THESE JEAN MARIE GUILLON

B - LES MOUVEMENTS UNIS DE LA RÉSISTANCE DANS
LE VAR (RÉGION THONIERS )

 

 

1 - Vue d'ensemble

Il n'est pas possible de faire comme si l'AS était séparée du reste de l'organisation des MUR. Les positions de Frenay et des dirigeants de Combat se justifient quand ils répètent, à Jean Moulin en particulier, qu'il est artificiel de séparer les activités militaires des autres. Même au niveau des chefs, la polyvalence est à peu près générale. C'est ce que faisait remarquer récemment Serge Ravanel, chef national des Groupes Francs, en critiquant les “ historiens qui ont tendance à opérer une coupure entre Résistance militaire et civile ” et en soulignant qu'elle était “ beaucoup moins réelle ”1. Nous ne tranchons donc dans leur confusion naturelle que par commodité d'exposition.

Dans les localités où un groupe MUR existe, les responsabilités “ civiles ” et militaires sont mêlées. Le chef cumule la direction des MUR et celle de l'AS (et parfois même d'une autre organisation, par exemple la SAP). Seules les communes les plus importantes qui rayonnent sur tout un secteur, comme Draguignan ou Hyères, connaissent une relative spécialisation. À quoi rimerait d'ailleurs celle-ci à la base ? Dans la plupart des cas, l'activité n'y est qu'intermittente et bien peu “ militaire ” (diffusion du journal quand il arrive, plus rarement de tracts, surveillance des adversaires, collecte d'armes). Il s'agit surtout de mettre sur pied une équipe sur laquelle compter le moment venu, de constituer un potentiel d'action et de sympathies. Il n'y a aucun besoin de mettre toute la population en branle. Le prosélytisme est mesuré.

Cette vision de l'activité clandestine ressort de certains témoignages en des formules curieuses. Le responsable AS de Saint-Raphaël et des environs a rassemblé une vingtaine de jeunes gens et dira avoir cessé de “ faire un grand recrutement ” après novembre 1942 car l'effectif était “ presque suffisant ”. Juvénal, lui-même, partage un point de vue semblable : les sizaines sont formées, l'organisation est alors parfaite, “ Nous sommes prêts ”, dit-il pour janvier 1943, ce qui laisse tout de même rêveur2.

Prévaut donc une conception assez statique de la Résistance, favorisée par les sentiments dominants de l'opinion qui ne voit pas forcément la nécessité de l' “ action ” pour hâter une Libération que l'on sait de plus en plus inéluctable. À ces raisons, s'ajoutent la méfiance à l'égard de ceux qui n'ont pas rejoint la Résistance plus tôt ou qui n'appartiennent pas au “ clan ” dominant et la polarisation sur les problèmes d'organisation et de liaison. Pèse sur cette Résistance le souci de préparer un débarquement et une libération que l'on croit toujours imminents, croyance que relance la hiérarchie résistante, à commencer par le Secrétariat général des MUR, et qui amène à axer l'essentiel de l'activité sur cette préparation d'un “ Jour J ” à venir incessamment.

La cheville ouvrière des MUR du Var est Henri Emile Amigas, leur secrétaire et, en même temps, le remplaçant de Sarie à la tête de Combat. Il occupe une position clé, celle par où transitent les consignes et les moyens. Chargé de l'action politique, il supervise les autres secteurs et garde la haute main sur les GF du Var. Fortoul s'en plaint et lui reproche aussi une activité trop administrative. Ce n'est pas son seul détracteur. D'autres expliquent ses réticences devant l'action immédiate par son engagement avant-guerre au PPF et les amitiés qu'il y aurait gardées. Ces critiques ne viennent pas de ses camarades toulonnais, issus de la gauche, qui partagent sa prudence et ses soucis d'organisation. Sans doute, Sarie a-t-il choisi volontairement de placer à ce poste un résistant atypique par rapport à la résistance locale. Quoi qu’il en soit, le CD des MUR qui a eu vent des critiques faites à Amigas intervient pour y couper court : sa circulaire du 22 avril 1944 précise qu'il garde sa confiance dans tous les responsables nommés par le directoire régional et que

“ ceci s'applique tout particulièrement au chef départemental Var que le C.D. prie de rester en fonction. ”3

  Au fur et à mesure que les services se diversifient, les tâches administratives s'accroissent. Cette charge s'étoffe d'autant plus que la direction des MUR tente de donner de plus en plus de consistance au niveau départemental dans la perspective du “ Jour J ”. La circulaire qu'elle envoie en septembre 1943 est très claire sur ce point :

“ N'oublions pas qu'au moment de la crise, la précarité des liaisons, la multiplicité et la complexité des tâches obligeront les chefs départementaux à prendre seuls des initiatives de la plus grande importance. Il faut donc que, dès maintenant, ils aient en main tous les services de leur département, qu'ils contrôlent tout ce qui se fait dans leur département, que dès maintenant ils s'habituent à prendre des initiatives, à diriger.

C'est pourquoi il nous faut à tout prix consolider leur autorité et leurs pouvoirs. ”4

Les rapports et lettres conservés par les archives Amigas et qui ne doivent représenter qu'une faible partie de cette activité témoignent de la charge écrasante qu'elle représente. Au carrefour des échelons supérieurs et inférieurs des MUR, il faut assurer et ventiler toute la correspondance. Amigas assume ce travail qui n'est ni spectaculaire, ni glorieux, et ses autres responsabilités avec une équipe qui se réduit surtout à sa femme, dans leur maison à la lisière du centre ville et des faubourgs est de Toulon.

Les problèmes financiers ne sont pas les moindres. Avec l'automne 1943, les ressources, encore modestes, deviennent plus régulières. Le budget des MUR du Var n'est que 34 500 F en octobre. L'augmentation projetée ne peut leur être accordée ce qui provoque les récriminations d'Amigas, d'autant que, fin novembre, on lui doit encore 15 000 F du mois de septembre5. En février 1944, les sommes allouées au Var sont plus significatives : 175 000 F dont 55 pour le service social, 50 pour l'AP et 70 pour l'AS, mais le solde n'est reçu qu'à la mi-mars et encore manque-t-il 25 000 F promis par Juvénal pour le service social6. L'arrivée du Délégué militaire régional (DMR) Burdet Circonférence renforce la position institutionnelle des MUR en accroissant leurs moyens. Le budget d'avril s'élève à 400 000 F pour les CFL (nouveau nom de l'AS et des GF) et 100 000 pour le service social. Malgré tout, l'arrivage des fonds reste irrégulier aux dires des uns qui se plaignent et des autres qui n'y peuvent pas grand chose7.
L'insuffisance des moyens et les aléas de leur versement pèsent assurément sur les relations conflictuelles qu'Amigas entretient avec les responsables de l'arrondissement de Draguignan (Jean Garrus Mistral et Edouard Soldani Valmy). À la fin février 1944, alors que les mensualités de janvier pour le service social ne leur sont pas encore arrivées, ils expriment leur regret “ de constater le peu d'aide (reçue) des échelons supérieurs ”8 et Henri Michel se rappelle “ qu'il faudra un jour un arbitrage par le chef régional Juvénal ” pour calmer la querelle9. À la pression du maquis qu'il faut ravitailler et qui se trouve dans ce secteur s'ajoute le poids des rivalités régionales et des clivages politiques.

Dans la région dracénoise, Combat et les socialistes dominent plus largement qu'ailleurs dans le Var. Sarie charge d'abord Julien Cazelles Amar de réaliser la fusion avec Libération. Le comité d'arrondissement constitué comporte cependant deux socialistes (Soldani et lui-même) et deux chrétiens-démocrates (Cisson et Garrus), ainsi que le chef AS. Vers juillet 1943, les responsables communaux ou cantonaux (politiques et militaires à la fois) sont ratifiés ou désignés. Présidée par Cisson jusqu'à son passage dans la clandestinité en août 1943, l'organisation est alors reprise par Cazelles jusqu'à ce qu'il doive, à son tour, céder la place, vers novembre, après une tentative de vol de documents dans l'arsenal de Toulon (avec Arnal, entre autres). C'est à ce moment-là que l'arrondissement est laissé à Garrus qui le préside et s'occupe plus particulièrement de la partie nord et à Soldani qui se charge du sud, mais aussi de l'inspection du maquis (d'où ses ruades devant la faiblesse des allocations allouées pour aider les hors-la-loi et les familles de victimes de la répression).

 Au début 1944, le Var comprend sept secteurs MUR, hors de Toulon qui est sous le contrôle direct d'Amigas (avec Sarie et Arnal). L'arrondissement de Draguignan en compte quatre et celui de Toulon trois10. En réalité, celui de Saint-Tropez, le plus tard organisé dans une zone largement dominée par le Front national, et celui du nord-ouest (région de Brignoles) que l'ORA est en train de ravir en mettant la main sur l'AS, c'est-à-dire sur l'essentiel, n'ont qu'une existence assez précaire et une activité toute relative. Alors que l'AS a tendance à régresser, absorbée par d'autres, le cadre politique, les MUR, couvre, malgré tout, l'ensemble du département. Cette solidité formelle repose en grande partie sur la reconstitution des réseaux socialistes et francs-maçons qui lui servent de ciment. Parmi les sept responsables de secteur, on compte au moins trois socialistes et deux francs-maçons.

Au fur et à mesure de leur décentralisation en prévision des événements, les MUR essaient de constituer une structure locale solide, car la réalité reste floue au-dessous de l'échelon de l'arrondissement. Le quadrillage laisse encore à désirer à la veille du 6 juin. Une circulaire de Garrus à ses chefs cantonaux (janvier ou février 1944) s'efforce d'encourager la mise sur pied d'un véritable échelon de commandement cantonal avant la fin du mois et des structures communales avant le 15 mars. Elle prévoit à ces niveaux la formation d'équipes comportant le chef AS et des responsables pour la propagande et les liaisons, le service social, les maquis, le SR, la presse, voire le ravitaillement.

“ Le Chef cantonal est un “ CHEF ”, c'est-à-dire l'animateur qui prévoit, conçoit et dirige l'action. ”

 Il est aussi le responsable de la presse11. Sans doute s'est-on efforcé de donner vie à l' “ organisation méthodique ” ainsi proposée, mais aucun témoignage ou document n'indique que l'on y soit arrivé. Une telle structure devait paraître bien théorique aux militants, tournés vers l'action à venir ou à réaliser immédiatement, et moins conscients de sa nécessité que les responsables.

 

2 - Action politique, service social et faux papiers

Les MUR conservent les services hérités de Combat. Amigas est chargé de l'Action politique (héritière de l'ancien ROP). Il est en fait absorbé par son activité “ administrative ” et ce sont, en réalité, Sarie, Arnal et Cisson qui assurent le véritable travail politique par le biais du CDL ou de la presse.

La propagande purement MUR est encore plus faible que celle des mouvements pris séparément. Leur sigle apparaît pour la première fois sous le texte de tracts diffusés aux approches du 1er mai 1943, mais communs aussi au MOF, au Parti socialiste et au PCF12. Par la suite, on ne relève que trois tracts signés des seuls MUR, dont deux appels à manifester pour le 11 novembre 1943. Encore faut-il remarquer que ceux-ci ne figurent pas parmi les nombreuses feuilles trouvées par la police à ce moment-là et qu'ils ne sont connus que par un rapport ultérieur d'Amigas13. Il indique pourtant qu'ils auraient été répandus en grand nombre sur Toulon. Comment ne pas voir, là encore, un trait de faiblesse de la propagande des mouvements ?
Cette manifestation du 11 novembre qui est importante par son ampleur l'est aussi parce qu'elle illustre le rôle que joue Amigas dans l'organisation départementale dont il est un peu le soutier, confiné à des tâches qui ne lui déplaisent sans doute pas, mais qui sont peu valorisantes. Quelque temps avant le 11 novembre, le directeur de la Police d'Etat de Toulon-La Seyne est entré en contact avec lui pour lui demander de faire cesser l'envoi de lettres de menaces à son encontre. Grâce aux liens ainsi noués, Amigas a pu préparer avec lui le bon déroulement de la journée du 1114. Mais, cette relation, utile et qui se prolonge jusqu'à la Libération, renforce la suspicion à son égard chez certains, d'autant que l'inspecteur de police qui sert d'intermédiaire devient son obligé, voire un instrument docile, alors qu'il était encore PPF peu de temps auparavant et qu'il reste suspect aux yeux des policiers entrés en résistance depuis plus longtemps. Si l'on ajoute que le relais d'Amigas auprès des GF du Var, Félix Malique Rochat, ne fait pas non plus l'unanimité, on comprendra mieux les méfiances qui l'entourent parfois. Aux côtés de Sarie, le serviteur exemplaire de l'Etat, et d'Arnal qui s'éveille à l'ambition politique, Amigas apparaît, en exagérant un peu, comme l'homme des œuvres discrètes. L'un continuera après-guerre une carrière préfectorale servie (à juste titre) par sa belle action résistante, l'autre suivra une trajectoire politique qui le mènera au Parlement, mais Amigas restera, non sans amertume sur la touche. On le retrouvera à la Libération sans étonnement au RPF15.
Le service social des MUR essaie de se développer au rythme des arrestations. Il commence à être organisé après celles du printemps 1943. Les fonds nécessaires sont d'abord collectés sur place (contre des “ bons ” imprimés en guise de reçus), puis Amigas reçoit, comme on l'a vu, un budget spécifique. Contestée, la première titulaire de cette responsabilité est remplacée par Georgette Amigas Tantine, en octobre 194316. Une antenne du SS existe à Draguignan, dévolue, elle aussi, à des femmes ou des filles de résistants (Mme Cazelles, Melle Vidal). C'est l'un des rares domaines laissé aux résistantes des MUR Il faut aider les prisonniers en leur envoyant des colis et fournir une aide financière mensuelle à leur famille. Il faut aussi prendre en charge les résistants contraints à la clandestinité. Ils perçoivent 1 500 F par mois. De plus, en mai 1944, Amigas prend l'initiative de distribuer 2 400 F de secours exceptionnel aux résistants victimes du bombardement du 29 avril. À cette époque, les familles des maquisards FTP tués - ceux de Signes d'abord - sont, elles aussi, assistées17. On mesure par là le caractère ambigu des MUR qui sont, à la fois, l'un des courants de la Résistance et une sorte d'administration de toute la Résistance. En mai 1944, cette aide est étendue aux familles de communistes prisonniers, mais le PCF se refuse à donner leurs adresses en invoquant des raisons de sécurité18.

D'autres services, qui existent dans d'autres régions, auraient pu ou dû se développer dans le Var. On remarquera l'absence d'un Comité d'action contre la déportation, tout comme celle, plus révélatrice, de l'Action ouvrière. Quant au service des faux papiers, il n'a pu se constituer, malgré les efforts d'Amigas. Le Var reste dépendant sur ce point des délais de fabrication et d'acheminement de la région.

En fait, en ce domaine, l'initiative reste largement du ressort du “ bricolage ” local. Grâce à des policiers ou des employés communaux résistants, certains groupes peuvent être pourvus d'une gamme partielle des fausses pièces nécessaires, à partir de 1943. Certains maires, de nombreux secrétaires de mairie qui, souvent, ne sont pas des résistants “ officiels ”, procurent documents vierges et tampons19. La chaîne la plus importante est découverte à Hyères par la police italienne à la fin mai 1943. Constituée à l'initiative d'Yvon Sicard, commis au service de l'état-civil et membre de Libération, assisté de deux collègues de bureau et de plusieurs agents de police, elle peut fournir actes de naissance, livrets de famille, certificats de mariage, cartes d'identité et certificats de travail. Par des employés du service de ravitaillement, s'y ajoutent des certificats de travail, ainsi que des livrets militaires et des feuilles de démobilisation à partir d'un stock récupéré à la caserne Vassoignes, en novembre 1942. Au total, cette filière aurait fourni plus d'un millier de faux papiers à des résistants, des Juifs (dont 17 familles pourvues d' “ un dossier complet ”) et des réfractaires – 182 en tout - acheminés parfois vers la Haute-Savoie20. Des imprudences, des bavardages difficilement évitables mettent l'OVRA sur sa piste. Elle est démantelée entre le 31 mai et le début juin 1943. Une trentaine de Hyèrois sont arrêtés et certains connaîtront dans toute leur rigueur la police et la prison fascistes.
Une telle organisation reste exceptionnelle et les résistants locaux n'ont pas, en général, de telles possibilités. Aussi Amigas réclame-t-il les moyens prévus par les instances supérieures pour constituer un service départemental. La pression des Dracénois, pour lesquels ce problème “ reste le point crucial ”21, est forte. Faute d'obtenir le matériel promis, Amigas essaie de trouver une solution locale, non sans déboires, comme il l'expose à Juvénal :
“ Malgré plusieurs demandes de ma part, je n'ai pas reçu les cachets de Toulon demandés à Lyon. Devant cette carence, et après de multiples démarches, j'avais réussi à faire fabriquer sur place les deux cachets dont l'un était destiné à Draguignan. Malheureusement ces deux objets étaient tellement défectueux que je dus renoncer à leur emploi. ”22

Les cartes sont toujours à faire d'urgence, parfois même dans les vingt-quatre heures, ce qui empêche de les envoyer au service régional. Cette question qui contribue à rendre difficiles les rapports entre clandestins n'est pas qu'une question d'intendance. De sa solution, peut dépendre la vie.

 

3 - La presse des Mouvements Unis de la Résistance

La faiblesse constatée de la propagande MUR tient pour partie à l'autonomie conservée par leurs composantes en ce domaine. Mais elle tient aussi à l'ambiguïté d'une action qui est partagée entre le souci du moment, la lutte contre l'occupant, et les préoccupations de ce qu'il faudra faire à la Libération. La presse des MUR de la région en est l'illustration. Elle se caractérise par des réalisations soignées et une réflexion intéressante sur ce qu'elle devra être dans l'avenir (et qui ne pourra se concrétiser), mais quel contraste avec la rapidité de fabrication et la variété de la presse communiste dans le même temps...

 

a - Projets

Les premiers travaux sur la future presse du Var sont assurés par une sous-commission du Comité de coordination de la Résistance (futur CDL), présidée par Henri Michel Simon et exclusivement composée de résistants des MUR (Cisson bien sûr, François Cuzin avant qu'il ne soit muté à Digne pour la rentrée 1943, Jean Mathieu, journaliste au Petit Var et le syndicaliste socialiste Jean Forestieri). Elle entend préparer le journal de cette Libération qui peut intervenir à tout moment. Elle étudie les conditions matérielles de sa parution (papiers, prise des locaux du Petit Var, etc.) et conclut un accord avec l'équipe marseillaise, à dominante socialiste, qui doit prendre possession du Petit Provençal là-bas. Elle enquête sur les journalistes pour pouvoir choisir la future équipe rédactionnelle. Maître Arnaud, maire révoqué d'Aiguines en 1941, établit les statuts de la société coopérative qui éditera les deux journaux prévus : Le Journal du Var et Le Journal de Toulon.

Henri Michel veut créer, à la Libération, “ un journal assez neuf ” dont le but serait

“ de continuer à rassembler, après la guerre, quand les luttes politiques auraient repris, les gens d'opinion diverses, des catholiques aux francs-maçons, que le combat pour la liberté avait unis. ”23

Sont associés à sa préparation non seulement ses camarades du CDL (Arnal, Lagier, Custaud en plus de Cisson), mais aussi d'autres personnalités : un syndicaliste ouvrier de l'arsenal, ancien confédéré, Julien Sauli, un démocrate-chrétien qui a l'avantage d'être papetier-imprimeur, Jean Labrosse, et l'un des plus notoires syndicalistes paysans socialistes, André Bouis, maire révoqué de La Motte. Michel pressent François Crucy Lamartine, ancien chef du service de presse de la présidence du Conseil, pour en être le rédacteur en chef.

Ce projet est prolongé par la mise en œuvre du journal des MUR R2 que Cisson élabore avec lui en même temps. Il s'articule sur la réflexion que les deux hommes, l'un socialiste, l'autre démocrate-chrétien, mènent sur le parti travailliste à créer à la Libération. L'ambition de donner naissance à un journal unitaire est précisée par la mise au point d' “ un pacte idéologique ”, caractéristique de l'exigence morale de ses promoteurs24. Le texte serait à commenter précisément. Retenons-en une belle leçon d'humanisme républicain qui exprime à merveille les options de cette résistance typique d'un milieu modelé par la morale laïque (et qui lui est resté fidèle). C'est ce qui lui donne une certaine actualité. Trop idéalistes pour être politiciens, ces résistants croient en leur capacité à changer les mœurs, comme si la clandestinité faisait minimiser les contingences auxquelles la vie d'un journal ne manquerait pas de se heurter dans la démocratie restaurée. Faut-il ajouter que, “ saboté ” par Leenhardt, d'après Henri Michel, le projet n’a pas pu voir le jour ...25

 

b - Provence Libre

Les travaux de la sous-commission du futur CDL préparent aussi un journal clandestin. Ce journal devient régional avec la promotion de Sarie et de Cisson à la tête de R2. Sarie annonce sa parution, le 6 octobre 1943, sous le titre La Résistance. Mais, probablement retardé par les mutations au sein du directoire régional ou par d'autres priorités, il ne paraît qu'en décembre sous la responsabilité de Cisson Dubosc ou Lebrun qui l'intitule Provence Libre, ce qui participe de la bataille des titres que les MUR livrent au Front national dans la région. À Marseille, elle les oppose par l'intermédiaire de La Marseillaise, titre dont le FN se serait emparé, ce qui les oblige à se rabattre sur Le Marseillais, tandis que Provence Libre (MUR) rencontre la concurrence de La Provence Libre (FN du Var). Dans ce cas, le procès d'intention fait aux communistes paraît moins fondé, même si Michel considère qu'ils leur ont “ volé ” le titre. En effet, le journal du FN, seulement varois, commence à paraître en octobre, alors que celui des MUR, régional, sort en décembre. Cisson et Michel auraient-ils évoqué le titre envisagé au cours des discussions du futur CDL et les communistes s'en seraient-ils emparés en profitant de leur retard ? Ou ne s'agit-il pas plutôt d'une ignorance réciproque des actions de l'autre ? Cette hypothèse, qui ne cherche pas à éluder le phénomène majeur qui est bien la rivalité ressentie, nous paraît d'autant plus fondée que La Provence Libre (FN) s'interrompt plusieurs mois de suite, après octobre 1943, et ne reparaît qu'en avril 1944 alors que le journal régional des MUR sort régulièrement depuis quatre mois et que c'est seulement à ce moment-là que l'on peut y lire un petit encart pour se différencier du concurrent resté, sans doute, ignoré26. Il est vrai que la tension est montée alors de quelques crans entre les uns et les autres.
Provence Libre est fabriquée principalement à Toulon chez Lions et Azzaro, anciens imprimeurs du journal socialiste local, que Michel a indiqués à Cisson et, dans une moindre mesure, à Draguignan, chez le radical-socialiste Riccobono, devenu résistant27. Tiré à 30 000 exemplaires chaque mois “ malgré la Gestapo et la police de Vichy ” (comme Franc-Tireur), connaissant les mêmes problèmes de diffusion que Libération avec lequel il est parfois imprimé, le journal a une facture soignée28. La mise en page est faite par Cisson lui-même avec l'aide des imprimeurs. Citations et gravure de la Sainte-Victoire en exergue29, il mêle les “ échos de la région ”, des rubriques de dénonciations et d'informations générales et des articles de fond qui lui donnent une tenue intellectuelle certaine. Rédigés surtout par Cisson et Michel, ces articles reflètent plus les conceptions de leurs auteurs que celles des MUR en général, comme la suite le démontrera. Dès le premier numéro, Michel (selon toute vraisemblance) lance un appel à la création d'un grand parti du travail, national, refusant la violence révolutionnaire et qui ne soit pas anticlérical, auquel répond certainement Cisson, deux numéros après, sous la signature d' “ un catholique républicain ”30. Face au Mistral célébré par les pétainistes depuis 1940 et par la plupart des félibres avant eux, chantre d'une Provence éthérée, rurale, conservatrice, se lamentant sur l'âge d'or de jadis, une étude très documentée remet le grand homme dans le droit chemin de la mémoire résistante, en traçant de lui un portrait, un peu sollicité, de démocrate patriote31. Alors que s'aigrissent les relations avec les communistes, le journal traduit les réticences de la direction régionale MUR devant la pression qu'ils exercent : un appel à “ l'action immédiate disciplinée ” est une réplique évidente et, peut-être aussi, une mise en garde pour ceux qui, au sein de l'organisation, partagent leur volonté d'engager l'action tous azimuts32.

Pour les rédacteurs qui mettent tant d'eux-mêmes dans l'élaboration d'un journal clandestin, le comble de la satisfaction est, bien entendu, qu'il soit utilisé par les radios extérieures. Cette joie que peut éprouver Henri Michel en entendant l'une d'elles (américaine) citer l'un de ses articles, Julien Cazelles la ressent aussi, alors qu'il est, lui, rédacteur de Résistance, l'autre journal créé par les MUR du Var.

 

c - Résistance

On a déjà évoqué les raisons pour lesquelles les MUR de l'arrondissement de Draguignan décident de faire ce journal. C'est le premier et le seul organe exclusivement varois des mouvements. C'est aussi la première initiative de Cisson en ce domaine, en mai 1943, avec l'aide de Cazelles, Soldani et Emile Restègue Richard. Lorsque Cisson, promu aux responsabilités régionales, quitte la direction de l'arrondissement, Edouard Soldani en devient le rédacteur en chef.

Bien qu'ayant réussi à le faire paraître chaque mois jusqu'à la Libération, il ne subsiste de Résistance que quelques numéros, éparpillés dans divers dépôts d'archives. Manquent le numéro 1 et les numéros postérieurs au numéro 6 de janvier 1944.

La “ patte ” de Cisson est encore sensible dans le numéro 2 où l'article “ La France que nous voulons ” est définie comme libre, sociale, démocratique, personnaliste, spiritualiste, pacifique et heureuse. Mais, déjà, l'orientation républicaine “ rouge ” classique donne le ton avec un très quarante-huitard “ La République n'est pas morte ” qui termine l'ironique compte-rendu d'une réception préfectorale. Elle s'accentue par la suite, alors que le journal s'ouvre aux communistes33. Celui de décembre contient une ode dithyrambique à “ notre Midi le rouge ”34. La rubrique phare devient la mise “ au pilori ” des collaborateurs locaux. Sur les six pages du numéro de janvier, trois sont consacrées aux informations communales, accusatrices en général. Il faut se rappeler que l'arrondissement est sous le coup du massacre de Signes du 2 janvier. Les impressionnants obsèques de Pierre Valcelli, le 7, à Salernes sont décrites alors que la première page, rédigée par Cazelles, est consacrée au récit du combat meurtrier. Maurice Schumann tirera de là les éléments de l'émission qu'il consacrera, le 9 mars, à cette tragédie35.
Jusqu'à ce numéro, Résistance garde une facture médiocre. Ronéotypé, le journal, par son allure et son ton, se rapproche de la presse communiste. Il est imprimé (chez Riccobono) à partir du numéro 5. Le numéro 6 comporte deux pages supplémentaires, mais il a coûté entre 3 500 et 4 000 F, au lieu de 2 000 d'habitude. On le sait par une circulaire que Soldani envoie à ses correspondants locaux peu après36. Dans le contexte de l'époque, alors que chacun risque sa vie (comme le montre au même moment la chute d'une partie de l'équipe de Roquebrune), il fait preuve des soucis très concrets qui sont ceux de n'importe quel rédacteur en chef en des temps plus ordinaires. Il s'informe des desiderata de sa “ clientèle ” en demandant quelles rubriques développer. Il lui fait part des problèmes matériels qu'il faut résoudre : le tirage (1 500 exemplaires), la pagination, le coût. Ce document rare nous fait pénétrer au cœur de l'exploit que constitue le fonctionnement “ ordinaire ” de la Résistance en général, et de sa presse, plus précisément.

Hors de ces deux journaux, il n'y a aucune presse locale MUR, pas plus qu'il n'existe de journaux des mouvements qui les composent ou des forces qui les sous-tendent. Aucun groupe local ne tente l'expérience. Pourquoi ? Absence de moyens ? Absence de sollicitations de la part de la hiérarchie ? Priorités autres ? Il faut constater là une différence de taille par rapport aux communistes. Ils ont une autre pratique militante, une autre culture politique que le milieu dans lequel la résistance (socialo-gaulliste) des MUR s'enracine ici. Leur fonctionnement selon le système classique de la délégation de pouvoir exige plus des responsables que d'une base qui se repose sur eux. Henri Michel invoquera la pauvreté pour expliquer l'absence de presse socialiste clandestine dans le Var. L'argument n'est pas à négliger, mais n'est pas satisfaisant à lui seul. Les départements voisins ne sont guère mieux pourvus. Les difficultés épisodiques de diffusion, la rareté des titres, le petit nombre de tracts créés ou répandus renvoient à la conception de la propagande, mais aussi à celle de l'action en général. L' “ attentisme ” n'est pas qu'un problème militaire.

Délaissant le terrain de l' “ agitation ”, les responsables MUR, soit une vingtaine de personnes dans le département, mettent toute leur énergie dans l'édification d'un réseau de contre-pouvoirs, c'est-à-dire dans la construction des institutions de la Résistance, préfigurations du pouvoir futur.

 

4 - Travail souterrain

Favorisés par la nature de leur recrutement et par leur orientation tournée principalement vers le contrôle du pouvoir, les MUR tissent au sein de l'appareil d'Etat tout un réseau d'informateurs, d'agents et de responsables futurs. Travail souterrain, l'expression s'applique à presque toutes les formes de résistance, mais elle est particulièrement adéquate pour le travail de “ taupe ” que réalisent le NAP et le SR

 

a - Le Noyautage des administrations publiques

Petit service, émargeant faiblement aux ressources de l'organisation (10 000 F dans les prévisions de juin 1944), le NAP, créé par Combat dans l'été 1942, joue pourtant un rôle essentiel37. C'est un service d'information, d'aide matérielle, de préparation de l'épuration et de la prise de pouvoir. Il est l'instrument par excellence du contre-pouvoir et le domaine de prédilection de cette résistance de fonctionnaires et de cadres. Lorsque “ le préfet régional des Mouvements Unis de la Résistance ” écrit au capitaine de gendarmerie de Draguignan pour lui intimer 

“ l'ordre de cesser de poursuivre les réfractaires et de ne plus mener contre eux qu'une campagne apparente ” pour “ ne pas compromettre plus gravement (sa) carrière. ”

ce n'est pas une rodomontade, mais l'expression effective d'un contre-pouvoir en place.

“ Le général de Gaulle gouverne déjà la France par l'intermédiaire de ses représentants. ”38

Lorsque, fin 1942, les NAP des trois mouvements fusionnent (circulaire du 25 novembre), seul Combat possède un embryon de ce service dans le Var, dirigé par Maurice Maurin, ancien secrétaire du Conseil général, révoqué pour franc-maçonnerie en 1940. Après son passage dans un réseau américain et les arrestations qui décapitent le NAP régional au printemps 1943, tout doit être repris39. C'est l'indispensable Cisson qui se charge d'abord du NAP départemental, puis, en janvier 1944 probablement, du NAP régional (sous le pseudonyme de Roumi). Il est secondé dans ce domaine, comme dans les autres, par le fidèle Fernand Roustan Le Fils qui prend en charge le département en mars, avec l'aide de Jean Liagre Laîné à Toulon et de Jean Altieri Clément à Draguignan, l'un fonctionnaire des Ponts et Chaussées comme eux, l'autre des Contributions directes40.
Le travail NAP consiste, en premier lieu, à établir la liste des fonctionnaires selon leurs sentiments vis-à-vis de la Résistance pour prévoir le remplacement de ceux qu'il faudra épurer et la promotion des résistants. Dès le 17 décembre 1942, le NAP Var promet de “ naper ” la mairie de Toulon, la préfecture et la sous-préfecture, les PTT de Toulon et Draguignan, et de s'occuper ensuite de l'eau, du gaz et de l'électricité, ce qui donne une idée de l'implantation des mouvements et de l'étendue des cibles visées à l'époque41. Par contre, la couverture géographique qui avait été conçue en parallèle pour s'étendre à tous les cantons laisse à désirer et ne sera jamais poussée aussi loin que prévue.
Alors que la gendarmerie, la police et la magistrature vont apparaître rapidement parmi les objectifs du service, l'armée et la marine lui échappent non moins vite pour constituer un domaine particulier sur lequel la résistance civile aura peu de prises. Plus ou moins étoffé selon les contacts personnels (et les amitiés syndicales “ confédérées ”), le NAP est donc présent dans presque toutes les administrations et les entreprises d'Etat. Un peu plus tard, certains milieux économiques, les banques et les entreprises du bâtiment et des travaux publics en particulier, sont passés au même crible, avec l'aide de chefs d'entreprise résistants (organisés en commissions particulières)42. Certains secteurs, au solide corporatisme, sont cependant laissés à des réseaux spécifiques (comme le réseau Ajax, bien implanté dans la haute administration ou les entreprises) ou à des services de la Résistance MUR assez autonomes qui constituent autant de NAP particuliers (les chemins de fer, la police, les PTT et l'électricité).
Dans les PTT, les cadres et les employés résistants constituent une organisation efficace qui peut mettre en liaison directe les chefs résistants des villes de la région. Ce système qui a été créé à Toulon, à la demande d'Amigas, vers la fin de 1943, est supervisé par Edmond Garcin, contrôleur des PTT et responsable départemental de ce service, sous les ordres du responsable régional Codaccioni Kodak de Marseille. Il permet, en 1944, la liaison télégraphique entre Toulon – Draguignan – Hyères – Brignoles – Nice – Marseille - Lyon et, par voie détournée, entre Toulon et Aix-en-Provence. Forte de ce succès, la Résistance PTT met au point un service téléphonique et une équipe de destruction, composée d'ouvriers des lignes, chargée de “ déranger ” les lignes allemandes43.
De son côté, la Résistance Fer est plutôt tournée vers le renseignement, en liaison avec les réseaux du BCRA ou de l'IS et avec un GF particulier. De très nombreux cheminots en font partie, y compris ceux qui militent dans les organisations du Parti communiste44.

Le NAP est toujours sur la brèche, sollicité constamment pour préparer une Libération évidemment imminente. Le 21 août 1943, le NAP régional réclame l'envoi d'extrême urgence du plan d'insurrection car

“ les événements vont si vite que l'éventualité d'une insurrection est envisagée. ”

 Il faut prévoir immédiatement la mise en place de chefs pour assurer le fonctionnement des grandes administrations. Mais le 6 décembre suivant, cette note est reprise dans les mêmes termes... Le NAP doit donc sans cesse trier ses listes, renouveler ses informations, planifier la prise du pouvoir. Depuis l'été 1943, que de remaniements dans les plans visant à prendre le contrôle des centres vitaux du département !

Mais le NAP est aussi une sorte d'agence à tout faire des MUR. Son responsable des Contributions directes est sollicité pour ralentir l'envoi des feuilles d'avertissement “ impôt-métal ”, le 13 avril 1944. Tel autre doit procurer des laissez-passer et des ordres de mission, fin mars. Le NAP peut faire détruire les fiches des propriétaires de postes de TSF que l'on veut voir échapper à la réquisition de l'occupant. C'est une contre administration au service de la Résistance. On voit même Roustan demander, le 14 mai, à Jean Altieri de fournir des bons pour l'achat de deux chambres à air pour un membre du CDL et de faire activer par un fonctionnaire ami le paiement des sommes dues depuis •. novembre 1940 aux entreprises qui ont travaillé pour la Défense passive...

Le 8 avril 1944, Roustan précise à ses chefs de service que

“ le NAP a trois buts principaux qu'il convient de ne pas perdre de vue

1°) Préparer les épurations futures.

2°) Faire d'ores et déjà fonctionner l'Administration Française en faveur de la résistance.

3°) Préparer l'insurrection. ”45
Faisant après-guerre, le bilan de son action, il estimera que le deuxième objectif a été bien réalisé, grâce aux PTT, aux Ponts et Chaussées et à la police, en particulier46.

Il est sûr que la police résistante apporte une aide précieuse en contribuant au sabotage du STO et en fournissant documents et renseignements. Les chefs MUR lui doivent d'échapper à l'arrestation à plusieurs reprises. En surveillant et fichant les “ agents de la Gestapo ”, elle assure les fonctions de service de sécurité de la Résistance.

La préparation de l'insurrection et l'épuration ne correspondront pas à ce qui avait été envisagé. Le NAP n'est pas omnipotent. Il n'est pas le seul maître d'œuvre. C'est une évidence pour l'insurrection que ne cachent pas les nombreux plans conçus avec des données toutes théoriques. Mais dans la préparation de l'épuration elle-même, il n'est que le pourvoyeur de renseignements qui

“ n'ont pas une valeur absolument certaine. Tout y est relatif et susceptible de changements imprévus. ”47

On est surpris de constater que son chef n'est que très tardivement admis à la commission d'épuration du CDL (en mai 1944). Certains responsables MUR font un travail parallèle et le considèrent comme un concurrent, et, implicitement, comme un gêneur.

 Alors que le NAP est déjà limité dans ses initiatives par d'autres services ou d'autres fiefs MUR, l'existence de forces résistantes différentes lui impose des contraintes supplémentaires. surtout à partir du moment où il n'est plus possible de faire comme si la Résistance communiste n'existait pas. En mai 1944, on confie à Roustan le soin de “ naper ” l'arsenal avec l'aide de l'ingénieur Braudel. Homme des réseaux, tôt engagé dans l'action clandestine, Braudel s'est rapproché des MUR, malgré sa volonté d'indépendance. Sans doute est-il soucieux de ne pas laisser la Résistance “ dans des mains de meneurs qui auraient mal orienté le mouvement ”. On le sait hostile, par exemple, aux sabotages avant la période insurrectionnelle. Mais Roustan s'interroge et fait part de sa perplexité à Cisson, car Custaud, dirigeant la commission politique du CDL, qu'il a mis au courant de son travail avec Braudel, lui a avoué que “ les communistes avaient fait le nécessaire dans ce coin et que c'était réservé à leur zone d'influence ”. Faut-il renoncer au “ napage ” ? Custaud lui conseille de “ leur cacher le travail NAP qui avait été fait en dehors d'eux ” et de “ se borner à contrôler les actions communistes et éventuellement à leur prêter main forte ” . D'où les interrogations du chef NAP qui trouve contradictoires les deux exigences et demande à Cisson s'il faut prendre contact avec les communistes48. L'affaire est significative. Elle ne l'est pas seulement de l'évolution des rapports de force au sein de la Résistance. Elle l'est aussi du monopole contesté des MUR dans leur rôle ambigu d'institutions de la Résistance.

 

b - Le Service de renseignement (SR des MUR)

Dans ce secteur, la contestation vient de l'autre côté des forces résistantes. Le SR des MUR n'a pas bonne réputation et ses détracteurs les plus vifs sont, comme il se doit, les chefs des autres réseaux de renseignement qui le considèrent comme des professionnels regardent des amateurs. À cela s'ajoute la méfiance de certains d'entre eux à l'égard d'une résistance qu'ils trouvent trop politique. Mais les GF, ceux des Bouches-du-Rhône du moins, ne sont pas plus tendres et le considèrent comme peu efficace et fournissant trop peu de renseignements exploitables. La critique est reprise par Fortoul qui se plaint de n'avoir pas copie des renseignements passés par le SR et de n'être atteint que par quelques renseignements de sécurité49. Se profile là en filigrane le débat sur l'action. On ne peut qu'enregistrer les réserves faites. S'il est un domaine où toute évaluation du travail accompli est impossible, c'est bien celui du renseignement. Travaillant en étroite liaison avec le NAP, le SR recueille des renseignements de divers ordres. Il est vrai qu'il n'est pas spécialisé comme d'autres et qu'il ne dédaigne pas les renseignements politiques.

La responsabilité du SR des MUR en R2 incombe depuis septembre 1943 au Varois Frank Arnal Duquesne ou Gérard. Il succède à François d'Ivernois Lepetit et va le diriger jusqu'à la Libération. Il noue des liens avec d'autres réseaux plutôt anglais, comme Jade, ou américain, comme Ritz-Crocus, que français, bien que sa grande joie, et celle de Sarie qui l'accompagne, soit d'entrer en relation avec le SR Marine au printemps 1944, à Toulon. Cette satisfaction tient plus de la politique (et de la Résistance en général) que du strict renseignement : enfin des éléments de la “ grande muette ” toulonnaise reconnaissent la résistance civile, sont engagés dans le combat qui est le sien et permettent d'envisager en commun la Libération (et la protection) de la ville et du port !

La plupart des résistants actifs des MUR participent à la collecte de renseignements. Un exemple de cette collecte “ ordinaire ” est fourni par Henri Michel qui,

“ sans être inscrit comme agent dans le SR, (passe) tout de même à Arnal... toutes sortes de renseignements que (lui) communiquent l'ingénieur Fiat à l'usine de torpilles de Saint-Tropez, des ouvriers de l'arsenal et le lieutenant de vaisseau Dieudonné du 2e Bureau. ”50

Tous les témoignages rapportent la même chose, d'ailleurs sans que cette activité profite prioritairement au SR de leur organisation, même lorsqu'il s'agit de responsables. On aura l'occasion de le répéter, la confusion des mouvements et des réseaux est complète à la base. D'assez nombreux résistants, parfois en connaissance de cause, d'autres fois à leur insu, fournissent des renseignements à plusieurs réseaux plus ou moins concurrents ou parallèles (Gallia, Brutus, Résistance Fer, etc.).

Dans le Var, le SR des MUR contrôle deux sous-réseaux sur les treize qu'il revendique dans l'ensemble de la région51. Ce sont de petites structures. L'un d'eux, Lepetit-Michel, bien que s'étendant sur les départements voisins ne comprend que seize agents, habitant sept localités différentes. Son chef, l'un des adjoints directs d'Arnal, Henri Harel Michel, est grièvement blessé le 24 avril 1944 en tentant d'échapper aux Allemands. L'autre sous-réseau varois est une curiosité pour ceux que le monde du renseignement étonnera toujours : le sous-réseau Thoniers est dirigé par l'inspecteur de la Sûreté navale Georges Vigier Vincent qui est en même temps la cheville ouvrière du SR Marine avant que ses chefs ne prennent contact avec Arnal (par son intermédiaire)...
Arnal dirige l'organisation régionale à partir de Toulon. Il paye de sa personne en participant, par exemple, à une tentative de prise de documents dans l'arsenal avec Cazelles, le chef AS de l'arrondissement de Draguignan et un inspecteur de police. C'est à la suite de l'échec de l'affaire que sa secrétaire est arrêtée, le 2 novembre 194352. On ne peut s'empêcher d'être étonné de voir des responsables de ce niveau se livrer à ce type d'opération. On les sait hommes d'action, mais faut-il qu'ils aient si peu d'agents disponibles pour se “ mouiller ” eux-mêmes ? Il est vrai que, bien que disposant de moyens financiers autonomes, le SR des MUR a moins de possibilités que d'autres grands réseaux. Il n'a aucune liaison radio propre et doit passer par celles de son grand rival, le réseau Gallia, voire par celles de réseaux étrangers.

Autant les MUR sont (relativement) en position de force dans le domaine institutionnel, autant ils sont dépendants dans celui du renseignement qui apparaît au bout du compte comme une activité seconde. Ce n'est pas sans rapport avec la place qu'on leur concède à Londres où l'on préfère s'appuyer sur des réseaux particuliers et privilégier une finalité militaire.



 

1. La Libération dans le Midi..., op. cit., p. 52.

2. Tém. A. Pierrugues, s. d. (Fonds Masson), et M. Juvénal tém. cit. On en trouve l'écho dans le tém. P. Copeau déjà cité, qui oppose la conception aristocratique et militaire de Combat à celle de Libération pour qui la Résistance est un rassemblement de la population, conception qui est avant tout celle des communistes ou sympathisants, que ne partagent pas forcément tous les socialistes de Libération...

3. Arch. Amigas.

4. Arch. Amigas, circulaire du directoire régional aux chefs de services de la Région et à leurs collaborateurs. Elle prolonge celle du CD des MRU, comme on dit alors, du 18 août 1943 pour “ une nouvelle mise au point sur les attributions respectives des Chefs de Région, des Chefs départementaux, des Chefs de Services Nationaux et des Chefs de Services Régionaux ” pour “ renforcer la structure départementale ”.

5. Arch. Amigas, lettre au secrétaire régional Montgeron (Gérard Hermann), 29 novembre 1943.

6. Arch. Amigas, lettre à Juvénal, 15 mars 1944. L'augmentation est importante par rapport à janvier où le Var n'a encore reçu que 50 000 F dont 20 000 pour le SS et 30 000 pour l'AP et l'AS.

7. D'après Burdet, le budget de R2 est de cinq millions de francs en mars 1944, de 6,820 millions de francs en avril (plus 680 000 F fournis sur son propre budget) et onze millions reçus en juin (SHA, 13 P 16, rapport sur son activité en France, dactyl., 21 janvier 1959).

8. Arch. Amigas, lettre de Garrus, 27 février 1944. De son côté, Amigas se plaint à Juvénal des “ doléances émises par cet éternel mécontent ” en lui faisant parvenir un rapport de Soldani, le 15 mars.

9. Tém. H. Michel déjà cité : “ la région de Draguignan, avec Garrus et surtout Soldani, était toujours en révolte contre Amigas ”.

10. Arch. Amigas, organigramme s.d. (mais début 44) qui donne pour l'arrondissement de Draguignan : 1er secteur Aups-Salernes-Comps-Fayence-Callas (chef : Garrus), 2e Besse-Le Luc-Lorgues (Soldani), 3e Fréjus-Saint-Raphaël (Charlot), 4e Saint-Tropez-Grimaud (Le Teinturier) et pour celui de Toulon : 5e Rians-Barjols-Tavernes-Cotignac-La Roquebrussanne-Brignoles-Saint-Maximin (Bertolucci), 6e Hyères-Collobrières-Cuers-Solliès-Pont (Picoche), 7e La Seyne-Ollioules-Le Beausset (Pichaud). Nous ne savons pas quelle était l'organisation antérieure. Une correspondance d'Amigas à Manche (non identifié) s. d., même période, rapporte qu'il a discuté de la réorganisation de l'arrondissement de Draguignan avec Cisson et qu'il a fait des propositions à Bertolucci Lion de La Roquebrussanne pour prendre le secteur de Brignoles en charge. On sait par là la création récente du secteur de Saint-Tropez.

11. AN, 72 AJ 199-200, circulaire s.d., "Le chef d'arrondissement aux chefs cantonaux".

12 . Trois tracts sur lesquels nous reviendrons en traitant du CDL.

13. Arch. Amigas, rapport du 29 novembre 1943 au CD des MUR L'un des textes émane des services régionaux et l'autre du département.

14. Arch. Amigas, intervention d'Amigas auprès du CD des MUR, le 14 novembre 1943, en faveur du commissaire S. et de l'inspecteur R. dont il atteste des sentiments résistants.

15. Comme d'autres grands résistants de la région, politiquement atypiques et aigris, par exemple Mentha ou Salvatelli, chef régional AS. Ce dernier écrit à Amigas le 2 juin 1947 : “ Les uns ont eu de la chance, ont su nager, les Sarie, Arnal, Maxence se sont sucrés... Heureusement “ Grand Charles ” est là et veille, bientôt nous espérons qu'il reprendra le manche et alors certains déchanteront ” (Arch. Amigas). Si nous citons cette lettre, c'est parce que nous la croyons significative d'un l'état d'esprit qui est l'une des composantes du succès du RPF. Ajoutons qu'à sa mort le Conseil général du Var, présidé par E. Soldani, et ses camarades de Résistance rendront hommage à Amigas dans une brochure qui lui est spécialement consacrée (Henri-Emile Amigas, Aubagne, 1969).  

16. Mme Dufour Bernard (née Fraysse), de La Seyne, première responsable du SS, est critiquée (arch. Amigas, lettre du 15 novembre 1943). Sur ce service, tém. G. Amigas, Rapport sur le COSOR, s.d. (Fonds Masson) et AN, 72 AJ 47, 31 décembre 1955. Elle est aidée, à temps plein, par Mme Ziegler (Combat) et deux gérantes d'un magasin Casino (Mme Signoret, déjà condamnée pour “ propagande antinationale ” en septembre 1941 et sa mère, Mme Julien).

17. Arch. Amigas, lettre de J. Garrus, 27 février 1944 : il a prévu des secours pour les familles des deux tués de Signes de son secteur (Valcelli et Venturrucci) avec l'accord de Bernadette Ratier Dorothée, responsable du SS en R2.

18. Arch. Amigas, lettre du 12 mai 1944 : Amigas demande des instructions face à ce refus.

19. Quelques exemples in V. MASSON, La Résistance ... op. cit., p. 54.

20. Tém. V. Bellaguet, tém. cit., qui sera une des victimes de la répression avec d'autres éléments importants de la Résistance à Hyères. Les responsables de la chaîne cumulent évidemment d'autres responsabilités, en particulier dans le renseignement. Sur cette affaire, G. ROUX, op. cit., p. 32 et J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 94, rapport du préfet du 3 juin. Les départs de réfractaires sont organisés par le vulcanisateur Vincent Hutchinson, âgé de 24 ans, et convoyés dans la région de Thonon par un sous-officier en retraite (Alexandre Baisamy).

21. Arch. Amigas, lettre de J. Garrus, 27 février 1944, qui lui adresse de fausses cartes à tamponner et réclame leur retour “ de TOUTE URGENCE ”.

22. Arch. Amigas, lettre du 15 mars 1944. Les trousses promises par le service régional sont toujours attendues en mars.

23. Tém. H. Michel déjà cité et Quatre annéesop. cit., p. 129, où il décrit la genèse de ce “  journal pas comme les autres ” dont il avait rêvé.

24. Reproduction en annexe.

25. Tém. H. Michel déjà cité : l'équipe marseillaise (Leenhardt, Defferre, Manicacci) devait même assurer la parution du journal en cas de panne d'électricité à Toulon. Finalement, Leenhardt n'aurait pas fourni les moyens promis pour assurer sa création...

26. N° du 31 mars 1944, reproduit in S. ISSAUTIER, La Résistance en Vaucluse, Avignon, 1980, document 58 bis.

27. L'imprimeur toulonnais est décrit sans indulgence par H. MICHEL, Quatre années • op. cit., p. 177 (pas d'opinions bien arrêtées, ambition de développer son imprimerie après-guerre, dévouement et prix raisonnable, mais spécule sur la hausse du prix du papier fourni). Notons cependant que c'est chez lui que Libération (par l'intermédiaire probable de Cisson) fera imprimer le programme du CNR, Les Jours heureux, en avril 1944. 

28. Reproduction du n°3 de février 1944 in V. MASSON, La Résistance ... op. cit., p. 47. Sur sa diffusion, Roustan, tém. cit. et voir infra, ch.II - A, le passage sur les problèmes qu'il rencontre pour Libération. Les deux diffuseurs arrêtés le 13 mai 1944 portent les deux journaux.

29. Citations en exergue : “ En l'an 102, aux Sources de l'Arc, au pied du Mont Sainte-Victoire, les Cimbres et les Teutons furent anéantis ”. Dans le n°1, il y avait aussi : “ Je détruirai progressivement la France : Hitler - Je tiens mes promesses, même celles des autres : Pétain ” et “ La guerre n'est pas aussi sérieuse que la servitude : Vauvenargues ”.

30. Article “ Vers un grand parti du travail ” signé “ un socialiste ” dans le n°1 de décembre 1943 et réponse dans le n°3 de février 1944. Écho des discussions qu'il avait avec Cisson dans H. MICHEL, Quatre années ... op. cit., p. 126-129, sur un parti où les socialistes apporteraient “ leur doctrine, leur expérience des questions politiques et sociales ” et la “ résistance ”, “ le sang nouveau, la jeunesse et le caractère ”.

31. N°4 du 31 mars 1944, article “ Le message de Frédéric Mistral" ” signé M.M.

32. N°4 du 31 mars 1944, article de première page “ Contre l'attentisme ! Pour l'action disciplinée ! ”.

33. Autre trace de la fonction institutionnelle que les MUR assument. L'inverse serait difficilement concevable. Reproduction de Résistance, juin et septembre 1943, in V. MASSON, La Résistance ... op. cité, p. 52-53.

34. N°5 de décembre 1943, article “ Dernier quart d'heure ! ” signé Martial et Margues (“ C'est 89 et non des cours à l'eau de rose qu'il nous faut ”).

35. J.-L. CRÉMIEUX-BRILHAC, op. cit., t. 4, p. 202.

36. AN, 72 AJ 199-200, Circulaire aux chefs cantonaux, s.d., mais vers fin janvier-début février 1944, partiellement reproduite in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 134.

37. P. G. de BÉNOUVILLE, op. cit., p. 219, le dit bien (grâce à lui, la France a été “ noyautée, investie, conquise ”).

38. ADBdR, Cour de Justice d'Aix-en-Provence, dossier 37, document déjà cité, s.d., mais vers décembre 1943.

39. Tém. M. Maurin 1981. Les responsables régionaux du NAP, Benjamin Crémieux Lamy et son adjoint Pierre Bernheim Lancien sont arrêtés en avril et mai 1943.

40. Tém. F. Roustan, 25 mars 1948 (Fonds Masson) et tém. oral 1973. La responsabilité du Var lui est attribuée après une réunion à Paris où Cisson l'a mené, le 9 mars 1944. Le NAP du Var est assez bien connu grâce aux archives que Roustan a déposées au Comité de la 2e Guerre Mondiale. Sauf mention contraire, tous les documents cités proviennent de ce fonds.

41. Arch. Roustan, rapport au chef régional, 17 décembre 1942. L'armée qui était mentionnée dans la circulaire fondatrice du 25 novembre ne l'est plus par la suite. Un rapport du 20 août 1943 étend les instructions à la SNCF, au ravitaillement, à la presse et à la censure.

42. Arch. Roustan, établissement de listes, d'urgence comme toujours, avec le réseau Ajax (26 avril 1944) et circulaire du 12 mai 1944 pour l'ouverture de dossiers personnels sur les profiteurs économiques et politiques de l'Occupation.

43. Tém. Péretti Barthélémy, responsable départemental adjoint NAP-PTT, lettre à H. Michel, 12 novembre 1945 (Fonds Masson).

44. V. MASSON, La Résistance ... op. cit., p. 45. Les responsables sont Etienne Taboureau Dimanche, sous-chef de gare à Toulon (qui renseigne Custaud) et Marcel Caillat qui travaille avec le réseau Jade.

45. Arch. Roustan, circulaire Définitions du N A P et instructions, reproduite in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 135.

46. Arch. Roustan, lettre à J. Ferrari, 2 avril 1947.

47. Arch. Roustan, lettre à J. Ferrari du 2 avril 1947.

48. Arch. Roustan, citations tirées de la note de Roustan après son entrevue avec Braudel, le 16 mai 1944.

49. M. BAUDOIN, op. cit., p.84 et lettre de Fortoul à Avinin, 16 mars 1943, déjà citée.

50. H. Michel, tém. cit.

51. Sur le SR MUR et la liste de ses sous-réseaux, tém. Jean Arnéodo Raoul, agent de liaison d'Arnal, reproduit in V. MASSON, La Résistance ... op. cit., p. 64-65. Par contre, le tém. Arnal, déjà cité, est décevant sur ce point. Ce SR est appelé aussi Kasanga.

52. Grâcieuse Bonnafoux, qui sera libérée en janvier 1944, allait chercher un plan de sous-marin dans l'arsenal. Arnal peut échapper au SD. Cazelles attribue l'échec de l'opération (qu'il situe par erreur en décembre) à un agent double (tém. déjà cité).