent tout l'arrondissement de Draguignan et mordent sur celui de Toulon (sur Hyères en particulier) ont une organisation stable et solide, le troisième (Toulon-La Seyne), tardivement organisé, reste le point faible de l'organisation. Les difficultés de la région toulonnaise prennent leurs racines dans l'étendue de la répression qui l'a affectée en 1940-41 et s'étendent à l'ensemble de l'organisation, et, en particulier, au Front national.

4 - Les organisations “ de masse ”

a - Le Front national

Dans le Var, il ne peut rivaliser avec les MUR. On est ici loin des ambitions de ses promoteurs qui auraient voulu d'abord en faire un cadre coiffant toute la Résistance31, et ensuite un mouvement de Résistance à part entière. Malgré le succès que constitue sa reconnaissance au Comité de coordination de la Résistance, puis dans les comités locaux, il reste une extension du Parti, un appendice.
Le FN n'existe que là où le PCF existe et seulement parce que certains de ses militants se sont consacrés à sa création32. L'appareil technique reste celui du Parti. Ses tracts sont diffusés le plus souvent avec ceux du Parti ou d'autres organisations annexes, leur présence dans une localité ne permettant pas forcément de préjuger de son existence.
Sa direction régionale reste aux mains du responsable choisi, fin 1941 : Paul Rigon Laporte. C'est un des modestes, mais efficaces reconstructeurs du Parti. L'établissement de bains-douches qu'il gère, avec sa femme, dans le quartier ouvrier de Saint-Jean-du-Var est un lieu de rencontre très commode et utilisé jusqu'à la Libération. Il est assisté par un autre militant, Paul de Pamelaere Louis, puis Fernand33. Mais le large comité que Mulland avait recommandé de former, lors de la création du FN, avec des socialistes et des représentants d'autres horizons idéologiques ne verra jamais le jour.
À la fin de 1942, soit un an après, il n'existe, d'après Rouge-Midi (décembre 1942), que deux comités, l'un à Saint-Raphaël, l'autre à Toulon, rejoints alors par celui de Saint-Tropez dont pourtant la création avait été annoncée en octobre. Nous apportons donc une confirmation locale à Stéphane Courtois lorsqu'il affirme que “ ce n'est qu'à la fin de 1942 que le FN se constitue réellement ”, mais, par contre, son essor est loin d'être définitif dans l'été 1943, comme il l'écrit un peu plus loin34 (et nonobstant le développement de toute l'organisation communiste à partir de ce moment-là). Jusque-là, le FN semble avoir servi avant tout à reconstituer le Parti, comme une sorte de détachement préparant le terrain. Des comités locaux sont progressivement formés dans les localités d'une certaine importance (Hyères35, Draguignan, Sainte-Maxime), sans que l'on sache précisément quelle réalité ils recouvrent en dehors du Parti. Ils apparaissent surtout en liaison avec la solidarité que le maquis suscite. Constatons qu'il est alors trop tard pour pouvoir s'installer sur le terrain géographique, social et politique occupé par les MUR, malgré l'utilisation assez systématique (quand on le peut) de “ bourgeois ”, d'intellectuels et de socialistes à la tête de comités locaux.
À La Seyne et à Toulon, le FN est animé par des enseignants, proches, sinon militants du Parti, comme Marius Autran Modeste, instituteur, arrêté quelque temps en mai 1942, Etienne Sabatier Laplace, professeur aux Beaux-Arts, qui représente le FN lors des premières réunions du Comité de coordination de la Résistance36, ou Madame Bertrand, inspectrice primaire. Cette dernière s'occupe particulièrement de la solidarité pour les maquisards FTP avec le socialiste Henry Lapeyre, ancien adjoint de Toulon et ancien sous-préfet, alors directeur de la Caisse chirurgicale mutualiste du Var, aidé par son épouse, institutrice37. Malgré ces dévouements, le mouvement ne réussit pas à prendre une réelle extension dans la région toulonnaise. Cas de figure assez significatif, celui de Flayosc : le trio de direction du Parti choisit un socialiste pour “ diriger ” le FN nouvellement créé, mais c'est “ le seul membre de l'ancien parti socialiste qui vient avec nous ”, écrira plus tard le responsable du PCF38. On peut ajouter qu'il adhèrera au PCF après la Libération. Évolution classique illustrée dans le Var par l'ancien député SFIO, Michel Zunino, promu en 1943, au Comité directeur du FN de zone Sud. À Barjols, le conseiller général et ancien maire Guérin adhère au FN, mais, responsable AS en même temps et toujours socialiste, cette adhésion, tardive, a pour but de ne pas se couper de ceux qui lui proposent de le replacer à la tête de la mairie à la Libération. Dans cette localité, le FN ne prend son extension qu'une fois la Libération faite. Le cas n'est pas unique. Le seul élargissement politique notable, encore que très tardif (printemps 1944), que le FN permet de réussir se traduit par l'adhésion de radicaux-socialistes peut-être à Toulon et certainement à Draguignan où ils sont emmenés par l'ancien ministre Victor Peytral (résistant franc-maçon et ex-membre de Combat) et l'imprimeur Riccobono. Il est évident que, dans ce cas, la motivation est antisocialiste et se place dans une perspective de changement municipal proche.
Le FN varois connaît cependant une grande réussite. Elle se situe dans la région de Saint-Tropez où il est devenu l'organisation hégémonique, la matrice de toutes les nombreuses activités de résistance qui s'y déroulent, un véritable rassemblement de tous les résistants locaux. C'est un cas unique, une illustration du particularisme de l'amphithéâtre du Fraxinet39. Il est surtout l'œuvre de militants exemplaires qui font de cette zone l'une des plus importantes du département et de la région. Créé formellement avant l'Occupation, le FN ne démarre qu'au début 1943 avec l'adhésion d'un petit groupe de résistance autonome, composé de huit résistants et résistantes d'origine bourgeoise et “ étrangère ”40. Certains de ses animateurs participaient déjà au réseau Carte. Ce groupe s'est manifesté d'abord par des inscriptions et l'apposition d'affichettes, dactylographiées ou manuscrites (novembre-décembre 1942). Il porte un nom évocateur : Les Sans-Culottes, tout en montrant encore à l'égard du Maréchal une déférence, au moins tactique. Son Avis n°2, répandu début décembre, répond à la question qui lui sert de titre : “ Où est l'honneur français ? ” par une autre question au libellé significatif : “ Avec le traître Laval qui baillonne le Maréchal  ? ”41. Mais, si les positions politiques du groupe (ou d'une partie) sont prudentes, sa pratique montre une détermination certaine puisqu'il n'hésite pas à entreprendre un attentat à l'explosif contre le local de la Légion des Combattants, le 30 décembre suivant.
Les communistes, qui sont en train de constituer les FTP, sont impressionnés, du moins les partisans de l'action. Car il y a discussion. Il en est pour désapprouver l'acte42. Mais le Parti a demandé de prendre contact avec le groupe. Celui-ci est obtenu par Augustin Grangeon, projectionniste au cinéma dont le propriétaire est un “ Sans-Culotte ”. Il s'agit de Roger Gilbert qui est déjà en relation avec le professeur Gilbert-Dreyfus, chargé de créer le FN. Il est le premier des “ Sans-Culotte ” à y adhérer, alors que le réseau Carte dont il est membre bat de l'aile. On le nomme d'ailleurs responsable du groupe, aux côtés du père Tyson, toujours membre de la direction, tandis que Gilbert-Dreyfus continue à “ se tenir en coulisses ”43, avant de quitter la localité pour prendre la responsabilité du comité médical du FN en zone Sud.
Les Sans-Culottes sont dirigés par celui qui va devenir l'homme clé de la Résistance tropézienne, Jean Despas (Gilles Jean, Jean Delmas, Jean-Louis Dardennes). Réfugié de Paris en 1940 avec sa femme d'origine alsacienne, homme d'affaires, tourné vers les États-Unis où réside sa sœur, sportif, passionné de renseignement, il animera toutes les formes de résistance du secteur44. Jacqueline Gilbert-Dreyfus lui passe la responsabilité de l'antenne locale de F2 (parallèle au service B) en mars 1943. Il succède, un peu plus tard, à Roger Gilbert à la tête du FN, avant de s'occuper des liaisons par sous-marins et de la Brigade des Maures. Augustin Grangeon Actualités, successeur de Noëlie Thomazo comme responsable du Parti à Saint-Tropez, est l'autre pilier du FN. C'est lui qui avait confié cette responsabilité à Gilbert-Dreyfus et qui continue à lui passer les consignes, ce qui, pendant quelque temps, cachera à Despas les liens du FN et du PCF45. C'est néanmoins cette conjonction des communistes et du groupe Despas qui fait la force de ce FN exceptionnel.

Appuyé sur les groupes communistes très actifs des localités du secteur et sur des gaullistes que Combat avait touchés en 1942, le FN essaime tout le long de la côte des Maures, du Lavandou à Sainte-Maxime, regroupant l'essentiel des résistants locaux. Polyvalent, il soutient les divers réseaux de renseignements, participe à la réussite des opérations de liaisons maritimes qui ont pour cadre la presqu'île de Saint-Tropez, a sa propre ronéo (et assure un moment le tirage du journal clandestin de secteur) et son propre service de faux papiers, crée des groupes “ légaux ” et actifs de FTP, aide à la formation du précoce maquis des Maures. En 1944, son organisation interne donne une idée de la réussite obtenue  :

“ Coordination intercantonale : Jean Despas ; Choc, groupe indépen dant : René Girard ; P.C. : Augustin Grangeon, puis Marius Occelli ; Ancien Combattants : Jean Sabatier  ; FUJP : Paul Grangeon, puis Mary ; CGT : Charles Negro ; Les “ Pêcheurs ”, groupe de planques : Moulton ; FTPF. : Jean Guillerme, puis Marko Celebonovitch  ; “ Les Ménagères ” : Louise Casu ; Service médical : Jean Roy, plus tous les responsables de Sections  (locales). ”46
On comprend qu'il se soit affirmé peu à peu comme un véritable contre-pouvoir, grâce à l'étendue des soutiens dont il jouit (en faisant, par exemple, nommer l'un des siens, René Girard, comme maire de Saint-Tropez). En 1944, FN et FTP sont, dans le secteur, parfaitement acceptés, unissant des résistants d'opinions très différentes47.
Aussi, les MUR ne peuvent-ils s'étendre dans la région. Ils apparaissent assez tard et sur ses marges. Marges géographiques lorsque Vatinet, du Plan-de-la-Tour (village périphérique), est nommé chef cantonal, au début 1944. Marges politiques lorsque certains éléments du FN se rapprochent des MUR, fin 1943, certainement inquiets de l'influence des communistes. René Girard et l'architecte Marc Rainaud sont alors en relations avec Cazelles, de Draguignan, chef d'arrondissement MUR, qui affirme avoir rattaché officieusement le secteur à son organisation48. Le regroupement des éléments militaires des uns et des autres dans la Brigade des Maures en 1944 montrera la disproportion des forces.

La région du golfe de Saint-Tropez est donc un cas particulier. À cette exception près, la place du FN dans le Var est modeste. Sa fonction est d'être l'instrument de solidarité privilégié pour les FTP, un moyen de propagande supplémentaire et la passerelle privilégiée entre le PCF et les MUR. Sur le plan politique, c'est avant tout une organisation à la fois relais et écran. Son représentant au CDL assume, avec celui du PCF, ce rôle de représentation, tandis que la véritable direction du Parti, pour des raisons de sécurité, n'apparaît jamais.

Structures Relais, structures masques, les organisations satellites participent de la sécurité de l'ensemble de l'organisation, lui permettent de démultiplier sa propagande, de la cibler et, autant que possible, tôt ou tard, d'accroître ses forces. On mesure par là toute la différence qui sépare le Parti communiste de l'autre parti “ ouvrier ”, le Parti socialiste qui non seulement ne suscite pas d'organisations relais, mais encore s'efface dans les mouvements.

b - Les comités clandestins

Les communistes essaient de créer d'autres organisations “ larges ”, d'autres comités, à côté de ceux du FN. Le très gros effort de diversification entrepris ne doit pas faire illusion. Ces organisations ont encore moins de consistance politique que le FN, dans la mesure où les plus actives se confondent encore davantage avec le Parti.

C'est l'évidence pour les “ Amis de l'Union Soviétique ” dont l'existence se résume en la publication irrégulière d'un journal à partir de décembre 194349. Vers la même époque, Georges Sadoul vient porter le journal Les Etoiles à Toulon. Il y a là un embryon de Comité des Intellectuels qui réunit ceux qui participent au FN (comme Lapeyre) et qui tente de s'élargir à d'autres. Jean Cazalbou, professeur de lettres, membre de Franc-Tireur, participe à cette tentative. Elle a laissé peu de traces, mais, à travers son cas, elle est une autre illustration de l'attirance qu'exercent les communistes. Il militera, avec eux, après la Libération, et sera l'un des chefs de file du FN d'alors50. À notre connaissance, il n'y a pas d'autres comités, professionnels en particulier (médecin, instituteur), liés au FN dans le Var. La JC fournit l'essentiel des forces assez réduites des FUJP (Forces unies de la Jeunesse patriotique), organisation qui permet d'associer aux FTP ou au Parti des jeunes venus d'autres horizons politiques ou sociaux. Le Secours Populaire coordonne l'incessant travail de solidarité qui accompagne toutes les étapes de la vie clandestine du Parti. Avec l'extension des maquis et l'élargissement des sympathies, c'est donc cette organisation spécifique qui se charge des collectes de vêtements, de denrées, d'argent pour les hors-la-loi. Elle apparaît, elle aussi, en décembre 1943, se signalant parfois par des tracts, mais surtout par la mention qui en est faite, désormais régulièrement, dans la presse communiste. Il est organisé partout où le Parti s'est reconstitué, mais, en particulier, à Draguignan avec la laborantine polonaise Sophie Zleyer et à Toulon où Pauline Pietri Mireille est chargée de sa direction régionale, en même temps qu'elle participe à la propagande du FN et au Comité de femmes.

Esquissé avant l'Occupation, le travail féminin s'organise surtout dans le courant de 1943. Dans ce domaine, les communistes sont sans concurrence. Nous avons déjà signalé le caractère plus exclusivement masculin des mouvements gaullistes, alors que, dans l'organisation communiste, les femmes ont un rôle limité (ou spécifique, si l'on veut), mais actif, à tenir. C'est là aussi un trait culturel qui différencie les deux univers, le premier étant plus traditionnel sur ce plan.

Les comités de femmes sont assez peu structurés. Leur activité repose sur quelques militantes. Ce sont souvent des femmes de militants (comme Catherine Demarch à Hyères, Lina Michel à Ollioules, Fernande Bardin à Barjols). Aidant leur mari dans son activité clandestine, parfois agents de liaison, elles essayent d'impulser dans leur localité une action féminine. À Barjols, une des localités en pointe, Fernande Bardin, une autre Seynoise, l'épouse de Philippe Giovannini, et quelques femmes de militants du lieu comme Mesdames Philibert ou Nironi servent de catalyseurs :

“ On rouspétait dans les queues. Il y avait des queues aux magasins ... Vous vous rendez compte ... “ Bon ! On va à la mairie rouspéter ! ” – “ Bien. Si tu y vas, j'y vais ”. On se trouvait, comme ça, un bande. On allait à la mairie rouspéter, et on a fait ça souvent. ”51

Les comités de femmes les plus actifs, si l'on en juge par la propagande, se trouvent à Hyères et à Draguignan. Premiers apparus, les papillons hyèrois dénonçent les carences du ravitaillement, appellent à manifester. Ils sont parfois anonymes, parfois signés Un groupe de ménagères ou Un groupe de mères.

Le repérage des signatures permet de fixer une chronologie. Celle des Comités Populaires réapparaît en septembre 1943, après avoir été utilisée en novembre 1942. Mais la plus usitée, cet l'automne-là, est celle des Comités de ménagères du Var (ou local). Elle cède la place au Comité des femmes (Hyères, décembre), puis Comité des femmes de France (Barjols, Draguignan, avril-mai 1944). Au début juin 1944, la propagande est signée par un comité départemental des Femmes de France qui n'a pas d'existence réelle avant la Libération.

L'apparition d'un journal ou d'une signature au bas d'un tract ne peut suffire pour conclure à la réalité du mouvement dont ils sont censés être les émanations. Malgré les efforts de Lucien Lambert, le clandestin chargé du domaine paysan, qui parcourt à vélo les zones rurales du Haut-Var et malgré le mot d'ordre d'en créer dans chaque village, les comités de Défense Paysanne n'ont aucune consistance. Les militants ou sympathisants paysans s'occupent davantage du ravitaillement ou de l'hébergement des maquisards que d'action professionnelle.

Les Comités populaires sont aussi fantomatiques. Ils ne se signalent que par de rares distributions de tracts à Toulon ou à La Seyne52. L'arrivée de Jean Seine au triangle de direction régional du PCF relance l'activité d'un secteur qui semble avoir été assez négligé jusque-là. N'est-il pas significatif que la seule diffusion de La V.O. que l'on puisse repérer se situe en août 1943, précisément lorsqu'il prend les choses en main. On passe alors au stade des Comités d'unité syndicale qui assurent une relance spectaculaire de l'action de masse dans l'agglomération toulonnaise. Nous étudierons celle-ci un peu plus loin. Nous nous en tenons là aux structures. Les comités sont dirigés par des militants directement reliés à la direction régionale (Jean Seine). Ce sont des néo-militants jeunes, comme Bessone dans l'arsenal de Toulon, ou Paul Vidal aux chantiers de La Seyne, tous deux membres du triangle régional de la CGT. Vidal n'était pas connu auparavant. Il a été repéré par une intervention contre le syndicat officiel : “ Moi, je n'étais pas un syndicaliste averti, puisque je sortais à peine du rang ”. Il est volontaire pour prendre les responsabilités qu'on lui propose, alors que beaucoup se défilent, qui pour des raisons familiales, qui parce que s'estimant trop “ connu ”53. Ces responsables sont les relais et les écrans de ceux du Parti, mais ils n'apparaissent pas eux-mêmes au grand jour. Ils sont, le plus souvent, relayés par d'autres qui se font les porte-parole déclarés des revendications ouvrières. Les comités rassemblent des communistes ou sympathisants, des “ unitaires ”, rejoints par quelques “ confédérés ”. Ainsi peuvent être jetées les bases de la CGT, dont la signature apparaît en mars 1944. Là encore, le bureau clandestin de l'UD du Var qu'elle évoque ne doit pas faire illusion sur l'étendue de l'organisation en place. Hors de l'arsenal et des chantiers navals, la syndicalisation progresse lentement et La Vie Régionale de janvier-février 1944 doit rappeler que “ le premier devoir d'un communiste est d'être syndiqué. ”

Le développement s'accélère au printemps 1944, dans toute la région provençale sous la houlette d’André Lunet Charles (et sans doute Léonard), probablement interrégional. Au printemps 1944, la CGT est reconstituée (formellement), non seulement chez les métallos de la région tou lonnaise, mais aussi chez les traminots (où de nombreux licenciés de l'arsenal en 1941 ont été embauchés), le bâtiment, les cheminots, les typographes du Petit Var, les tanneurs de Barjols, quelques chantiers de bauxite et diverses entreprises de Draguignan, Saint-Tropez, Flayosc et Salernes. Ce sont autant de secteurs qui, pour la plupart, ne se sont pas encore manifestés par une action marquante, qui ne se manifesteront parfois jamais de cette façon, mais qui sont prêts à faire participer leurs adhérents, sous d'autres formes, aux luttes qui s'annoncent.

5 - Les étrangers (la Main d'œuvre immigrée)

Intégrés dans la stratégie du Parti, les étrangers conservent un appareil spécifique qui se ramifie et se spécialise au fur et à mesure des possibilités, en se calquant sur les mêmes secteurs d'activité que l'organisation française. La part que leur branche militaire (les FTP-MOI) prend dans la lutte armée cache le reste de l'activité. Il est vrai que c'est leur responsabilité principale, avec le renseignement, et que les actions “ militaires ” ont plus d'éclat que les tâches humbles et indispensables de liaisons, d'hébergement, de ravitaillement qui les sous-tendent. On trouve là les mêmes clivages que du côté français entre les militaires - hors-la-loi, auréolés de leur participation à la guerre d'Espagne et de toutes leurs expériences - et les “ civils ” - travailleurs immigrés qui continuent à mener une vie “ normale ” - ou entre les jeunes (qui adhèrent aux FTP) et les parents qui restent dans l'appareil politique54.
Alors que, dans l'appareil militaire, les contacts ont principalement lieu au niveau des états-majors interrégionaux (FTPF et FTP-MOI), le responsable politique MOI régional rencontre chaque semaine son homologue du PCF55.
Dans le Var, le secteur politique est, comme il est logique, dominé par les Italiens. Les autres communautés immigrées du département, relativement restreintes, n'ont pas d'organisation propre à notre connaissance. Les unes et les autres participent selon les lieux, soit au secteur français, soit au secteur italien. C'est ainsi que le petit groupe arménien de Toulon travaille avec les Italiens de la MOI56. Il y a cependant deux exceptions.

Les communistes espagnols, en particulier ceux des chantiers forestiers du Haut-Var, ont conservé des contacts avec leur organisation spécifique. Bien qu'il n'y ait pas de propagande décelée, les liaisons sont maintenues avec leur “ centre ” marseillais.

Les militants allemands, organisés dans le cadre du “ Travail allemand ” (TA), se situent tout à fait à part. Ils reçoivent leur propre propagande, venue de Lyon. Le seul (petit) groupe dont nous ayons eu connaissance se trouve dans la région de Draguignan (Les Arcs-Vidauban), isolé des FTP locaux, ravitaillé par quelques militants qui, apparemment, n'ont pas d'autre activité. Sans doute, ces anti fascistes participent-ils au renseignement, mais ils tentent aussi de diffuser la presse destinée aux troupes d'occupation, Soldats en Méditerranée, puis Notre Patrie, organe du Comité pour l'Allemagne libre, à l'époque où la stratégie unitaire se concrétise par la constitution (formelle) de tels comités. Les groupes français participent également à cette diffusion57.
La MOI est donc avant tout l'affaire des communistes italiens. Jusqu'à l'été 1943, domine le souci du “ travail  italien ” (avec pour objectif, l'Italie). À la propagande en direction des immigrés s'ajoute celle qui vise les troupes d'occupation. Les tracts et journaux (Parola degli Italiani, L'Unita Sindacale, La Parola del Soldato58) sont signés par Les Italiens Libres, Les Patriotes Italiens ou le Comité d'action pour l'unité du peuple italien. Militants et responsables payent un assez lourd tribut à la répression fasciste. Le groupe MOI de Saint-Raphaël est démantelé entre mars et mai 1943. L'ancien sénateur Francesco Leone, l'un des membres de l'appareil central, est arrêté à Toulon le 30 mai, avec un cadre sans doute régional59. Plusieurs des internés du 13 juillet sont des résistants antifascistes actifs de la région toulonnaise. Cinq jours après, l'OVRA met la main sur trois militants communistes italiens, aux Arcs. Il y a, parmi eux, un agent de liaison, Emilie Fergero, qui assure le transport des tracts et des journaux entre Marseille et Nice où Emilio Sereni, l'un des chefs du PCI, responsable de la propagande  en direction des soldats, et Nicoletto, chef FTP-MOI, viennent d'être pris60. Chez elle, est cachée la ronéo, ou une ronéo, de l'organisation que la direction s'empresse de venir changer de place61.
La réorganisation de l'été 1943 touche aussi la MOI, d'autant plus que toute la direction (marseillaise jusque-là) du PCI est passée en Italie et que l'Occupation, devenant allemande, étend le STO aux Italiens et menace certains militants. C'est la raison pour la quelle le “ technique ” régional Galiano Zara Alino, un typographe, est muté à Nice, en octobre. Le nouveau “ polo ” Lionello Diomelli Silvio, un militant immigré de Saint-Gilles, dans le Gard, est arrivé quelques semaines auparavant. Il fait équipe avec les deux militants toulonnais que Pajetta avait mis en place lors de sa mutation pour les Alpes-Maritimes62. L'intégration au sein de la stratégie du PCF est poussée un peu plus loin. Le travail de masse, redevenu prioritaire, amène une redéfinition des tâches. Les militants italiens “ doivent resserrer l'union de tous les immigrés italiens dans la lutte contre les Allemands.63

Il est évident que cet objectif est plus facile à atteindre qu'au moment où l'occupant était italien et le pouvoir du côté fasciste. Il faut mobiliser les masses passives des soldats embauchés sur les chantiers Todt et des immigrés afin qu'elles participent à l'insurrection en préparation. Deux anciens soldats de la IVe Armée Italienne, déjà antifascistes en Italie, sont chargés de la propagande en direction des militaires. Ce travail est séparé du reste de l'organisation pour éviter les risques d'infiltration. L'action syndicale est relancée, la solidarité, activement menée. Les collectes d'argent (avec pour reçus des timbres à l'effigie de Garibaldi) mettent aussi à contribution des entrepreneurs et des commerçants dont les sympathies n'avaient pas été remarquées par la Résistance jusque-là. Mais, curieusement, la propagande semble marquer le pas dans la mesure où l'on ne repère plus aucune feuille italienne (tracts ou journaux), après septembre 1943. L'organisation possède pourtant des ronéos actives à La Seyne et Toulon et les “ techniques ” immigrés participent aussi à l'impression de la propagande française.

Les chefs nationaux (la direction se trouve désormais à Lyon) passent régulièrement donner les directives. Ce sont en particulier Suardi Sasso, le responsable du secteur italien, Giacomo Calandrone Verdi pour la propagande, Dina Ermini Irma ou Irène, pour le travail féminin, Siro Rosi pour le recrutement des anciens soldats et aussi Poli, un responsable de l'organisation des jeunes (Front patriotique de la jeunesse italienne en France). Des contacts avec des socialistes italiens de la région toulonnaise permettent la création d'un Comité italien de libération nationale en février 1944. L'essentiel de l'activité reste cependant orienté vers l'action militaire, d'ailleurs le “ polo ” fait le lien entre l'appareil politique et l'appareil militaire.

L'organisation militaire est, elle aussi, remaniée dans l'été 1943, ce qui se traduit souvent par l'intégration des étrangers dans les groupes FTPF (ou l'inverse). Jusqu'à cette époque, l'encadrement régional est essentiellement italien, fourni par des “ garibaldiens ” comme Italo Nicoletto, officier dans les Brigades Internationales, adjoint du commandant militaire Ilio Barontini64,  comme le CER Libero Vignatelli Remo, blessé en Espagne, d'où sa claudication, ou comme le Triestin Anton Udmark Paul. La direction des FTP-MOI se modifie donc à la fin de l'été. Elle est assurée par de jeunes immigrés comme Diomelli ou comme le COR Primo Serrieri Marcel qui est originaire de la région d'Arles, mais elle s'internationalise, et de plus en plus, puisque, peu à peu, les cadres militaires transalpins rejoignent leur pays d'origine. Ce constat qui vaut au moins pour l'ensemble de l'interrégion est illustré dans le Var par les responsabilités qu'assument Ivan Tenev Jean ou, pour ses camarades bulgares Daskalov (l'instituteur), remplaçant Udmark comme “ technique ” depuis août, et le Roumain Petre Mihaileanu Marcel qui remplace Serrieri en janvier 194465. Ces hommes dirigent un groupe composite, véritablement international, appuyé sur la logistique qu'offre l'organisation politique.
Terminons ce panorama des branches étrangères par une organisation relativement éphémère et qui n'est que partiellement étrangère, l'organisation juive communiste. Les seules traces que nous avons retrouvées se placent à Sanary où l'on signale la diffusion d'un tract du Mouvement de solidarité et de Résistance aux persécutions racistes et à la déportation, le 23 février 1943 (“ Contre les crimes nazis, peuple de France ”). Ce texte, unique à tous égards (aucun autre tract ailleurs ou après), est certainement à relier à la présence dans la localité de Grégoire Spoleansky que la police sait voyager beaucoup le long de la côte66. On présume qu'il participe déjà à l'organisation de l'Union des Juifs pour la Résistance et l'entraide (UJRE) qui se constitue dans le courant de 1943 et sous la bannière de laquelle il se sacrifiera à Nice en 1944. Lors de la débâcle italienne, il organise avec des militants ou sympathisants communistes (italiens et français) de Sanary le convoyage d'un groupe d'une quinzaine d'officiers et soldats italiens jusqu'à la frontière de leur pays67.

 

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L'organisation communiste dans son ensemble atteint en 1943-44 une grande complexité. Spécialisée, méthodique, relativement centralisée, elle possède à l'évidence une efficacité et une solidité plus grande que celle des MUR, moins homogène, reposant sur un nombre plus limité d'épaules. Il ne faut cependant pas tomber dans le mythe : cette organisation comprend certes des clandestins de plus en plus nombreux, mais elle reste fragile. Prenons garde au mot commode d'appareil. Pas de machines là-dedans, mais quelques hommes qui vont jusqu'au bout de leurs convictions, sont prêts à assumer toutes les responsabilités, comme s'ils étaient le Parti à eux seuls, si les circonstances l'exigent. Et puis des quantités de bonnes volontés, toujours trop peu et trop passives aux yeux d'une organisation exigeante, mais qui assurent le plus souvent la tâche qui leur a été confiée. Des quantités d'hommes et de femmes qui n'apparaîtront jamais dans l'Histoire et qui assurent la pérennité de l'  “ appareil ” en le logeant, le ravitaillant, le reliant au reste de l'organisation, lui assurant les moyens financiers de son entretien. Comment oublier celles qui font transiter les informations, les consignes, les armes, les feuilles clandestines, c'est-à-dire les agents de liaison féminins ? Chaque responsable possède son agent de liaison qui assure la tournée (hebdomadaire, bi-hebdomadaire le plus souvent) des boîtes aux lettres. Le rôle est dangereux, il est ingrat à bien des égards, mais c'est grâce à ces jeunes femmes que la machine tourne68.

Cette machine, l'absence de documents internes, le cloisonnement sévère au niveau des hiérarchies, les nombreuses mutations et les disparitions dans la lutte de nombreux acteurs, joints à un goût du secret qui a perduré longtemps avec la méfiance pour ceux qui n'étaient pas “ au Parti ” rendent difficile sa connaissance. Elle n'est pas aussi précise que souhaitable. D'autant que ce travail souterrain, incessant, primordial, mais peu spectaculaire, est vite oublié par la mémoire.

Les témoignages, aussi indispensables soient-ils, ne peuvent combler les lacunes en ce domaine. Aussi le seul moyen de mesure pour évaluer la progression et l'implantation de cette organisation, imparfait, bien entendu, car excluant les obscurs, reste le recensement de ses manifestations concrètes, à commencer par les plus générales de toutes, celles de la propagande. Ce travail corrige ce que les témoignages peuvent avoir d'excessif (dans la chronologie en particulier). Il les complète et les vérifie souvent.



 

1. M . AGULHON, Histoire..., op. cit., “ Les communistes et la Libération de la France ”, p. 205 : “ Le PCF a attiré beaucoup moins sur une base doctrinale que sur une base morale ”.

2. Tém. Félix Concas 1981.

3. P. Bardin, tém. cit.

4. Tém. Concas, Galfré, Bardin et époux Martini de Gonfaron (hameau de Repenti) 1985. Cette confusion des tâches au fur et à mesure que l'on descend dans la hiérarchie est remarquée par P. ROBRIEUX, Histoire intérieure du Parti communiste, Paris, t. 1 1920-1945, 1980, p. 539

5. Arch. ANACR, notes de Jean Oliva, novembre 1969.

6. Nous emploierons pour le PC et ses organisations l'adjectif régional dans la signification départementale qu'il lui donne.

7. Cette difficulté est générale. On remarquera les “ trous ” que comportent souvent les biographies du Maîtron pour cette période, les erreurs d’H. NOGUÈRES sur la répartition des responsabilités en région provençale (op. cit., t. 4 et 5), ou les lacunes sur l'organisation régionale du Parti que comportent des études aussi sérieuses que celles de M. BAUDOIN ou de M.-P. BERNARD déjà citées. Les difficultés augmentent en passant au niveau interrégional dans la mesure où la recherche reste trop fragmentée par département.

8. Voir la tentative d'organigramme en annexe.

9. Tém. J. Seine 1981, grâce à l'amabilité du regretté J. Bessone. Sur J. Seine, voir l'interview réalisée par J.-P. VITTORI in Une histoire d'honneur, la Résistance, Paris, 1984, p. 69-81, et souvenirs de J. LLANTE, Libertat, 50 ans pour un espoir, Paris, 1982. J. Seine était soigné près de Barjols, par Mme Gommont Maxime, chef de gare à Rognettes, d'origine russe, un des maillons important de l'organisation FTP du secteur.

10. Tém. J.-M. Claverie 1981. Ce sentiment d'avoir tout à (re)faire est assez commun chez les responsables, et, semble-t-il, permanent à travers les époques et les organisations.

11. Marcel Roucaute, lettre du 18 juillet 1983. M. Roucaute ne se souvient plus des responsables d'avant l'été 43.

12. Il est signalé par J. GARCIN, op. cit., p. 96, dans les Basses-Alpes comme chargé de la reconstitution du PCF en juillet 1943, après avoir participé aussi à celle des Alpes-Maritimes (in M. BURLANDO, Le PCF et ses militants dans la Résistance des Alpes-Maritimes, La Trinité, 1974, p. 99 qui le situe beaucoup trop tôt, avec Roucaute, en 1942). Or Lambert ne s'évade pas de Saint-Sulpice-la-Pointe avant juillet 1943. Il s'occupe de la propagande paysanne du Var en 1944. Il est peu probable qu'il ait eu des fonctions régionales. Le tém. de Félix Berthet, 1982, le donne comme son successeur dans le sous-secteur du Haut-Var en mars 1944.

13. Tém. Robert Charvet, 1987 et Caparros 1981. D'après J.-M. Claverie, le cadre JC est Roger Lantermino, venu de l'Aude.

14. Idem et tém. C. Galfré (quelques dizaines à Toulon et dans l'arsenal).

15. Caparros, tém. cit. Les responsables reçoivent normalement mille, puis 2 000 F, ce qui est le fixe de tous les permanents.

16. Voir carte des sous-secteurs en annexe et organigramme.

17. La Vie du Parti, janvier-février 1944.

18. P. Bouy (Carnoules), tém. cit.

19. P. Bouy, tém. cit. et tém. anonyme sur Carnoules, 20 mars 1976 (arch. ANACR).

20. Tém. O. Marrucci et F. Jourdan 1981. Tém. Flayosc, sd (arch. ANACR). Ces témoignages portent sur les FTP, mais nous paraissent significatifs d'un mouvement d'ensemble comme le prouve l'étoffement des structures du Parti.

21. Entre autres, tém. H. Faurite 1981 d'après lequel le contingent fixé de militants à passer n'a jamais été respecté. La Vie régionale, janvier-février 1944, signale le passage de 37 communistes aux FTP en décembre, ce qui est trouvé insuffisant.

22. H. Faurite, tém. cit. Voir organigramme FTP. J. Pinna, militant de Sainte-Maxime, a mis en place la première structure militaire sur le littoral. Il aurait été remplacé par Léon, qui serait venu loger à Sainte-Maxime (tém. déjà cité). Le premier contact de Bardin pour les FTP aurait été Robert (non identifié).

23. L'immatriculation est faite selon le code suivant  : la Provence est l'interrégion F, le Var la région F1, F est la sixième lettre de l'alphabet, le matricule des FTP du Var commence donc par 61. Colombi et Faurite portent les premiers numéros : 61 001 et 61 002, et ainsi de suite.

24. Le Dr Jean Roy est le chirurgien de l'hôpital de Saint-Tropez et l'un des piliers de l'organisation FTP du secteur.

25. H. Faurite devient le COIR, puis le CEIR (IR = interrégion) et Lambert participe au triangle régional des Bouches-du-Rhône.

26. M. BURLANDO, op. cit., p. 272 (tém. de sa femme Marcelle, agent de liaison).

27. M.-P. BERNARD, op. cit., p. 235. Roux était TR adjoint dans les Bouches-du-Rhône. Il aurait été muté dans le Var en décembre 1943. Nous n'en avons pas trouvé trace.

28. Arch. privées, rapport du COIR, 24 mai 1944. On ne connaît que le pseudo nyme du CE (Guy). Le TR est alors André Girolami Pupo, employé de l'arsenal.

29. Vincent Faïta, Jean Robert, Guy Môquet, Marat, Saint-Just pour les camps de maquisards et, pour les groupes “ légaux ”, Pierre Valcelli (Salernes), Danielle Casanova (Flayosc), Jean Carrara (Lorgues où l'on indique parfois Auzias), Robespierre (Draguignan), Valmy (Sainte-Maxime), Bara (Pignans-Besse), seule exception avec Courbet (Saint-Tropez-Cogolin) à laquelle l’artiste peintre Marko Celebonovitch, chef de secteur, n'est évidemment pas étranger.

30. Premier s/s secteur : CO M. Celebonovitch Antoine Giraud (Saint-Tropez). Deuxième s/s : CO Victor Chabert Janso (Flassans), CE Félix Jourdan Louis André (Claviers), et peut-être Pierre Maud'huit Ricard, venu de Marseille au printemps 1944 avec des fonctions imprécises (“ technique ” ?). Troisième s/s : CO Jean Castel Avril (Toulon).

31. S. COURTOIS, op. cit., p. 327 et 335 (La Vie du Parti, février 1943 : le FN doit fédérer toute la Résistance).

32. Tém. Paul Rigon, ronéo., sd : le développement du FN est rapide là où le Parti était le plus fort.

33. De Pamelaere s'était dit en désaccord avec le pacte germano-soviétique au moment de la dissolution. Résidant à Toulon, il circule beaucoup en tant que représentant de commerce. Il sera secrétaire départemental du FN à la Libération.

34. S. COURTOIS, op. cit., p. 333 et 379.

35. Nous ignorons l'importance du FN dans cette localité. Il est sous la responsabilité du communiste André Mancini Ange qui fait aussi parti de la direction du PCF du secteur. Notons un tract de ce FN local appelant les ménagères à manifester le 1er mai 1943 et signé le Front national de Combat, ce qui laisse la porte ouverte à deux explications, soit une tentative de la très active section communiste de marcher sur les brisées de Combat ou, hypothèse qui a notre préférence, faute de frappe sur un tract commun aux deux organisations, parallèle à ceux que le Comité de coordination de la Résistance diffuse au même moment. L'hypothèse est renforcée par l'intégration locale des communistes dans les MUR et l'AS, avec la mise en place d'un comité de résistance local unitaire où le FN est représenté par Paul Chabot, ancien secrétaire de cellule (Le Petit Varois, 15 et 17 juin 1964, “ Souvenirs de Résistance ” par A. Mancini).

36. E. Sabatier, peintre et marchand de tableaux, militait au PCF jusqu'en 1938, d'après la police qui le surveille en 1940 et 1941. Il avait appartenu au Comité de vigilance des intellectuels.  

37. Tém. Mme Reynier 1987 (parvenu grâce à J. Girault). La Caisse chirurgicale, située au centre ville (av. Vauban), servait aussi de lieu d'impression et de dépôt de tracts.

38. Arch. ANACR, J. Oliva, op. cit. Le responsable du FN est César Allègre.

39. Particularisme qui plonge ses racines dans le passé (sur les caractéristiques quasi insulaires du secteur, P. SÉNAC et E. SAUZE, Un pays provençal, le Freinet de l'an 1000 au XIIe siècle, Paris, 1986, p. 13-14).

40. Dont trois couples et deux sœurs (parmi eux, Hans de Nébehay, autrichien antifasciste).

41. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 5 décembre 1942.

42. Tém. A. Macario et Rose Guillerme 1982 (certains partageaient la colère des gens de Saint-Tropez contre cet acte et considéraient que les légionnaires étaient de braves gens).

43. Tém. professeur Gilbert-Dreyfus in tém. J. Despas, 2 avril 1948 (Fonds Masson) et tém. 1980.

44. F. Mitterrand serait allé se reposer chez lui, peu après son évasion, entre janvier et mars 1942 (information donnée par F.-O. GIESBERT, François Mitterrand ou la tentation du territoire, Paris, 1972, p. 43, mais que nous n'avons pas pu vérifier).

45. Projectionniste du cinéma local d'où son pseudonyme, c'est à lui que Mme Gilbert-Dreyfus remet l'argent que procure la vente de renseignements à F2. La famille Grangeon héberge tous les clandestins de passage. Augustin Grangeon mourra en déportation. Tém. Gilbert-Dreyfus qui passe les consignes à Despas, sans lui dire qu'elles viennent de Grangeon.

46. Arch. privées : conférence de J. Despas à la Société d'Etudes Historiques et Archéologiques de Saint-Tropez, 11 juin 1947, dactyl., p. 7.

47. Tém. L. Giraud 1980 : jeune résistant, il a attendu un certain temps avant d'entrer aux FTP à cause de son père, malgré son envie et l'amitié de Paul Grangeon, le responsable FUJP Il y a finalement adhéré et son père, d'opinion Action Française, en vient à les aider et tracer des cartes et des relevés de défense côtière.

48. J. Cazelles, tém. cit. : Girard et Rainaud prennent prétexte du peu de consignes reçues du FN pour entrer en relations avec les MUR. Il s'agit là de deux personnalités “ modérées ” mises en avant par le FN local. R. Girard est un chef d'entreprise radical-socialiste et M. Rainaud, dont nous ne connaissons pas les options politiques, sera le sous-préfet de Toulon à la Libération.

49. L'organisateur en est Etienne Allègre Jacques Ergella, beau-frère du député Bartolini, révoqué de l'arsenal en 1940, interné jusqu'en 1942 et qui participe aux activités indispensables au fonctionnement de l'appareil.

50. Tém. J. Cazalbou 1980.

51. Tém. F. Bardin. Les maris de Mmes Giovannini et Philibert sont internés, puis maquisards. Celui de Mme Nironi est un socialiste d'origine italienne, devenu communiste pendant la guerre.

52. En fait, deux seules diffusions signalées, les 21 et 27 janvier 1943, dans l'arsenal et les chantiers de La Seyne, d'un tract signé Le comité populaire des arsenaux.

53. Tém. P. Vidal 1980.

54. Par exemple, à La Seyne, avec la famille Bertolotto ou à Saint-Raphaël chez les Landini, les pères font partie de l'organisation politique, les femmes assurent le gîte des clandestins en transit, les liaisons et les transports, les jeunes sont aux FTP-MOI. (tém. Léon Landini et de Mme Girelli, sa soeur, 1987 et tém. Cleto et Leda De Rovere 1981: Sébastien Bertolotto, maçon, naturalisé en 1933, a 50 ans en 1943 quand il devient l'un des responsables MOI. de La Seyne, aidé par sa femme Anna et sa fille Leda. Aristide Landini, bûcheron, naturalisé lui aussi, a deux ans de plus et sera interné avec son fils par l'occupant italien).

55. Tém. L. Diomelli 1981, “ polo ” MOI, qui rencontre régulièrement Airoldi, puis Ducel.

56. Tém. Diomelli déjà cité. Ce groupe est dirigé par Manouk Kasangian, gérant d'un bar au Pont-du-Las et dont l'atelier de plomberie au centre ville sert de dépôt.

57. Aucune trace de diffusion dans les rapports de police. Elles sont attestées par des tém. concordants. Renseignements à ce sujet aimablement communiqués par Alexandre Zurletti (photocopies de journaux et tém. Mélis 1987) : le groupe dracénois, formé fin 1942, composé de sept membres dont deux Français, se cache à Vidauban dans l'été 1943 et passe aux FTP à la fin de l'année. Mais la propagande continue à être portée à fin de diffusion par Eva Jansen des Arcs. Tém. Victor Etienne sur celle-ci et sur la participation des groupes français (en l'occurrence Collobrières) à cette propagande.

58. Diffusion qui n'a rien de régulier si l'on en juge par les journaux retrouvés : Parola degli Italiani n°25 et n° peut-être d'août (Saint-Raphaël, 20 avril 1943 et 28 août), L'Unita Sindacale n° spécial du 1er mai (Brignoles et La Seyne, 30 avril), La Parola del Soldato n°7 du 15 mai (Brignoles, 10 juillet).

59. Arch. ANACR (lettre de renseignement de Joseph Mulas, reçue en 1976) : nous employons le conditionnel, car nous n'en avons pas trouvé confirmation. Il aurait été pris avec Giovanni Mulas Siburo ou Giovanni le Sarde, très probablement responsable (politique ?) dans le Var depuis septembre 1942.

60. Sont arrêtés aux Arcs, le 18 juillet : Emilie Fergero de Toulon, veuve, française depuis 1920, âgée de 45 ans, Effren Simionato, des Arcs, l'une des recrues de Pajetta en 1941 et le militant toulonnais Antoine Baldovino. Plus exactement, Sereni et Nicoletto sont arrêtés à Cagnes.

61. Tém. G. Zara, “ technique ” régional. D'après ce témoin, la ronéo, cachée, semble-t-il,  à Solliès-Ville, a été portée à Toulon (Saint-Jean-du-Var) avec la camionnette de l'entrepreneur Zanini, auxiliaire important de la MOI.

62. Qui a relaté son expérience française in Etudes Vauclusiennes n°XXXVI, juillet-décembre 1986, “ Un témoignage : note sur les aspects de l'émigration pisane en Camargue, et dans les environs immédiats ”, p. 7-12, et nous a fourni un témoignage manuscrit (1981) qui a éclairé un aspect jusque-là ignoré de la Résistance. Il a depuis publié ses souvenirs (L. Diomelle, Quelli della via Crucis, Pontedera, Bandecchi & Vivaldi, 1996). Ses deux camarades au triangle de direction politique sont Joseph Pituello Giovanni et Guido (nom inconnu), tous les deux maçons, qui s'occupent essentiellement de Toulon.

63. La Vie du Parti, supplément consacré au travail dans la MOI., novembre 1943, citée par R. BOURDERON in Cahiers d'Histoire de l'Institut de re cherches marxistes n°22, 1985, p. 22. Ce même numéro critique les tendances à l'autonomie des organisations étrangères.

64. Voir notre article sur “ Les étrangers... ”, op. cit. Barontini, d'abord interrégional et initiateur de l'action militaire dans la région marseillaise, passe à l'automne à la direction militaire de la zone.

65. Diomelli, tém. cit., qui a trouvé à son arrivée Vignatelli, Tenev et un autre Bulgare à la direction régionale. Ce dernier est parti peu après. Sur Mihaileanu, Les Roumains dans la Résistance française, Bucarest, 1971, p. 232 et suiv.

66. ADV, cabinet 884 2, Rens. gén., 8 juin 1943, non inquiété, mais considéré comme chargé de la diffusion de tracts “ communo-gaullistes ” sur la côte. Il est en contact avec deux Arméniens, les frères Aroutcheff qui résident jusqu'en 1943 à Sanary (l'un est journaliste, l'autre écrivain sous le pseudonyme d'About).

67. Tém. Georges Poggi 1986 qui faisait partie de ce groupe, en partie décimé peu après.

68. Le Petit Varois-La Marseillaise, “ Combien étaient-elles dans ce combat ? ”, souvenirs recueillis par Danièle Casanova (née Demarch), article trouvé au Musée de la Résistance Ivry, carton Var, date non indiquée (vers 1970) avec les exemples de Renée Aurières qui porte tracts et journaux à travers le Var et de Jackie Chambers qui fait la liaison entre Toulon, Draguignan, Hyères et Saint-Tropez.