THESE JEAN MARIE GUILLON

C - ORGANISATION ET STRATÉGIE “ MILITAIRES ”

 

L'essentiel du recrutement des MUR se fait sur la base de la mobilisation en vue des opérations qui accompagneront la Libération. Tous leurs membres se considèrent comme des combattants potentiels, des citoyens-soldats, qu'ils aient ou non l'occasion de participer effectivement à l'action. Aussi la distinction entre activités “ militaires ” et activités “ civiles ” ne fait pas spécialement partie de leur univers jusqu'à un niveau important de responsabilités. C'est un trait qu'ils ont d'ailleurs en commun avec beaucoup d'autres résistants.

 

1 - L'Armée secrète (AS)

Une partie de la structure et l'essentiel des effectifs viennent de Combat. Ni Libération, ni Franc-Tireur n'ont d'organisation comparable dans le Var, comme dans l'ensemble de la R2. Les premières réunions régionales qui ont lieu 11 rue Venture, à Marseille, rassemblent surtout des hommes de Combat1 et Henri Malacrida qui devient l'inspecteur régional de l'AS joue un rôle important dans cette mise en place. L'unification a commencé par là, au niveau des états-majors, et s'est prolongée par celle du secteur “ civil ”. L'AS est en fait toute la base même de l'organisation des MUR. Au-dessous du niveau départemental, il y a indistinction entre MUR et AS.
Quels sont les effectifs ? Question insoluble, car les chiffres fournis laissent d'autant plus sceptique qu'ils ne concordent pas. Le 4 décembre 1942, l'AS du Var compterait 3 500 hommes organisés et un état-major complet (sauf le 4e bureau)2. Dans un tableau que publie de Bénouville, il y aurait 4 000 hommes au 1er octobre 1943 dont aucun serait armé3. Ces chiffres sont, à l'évidence, excessifs. Le capitaine Salvatori, chef départemental, donne 2 721 hommes, mal armés, au moment où les CFL s'organisent (avril 1944)4. Cette évaluation paraît la plus raisonnable, mais quelle peut être sa signification militaire ?
La structure de l'AS se veut celle d'une armée classique. Nous avons vu qu'à Toulon existeraient deux bataillons au moment de l'unification. Ils comporteraient chacun quatre compagnies de trois trentaines. Mais c'est en fait un cadre, une coquille dont les responsables eux-mêmes ont du mal à savoir ce qu'elle recouvre précisément. Une organisation existe sur le papier, construite par en haut, les hommes cooptés se répartissant les tâches d'état-major et recrutant eux-mêmes les chefs de trentaine et de sizaine, à charge pour ces derniers d'en trouver les éléments. S'il y a des chefs, il n'est pas sûr qu'il y ait toujours les troupes correspondantes. Auguste Marquis, l'un des créateurs de l'AS à Toulon, s'impose un contrôle de ses chefs de trentaine, mais reconnaît qu'il est difficile de mesurer la réalité des effectifs5. Reflétant l'autosatisfaction qui paraissait régner avant les arrestations du printemps 1943, le général Schmitt, chef régional, affirme en arrivant à Londres que “ ça marchait à Toulon ” avant son départ et qu'il y avait six ou sept bataillons bien formés, encadrés et armés6. Aubry qui participe à l'organisation de l'AS dans toute la zone Sud vient vérifier sur place l'organisation toulonnaise. Son témoignage n'emporte pas l'adhésion : il y aurait 500 ouvriers de l'arsenal sur les 700 hommes qu'elle encadre et il en aurait vérifié 450 à la sortie du travail grâce au signal convenu qui était de se moucher bruyamment...7

Il ne s'agit pas de dénigrer facilement l'AS qui reste l'une des plus importantes structures résistantes et la base même, la justification, des MUR. Il s'agit seulement de constater la vanité du placage d'un cadre militaire classique sur une “ armée ” qui, par sa fluidité et les conditions mêmes de son existence, ne peut en être une. Quant aux écarts entre les effectifs et la réalité, la précision fallacieuse des organigrammes, la tendance au gonflement artificiel, quelle est l'organisation clandestine qui y échappe ?

Pour l'essentiel, le recrutement de l'AS (et donc des MUR) s'effectue dans le courant de 1943 à partir des réseaux de sympathies préexistants sur lesquels on essaie de plaquer un moule. L'AS est d'abord constituée à partir des centres urbains déjà organisés (Toulon, Hyères, Draguignan, Brignoles, Fréjus-Saint-Raphaël) qui rayonnent dans les villages des alentours.

L'absence de moyens financiers et d'armes, le manque d'objectifs militaires concrets la fragilisent et rendent difficile son maintien en l'état. Les arrestations entraînent de nombreux changements de commandement, perturbent son fonctionnement et laissent sans instruction des groupes locaux qui parfois se découragent et doutent du sérieux de l'ensemble. On le voit à propos d'une affaire qui éclate en mars 1943. Hamel, alors chef du 1er bureau, obtient de Picoche, chef de Combat à Hyères, un lot de 435 mousquetons et de baïonnettes récupéré lors de la démobilisation. Porté par les Hyèrois par camion jusqu'au hameau des Pomets, au nord de Toulon, ce matériel est déchargé dans la nuit du 25 février par Hamel et cinq jeunes gens. Le lendemain, ceux-ci viennent le changer de cachette et le portent de la carrière où il se trouvait dans un cabanon proche. La police, prévenue d'un va-et-vient insolite, découvre le stock et, le 2 mars, arrête trois des garçons, des lycéens, âgés de 16, 17 et 20 ans. L'interrogatoire est “ poussé très loin ” selon le rapport du commissaire du 5e arrondissement qui le dirige8. L'intervention de policiers et de magistrats résistants permet de limiter l'affaire, mais les jeunes gens passent plusieurs semaines, et pour l'un d'eux plusieurs mois, en prison à Toulon, puis à Aix avant d'être jugés par la section spéciale, le 23 juin, et d'être libérés, sous l'œil intéressé du SD9. Quant au commissaire responsable de l'affaire, il est la cible de la première exécution effectuée dans le Var, dans la nuit du 23 mars.

Au sein des MUR, cette utilisation d'adolescents fait quelque bruit. Elle contribue au départ de Maurin, le chef du NAP Elle jette le doute sur l'attitude de certains chefs et sur l'état réel des forces de l'AS à cette époque. Manque-t-elle d'hommes à ce point ? A-t-elle si peu de bonnes volontés disponibles ? Il est difficile de trancher.

Après le départ du capitaine Bonnet, vraisemblablement en décembre 1942, la direction de l'AS unifiée échoit au colonel Duboin Camille. Avec sa promotion à la tête de l'AS de R2, la direction varoise est confiée d'abord au commandant Fleuret Prince qui doit partir au moment des arrestations d'avril-mai 1943, puis à Jules Hamel Valentin. Ce dernier est arrêté le 26 août 1943 en cherchant à acheter des armes aux Italiens. Il est remplacé par le commandant Quilici Neveu, proposé par ses amis socialistes, qui doit, quelques mois après, céder la place au capitaine François Salvatori Savary, l'un des chefs AS de Toulon10. Celui-ci se trouve à la tête des CFL et des FFI du Var en avril 1944. Au total, six changements à la tête du département en un an et demi...

Les bureaux de l'état-major départemental ne semblent pas avoir beaucoup plus de stabilité. S'ils existent bien au moment de la fusion, Marquis Leduc prenant le 4e (transport et ravitaillement) qui restait vacant, les témoignages ne mentionnent plus leur existence après les arrestations du printemps et de l'été. L'organisation géographique paraît prévaloir sur le cadre administratif.

- Première sur pied, l'AS de Toulon qui restera la base de l'organisation compte désormais trois bataillons. Celui du centre ville, sur lequel Henri Michel aiguille les militants socialistes, est dirigé par Orsini Martin et Marquis. Il est épaulé à l'Est (La Valette et faubourgs voisins) par celui du capitaine Salvatori, commandant une compagnie de travailleurs malgaches, et à l'Ouest par celui du lieutenant-colonel Bourgund qui passera en Espagne pour rejoindre la France Libre en décembre 194311.
L'état d'effectifs du groupe de Michel Ferrandi, l'un des plus solides du centre ville, permet de suivre le recrutement à la base. Est-il exemplaire ? La rareté de ce type de documents et l'impossibilité de son étude critique ne permettent pas de répondre. Créé en août 1942, le groupe compte six membres en novembre, neuf en septembre 1943 et, finalement, 31 au 6 juin 194412. Si l'ensemble est à cette image, les effectifs avancés en 1942-43 sont considérablement surrévalués.

En 1944, le recrutement à Toulon est perturbé par les bombardements et les évacuations, mais c'est pourtant à ce moment-là qu'il est le plus important. Les responsables MUR et AS de la ville (et du département) concentrent alors beaucoup d'efforts sur la préparation du maquis qu'ils veulent constituer au nord de Toulon, au moment du débarquement, et auquel, en effet, plusieurs centaines de volontaires participeront.

- Hyères joue un rôle très important pour l'AS du Var. C'est, avec Toulon, sa place forte, sous la direction du patron incontestable de la Résistance locale, Louis Picoche Patenôtre. C'est de là que proviennent les armes dont elle dispose. Hyères approvisionne Toulon, comme on l'a vu dans la malheureuse affaire des Pomets, mais aussi le Haut-Var où Picoche supervise l'activité maquis (constitution d'un dépôt à la ferme Camillet à Aups, fourniture d'armes au groupe de Salernes), et même les départements voisins13. Cet armement important en nombre ne doit pas faire illusion. Il n'est pas toujours opérationnel. Les munitions manquent ou ne concordent pas. Il faut attendre la débâcle italienne pour que Picoche puisse obtenir 20 000 cartouches que l'AS du Luc a pu récupérer.
Cette AS hyèroise est remarquable à un autre titre. L'avance prise et la solidité de l'organisation sont telles qu'elle domine largement la Résistance “ militaire ” hyèroise et peut même s'imposer à une ORA plutôt conquérante ailleurs et dont la direction départementale se trouve pourtant à Hyères. En fait, l'AS, qui compte plusieurs trentaines, parvient à dépasser le cadre des seuls MUR. Contrôlée par un comité de résistance précocement unitaire, elle englobe dans le courant de 1943-44 (sous la direction d'un ancien commandant de la Légion étrangère) des hommes d'autres origines : ceux de l'ORA, dix du groupe Julien (lié à un réseau anglais) et les soixante du PCF ce qui est un assez étonnant exemple d'intégration et de préfiguration des FFI pour être remarqué14.
- Draguignan ne bénéficie pas de la même stabilité de direction. Le monopole de Combat dans ce domaine fait que l'AS, constituée avant l'Occupation, reste inchangée après. Mais les Italiens l'affaiblissent fin janvier 1943 en opérant quelques arrestations dont celle du chef local, Jean Cassou Bastia, et en contraignant le chef de l'arrondissement, le colonel Fourrier Colonna, à se cacher. Ils sont remplacés par Ludovic Altieri, un socialiste, employé des Contributions directes, particulièrement actif, et par le capitaine Morron, ancien chef du CDM local, reconverti en chef du Service des réfugiés. Ils n'ont guère le temps de réorganiser l'AS. Après avoir mis à l'écart quelques éléments jugés douteux, ils sont eux aussi en butte à la répression15. Altieri est arrêté par la police locale le 26 mars 1943 et Morron, identifié dans le rapport Flora, doit quitter la région. La reprise en main a lieu l'automne suivant par deux officiers intégrés dans des services administratifs, le capitaine Fontès Kléber, nouveau chef de l'arrondissement, dans les Eaux-et-Forêts, et son adjoint, le commandant Blanc Lenoir, chef du secteur, dans le contrôle économique. L'AS bénéficie alors dans le secteur du soutien de l'ORA.
- Hors de Draguignan, l'AS ne paraît vraiment exister que dans quelques gros villages comme Aups (quatre dizaines), Les Arcs (où réside Blanc), Le Muy (une quarantaine de membres, communistes ou sympathisants), Roquebrune (où le chef local Alfred Perrin est arrêté le 3 mars 194416), Fayence et sa région, Le Luc (sous la direction de Sicard et de l'ingénieur des Ponts et Chaussées Henri Ubaud, officier de réserve). Ailleurs, elle n'est que tardivement organisée (comme à Salernes, d'après son chef local, Henri Roques17) ou reste embryonnaire jusqu'au printemps 1944 (Lorgues, Vidauban, Trans), voire ne parvient pas à se constituer là où les FTP dominent (Flayosc, le golfe de Saint-Tropez où elle n'apparaît que pour s'intégrer dans la Brigade des Maures, à majorité FTP). Reste le cas particulier du secteur de Fréjus-Saint-Raphaël, très en pointe avant l'occupation, mais qui semble stagner après. L'AS, formée dès 1942, ne fait plus beaucoup de prosélytisme, selon ses organisateurs eux-mêmes qui estiment avoir atteint leur optimum18. Il y aurait alors 36 dizaines en place fin 1942, transformées en trentaines et sizaines pour les adapter à la nouvelle AS. Le secteur est perturbé par les évacuations et quelques arrestations. C'est ainsi que Clément Roux, chef cantonal, est interné le 13 juillet 1943 par les Italiens avec d'autres résistants des environs. L'activité de l'AS du secteur est sporadique, marquée cependant, en 1944, par quelques sabotages (ou tentatives) de la voie ferrée et par quatre récupérations de tickets dans les mairies19. Mais alors l'AS paraît être supervisée par l'ORA comme dans l'ensemble du secteur. Tout se passe comme si le domaine militaire était devenu celui des “ professionnels ” que rassemble cette organisation. C'est un débat sur lequel on reviendra, mais qui pose le problème de l'évolution des MUR et du partage des tâches qui, de fait, se précise peu à peu. Il est parfois encore plus clair, là où les groupes AS passent carrément sous l'égide de l'ORA.
- C'est ce qui se produit dans la région de Brignoles, soit le quart nord-ouest du département, comme d'ailleurs, de façon concomitante, dans le secteur voisin des Bouches-du-Rhône, celui d'Aix-en-Provence. Les conditions sont semblables, les problèmes identiques et même le profil des protagonistes est significativement le même, puisque de part et d'autres les animateurs de l'AS sont des instituteurs socialistes20. Les groupes de l'AS se sont réellement formés, souvent à partir des contacts de Libération, dans le courant de 1943. L'instituteur et officier de réserve Joseph Ducret Dumont, de Méounes, est chargé par Hamel de coordonner cette création. Il divise le secteur en trois : Méounes, Brignoles et Brue-Auriac en s'appuyant sur toute une chaîne d'instituteurs résistants. Mais les difficultés de liaison, l'absence de consignes, le flottement qui se produit dans le commandement de l'AS et dont les chefs locaux ignorent les raisons découragent. De plus, les mêmes groupes sont rattachés à l'organisation qui prépare les parachutages (la SAP) et sont en contact avec les militaires de l'ORA. Un ensemble plus sérieux se dessine donc auquel les animateurs de l'AS, en particulier Ducret et Jean Ferrari Elan, de Brignoles, décident de rattacher les groupes, fin 1943-début 1944.

Même s'il n'est pas toujours perçu sur le terrain, et en particulier à la base qui ignore ces problèmes d'appartenance, même si on juge de mauvais goût de le dire (ou si on le nie) aujourd'hui, il y a bel et bien grignotage de l'AS par les militaires organisés dans l'ORA et nous verrons cette emprise s'épanouir au printemps 1944. Mais n'est-ce pas la conséquence logique de la conception même d'une AS, imitation d'une “ vraie ” armée dans son organisation et dans son encadrement ?

Une circulaire aux chefs cantonaux précise au début 1944 que, même à ce niveau,

“ le chef AS sera de préférence un ancien militaire (officier ou sous-officier) qui “ a une double mission : recruter des soldats pour l'AS et en former les cadres. ”21

À partir du moment où l'armée d'armistice produit sa propre organisation de résistance, ne vaut-il pas mieux se tourner vers les hommes de l'art ? D'autant que l'AS est vulnérable aussi sur le plan des objectifs :

“ La mission essentielle de l'AS, celle qui justifie actuellement notre existence, consiste à participer, avec tous les moyens dont nous disposerons aux opérations qui seront déclenchées le jour J, jour qui pourra être différent pour chaque région. C'est à cette tâche, à la lutte contre l'ennemi national italien et allemand, que doit être consacré l'essentiel de nos moyens, c'est vers elle que doit converger l'énergie de tous. ”22
Ainsi tracée, la voie offre peu de possibilités d'action. L'action immédiate ne fait pas partie des tâches de l'AS ou très exceptionnellement23, d'où l'accusation d'attentisme et l'attraction exercée cette fois-ci par les FTP, en particulier dans le maquis.
L'activité AS continue ne touche donc qu'un petit nombre de militants, presque seulement les cadres. Il leur faut préparer les plans et ce travail, sans cesse remis en chantier, comme celui, parallèle, du NAP, commence très tôt. Une circulaire de Sarie, alors chef régional MUR, aux chefs départementaux AP et AS précise que les dispositifs ont été étudiés dès le début 194324. Il donne alors le détail des dispositions prises - nous sommes vraisemblablement en septembre 1943. À Toulon, elles prévoient l'utilisation de 1 200 à 1 300 hommes pour mettre la main sur les points vitaux dont cinq trentaines, si possible, d'élite, pour s'emparer de la caserne des GMR d'Ollioules. Des réserves sont prévues. Par contre, les nécessités défensives, l'état réel des forces disponibles, les possibilités d'armement, les conditions du combat ne sont pas définis. Malgré le sérieux de ce travail incessant et toujours dominé par le sentiment de l'urgence, que ces plans semblent loin de la situation concrète du moment et des problèmes qu'une insurrection ne manquera pas de poser ! Attentiste par nature, sans moyens militaires, pourvus d'effectifs dont le caractère opérationnel, sinon la réalité, reste à démontrer, affaiblie par les “ chutes ”, dirigée partiellement par des chefs absorbés par les tâches civiles, l'AS piétine dans la plupart des secteurs entre 1943 et 1944 ce dont profitent les “ armées ” concurrentes (ORA et FTP).
Faute d'armes et d'actions à effectuer, l'entraînement des hommes est le plus souvent inexistant. Pour beaucoup de militants de base, le problème militaire ne se pose pas réellement. Ils font autre chose quand ils le peuvent et le veulent : propagande, repérage de terrains de parachutage, renseignement, aide au maquis, etc. Ceux qui le peuvent mettent des armes de côté, en particulier au moment de la débâcle italienne, et, bien souvent, les font passer aux maquisards. D'un point de vue strictement militaire, il est vrai que, dans le Var aussi, “ la plupart ” des membres de l'AS sont “ de simples figurants ”, comme l'écrit Madeleine Baudoin, résistante du GF des MUR des Bouches-du-Rhône25.

 

2 - L'action immédiate (AI)

Exutoires de ceux que “ les tendances attentistes de l'AS ”26 ne satisfont pas, les groupes francs (GF), spécialisés dans les coups de main, sont considérés, au début, comme des éléments de l'AS et ne semblent pas s'en distinguer vraiment sur le plan de l'organisation. La spécialisation n'est que progressive et l'AS revendique encore les attentats à l'explosif réalisés à Toulon contre les locaux du Petit Var (1er mai 1943) et contre la bijouterie d'un chef milicien (19 août).
L'action des GF du Var est difficile à apprécier dans la mesure où les témoins ne brillent pas par leur loquacité. Peut-être risque-t-on de la sous-estimer. Pour l'essentiel, elle se situe à Toulon et dans ses environs sur la lancée des initiatives prises par Franc-Tireur en novembre 1942, mais pas par les mêmes hommes, la décantation se faisant en 1943 entre FTP et GF. S'il y a notablement moins de communistes dissidents ou orthodoxes que dans les Bouches-du-Rhône, les GF du Var ne sont pas tout à fait dépourvus de ce type d'hommes qui ne se résignent pas à la passivité. Les GF sont des “ durs ”, rugbymen du groupe d'Eugène Delangre, parfois débitants de boisson comme lui27, policiers, ouvriers de la Pyrotechnie comme Jacques Bruschini, leur chef en 1944, ou François Marcantoni. Ce dernier cas nous situe à la lisière du “ milieu ” patriote, bien qu'il semble que, pour lui comme pour d'autres, la “ chute ” se soit faite après la période résistante28.
 Nous n'avons trouvé aucune trace de l'attaque d'un convoi allemand par le GF de Combat que rapporte Henri Noguères en le situant en décembre 194229. Les premiers attentats attestés ont lieu en mars 1943, probablement préparés par le colonel Duboin. Ils sont d'ailleurs spectaculaires. Ce sont les applications locales des consignes nationales données alors et qui vont, momentanément, dans le sens de la lutte armée30. Nous avons déjà rapporté la première, l'exécution du commissaire responsable de l'arrestation de trois lycéens. La seconde a lieu le lendemain (24 mars), à Carnoules, avec le déraillement d'un train chargé de bauxite. Le mois se clôt par l'explosion de deux “ bombes ” dans la centrale électrique de l'arsenal, au milieu de la journée du 27 mars. L'action aurait pu être plus spectaculaire encore si le manque de matériel approprié ne l'avait fait échouer en partie et s'il n'y avait pas eu certaines défaillances humaines. L'équipe de Franc-Tireur aurait fait faux-bond et Gilbert Mus, envoyé par Hervé Montjaret, l'un des adjoints de Jean Moulin placé auprès de Franc-Tireur, se serait trouvé bien seul31.
 Ernest Marenco Jean-Pierre, chef départemental GF (Combat), échappe de peu à l'arrestation le 25 mai et quitte Toulon pour Lyon. Le GF de Toulon est réorganisé au début de l'été sous la direction de Georges Le Guen Raimu, avec une douzaine d'hommes, dont certains “ anciens ”. Il opère dans toute la R2 comme le GF Fer qui le complète32. Celui-ci agit sur les indications de Résistance Fer. Ses actions sont les premières repérables. On peut mettre à son actif l'incendie du wagon radio du train spécial du maréchal Von Rundstedt, en gare de Toulon, le 13 octobre, le sabotage de deux locomotives aux Arcs, deux jours après, et l'incendie de cent six wagons de paille, le 10 novembre, à La Crau. Les GF surveillent à ce moment-là les “ Brandebourgeois ” discrètement installés à Toulon. Dans la nuit du 10 novembre, ils déposent

“ une immense gerbe largement cravatée d'un ruban tricolore portant l'inscription suivante : "Ceux qui travaillent pour la Liberté" ”,

dans les bras de la statue de la Liberté33, sur la place du même nom, où a lieu le lendemain une importante manifestation à laquelle ils participent, bien évidemment. Le 17 novembre, ils effectuent une nouvelle tentative d'attentat dans l'arsenal. Les dernières actions du groupe sont l'attentat contre le délégué départemental à la propagande (29 novembre), la protection, en compagnie des GF des départements voisins, de la réunion qui se tient le 1er décembre dans la banlieue marseillaise, aux Trois-Lucs, et que vient interrompre une patrouille milicienne34 et enfin, dans la nuit du 13 décembre, la participation à l' “ attaque ” de la caserne du GMR Estérel à Ollioules qui, menée grâce à des complicités internes, permet de subtiliser huit mousquetons, huit pistolets et des cartouches (qui seront cachées dans la gendarmerie d'Ollioules). En partie découvert, le GF Raimu se dissout peu après35.
Le nouveau GF qui se constitue sous la direction du gendarme Marcel Cordier Sardine est contesté par Fortoul qui le trouve trop dépendant d'Amigas et de son adjoint pour les GF, Félix Malique. Fortoul (membre du directoire régional MUR chargé des GF, nous ne l'oublions pas) critique leur passivité et fondamentalement la ligne suivi par Juvénal dans le domaine de l'AI. Cette polémique ne se limite pas là. Le chef régional GF, Charles Gonard Morlot, s'estimant bridé par la direction régionale, part à Paris continuer l'action immédiate, en février 194436. Dans le Var, vont cohabiter, parfois difficilement, deux GF : l' “ officiel ”, celui de Cordier, et celui que Fortoul suscite en s'appuyant sur le groupe AS de Jacques Bruschini Jean-Claude Sincenq. Le premier, supervisé par Amigas, qui lui attribue un budget de 50 000 F en avril 1944, semble n'avoir effectué qu'un nombre limité d'actions (récupérations d'armes et de véhicules, participation à des actions marseillaises comme l'évasion de la prison Chave). Le deuxième est plus remuant, est très critique contre la direction MUR départementale (avec “ piquage ” de voiture à l'appui...). Vivant en groupe marginal, il se livre à un certain nombre de “ récupérations ” de vivres, de véhicules et de matériel et repère les “ agents de la Gestapo ”. Mais les actions punitives (autorisées en 1943) sont désormais interdites, ce qui est aussi l'un des griefs de Fortoul vis-à-vis d'Amigas (alors qu'en fait la décision en incombe au CDL). Le tournant pris par la direction nationale MLN (ex-MUR) en avril 1944 en faveur de l'action immédiate et la fusion de l'AS et des GF dans les Corps Francs de la Libération (CFL) se traduisent par aucun changement significatif dans le Var (et la région).
Hors de Toulon, il n'y a aucun GF structuré. Une tentative en ce sens a eu lieu à Draguignan lorsque Ludovic Altieri a pris la direction de l'AS locale (au moment de l'inflexion passagère vers l'action immédiate). Le groupe d'action qu'il constitue avec des gardiens de prison et des agents de police effectue quatre attentats contre des locaux légionnaires en avril-mai 194337. Par la suite, les arrestations et les consignes mettent fin à cette expérience. En 1944, lorsque le besoin de GF se fera sentir, c'est au maquis ou à ceux de Toulon que l'on fera appel.
Le bilan de l'action immédiate dans le Var est donc assez modeste, en termes quantitatifs surtout. À l'évidence, en R2, la priorité ne se situe pas là. On y est loin de la proportion, certainement optimiste à quelque niveau que l'on se place, donnée par Jacques Bingen à Londres, en décembre 1943. Affirmant que l'action immédiate “ a vraiment commencé ” en zone Sud, il en attribue 60 à 75 % aux MUR38. On est ici loin du compte. La comparaison avec les FTP le prouve39, mais aussi l'abstention des MUR du Var (et la faiblesse de la participation provençale, en général) dans la vaste opération de sabotage des voies ferrées, lancées à la demande de l'état-major allié, au moment où Bingen fait son rapport40. Que l'on ne voit pas là un jugement de valeur. Il ne s'agit pas de distribuer des satisfecit dans la mesure d'ailleurs où l'efficacité ne se mesure pas forcément à la quantité. Nous constatons simplement que les choix tactiques (et évidemment politiques) ne sont pas les mêmes et que la différence est peut-être plus accusée ici qu'en d'autres lieux. Ce fossé entre AS et FTP se retrouve a fortiori à propos des maquis soumis aux mêmes règles que les groupes urbains.

 

3 - Les MUR au maquis

Les maquis de l'AS sont directement liés à l'instauration des réquisitions de main-d’œuvre pour l'Allemagne, mais aucun n'est monté dans le Var avant l'automne 1943, soit avant la mise en place d'un service spécialisé. Non pas que l'on soit resté passif jusque-là. La propagande a d'abord incité les requis au refus. Assez vite, certaines filières se sont formées, spontanément, en fournissant des “ tuyaux ” pour échapper au départ, dirigeant les réfractaires vers les fermes ou la “ montagne ”. On sait que des jeunes s'y rassemblent41. C'est le temps du “ bricolage ”, avant que des courants réguliers ne s'organisent, tournés en général vers le Vaucluse, la Drôme et l'ensemble du massif alpin (mars-juin) à partir de Toulon, Hyères ou Draguignan.
Il n'est pas simple de déceler ces filières, à moins que la répression ne les découvre. On voit bien à Hyères les deux temps du refus. Les premiers convoqués ont dû se débrouiller par eux-mêmes. Le jeune socialiste Salvator Liberacce, convoqué le 23 janvier, fait le tour des responsables qu'il connaît et qui ne peuvent lui venir en aide. Il apprend que le curé du Castellet, l'abbé Pérol, aide les jeunes. Hébergé un mois grâce à lui, il peut gagner ensuite une ferme du Vaucluse (et le maquis un peu après)42. Par la suite, Libération met sur pied la filière que nous avons déjà évoquée et qui convoie plusieurs dizaines de réfractaires vers la Haute-Savoie.
Les tentatives pour constituer des maquis locaux ne peuvent aboutir. Orsini, chef de l'AS de Toulon, a tenté de le faire en utilisant la liaison qu'il a avec le syndicaliste communiste Jean Bertolino, caché dans les bois des Mayons, après son évasion du camp de Saint-Sulpice-la-Pointe. Avec un autre évadé, le Lucois Mauro, et grâce à des complicités locales, il y fait du charbon de bois depuis la fin 1942. Il est rejoint par deux Toulonnais, Victor Labise et Pierre Sibut. On ne sait si leur arrivée est la conséquence de la liaison établie avec Orsini ou si, comme semble l'indiquer les témoignages, c'est par l'un d'eux qu'elle a pu se nouer, vers mars-avril 1943. Il est sûr qu'à ce moment-là Orsini compte bien utiliser cette possibilité. Il y envoie deux premiers réfractaires, jeunes ouvriers de l'arsenal, membres d'un groupe AS, Charles Courros et Ange Taddei. Mais Bertolino vient de reprendre contact avec ses anciens camarades communistes et décide de passer aux FTP au grand dam d'Orsini, comme on peut l'imaginer, qui essaie en vain de récupérer les hommes qu'il a envoyés43. Il ne semble pas que l'on puisse mettre en rapport cette esquisse de maquis commun avec les accords passés entre Combat et les communistes un peu avant l'occupation, car Bertolino est, aux dires de tous, coupé du Parti.
En revanche, l'AS de Draguignan envoie deux de ses premiers candidats au maquis rejoindre le camp que les FTP constituent près de Sainte-Maxime. Mais, mal à l'aise, ils ne montent pas au camp et retournent aussitôt. Les deux hommes avaient été cachés d'abord dans des fermes, près de Montpezat, dans les Basses-Alpes, ensuite près de Comps, dans le Haut-Var. Ils avaient reçu l'ordre de prospecter les environs. Leur chef, Ludovic Altieri, cherche, en effet, à constituer un maquis, comme le lui a demandé le colonel Duboin. Avec les deux réfractaires revenus de Sainte-Maxime, il se rabat alors sur le Bessillon. Ce petit massif, près de Barjols, paraît convenir, mais le ravitaillement est trop difficile à assurer et fait remettre le projet. C'est à la suite de cette affaire que la police française intercepte son jeune agent de liaison et arrête Altieri, le 26 mars 194344.
La plupart des réfractaires dispersés dans la campagne ne sont pas ou pas encore maquisards. Avec l'aide des résistants des organisations agricoles, ils se cachent dans les fermes d'autant plus volontiers que les paysans sont exemptés du STO jusqu'en juin. Ils y parviennent souvent par des filières de la Résistance. L'AS de Fayence permet à plusieurs dizaines de jeunes gens de se mettre à l'abri de cette façon. Mais les principaux points de chute sont les “ maquis passifs ” que constituent certaines exploitations forestières. La plupart - et elles sont nombreuses à cette époque de retour intensif à l'énergie-bois - servent de refuge aux réfractaires (et à des réfugiés étrangers). Certaines sont spécialement montées par la Résistance dans un but de camouflage. Le commandant Fleuret, chef départemental de l'AS un moment, envoie des réfractaires à Collobrières où le capitaine Liger-Belair dirige un chantier de travailleurs indochinois45. Sur le versant Hyères-La Londe de ce massif des Maures, s'ouvrent plusieurs exploitations refuges, par exemple au Viet, dans la vallée de Sauvebonne, ou celles que le lieutenant René Boudouresque crée à l'automne sous couvert d'une organisation de sapeurs-forestiers chargés de débroussailler la forêt. Ces initiatives n'entrent pas toutes ou pas entièrement dans le cadre des MUR. Protégées par les Eaux et Forêts, et les officiers que cette administration camoufle, c'est aussi un terrain de concurrence où l'ORA prend une emprise certaine.
Ces chantiers constituent une étape préalable à la création de “ vrais ” maquis. Tous ne sont pas des pépinières de combattants, mais presque tous les maquis (et les maquisards) ont commencé par là. C'est sur les fondations qu'ils offrent que se bâtit l'activité du Service maquis des MUR, créé dans l'été 1943. Avant qu'il puisse s'organiser en R2, en octobre, il faut dénouer le conflit qui l'oppose à l'organisation régionale MUR Celle-ci veut le contrôler alors qu'il cherche à assurer son autonomie. Le différend est réglé au profit de la région, mais, si elle a bien obtenu la haute main sur les maquis, elle n'en a pas pour autant les moyens qui permettraient de les faire vivre ...46
La direction varoise en est confiée au Hyérois Picoche par Georges Rebattet, le chef national qu'il a rencontré à Aix, et par Montiès Labarthe, responsable R2, qu'il est allé voir à Digne47. Décrit par Cazalbou comme
“ un garçon résolu, qui ne s'embarrassait pas de considérations diplomatiques, et ne mâchait pas ses mots ”,48
Picoche, membre du CDL en formation, supervise pour la compagnie de transport qu'il dirige (GABY) plusieurs exploitations forestières. Il est assisté par Auguste Marquis, passé complètement dans la clandestinité et qui se chargera de l'intendance. Celui-ci fait le tour des chantiers forestiers des Maures pour regrouper les candidats maquisards. Ils ne sont pas nombreux. Boudouresque refuse l'intégration, estimant indispensable de rester sur la côte49. Beaucoup de réfractaires préfèrent la tranquillité incorfortable du travail forestier et la fausse sécurité qu'elle offre.  
L'emplacement du premier maquis est trouvé grâce à l'AS de Fayence, dirigée par le lieutenant Pigault. Six ou sept hommes viennent s'y établir en novembre. Ils sont confiés à la fin du mois à la direction de Dominique Luciani, un “ dur ” de Draguignan, entré dans l'illégalité après son internement par les Italiens, arrêté par les gendarmes en novembre, et libéré grâce à la Résistance50. Les opérations allemandes qui commencent en novembre 1943 à la recherche de réfractaires et de soldats italiens alimentent le maquis en hommes. Ils viennent des chantiers dispersés par la répression (Collobrières, Viet, etc.) ou sont aiguillés par les chefs AS comme l'abbé Deschamps, de La Crau, qui est un rouage important.
Prenons un exemple : Edmond Bertrand, ouvrier de l'arsenal, échappe au STO en juillet 1943. Il se réfugie au Brûlat, près du Beausset, où le négociant Jules Ollivier lui permet de se cacher dans la campagne. Il y a là d'autres réfractaires, rejoints par des fuyards italiens, au total 13 hommes (dont sept Italiens) quand les Allemands interviennent, le 13 février 1944. Bertrand peut fuir et retourner à Toulon. Là, il obtient d'un responsable FUJ la filière pour le maquis. Comme tous les candidats, il se rend au Café de France au Muy pour être pris en charge. Il y a tout un rituel qui n'est pas sans rapport (réminiscences ?) avec celui des sociétés secrètes du XIXe siècle : convoyé jusqu'à un cabanon isolé de la commune de Figanières, il est “ vérifié ”. Il faut connaître le mot de passe (“ Le Cardinal ? - Il est rouge ”). Il est enfin conduit - c'est le 28 février -  au camp qui se trouve à Aups51.
Le maquis AS bénéficie d'appuis inappréciables, à commencer par celui que la société de Picoche peut apporter en assurant couverture, liaisons, transport, participation financière au ravitaillement. Grâce à l'abbé Deschamps et au docteur Lagier qui s'occupent du Secours national et peuvent procurer des vivres avec la complicité du directeur, grâce au grossiste toulonnais Augier (qui sera arrêté quelques jours52), grâce au réseau étendu que l'organisation possède, la situation matérielle des hommes est assurée, certes plus ou moins bien, plus ou moins régulièrement, mais mieux que dans beaucoup d'autres maquis. Pourtant, les débuts sont difficiles. Il y a surtout crise d'autorité. Les recrues rassemblées au camp secondaire d'Aups posent problème en se soumettant difficilement à la discipline. Le chef de camp se heurte violemment avec Picoche, Marquis et Amigas, venus remettre de l'ordre. Les contacts trop étroits qui ont été noués avec la Résistance du village inquiètent dans la mesure où ils court-circuitent la hiérarchie et font enfreindre ses ordres. Aussi ce camp est-il dissous et transporté au camp principal qui se trouve alors à Mons. Là, des problèmes identiques de rapports avec les résistants locaux (en l'occurrence, le commandant Roux, ancien chef de l'AS à Fréjus) se posent encore53. Mais, avant que les hommes d'Aups n'arrivent, Picoche a désigné un nouveau chef pour reprendre en main les 18 maquisards qui s'y trouvent. Arrivé en février, celui-ci, Gleb Sivirine Vallier, un ingénieur, lieutenant d'artillerie de réserve, parvient à s'imposer avec l'aide de Luciani, devenu son adjoint. Cet homme modeste règle, avec fermeté et compréhension, les problèmes de discipline interne. Des habitudes et un entraînement de type militaire classique sont instaurés avec salut aux couleurs, rapports, “ ordre serré ”, marches, apprentissage de la vie des armes. L'objectif qui lui a été assigné est de construire une troupe en état de combattre au “ Jour J ”. Il n'est pas facile à atteindre, car le maquis grossit rapidement (40 hommes en avril, 80 en juillet). Il est hétérogène avec des “ vieux ” de 30 ans et des “ jeunes ” qui cohabitent mal, des hommes de la côte et d'autres venus de plus loin, quelques intellectuels et de nombreux prolétaires. La tâche est d'autant plus ardue que le ravitaillement n'arrive pas toujours. Heureusement les fermes du plan de Canjuers sur lequel le groupe pérégrine sont souvent accueillantes. Mais les risques de repérage et les expéditions allemandes contraignent à des déplacements nombreux (huit entre février et mai 1944)54. À cela, s'ajoutent des problèmes tactiques. Les chefs de l'AS refusent d'équiper le maquis en armes pour éviter toute “ bavure ” (c'est-à-dire des actions sans autorisation). L'absence d'armes a eu sa part de responsabilité dans le différend qui les a opposés au groupe d'Aups. Vallier parvient à récupérer à leur insu deux mausers et trois mitraillettes pour assurer la garde et un minimum d'entraînement. Il perçoit cependant des armes le 13 mars dans la perspective d'un débarquement imminent. Il n'est pas simple de “ tenir ” les hommes en l'absence d'objectifs concrets et avec un équipement insuffisant, un ravitaillement aléatoire (et pas toujours de tabac). Le découragement guette en mai55. Vallier souffre particulièrement de la (relative) prolifération des responsables qui entendent lui donner des ordres. Ceux-ci, à part Picoche, paraissent mal mesurer la difficulté de ce qu'on lui demande de faire et qu'il a conscience de réussir en dépit de tout. Il lui faut tenir compte des chefs AS de l'arrondissement, de l'inspecteur du maquis qui entend lui donner des leçons, de l'intendant qui veut des états de matériel et cette tutelle pesante contribue au découragement avec l'attente exaspérante du moment d'entrer en action. Trop de chefs, trop d'ordres contradictoires, trop d'incompréhension, trop de promesses non tenues. Se rendant mal compte des problèmes qu'ils peuvent rencontrer et de la surcharge de responsabilités qu'ils assument, il en vient à constater “ l'incompréhension absolue entre les deux groupes, nous et ceux des villes ”56. On a là en germe et en petit le processus classique de divergence entre les “ civils ” et les “ militaires ”, les hors-la-loi qui battent la campagne et les chefs politiques57. Le débarquement arrive à temps pour le dissiper et poser d'autres problèmes...
La création et le développement du maquis Vallier, le fait d'avoir pu tenir ce pari jusqu'au moment du débarquement est la grande affaire du Service maquis du Var, son succès. Mais, conformément à son ambition nationale, il a essayé de contrôler les maquis d'autres organisations, ceux des FTP en particulier. On touche par là, à nouveau, sous un autre angle, le double rôle que les MUR jouent, mouvement particulier et pouvoir “ officiel ” que lui donne l'ancienneté résistante de ses chefs et leur fonction de représentation (partielle) de la France Libre. Le service maquis a pour mission de coordonner l'ensemble des maquis et de les aider. Les FTP ne répugneraient pas devant l'aide, mais ils sont méfiants vis-à-vis des MUR et soucieux de préserver leur autonomie. Ne voulant pas se laisser contrôler, ils posent un problème épineux. Edouard Soldani, inspecteur du maquis de l'arrondissement de Draguignan, est favorable à une aide. Il a des contacts avec les chefs du maquis des Maures (camp Faïta) à l'automne et leur fournit un peu d'argent, pendant que Sicard, du Luc, participe à son ravitaillement58. Par contre, au niveau départemental, le refus des FTP de donner leurs effectifs ou leurs lieux de stationnement, comme demandé, entraîne la rupture avec le Service maquis59.

C'est dans le domaine militaire que l'avance des MUR est la plus contestée et s'affaiblit le plus vite. Leur ambition reste longtemps d'englober les autres mouvements armés dans l'AS. Or c'est l'inverse qui commence à se produire. Malgré leur volonté hégémonique, l'étendue et la diversité du réseau de sympathies qu'ils ont su constituer, le dévouement désintéressé de ceux qui les commandent, ils ne contrôlent qu'une part de la Résistance armée et cette part ne cesse de se restreindre. Leurs groupes d'action ne sont pas ceux qui en réalisent le plus. Leurs maquis ne sont pas les plus nombreux. Le gros de leurs troupes présente des signes de faiblesse et se tourne parfois vers d'autres chefs.



 

1. Tém. A. Textoris qui entend parler pour la première fois, à ce moment-là (fin 1942-janvier 43) de l'organisation de maquis.

2. AN, 72 AJ 65, état des effectifs au 4 décembre (AN° 31).

3. P. G. de BÉNOUVILLE, op. cit., p. 396.

4. Tém. dactyl. s.d. Confirmation tém. oral 1983.

5. Tém. 1983.

6. Interrogatoire juin 1943, op. cit.

7. AN CHG, A.S., tém. Aubry, 14 mars-3 mai 1955 (M. Granet).

8. ADV, 3 Z 4 8, Pol. d'État, 3 mars 1943 et tém. A. Hurstel 1985.

9. Les trois jeunes résistants, dont deux Juifs, sont Eugène Imbert, 17 ans, le recruteur, Léon Palti, 16 ans et André Hurstel, jeune réfugié de Paris qui, étant le plus âgé (20 ans), ne bénéficiera pas de la liberté provisoire comme ses deux camarades. Ils sont condamnés à Aix à dix-huit mois et un an de prison avec sursis. Hurstel, démuni de tout, sans aucune aide et notamment pas de l'organisation pour laquelle il a travaillé et dont il ignore le nom, doit se débrouiller pour quitter les lieux et échapper au SD.

10. L'imprécision règne quant aux dates de changement. Le plus vraisemblable est, à notre avis, Duboin décembre 1942-février ou mars 1943, Fleuret jusqu'en mai 1943, Auguste Marquis pressenti, mais identifié lui aussi dans le rapport Flora, doit quitter momentanément Toulon, Hamel jusqu'au 26 août, Quilici jusqu'en novembre 1943 (c'est une hypothèse : il est recherché par le SD et l'on présume que c'est après l'affaire Arnal ou celle qui conduit le Dr Risterrucci à partir de Toulon), puis Salvatori.

11. F. Salvatori est remplacé par Antoine Tramoni lorsqu'il devient l'adjoint du chef départemental et Louis Sialelli, chef du 1er bureau, prend la suite de Bourgund. Celui-ci est parti en Espagne en emportant le drapeau du 4e RIC qui est dérobé dans l'arsenal le 4 décembre 1943.

12. Arch. privées : état manuscrit. Le groupe compte 46 membres au total, la plupart d'origine corse, ce qui est un fait général dans l'AS de Toulon comme le patronyme des chefs a permis de la constater. Ferrandi qui travaille à la DCAN est l'un des bras droit d'Orsini.

13. L'AS des Basses-Alpes réceptionne à Aups et Draguignan, en quatre voyages, deux cent quinze mousquetons et diverses autres armes italiennes fournies par Picoche et acheminées vers le dépôt de Martin-Bret et à Puy Sainte-Réparade, dans les Bouches-du-Rhône (J. VIAL, op. cit., p. 49-50).

14. Tém. Picoche, Rapport sur la formation et la constitution de la Résistance à Hyères..., op. cit., et A. Mancini, responsable du PCF, s.d. (Arch. ANACR). S'agit-il d'une contrepartie de la domination du FN dans le prolongement du secteur (région de Saint-Tropez) ? Le chef de l'AS du secteur est le commandant Tisserand Lubin.

15. Tém. L. Altieri 1984 et Ètat de service dans la Résistance, dactyl. Il est le frère de Jean Altieri, responsable NAP, et de Raoul Altieri qui milite à Toulon.

16. Il mourra en déportation. Avec lui, sont arrêtés d'autres résistants. Voir J.-M. GUILLON, “ Un village... ”, op. cit., p. 24.

17. Tém. H. Roques 1981.

18. Tém. Albert Pierrugues Pierrot, chef cantonal MUR et AS : les effectifs sont “ presque suffisants ” au moment de l'Occupation. Les dizaines seraient armées, ce qui paraît douteux.

19. Idem qui situe trois sabotages dans la région du Muy vers mars 1944 et un à Boulouris (avec un transformateur électrique) en mai, opérations qui ont échoué. Les quatre mairies visitées sont La Motte, Villecroze, Saint-Raphaël et Lorgues.

20. Dans le secteur d'Aix, le chef est l'instituteur Jean Franchi et son adjoint, Louis Philibert, futur président du Conseil général et sénateur des Bouches-du-Rhône.

21. AN, 72 AJ 199-200, circulaire du chef MUR de l'arrondissement de Draguignan, s.d.

22. Arch. Amigas, circulaire du chef national, Dejussieu, à toutes les régions : La mission de l'A.S., 19 septembre 1943.

23. Sur les 79 actions de ce type recensées et attribuables aux groupes MUR du Var, 11 seulement sont faites par ceux de l'AS.

24. Arch. Amigas, circulaire aux chefs départementaux AP et AS, s. d. Les archives Amigas conservent plusieurs moutures de plans, non datés. Un Tableau tendant à déterminer les effectifs qui seront nécessaires pour assurer la prise du pouvoir au jour “ J ” les évalue, pour le Var, à mille cinq cents environ. Ils doivent servir aussi au maintien de l'ordre “ étant entendu que peu de temps après le jour “ J ” quelques heures après, la moitié au moins de ce contingent devra pouvoir rejoindre le gros de la troupe utilisé à des fins militaires ”. Un Plan de maintien de l'ordre répartit de façon très précise les hommes (policiers, gendarmes, gardes-voie, etc.) destinés à protéger les installations.

25. M. BAUDOIN, Histoire op. cit., p. 65.

26. M. BAUDOIN, Histoire op. cit., p. 31. Cet ouvrage donne un tableau très précis de l'organisation des GF en R2 et de leur fonctionnement, à partir de l'exemple marseillais.

27. Membre de Combat (mais sur la liste communiste à la Libération), il tient un débit de boisson, place du Théâtre, en relation avec le propriétaire du Post-Bar, Jean Pourchier (Franc-Tireur), avec lequel il s'occupe de faire passer des officiers du 21e RIC en Espagne (été 1943 : cinq voyages). Bruschini, communiste licencié de l'arsenal, tient lui aussi un café, rue Nicolas Laugier. Autres membres notoires des GF, Jean-Baptiste Maïnetti Auguste, communiste, ancien des Brigades Internationales ou Marie-Jo Lambert Marat, ancien communiste, anarchiste ou trotskiste selon les sources.

28. F. MARCANTONI que plusieurs “ affaires ” de la Ve République feront sortir d'un relatif anonymat a partiellement raconté ses aventures (La Conjuration, Paris, 1976, p. 26 à 39 sur son activité résistante). Il est cité aussi par J. SARRAZIN, M comme milieu, Paris, 1977, qui estime que c'est à la Libération que son destin “ va très rapidement bifurquer ” (p. 157). Il est sûr que Marcantoni a eu une activité résistante dans le groupe Dionisi Rocambole... assez spécialisé dans les vols de véhicules (dont deux camions allemands chargés de munitions pour l'un et de vivres pour l'autre).

29. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 3, p. 84. Il est évident que seules les actions confirmées par les sources locales disponibles peuvent être prises en compte.

30. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 3, p. 211 : directives de Morin, chef d'état-major AS (note sur les actions immédiates aux chefs régionaux contre les trains de troupes, les usines et les agents de la Gestapo) et rapport de Jean Moulin du 7 mai 1943 in F.-L. CLOSON, op. cit., p. 85 sur les circulaires jugées incendiaires du CD des MUR appelant à la révolte ouverte après la mise en œuvre du STO.

31. Tém. imprécis sur cette affaire. Le plus sûr paraît être celui de Lévy-Rueff déjà cité, alors ingénieur dans l'arsenal et hostile à l'attentat, d'après lequel les trois hommes fournis par J. Mentha (et payés 80 000 F) ont fait faux-bond, deux ne s'étant pas présentés et le troisième laissant Mus dans l'arsenal. Sur les résultats de l'attentat, J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 90 (rapport des Rens. gén., 29 mars). Le préfet Lahilonne aurait fait avorter les velléités allemandes de répression. Le plan de l'affaire avait été monté par Verviers.

32. Tém. Norbet Paulet, repris dans V. MASSON, op. cit., p. 68. Le chef du GF Fer est René Pellegrino René Fer. Le groupe est instruit par André Ouagne dont l'abnégation a laissé un profond souvenir.

33. Arch. Amigas, rapport de ce dernier au SG des MUR, 29 novembre 1943.

34. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 4, p. 219. Tém. Paulet et Frank Aversenq Claude, chef du GF des Alpes-Maritimes.

35. L'un des participants à l'affaire du 13 a été identifié et le jeune Paulet, adjoint de Pellegrino, est arrêté par le SD le 17 décembre.

36. M. BAUDOIN, op. cit., p. 38-39, note 3 qui signale le freinage rencontré par Gonard dans la direction régionale (que Juvénal assume pratiquement seul à partir de janvier 1944). Fortoul paraît marginalisé, mais nous ne savons pas le rôle joué par Renard qui, théoriquement, s'occupe aussi d'AI.

37. 14 avril : siège de la Légion, 15 mai : celui du Centre de propagande légionnaire et le domicile des deux principaux responsables de la Légion. Altieri est allé chercher l'explosif chez Marenco, mais il est en prison au moment des attentats qu'il prépare avec les gardiens Mayali et Veyret...

38. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 4, p. 219.

39. Voir graphique en annexe.

40. H. NOGUÈRES, op. cit., t. 4, p. 177-179 (220 coups de main d'après Soustelle).

41. Par exemple, ADV, 1 W 21, Rens. gén., 27 mars 1943 : la rumeur rapporte alors que des jeunes se projettent de se cacher dans la Sainte-Baume.

42. Tém. S. Liberacce 1981 (grâce à l'obligeance de Jacques Girault).

43. Tém. Orsini, rapport d'activité, dactyl. s.d., arch. ANACR et tém. in Le Petit Varois-La Marseillaise, 14 août 1964. Tém. Courros 1984 : lorsqu'il arrive au maquis, au début mai, il y trouve également Maurice Pompei, ouvrier de l'arsenal, communiste.

44. L. Altieri, tém. cit. et tém. C. Bernard, l'un des réfractaires, 1981. Grâce à l'aide des magistrats résistants, et malgré le commissaire de police, Altieri est relaxé deux mois après. Bernard et son compagnon, Guès, sont allés se cacher et travailler dans une ferme résistante de Cogolin, après son arrestation.

45. C. Le Hir, tém. cit., chauffeur du commandant qui leur porte des cartes de ravitaillement.

46. M. Juvénal, tém. cit. Le passage sous le contrôle des directions régionales a été organisé par la circulaire du CD des MUR du 18 août 1943. Elle prévoyait aussi le passage du budget maquis aux mains du chef de région à partir du 1er septembre. Son application paraît difficile en R2 où le problème n'est dénoué que dans le courant septembre. Le budget maquis ne transite pas par la direction départementale des MUR. Le service garde ses liaisons verticales propres.

47. Tém. Picoche, Les Maquis, dactyl., s.d., (Fonds Masson).

48. J. CAZALBOU, op. cit., p. 195. Le récent ouvrage de V. BOREL, Entretiens avec Louis Picoche, Hyères, 2002, n’est malheureusement pas utilisable tant les erreurs et les lacunes sont grandes.

49. Tém. A. Marquis 1983. Sur Boudouresque, tém. manuscrit, 14 juillet 1945 et G. ROUX, op. cit., p. 29 et 30 (groupe d'une trentaine d'hommes répartis en équipe de trois)

50. Arrêté à Ampus avec Béraud, le 21 novembre 1943, il est accusé de vol et de détention d'armes. Il est convoyé vers le maquis par les clandestins de l'AS, Cassou et Simon Macario de Vidauban.

51. Tém. E. Bertrand 1980. Ollivier, marchand de vin au Beausset, est père de sept enfants. Il est arrêté le 13 février avec l'un de ses fils et restera emprisonné à Marseille jusqu'à la Libération. La filière a été obtenue grâce à J. Challansonnet. Au Muy, le convoyage est fait, entre autres, par le bras droit de Sénès, le garde-forestier Troin. Le Café de France est surveillé par le SD de Draguignan. À Figanières, la filière est aidée par le maire révoqué Gagnaire. La montée au maquis est rapportée dans un ouvrage, par ailleurs truffé d'invraisemblances, C. DURANDET, Maquis de Provence, Paris, 1974, p. 195.

52. Arrêté du 7 décembre 1943 au 13 janvier 1944, Pierre Augier, gérant de la SAFA, appartient au réseau Marco Polo, est un ami de Picoche. Sandro, depuis sa révocation, travaille chez lui et participe au ravitaillement des maquis (y compris FTP). Sur l'aide de Deschamps, rapport dactyl. sur son activité, 22 janvier 1945 (Fonds Masson) : il fournit des milliers de kilos de pain qu'il a fait griller.

53. Tém. E. Bertrand, A. Marquis et L. Picoche : Les Maquis, op. cit.

54. Description et carte in V. MASSON, La Résistance ..., op. cit., p. 79-80. Source essentielle par sa franchise et sa précocité : le journal de marche que tient Vallier (De Farigoule à Canjuers ou l'histoire de 14 décrochages, 23 février 1944-29 août 1944, nov. 1944) et qui se trouve dans plusieurs dépôts d'archives (Fonds Masson, AN, 72 AJ 199-200, SHA, 13 P 54) et tém. Sivirine 1984. Voir le journal de Gleb SIVIRINE in Le Cahier rouge du maquis, Artignosc, Parole éditions, 192 p., 2007 avec notre contribution “ Le Maquis Vallier, 10 mois de Résistance dans le Haut-Var ” , p.53-66 (première parution in Verdon, automne 2001, p33-45).

55. J. CAZALBOU, op. cit., p. 196 a essayé de traduire ces problèmes en faisant de Picoche (sous le nom de Picart) l'avocat au CDL de “ la lassitude des maquisards du plateau d'Aups... qui, à ne rien faire, trouvaient le temps long. - Qu'est-ce qu'on fout ? Qu'est-ce qu'on attend pour armer les gens et les faire agir ? ”.

56. Journal, op. cit., 17 avril 1944, p. 22.

57. P. LABORIE, op. cit., p. 312, en donne des exemples identiques dans le Lot.

58. V. MASSON, La Résistance ..., op. cit., p. 78, reproduit Picoche (Les maquis, op. cit.) sur cette question. Sur les relations entre Soldani et les FTP, tém. L. Diana 1979 et Sicard : une réunion a eu lieu au Cannet-des-Maures, chez le chef AS local, le communiste Guintrand. Soldani a remis 10 000 F. Auparavant Sicard avait reçu 5 000 F du chef de secteur AS, Blanc.

59. A. Marquis, tém. cit.