DEUXIÈME PARTIE

UNE OPINION RÉSIGNÉE ? LE VAR ET LES OCCUPATIONS
DE NOVEMBRE 1942 AU PRINTEMPS 1944

CHAPITRE II
DANS L'ATTENTE DES ALLIÉS
DÉCEMBRE 1942 - PRINTEMPS 1944


La longue période qui commence forme un tout pour la Résistance malgré l'alternance des occupations. Comme dans toute période de crise, tout bouge vite et de façon parfois contradictoire. La Résistance se nourrit des conséquences de l'occupation, du STO, de la répression, de la pénurie. En se développant et se ramifiant, elle emplit peu à peu le devant de la scène nationale alors que Vichy tombe en déliquescence et que l'issue de la guerre fait de moins en moins de doute. Peu à peu le pays illégal entraîne des pans entiers du pays réel.

La majorité de la population qui place déjà ses espoirs dans les Alliés et la France Libre s'identifie progressivement à cette résistance intérieure que connaissent mal même ceux qui y participent. L'attente impatiente de la fin de la guerre devient celle de la Libération. La Résistance devient réellement une avant-garde. Mais ce glissement ne se fait pas sans à-coups. Alors que l'Occupation et ses conséquences immédiates poussent à l'engagement une fraction de la population, l'évolution de la masse paraît freinée, ce dont profite quelques mois la popularité du Maréchal. La dégradation de son image est enrayée un moment. Est-ce par une réaction de peur face à l'Occupation ? Ou par une réaction patriotique face à une occupation bien spécifique, celle des Italiens ? À moins que la certitude d'une Libération proche ne contribue à ce freinage ? La période de relative expectative dure jusqu'à l'été 1943. Les événements d'Italie, la généralisation du STO, puis l'occupation allemande relancent le mouvement. Alors que plus rien ne compte du côté de Vichy, l'union nationale se fait derrière une résistance qui devient de “ masse ” . Mais la “ vraie ” masse espère toujours échapper à la désolation des combats. Elle souhaite, et c'est naturel, la résistance, mais sans risques de représailles, le débarquement, mais plutôt ailleurs, la Libération, mais sans drames.

A - DE STALINGRAD À LA CHUTE DU DUCE (DÉCEMBRE 1942 - JUILLET 1943)

1 - La perception confuse des événements

Les choix essentiels sont faits et donc les péripéties du conflit pèsent moins sur le comportement de l'opinion. La présence des occupants, le STO, sans oublier les soucis de la vie quotidienne le façonnent bien davantage. Mais les événements n'en sont pas moins suivis avec attention. Leurs conséquences sont perceptibles. C'est ce que la police constate dans les mines de bauxite où le freinage à la production a tendance à suivre l'évolution des combats. Il s'accentue après le 8 novembre 1942 au point de rapidement contaminer les prisonniers libérés d'Allemagne le mois d'octobre précédent et sur lesquels on comptait pour donner le “ bon ” exemple. Il semble coller aux succès soviétiques 1 ADV, 1 W 21, 20 février 1943.

Les radios étrangères sont solidement installées comme sources d'information principales. Les autorités ne cessent de le répéter et de se désoler du discrédit de la presse et de la radio de Vichy 2 ADV, 1 W 28, contrôle téléphonique, 30 juin 1943, par exemple.. Ce fait patent est devenu une de ces données permanentes auxquelles il faut qu'elles se résignent, tout comme la confiance accordée aux Alliés, le rejet de l'Axe, et bientôt la certitude de sa défaite 3 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 14 novembre 1942, 27 février, 10 avril, 1er mai 1943.. L'opinion se met donc à attendre la victoire alliée et ne va plus cesser de s'impatienter de son “ retard ” . Cette espérance s'accompagne, bien entendu, de moments de doutes, de sautes d'humeur, surtout là où l'on reste encore attaché au régime, dans le clergé, la bourgeoisie d'affaires, le commerce, mais ces milieux connaissent l'impatience  4 ADV, 3 avril, 17 avril et 12 juin 1943..

Cette attente des Alliés ne va pas sans reclassement. Comment les sentiments à leur égard évoluent-t-ils ? La question mérite d'être posée dans la mesure où ils témoignent des transformations de l'opinion vis-à-vis de la Résistance intérieure, et même de l'évolution des rapports de force en son sein. Il est évident que les succès et le prestige de l'Armée rouge ne sont pas sans relation avec l'essor de la Résistance communiste. Ils y contribuent aussi.

À la fin de 1942, l'américanophilie est encore presque unanime. Elle est particulièrement forte chez ceux qui ont cru longtemps à une entente Pétain-Roosevelt et qui mettent désormais leurs espoirs en Giraud. Il se trouve même de bons esprits, inquiets des succès soviétiques, pour envisager une alliance des Américains et de l'Axe contre l'URSS 5 ADV, 20 février 1943.. Ceux-là avaient misé sur une victoire allemande à Stalingrad.

L'anglophilie a un spectre moins large. Pauvre Angleterre d'ailleurs qui résiste sans faiblesse depuis juin 1940 et qui ne parvient pas à accroître son prestige au-delà du cercle de ses fidèles ! Ses réussites comme ses échecs desservent plutôt son image, surtout dans la région toulonnaise où la propagande vichyste et les préjugés traditionnels s'additionnent pour refuser aux Anglais leur juste part dans le retournement du conflit. On leur colle sur le dos le différend de Gaulle-Giraud en le mettant en relation avec les visées britanniques sur les colonies. On prétend qu'il y aurait encore de nombreux anglophobes à Hyères en janvier 1943 6 ADV, 1 W 43, Hyères, sondage d'agglomération du 18 au 22 janvier où l'on va même jusqu'à évaluer leur proportion à 80%... et 1 W 21, Rens. gén., 5 juin, sur de Gaulle et Giraud.. Les menaces d'attaques qu'ils font peser ne leur valent guère de popularité, pas plus que le bombardement de Bordeaux ou le torpillage du  7 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 2 janvier sur la menace de bombardement en Méditerranée d'après la BBC, 9 et 23 mai 1943 sur Bordeaux où l'on trouve qu'il y a trop de morts civils et sur le Général Bonaparte qui fait la liaison Marseille-Corse.Général Bonaparte.

En revanche, au fur et à mesure que se déroule la bataille de Stalingrad, le regard différent porté sur les Soviétiques se confirme. On le perçoit même dans la bourgeoisie anticommuniste qui se réjouit à l'avance de l'épuisement espéré des deux adversaires. La confiance qu'on leur accorde reste cependant assez réduite, hors des communistes.

Depuis l'automne 1942, un mouvement cyclique fait revenir régulièrement à la surface la croyance en la fin très proche de la guerre. Il a tendance à s'accélérer : 8 Ce passage repose sur les rapports hebdomadaires des Rens. gén. (ADV, 1 W 21).
- Chute de Stalingrad : l'espérance remonte en janvier. Mais elle laisse place à la déception en février et au découragement en mars. C'est trop long et trop confus en Tunisie. On se croyait si proche de l'issue en octobre-novembre 1942 que la prolongation des combats pousse au pessimisme. La guerre, c'est sûr, va durer des années.
- Victoire en Tunisie : on imagine déjà les Alliés en Europe, y parvenant par sauts de puces (Sicile, Sardaigne, Corse). La prise de Pantelleria paraît le confirmer, mais l'on hésite entre les Balkans et l'Italie. On en vient à redouter en avril un débarquement dans la région (à la suite des mesures d'évacuations ordonnées par les Italiens) 9 ADV, 1 W 14, Pol. Saint-Raphaël, 31 mars, Saint-Tropez, 31 mars et 16 avril et 1 W 28, contrôle postal, 28 mai 1943.. En mai, on songe plutôt à l'Italie, vite liquidée évidemment. La certitude monte d'un cran en juin avec un éventail élargi des points de débarquement possibles, puisque l'on ajoute aux précédents Dunkerque et les Pyrénées 10 Une lettre datée du 31 mai et interceptée par le contrôle postal va jusqu'à prévoir un débarquement en Provence le ... 6 juin, sous prétexte qu'un avion anglais a dessiné un V et un 6 avec sa fumée ! (ADV, 1 W 88).. L'on s'énerve dans cette attente. On veut des actions, n'importe quelle action, même si l'on doit en subir les conséquences, mais ne plus attendre. Aussi la déception revient-elle en force au début juillet 11 ADV, 1 W 28, contrôle postal, 29 juin et 1 W 21, Rens. gén., 3 juillet, qui signalent que seule la croyance en de rapides succès alliés permettait au moral de tenir..

Le front de l'Est capte l'attention dans la mesure où, déjà considéré comme important, il apparaît finalement comme plus décisif que celui d'Afrique du Nord. La crainte d'une guerre longue prend sa source dans la résistance que l'Allemagne oppose. L'Armée rouge semble essoufflée en avril. Pourtant l'absence d'offensive allemande de printemps est considérée comme un aveu de faiblesse. Mais alors, si l'Allemagneest en situation désespérée, ne cherchera-t-elle pas à négocier avec les Russes 12 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 12 juin 1943. ? On craint en juin un tel retournement d'alliances tant le souvenir du pacte de 1939 imprègne encore les esprits. Malgré tout, et en dépit des commentaires sur Katyn en particulier, une vision plus rassurante de l'URSS se généralise. Toujours redoutée, elle intrigue et attire. Elle est mieux considérée ce qui n'est pas un mince retournement. La dissolution du Komintern n'y est pour rien. Elle est passée inaperçue 13 ADV, 9, 15 et 28 mai et confirmation en 1 W 28, contrôle postal, 30 mai 1943..

En Afrique du Nord, la situation est trop confuse pour être bien appréciée. Comment les désaccords entre Alliés pourraient-ils être compris alors que l'on a vécu jusqu'ici sur l'idée simple d'un bloc sans failles 14 ADV, 9 et 30 janvier, 6 et 13 mars 1943. ? On croyait les Américains plus forts. Du coup, leurs difficultés déçoivent sans qu'ils pâtissent de la chose autant que les Anglais. La victoire finalement remportée relance l'espérance, mais elle est souvent plus mesurée car le mythe américain commence à être ébranlé 15 ADV, 1 W 13, Pol. Hyères, 25 mai, qui signale toutefois une “ explosion de joie ” à l'annonce de la chute de Tunis et Bizerte, satisfaction mitigée d'après les Rens. gén., 15 et 23 mai 1943..

Filtre toujours à travers les rapports de police qui servent de support à cette description le décalage déjà noté entre la région toulonnaise et le reste du Var. Il est vrai que l'on craint là davantage les bombardements dont les actualités cinématographiques révèlent le caractère meurtrier. Les Toulonnais essayent de se rassurer en racontant que les Alliés continueront à épargner la ville par respect pour le sabordage de la flotte, mais ils commencent à quitter le centre pour les faubourgs et n'en tressaillent pas moins chaque fois que la menace semble se rapprocher. Ailleurs, on ne s'inquiète ni du sort des colonies, ni des bombardements 16 ADV, 1 W 13, Pol. Saint-Tropez, 25 mars 1943.. Les sentiments rapportés sont plus simples et proviennent peut-être d'informateurs moins bourgeois. Les Anglais sont mieux vus, les succès soviétiques réjouissent sans réserves et les espoirs placés dans les Américains n'empêchent pas de les considérer comme des “ fumistes ” intéressés à la prolongation de la guerre 17 ADV, 1 W 8, Gend., 9 avril 1943..

Popularité des uns en hausse, relative dégradation de celle des autres, les événements militaires et l'essor parallèle de la Résistance réactivent une imagerie antérieure à la guerre dans cette région dominée par la gauche. Seules les zones maraîchères qui entourent Toulon semblent à l'écart, accaparées qu'elles sont par les “ affaires ” qui requièrent l'essentiel de leur énergie...

2 - L'occupation italienne rejetée puis supportée

On sait le mépris dans lequel les Italiens sont tenus. Aussi l'occupation de la région par ceux-là mêmes qui sont l'objet de la dérision la plus courante, des ressentiments les plus ordinaires (en tant que pays, soldats ou immigrés) est considérée comme une humiliation et une blessure. D'où, très vite, de nombreux incidents entre occupés hostiles et occupants à la susceptibilité à vif.

La présence des immigrés rend les problèmes encore plus aigus. La plupart d'entre eux se situent hors de la sphère politique et restent à l'écart de la vie publique. Ils sont peu désireux de retourner en Italie, même si les rapatriements paraissent avoir eu un certain succès 18 Commencés en octobre 1940, leur nombre n'est pas connu, mais on a pu constater l'écart qu'il y a entre la population immigrée en 1939 et en 1942 (une baisse de 8 000 personnes).. Les jeunes ne sont pas pressés d'accomplir leurs obligations militaires. Il y a peu de fascistes convaincus, malgré le quadrillage effectué avant-guerre par le consulat, mais l'appartenance de l'Italie au camp vainqueur et la distribution de denrées diverses à ses ressortissants par les associations satellites, comme le Dopo Lavoro, ont accru l'influence de ses représentants avant même l'occupation. Beaucoup de ces Italiens se sont montrés et se montrent toujours sensibles aux “ succès ” de leur pays. Ils se rengorgent à toutes les victoires de l'Axe, n'hésitant pas à afficher leur fierté d'être les alliés des Allemands. C'est du moins ce que les Français ressentent, à tort ou à raison (selon les lieux et les milieux), avec plus ou moins d'exagération. Ils ont eu l'impression que ces Italiens méprisés profitaient des circonstances pour leur faire sentir que les temps avaient changé. L'Occupation n'arrange rien.

Dans plusieurs localités, quelques Italiens fêtent l'arrivée des soldats de la 4e Armée ou se signalent par des propos menaçants à l'encontre d'adversaires, français ou immigrés. Ces sentiments nationalistes et de revanche reçoivent les encouragements des nouveaux venus, ou du moins de certains d'entre eux. Le livret que le commandement de l'armée d'occupation fait distribuer aux soldats témoigne de cet état d'esprit 19 Extrait in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit. document 67. Ce livret de 20 pages, intitulé 4a Armata, est daté d'après la préface du général Vercellino du 10 février 1943.. À Pourrières, le maire doit recommander à la population la plus grande correction à l'égard des occupants et la prévenir qu'ils prennent sous leur protection les ressortissants italiens 20 ADV, 1 W 69, rapport du préfet, 12 février 1943. Cet affichage imposé est consécutif à l'arrestation d'un Français qui avait injurié un Italien dans un café le 17 janvier.. Les agents civils de l'État fasciste tentent de profiter de la situation. Dès le 14 décembre 1942, le représentant consulaire à Hyères dénonce auprès de l'armée les humiliations subies jusqu'ici, précise qu'elles continuent et réclame des exemples de rigueur dans chaque commune du Var. Il se prétend - et ce n'est pas invraisemblable - l'interprète de nombreux compatriotes 21 ADV, Cour de Justice de Toulon 3, dossier Ba., lettre dactyl.. À l'instigation du consulat, des listes d'épuration sont parfois dressées. Elles serviront à l'occasion pour alimenter une répression marquée par ce caractère de revanche entre voisins 22 Listes attestées à Brignoles (37 noms), La Farlède (83), Cabasse, La Londe, Le Pradet, Saint-Tropez, Vidauban.. L'atmosphère de complot ainsi entretenue empoisonne les relations entre les communautés et occulte la neutralité de la majorité des Italiens vivant en France et l'antifascisme de certains d'entre eux.

L'occupation italienne accroît donc le fossé entre Français et immigrés. Elle a vraisemblablement freiné un temps la participation de ceux-ci à l'action clandestine et gêné les efforts d'une résistance spécifiquement italienne. Malgré un côté “ bon enfant ” vite ressenti, elle s'est accompagnée de plus de 500 arrestations entre décembre 1942 et septembre 1943, de nature et de durée très diverses. La plupart n'ont que des motifs bénins et sont suivies de libérations rapides. Mais plusieurs dizaines d'entre elles se soldent par des condamnations à Breil où siège le tribunal de la 4e Armée, par des internements à Embrun ou Modane (fort de l'Essaillon), voire par des emprisonnements en Italie 23 Nous n'avons pas dépouillé les archives de ce tribunal, mais, d'après les renseignements collectés dans le Var, nous avons compté environ 80 passages devant lui, 96 internements à Modane, 24 à Embrun, 39 en Italie. Ce sont des minima.. L'OVRA est redoutable et les coups ou les cas de tortures fréquents (en particulier, à Nice, villa Lynwood). Peu d'affaires de résistance là-dedans (moins de 10 %), mais beaucoup de vengeances privées, de dénonciations dérisoires, de trafics. Aussi cette répression mesquine affecte-t-elle particulièrement les villages et les petits bourgs 24 Voir tableau en annexe et comparaison avec la répression allemande dans les pages consacrées à celle-ci..

Cas Limite, mais significatif : le petit village de Vins (300 habitants), près de Brignoles, dans le bassin minier. Le clan “ fasciste ” (animé par des femmes) dénonce dix Français pour détention d'armes de chasse. Ce n'est qu'un prétexte commode pour montrer qui détient le pouvoir désormais. Ils sont arrêtés par les carabiniers le 22 février. Après deux mois de détention, ils seront condamnés à un an de prison avec sursis. Mais, entre temps, au village, l'affaire s'est corsée avec une initiative qui se situe dans la plus classique tradition folklorique. Dans la nuit du 14 au 15 mars, les portes de cinq dénonciateurs ont été souillées d'excréments. Encouragé par des agents du consulat venus tout exprès, le clan italien a fait arrêter, trois jours après, les cinq auteurs présumés. Ils ont été envoyés, à leur tour, en camp d'internement. On constatera sans étonnement que les Français arrêtés font partie du clan “ patriote ” du village, mais il y a parmi eux plusieurs commerçants, deux femmes et l'instituteur-secrétaire de mairie. L'affaire révèle sans nul doute des tensions bien antérieures 25 ADV, 1 W 69 et Cour de Justice de Draguignan, dossier Ca./Ri.. On est là dans le domaine de l'infrapolitique, au cœur de ces relations personnelles et de ces petits conflits privés qui forment le tissu de la vie sociale. Ce qui se passe à Vins se retrouve ailleurs de manière plus feutrée, sans aller toujours jusqu'au bout de la dénonciation.

La collusion, réelle et supposée, des Italiens (même naturalisés) et des troupes d'occupation alimente les préjugés habituels sur la lâcheté italienne. On confond dans une même réprobation l'accueil que réservent de nombreux Italiens à des soldats parents ou originaires des mêmes lieux, les multiples petits trafics dont profitent surtout les paysans et commerçants d'origine italienne et la délation. L'empressement assez répandu et réciproque que l'on constate entre occupants et immigrés s'ajoute au contentieux qui fait vouer aux gémonies ces “ étrangers ” . Pour juger du climat de xénophobie que connaîtra la Libération, il faudra tenir compte du poids de cette période dans les mémoires. L'occupation allemande ultérieure, l'importante participation des antifascistes et de nombreux fils d'immigrés à la Résistance ne parviendront que très partiellement à l'atténuer.

Le mépris et la haine globale évoluent, se renforcent ou diminuent, selon la tournure prise par les événements extérieurs et, localement, selon les problèmes posés par l'occupant. Les vols incessants dans les jardins et les poulaillers par les soldats donnent naissance à des incidents sans nombre et parfois très graves 26 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 19 et 26 décembre 1942 où l'on rapporte que ces vols rendent l'occupation beaucoup moins supportable que celle des Allemands dans les communes de la région toulonnaise qui ont connu les deux. Incidents à Sanary, même source ainsi que B. VALLOTON et J. VERD, op. cit., aux Arcs où quatre personnes sont arrêtées pour avoir essayé de s'opposer à des vols de fruits (1 W 69, 5 juin). À Hyères, 13 plaintes enregistrées à ce sujet en décembre et 54 en janvier (1 W 12 et 13).. Cette occupation de pauvres, redoutables pour tout ce qui est comestible, est aussi une occupation bruyante, indisciplinée, parfois arrogante et une occupation de jeunes ce qui ouvre un autre champ de tensions. Ses débuts sont émaillés de bagarres, de coups de feu nocturnes pour des causes indéterminées. Ils régressent ensuite, malgré des moments de brusques regains lorsque les peurs de la défaite et du débarquement accroissent la nervosité. La situation internationale rejaillit sur l'attitude des occupants et celle des occupés. À partir de février 1943, après quelques semaines de modération, la répression se durcit 27 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 13 février et 6 mars 1943 : les occupants, de plus en plus sévères, opèrent le plus souvent sans passer par les autorités françaises, les menaces sont plus fréquentes.. Les sabotages sont suivis de brimades diverses (restrictions à la circulation) et de prises d'otages (par exemple, le 25 mars, à Besse, Carnoules, Gonfaron et Pignans à partir de listes de communistes dressées au préalable). Au même moment, le département est divisé en deux zones. Les travaux de défense s'accélèrent et perturbent la vie des habitants. Les menaces d'évacuations sur le littoral sont mises à exécution 28 On ne peut cependant comparer avec ce que feront les Allemands. Sur la délimitation du département, J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 69, extrait du Petit Var du 1er mai, date à laquelle cette mesure entre en vigueur. La RN 7 délimite les deux zones. Évacuations partielles du littoral et des ports de Sanary, Bandol, Six-Fours, Saint-Aygulf, Saint-Raphaël..

Cette rigueur accrue indigne la population, mais son attitude vis-à-vis des soldats évolue assez vite vers la cordialité, voire la familiarité (non sans mépris). Dès janvier, les autorités notent le passage de l'animosité à la sympathie 29 ADBdR, M6 III39, préfet, rapport mensuel, 1er février ; même évolution à Brignoles malgré les vols (1 W 21, Rens. gén., 9 janvier) et à Hyères (1 W 43, Hyères, 28 janvier 1943).. La francophilie de certains officiers, à Toulon en particulier autour du gouverneur, l'amiral Tur, la naïveté désarmante des soldats, leur misère matérielle, le troc auquel ils se livrent et leur peu de goût pour la guerre concourent à expliquer ce changement 30 Sur la pitié que l'on a des soldats, B. VALLOTON, op. cit., extrait reproduit in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 66. J. GIRARD, op. cit., annexe 5, a attiré l'attention sur l'amiral Tur dont le frère est un antifasciste réfugié à Nice et qui acceptera de soumettre à Rome un mémorandum émanant de Combat, le 4 mai 1943. Son frère est arrêté peu après et lui-même rappelé en Italie et remplacé le 22 mai. D'après le témoignage cité par GIRARD, il a manifesté sa francophilie par des gestes que la police locale n'a pas relevés : ordre aux Allemands de détruire un svastika érigé à La Seyne, commémoration discrète de l'anniversaire fasciste pour ne pas gêner les Français, etc..
“ Après les avoir, tour à tour, haïs, méprisés, ridiculisés, plaints, on commence à les considérer comme nos véritables frères de race. ”  31 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 3 avril 1943.
On se dit alors que les Italiens sont préférables aux Allemands et on leur sait gré de certains gestes. On remarque qu'ils ne prennent aucune mesure contre les Juifs 32 ADV, 1 W 50, Saint-Raphaël, sondage d'agglomération du 2 au 6 mars 1943.. Malgré leur responsabilité dans la pénurie, on apprécie que leur état-major - celui de l'amiral Tur - donne de quoi nourrir 1 200 enfants pendant un mois, après les manifestations de ménagères de Toulon 33 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 21 mars 1943.. On approuve plus encore sa tentative de blocage du STO dans le camp retranché.

L'évolution de la guerre favorise cette détente. Avides d'informations, les soldats italiens apprennent les nouvelles - en particulier, les mauvaises - par les Français ou par leurs compatriotes immigrés. Certains de ceux-ci, antifascistes, se livrent à un travail de sape. À peine sont-ils arrivés que déjà circule le bruit de la défection de leur pays 34 ADV, 5 décembre 1942.. Ils attendent de plus en plus impatiemment le débarquement en Sicile qui signifierait à leurs yeux leur retour au pays et la fin de la guerre 35 ADV, 20 février et 10 avril 1943.. Sous une façade qui se veut parfois martiale et qui prête à l'ironie, on peut s'apercevoir que ces occupants-là aspirent à la paix. Sans grande efficacité, le commandement italien a entrepris de faire fortifier la côte, mais on ne prend guère au sérieux ces velléités guerrières. Comme souvent, les jeunes expriment sans fard les sentiments du groupe. À Signes, cinq adolescents travestis narguent les soldats en leur criant que les Anglais débarquent 36 ADV, Cour de Justice de Toulon 6, dossier Bo., Gend., 28 mai 1943.... Dès le mois de décembre 1942, on dit que les hommes manquent d'enthousiasme et sont démoralisés. Il faut peu de temps pour que cette rumeur trouve confirmation 37 ADV, 1 W 21, Rens. gén.,19 décembre 1942, 16 janvier et 20 février 1943.. Avec les événements de Tunisie, ils sont brocardés sans précautions. Il y a des heurts car tous ne supportent pas les quolibets et les officiers, inquiets de tant de signes de familiarité, donnent des consignes de fermeté 38 ADV, 5 juin et 3 juillet 1943.. Mais les contacts avec la population ne cessent de s'étendre. Certains soldats préparent l'avenir. D'autres, plus nombreux, ont des préoccupations plus ordinaires et les nombreux bals qu'ils organisent rencontrent un succès qui indigne, et leurs officiers, et les Français patriotes 39 ADV, 3 juillet par exemple ou 1 W 50, Saint-Tropez, 19 juin 1943.. Mépris et pitié, exaspération et sympathie, joie des bombardements que l'Italie subit et plainte à l'égard de ceux que l'on finit par considérer comme des victimes se mêlent dans une relation où la psychanalyse trouverait matière à étude. Au fil des événements, une certaine communauté d'espérance s'est établie, celle qui s'exprimera après le 10 juillet, mais, avec elle, une communauté de haine à l'égard des Allemands dont la “ supériorité ” est aussi mal supportée par les uns que par les autres.

Les vrais maîtres, ce sont eux. Chacun a pu apprécier leur mépris des Italiens lors de la relève de la mi-décembre dans la région toulonnaise. Ils restent présents à travers la Kriegsmarine, la Todt, mais aussi par le Sipo-SD (dont l'antenne locale est installée dans l'arsenal) et l'Office de placement allemand (OPA). La tutelle qu'ils exercent montre les limites du pouvoir italien dans sa propre zone d'occupation. Une affaire l'illustre clairement, celle qui oppose les occupants à l'occasion du démarrage du STO

3 - L'intolérable mobilisation de la main d'œuvre

Les conséquences des réquisitions de travailleurs pour l'Allemagne sont clairement perceptibles. Mais ce n'est pas une mince affaire que d'essayer d'en mesurer le poids réel. Les sources sont abondantes, mais contradictoires. Le phénomène interfère avec d'autres (le volontariat, les réquisitions pour le travail côtier) qui l'embrouillent 40 Nous avons étudié cette question en détail dans un travail inédit déposé au Comité d'Histoire de la 2e Guerre Mondiale en 1979 (Le STO dans le Var).. Enfin, sa chronologie et ses particularités nationales ne coïncident pas tout à fait avec leurs traductions régionales.

a - Les réquisitions au titre de la Relève

Préparées avant l'Occupation, elles ne commencent qu'après. Vichy s'inquiète de cette lenteur et demande, le 11 décembre, que l'on accélère la procédure. Le premier départ a lieu le 29 décembre 1942 avec 20 spécialistes, célibataires, alors que font défaut 19 convoqués. Les départs suivants connaissent des défaillances comparables, mais la police les trouve finalement “ moindres que prévues ”  41 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 23 janvier 1943. Dès le 23 décembre, la police prévoyait des défaillances. Elle estime qu'elles seraient plus nombreuses si l'arsenal était touché.. Elles oscillent tout de même entre 33 % et 54 % de l'effectif entre décembre et mars 1943. Les précautions sont pourtant prises pour en limiter la possibilité : la police toulonnaise ou la gendarmerie ailleurs, doivent prendre les requis sur leur lieu de travail ou chez eux, à la pointe du jour (6 heures 30) et les accompagner dans toutes les formalités.

Pour compenser les absences, il faut se tourner vers les hommes mariés, d'où une poussée de tension qui se manifeste en gare de Toulon à partir de la mi-février. L'effervescence règne alors les jours de départ. Le moindre accroc provoque l'incident. Le 13 février, 18 requis sont retenus parce qu'ils travaillent déjà pour les Allemands. Ils s'ajoutent aux 13 défaillants du jour. On imagine le ressentiment des 10 partants et de leurs familles. De plus, pour accéder à leur wagon, placé sur la voie 2, il leur faut traverser un train de marchandises, ce qui donne à penser qu'ils vont devoir voyager dedans. Aussitôt la cinquantaine de familiers s'indigne, crie (“ On nous vole nos maris ! ” ou “ on nous vole nos enfants ! ” ) et les spectateurs juchés sur la passerelle qui domine les quais lancent : “ A bientôt, les gars ! ; a bientôt la revanche ! ”  42 ADV, 13 février 1943.. Le 18 février, mêmes incidents avec cette fois-ci des cris hostiles à Vichy, car, sur 15 partants, 10 ont été raflés...

À la demande de la police et pour assurer le calme des départs, le préfet décide qu'ils s'effectueront désormais dans des gares isolées (Sanary, puis Bandol) où les partants, rassemblés la veille dans un centre d'hébergement, seront conduits sous escorte de GMR. De plus, les abords des gares sont interdits au public lors des passages des trains de la Relève. Ces mesures ne suffisent pas à désamorcer les critiques de l'OPA. Il accuse de freinage administration et employeurs. Il est vrai que les policiers résistants s'efforcent de prévenir les requis. Ils déposent dans leurs boîtes aux lettres des papillons les invitant à fuir 43 Reproduction in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 71, trouvé à Toulon le 25 février 1943 : “ Camarade. Vous êtes inscrit sur les listes de la relève, et la police viendra vous prendre lundi ou mardi matin. Vous voilà averti. Découchez .. Chacun est mécontent, policiers et gendarmes, employeurs et, naturellement, ouvriers.

Les départs de ces “ requis d'usine ” se poursuivent jusqu'au 18 mai 1943, mais, depuis la mi-mars, avec l'instauration du SOT (comme on dit alors), ils ne représentent plus grand chose (onze ou douze personnes). Pour les raisons déjà dites, le bilan de cette première forme de réquisition est difficile à faire. Au total, entre le 29 décembre et le 18 mai, les départs sont compris dans une fourchette allant de 263 à 290, alors que le total des convocations se situe entre 628 et 725. Les défaillances ont à peu près les mêmes dimensions (256-263). Il faut leur ajouter de nombreux inaptes ou annulés (68-97).

L'intérêt de cette tranche de requis est de nous permettre de pouvoir analyser le profil des uns et des autres, ce que nous ne pourrons plus faire par la suite. Les partants sont presque tous de jeunes ouvriers, d'origine française, peu spécialisés, résidant à 70 % à Toulon, La Seyne ou Hyères 44 Voir chiffres en annexe sur l'évolution des départs et des défaillances et document 64 dans J.-M. GUILLON, Le Var de 1914..., op. cit. (évaluation mensuelle des volontaires et des requis). Sur 278 partants présumés, 41 % de moins de 23 ans (77 % de moins de 33 ans), environ 1/3 de manœuvres (28,8), presque autant d'ouvriers du bâtiment (27,5), presque 20 % de métallos (19,5), et environ 5 % d'ouvriers coiffeurs et employés de l'alimentation. Ils proviennent de 40 communes différentes.. Il est possible de les comparer avec un échantillon de défaillants (ceux du mois de janvier). Ceux-ci sont plus jeunes (79 % ont 22 ou 23 ans), d'origine encore plus urbaine (88 % de la région toulonnaise), liés à la grande entreprise (60 % de métallurgistes). Ce sont autant d'éléments qui ont facilité soit leur départ en zones rurales (non encore touchées par les réquisitions), soit leur embauche dans des entreprises protégées, autrement dit leur accès aux filières informelles permettant d'échapper à l'envoi en Allemagne.

L'OPA ne cache pas sa colère. L'importance de la défaillance ruine ses objectifs. Ne lui fallait-il pas, le 26 février, huit cents requis pour le 15 mars ? 45 ADV, 3 Z 4 22, lettre au préfet.

À cette date, l'instauration du STO est venue ajouter d'autres motifs d'inquiétude.

b - Le STO

Le recensement des jeunes gens concernés commence le 16 février alors que l'on compte parallèlement tous les hommes de 18 à 65 ans pour la garde des voies ferrées. Le jour du premier départ est aussi celui où l'on apprend que le total des requis réclamés au Var au titre du STO s'élève à 1 326 46 ADV, télégramme du commissariat général à la Main-d'œuvre, 12 mars 1943. L'OPA aurait voulu 1 930 requis. Sur toute cette affaire, 1 W 21, rapports hebdomadaires des Rens. gén., 1 W 88 et 90 qui contiennent les pièces du dossier..

Cette affaire émeut, non seulement toutes les victimes potentielles, mais aussi les autorités italiennes. S'agit-il d'une initiative isolée du commandement maritime italien, c'est-à-dire de l'amiral Tur et de son très francophile adjoint, le colonel Farina ? C'est possible. Les autres départements de la zone d'occupation de la 4e Armée, les Alpes-Maritimes en particulier, ne semblent pas avoir connu la même réaction indignée. La particularité du site de Toulon, avec l'arsenal et les chantiers navals de La Seyne, fournit ce qui apparaît comme un bon prétexte. L'amiral Tur justifie sa position par le souci de protéger les intérêts italiens qu'il estime menacés par le STO Il désire surtout affirmer la souveraineté italienne bafouée par ce qu'il considère comme des empiètements intolérables 47 ADV, 1 W 88, Pol. d'État, 11 mars 1943, le colonel Farina a convoqué le directeur de l'OPA pour protester contre une opération faite à leur insu et va jusqu'à menacer “ de s'opposer même par la force si besoin était, au départ des jeunes gens habitant les départements occupés par les troupes italiennes, départements qui sont à tous les titres d'influence latine et dont ils veulent prendre la défense dans tous les domaines ” .. Joignant le geste à la parole, il fait donc ajourner le premier départ, prévu le 12 mars.

Pendant que l'amiral Tur va à Rome chercher des instructions, l'accès de la gare est interdit aux Allemands. La population, qui critique déjà le STO plus que toute autre chose, ne cache pas sa satisfaction et oppose la fermeté italienne à la docilité de Laval. Elle attend la suppression de la déportation ”  48 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 13 mars 1943..

L'accord conclu au retour de l'amiral épargne du STO pratiquement tous les jeunes gens du camp retranché. Les Italiens laissent la main-d'œuvre féminine et les volontaires à la disposition de l'OPA. Par contre, ils entendent réserver deux mille hommes aux travaux effectués dans l'arsenal (par eux ou par les Allemands) 49 ADV, 3 Z 14 22, circulaire du colonel Farina, 24 mars 1943.. Cette disposition ne permet plus de réaliser le contingent fixé et coupe les ailes à de nouvelles réquisitions. Mais ce répit tout provisoire ne durera que quelques semaines. Y a-t-il relation de cause à effet ? L'amiral Tur est remplacé deux mois après.

Chargé de la mise en œuvre du STO, l'OPA se heurte en plus au mauvais vouloir de l'administration française. Sur les 2 000 fiches de requérables fournies par elle, il n'a pu retenir que 700 noms après élimination des hommes mariés et de ceux qui travaillent déjà, directement ou indirectement, pour le Reich 50 ADV, Préfet, 13 mars 1943.. En outre, la police reste vigilante. Dès le premier départ, le 20 mars, en gare de Bandol, elle empêche l'embarquement de jeunes Toulonnais, convoqués malgré tout. Ces garçons retournent chez eux sans se priver de chanter La Marseillaise et de crier “ Vive la France ! ” , au grand dam du délégué (français) de l'OPA. Celui-ci n'hésite pas à déclarer que le préfet est “ un homme sans autorité qui tient compte des Italiens ” ... 51 ADV, 3 Z 4 22, Pol. d'État, 21 mars 1943. L'individu ajoute : “ Je voudrais savoir qui commande, l'amiral italien ou le gouvernement français ” . Le policier, chargé de la vérification des partants, fait, ce jour-là, un constat de géopolitique locale qui n'est pas sans intérêt : Vidauban, localité surtout agricole, à tradition républicaine socialiste, a fourni tout son contingent alors que Barjols, de même taille, mais petit centre industriel, n'a envoyé personne. S'il est ici plus facile d'échapper au STO grâce aux tanneries et aux mines qui travaillent pour l'occupant, c'est aussi l'une des zones d'implantation communiste et les deux remarques s'épaulent pour expliquer cette différence d'attitude.

Les départs suivants (23 et 25 mars) posent les mêmes problèmes. La police est surprise de trouver, parmi la centaine de convoqués, une vingtaine de Toulonnais qu'elle a pourtant prévenus de ne pas venir et qu'elle doit soustraire in extremis. Comme les requis niçois que l'on voit traverser le Var en chantant aux fenêtres de wagons porteurs de slogans hostiles à Laval, les Varois prennent le chemin de l'Allemagne avec en bouche La Marseillaise et, pour quelques-uns, L'Internationale.

Au 1er avril, il n'en est parti que 271, alors que 27 autres ont été affectés à la Todt locale. L'OPA suspend alors provisoirement les départs et essaye de remettre en cause la situation du camp retranché.

Il est vrai que la défaillance a fait un bond. Quand on peut l'évaluer, entre avril et mai, elle oscille entre 73 et 85 %. Serait-il injuste d'affirmer que partent alors ceux qui le veulent bien ? Pour atteindre le contingent fixé, il faudrait que les Allemands acceptent de comptabiliser les très nombreux requis sur place, solution dont les Italiens se satisferaient. Trouver un emploi protecteur est (et restera) le moyen privilégié pour échapper au départ en Allemagne. Les salariés et les artisans essaient de se faire embaucher par les entreprises qui travaillent pour l'arsenal ou, plus encore, pour la Todt. Les industriels tentent de faire requérir leur personnel pour le garder 52 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 10 avril sur les réfractaires qui cherchent l'embauche dans l'arsenal, et 1 W 8, Gend., 9 avril et 9 juillet 1943, idem dans les mines et la Todt.. L'OPA menace, tempête et la pagaïe prévaut, favorisée par l'opposition des divers acteurs. La police ne va plus chercher les requis et ne tient plus les listes de défaillants. La préfecture bloque la pression exercée par l'OPA et un équilibre relatif s'instaure en mai.

Ce calme est précaire. La fragile “ couverture ” italienne a disparu. Les rumeurs les plus alarmantes continuent à circuler (avec l'aide de la Résistance) : envoi des requis en Russie, mobilisation des hommes de 15 à 40 ans pour répondre aux besoins de main-d'œuvre allemands (9 mai), réquisitions de tous les moins de 30 ans ou de toute la classe 43, utilisation des alertes pour rafler les jeunes, volonté d'utiliser le STO comme un moyen de briser une réaction française en cas de débarquement (3 juillet).

L'inquiétude trouve sa confirmation à la fin mai avec l'envoi, jugé scandaleux, en Autriche de 200 libérables des Chantiers de jeunesse hyérois et l'extension des réquisitions aux garçons de café eux-mêmes 53 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 29 mai 1943. ! Ce sont les prémisses de la troisième action Sauckel dont on apprend les conséquences le 4 juin : toute la classe 42 devra partir. L'impopularité du STO dépasse tout ce que l'on peut imaginer. La haine des autorités est telle que “ la propagande n'a pas besoin de s'exercer ”  54 ADV, 10 juillet 1943.. On s'arrache les journaux, on colporte les moyens d'échapper au départ. L'administration est débordée par les problèmes que posent ces réquisitions massives et le service du SOT avoue son impuissance 55 ADV, 1 W 88, interception téléphonique, 11 juin 1943 où l'on se plaint du manque d'argent, de l'aide insuffisante de la préfecture et de la sous-préfecture alors que le fichier n'est pas mis à jour.. La gendarmerie ne peut faire face à l'acheminement des requis et son chef en vient à imaginer de menacer les familles de représailles en cas de défections. Interceptée par le service des écoutes téléphoniques, cette attitude scandalise le cabinet du préfet 56 ADV, 9 juin 1943, conversation entre le commandant de gendarmerie de Draguignan et son adjoint toulonnais : “ Comme nous n'avons pas les moyens de transport pour les jeunes de la classe 42, nous avons décidé de les avertir qu'ils doivent s'y rendre par leurs propres moyens. Ce qu'il faut, c'est leur faire ressortir que nous ne sommes pas des brutes qui les amèneraient par les cheveux. Il faut leur faire un petit discours en leur disant : " nous vous avertissons que si vous n'êtes pas à la caserne Gardanne en temps et en heure voulus, ce sont vos familles qui seront expédiées en Allemagne " ” . Ce passage est souligné en marge avec deux gros points d'exclamation horrifiés. La caserne Gardanne sert de lieu de rassemblement à Toulon..

Au 22 juin, 1 634 jeunes de la classe 42 ont été désignés. Les agriculteurs qui ne sont plus épargnés ont l'impression de faire les frais de cette nouvelle vague de réquisitions, alors que les entreprises protégées continuent d'accueillir les requis potentiels. Mais la Todt est devenue un piège. Entre le 15 et le 18 juin, trois cent cinquante jeunes travaillant pour elle dans l'arsenal sont embarqués à l'improviste et encore une soixantaine le 8 juillet. Prévenus à 10 heures du matin, mis dans le train vers le centre d'hébergement de Marseille en présence de quelques parents accourus en vitesse, ils partent eux aussi avec La Marseillaise et aux cris de “ Vive la France ! ” et “ A bas Laval ! ” . De tels procédés sont jugés “ véritablement inhumains ”  57 ADV, intervention des responsables de l'Association des anciens des Chantiers de jeunesse au près du préfet, 8 juillet 1943.. Ils révoltent tout le monde. Le sursis qui est accordé à certains salariés de la Todt et de l'arsenal nourrit la jalousie de ceux qui ne peuvent échapper, même momentanément, aux réquisitions (et la colère de l'OPA). La police multiplie des rafles inefficaces et certains des siens semblent prendre un malin plaisir à “ ramasser ” des ouvriers protégés 58 On évalue au 20 juin à 30 % la proportion de défaillants arrêtés. Le 26, sur 40 défaillants pris, 37 bénéficient d'un sursis de quatre semaines. Les 31 juin et 1er juillet, 127 jeunes sont conduits au centre d'hébergement (pour 10 000 interpellations à Toulon-La Seyne), mais 60 sont relâchés.. À l'amiral Scheer, commandant la base allemande, qui s'étonne des nombreux oisifs qu'il voit autour de l'arsenal, le préfet répond que l'expérience a prouvé que ces joueurs de boules - c'est évidemment d'eux qu'il s'agit, comme d'habitude - étaient des travailleurs au repos 59 ADV, 1 W 88, 21 juillet 1943 (correspondance avec le préfet maritime)..

On est loin des contingents imposés. Pour arriver fin juillet au chiffre de 1 419 (pour 2 517 requis imposés), les services de la main-d'œuvre doivent y inclure les volontaires et les prélèvements faits par la Todt. D'après le comptage que nous avons effectué, les départs de requis en Allemagne seraient compris entre 754 et 775. Le préfet rejette la responsabilité de ces “ mauvais ” résultats à la protection que les occupants offrent à des requis des classes 39-41, voire 42 ce qui reflète le dilemme dans lequel ils se trouvent et les divergences qui les divisent. Sur 1 681 défaillants contrôlés, 1 071 n'ont-ils pas été reconnus en situation régulière ?

c - Bilan des réquisitions jusqu'en juillet 1943

Nous avons déjà souligné la difficulté d'une telle évaluation. En ajoutant aux requis varois de la Relève et du STO, ceux qui proviennent des Chantiers de jeunesse locaux (pour autant qu'on le sache), on parvient à un chiffre proche de 1 630 départs entre décembre 1942 et juin 1943, ce qui représente environ 69 % du total des départs imposés vers l'Allemagne pendant la guerre. S'ajoutent pour la même période 950 volontaires (35 % du total 1942-44).

Le volontariat n'est pas indépendant de la réquisition. Il y a moins d'ouvriers et d'étrangers parmi les volontaires que dans la période précédente. Les uns et les autres peuvent s'employer sur les chantiers Todt. Le relais est pris par le personnel des services. La plupart appartiennent aux classes touchées par le STO (et, pour les moins de 20 ans, à celles qui se sentent menacées). Beaucoup sont de futurs requis qui anticipent leur convocation et profitent ainsi de certains avantages (salaires et choix théorique de l'affectation). D'où la relative relance du volontariat que l'on peut constater en janvier, mars et juin 1943.

L'évolution du volontariat se rapproche par d'autres traits de celle de la défaillance au STO. Dans les deux cas, des sautes parallèles (en moins et en plus) traduisent le ressac des péripéties de la guerre sur l'opinion. L'impressionnante chute du volontariat en décembre 1942 annonce celle d'août 1943 après des événements tout aussi vivement ressentis. Entre les deux dates, la tendance est à la baisse alors que la défaillance aux réquisitions s'accroît. Mais il y a chez l'une des regains et chez l'autre des reculs. Celui de février-début mars correspond à la chute du moral déjà relevée. Les défaillances culminent en avril-juin (86 % et 79 %) alors que l'espoir a regagné du terrain.

Cette poussée répercute aussi un autre phénomène : la mise en place de filières permettant d'échapper au STO. Le “ système D ” , l'utilisation des relations familiales et professionnelles, prévaut. Mais, peu à peu, de ces liaisons empiriques, naissent les filières de la Résistance organisée. Certaines d'entre elles dépassent le cadre confidentiel. Celle que découvrent les Italiens à Hyères au début juin aurait permis le départ de 182 jeunes gens 60 Voir supra, 3e partie, chapitre II, B, filière des MUR..

Que deviennent ceux qui se soustraient à la réquisition ? Sur les centaines de “ débrouillards ” , la plupart vont s'embaucher dans les entreprises protégées ou se cachent dans la campagne ou dans les bois tant que les agriculteurs sont épargnés. Très peu finalement vont directement dans les maquis qui se constituent bien que, dès le mois de mars, la propagande résistante invite à se cacher dans la montagne. Cependant, on prend assez vite conscience de leur réalité. Le bruit de leur existence se répand et le bouche-à-oreille donne aussi les moyens d'y parvenir. L'intérêt de l'opinion pour les événements de Haute-Savoie où l'on sait qu'il y a des incidents en témoigne 61 ADV, 1 W 13, Pol. Hyères, 25 mars et 1 W 21, Rens. gén., 20 et 27 mars 1943 : propagande orale signalée à Draguignan, et papillons dans plusieurs localités.. La première génération des réfractaires maquisards ne se constitue vraiment qu'avec l'extension de la réquisition aux agriculteurs et la mobilisation de la classe 42. Elle ne regroupe qu'une minorité des réfractaires, les plus déterminés en général et qui ont d'autres motifs pour y venir. Ils ne sont, d'ailleurs, ni la seule, ni même parfois la principale composante du maquis. Les défaillants ne sont pas tous réfractaires. Les réfractaires ne sont pas tous maquisards. Nous aurons l'occasion d'y revenir.

Est-ce à dire que ceux qui ne rejoignent pas le maquis, leur famille, tous ceux qui les aident à se cacher ou à “ se débrouiller ” n'ont rien à voir avec la Résistance ? Certainement pas. Ce sont au minimum des alliés potentiels, une masse de gens prêts à la soutenir ou à y participer. Cette hostilité qu'elle nourrit vis-à-vis des occupants et du régime fait penser à la police que
“ le peuple est à la limite de ses forces morales, sinon physiques, et que, malgré son attitude calme et digne, il est animé d'une froide résolution de rébellion. ”  62 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 20 mars 1943.
Dès le début, beaucoup, au-delà des classes requises, se sont sentis menacés par “ cette mobilisation civile déguisée. 63 ADV, 20 février 1943. On craint assurément une mobilisation militaire et la Résistance utilise cette peur (par ex., papillons “ Jeunes gens, ne partez pas"” , anonymes, distribués à Brignoles le 14 mars et qui évoquent un envoi en Russie).

L'occupation directe est un facteur décisif du développement de la Résistance organisée. Elle joue sur le sentiment national et, plus concrètement, sur la défense du territoire familier. Elle est insupportable à tous, mais épargne la vie quotidienne de la plupart. Dans certaines localités, l'occupant ne fait que passer. La menace du départ en Allemagne touche à la situation personnelle de beaucoup plus d'hommes et de familles, quelles que soient leur situation, leurs convictions ou leur lieu de résidence. Elle pousse à l'engagement (même minimal) une masse qui n'aurait guère eu de raisons de bouger si tôt sans ça. Elle accélère la mobilisation ouvrière. Elle contraint à l'action illégale nombre de fonctionnaires, d'employeurs, de maires tandis que l'afflux des jeunes citadins et la menace qui pèse sur leurs fils poussent beaucoup de ruraux, même les plus isolés, à l'alternative résistante. Les uns et les autres franchissent d'autant mieux le pas que leurs opinions antérieures les y préparent. De ce fait, la réquisition de main-d'œuvre pour l'Allemagne renforce et radicalise l'effet de l'Occupation.

Ceci étant, ce que refusent la plupart n'est pas tant le travail pour les Allemands (même s'il rebute) que le déracinement, le départ forcé, le bouleversement de la vie quotidienne. Cette “ répugnance très vive à s'expatrier ” , facteur premier du refus du STO, avant l'hostilité à la collaboration, est révélée par un sondage d'agglomération fait à Brignoles en mai 64 ADV, 1 W 37, semaine du 25 au 28 mai 1943.. Le travail pour l'ennemi est admis (sans enthousiasme chez beaucoup) dès qu'il évite une rupture avec le milieu et les aléas de la vie clandestine. Se “ débrouiller ” est donc avant tout trouver un travail qui dispense du départ. L'un des créateurs de la filière hyéroise vers le maquis, Victor Bellaguet, constate
“ que très souvent des jeunes gens ne se servirent pas de la carte d'identité qui leur avait été délivrée (par la Résistance) parce qu'au moment de partir, ils avaient pu obtenir (l'embauche) dans une entreprise travaillant pour l'occupant. Ceux qui adoptaient cette solution prouvaient bien que ce qu'ils redoutaient était, non pas de travailler pour l'ennemi, mais d'aller en Allemagne. ”  65 ADV, 1 W 108, Hyères, enquête sur la Libération (1949), tém. V. Bellaguet.
Le STO prend très vite une dimension quasi mythique qui en fait un des principaux éléments de ce climat irrationnel qui caractérise la période de l'Occupation. Les rumeurs les plus affolantes, spontanées sans doute bien qu'il s'agisse aussi d'une arme dans la guerre psychologique, ne cessent de courir à son sujet même lorsqu'il n'est plus guère appliqué, comme on le verra. La plus constante le présente comme une étape dans la mobilisation militaire aux côtés de l'Allemagne. Elle apparaît dès le début mars 66 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 6 mars 1943.. Aujourd'hui même, on peut toujours se rendre compte de cette prégnance à travers les témoignages. Ne continuent-ils pas à le confondre avec les réquisitions pour les travaux de défense côtière qui commenceront bien après (février 1944) alors qu'il a presque disparu ?

4 - L'opinion entre la lassitude et la révolte

Le STO est venu s'ajouter à d'autres motifs de colère. L'Occupation n'a pas un rôle immédiatement mobilisateur. Si elle donne un élan à la Résistance organisée, elle pousse aussi à la prudence, calme les manifestations de colère spontanées et renforce l'attentisme majoritaire. En contrepartie, on ne sera pas surpris de lire sous la plume du préfet que la “ collaboration est désormais un mot rayé du répertoire public ”  67 ADBdR, M6 III 38, rapport mensuel, 1er avril 1943 où il reprend les rapports qui lui parviennent et qui vont tous dans ce sens : “ il faut renoncer à toute espérance de collaboration avec l'Allemagne, celle-ci étant un objet de haine pour la majorité des Français" ” (ADV, 1 W 8, Gend., 9 février).. Entre l'opinion et le gouvernement, “ le divorce est complet ”  68 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 6 mars 1943.. L'impopularité de Laval est irrémédiable. Les jeunes élèves de l'école Martini de La Seyne le sifflent au cours d'une projection offerte par le Secours  69 ADV, 1 W 8, rapport de l'inspecteur d'Académie, 27 mars 1943. Les faits se sont déroulés le 29 janvier.. Le film de propagande qui lui est consacré – “ Une journée du président Laval ” – passe fin janvier à Toulon dans l'indifférence ou l'hostilité. Les actualités cinématographiques sont chahutées régulièrement et, à en croire une lettre de Bandol, plus fort que jamais 70 ADV, 1 W 35, Bandol, sondage d'agglomération du 5 au 16 avril 1943, lettre interceptée qui affirme qu'au cinéma local, le tapage est pire que d'habitude.. Le gouvernement, est considéré comme provisoire par une opinion qui, bien que cycliquement déprimée et apathique, n'en réagit pas moins, et pas seulement au sujet du STO 71 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 3 avril sur le caractère provisoire du pouvoir et, sur l'apathie, 1 W 15, Pol. Saint-Tropez, 13 janvier, 1 W 37, Brignoles, sondage d'agglomération du 1er au 5 février (indifférence à ce qui ne la touche pas directement, égoïsme, lassitude), 1 W 28 contrôles téléphoniques et postaux de mai 1943..

Elle est atterrée par le drame du Vieux-Port de Marseille. On craint que l'on ne fasse pareil dans la vieille ville aussi mal famée de Toulon. Le ravitaillement est, depuis de si longs mois l'obsession majeure, que l'on ne sait s'il exerce encore une influence sur le moral, tant sont permanentes les récriminations contre la pénurie, la rapacité paysanne, la cherté de la vie et l'impudence du marché noir. L'administration est définitivement considérée comme incompétente, le gouvernement comme incapable, les occupants comme responsables. Ce qui scandalise, c'est l'injustice dans l'accès au ravitaillement. On manifeste alors contre les différences de statuts entre les communes. On s'irrite plus que jamais contre les avantages dont profitent les marins (déconsidérés par le sabordage) et les employés des Allemands (une cantine bien pourvue est, avec un salaire plus haut, l'un des attraits de leur embauche). On se désole d'habiter dans un des départements les plus mal ravitaillés de France. La colère alimentaire est toujours un exutoire commode que le pouvoir laisse timidement ouvert en permettant au Petit Var d'exprimer critiques et rancœurs sur ce seul sujet. Mais il ne suffit pas de crier avec le peuple là-dessus pour devenir populaire. La Légion en fait l'expérience en attaquant le préfet sur ce terrain et en enquêtant sur les fonctionnaires du ravitaillement. L'échec est encore plus cuisant pour la Milice qui essaie d'acquérir l'audience qui lui manque en apportant son soutien aux manifestantes toulonnaises et en organisant des tournées d'approvisionnement avec ses véhicules. Aurait-il suffi que le ravitaillement s'améliore pour que l'opinion se transforme ? En sens inverse, le ravitaillement a-t-il été un levier efficace pour la Résistance ? La revendication alimentaire lui a-t-elle apporté des soutiens qui, sans elle, auraient manqué ?

Nous avons déjà dit notre scepticisme à ce sujet. On peut constater que le moment où la Résistance, communiste surtout, utilise le thème avec le plus de constance est aussi celui du creux des manifestations de ménagères. En effet, cet hiver 1942-43 ne connaît pas la vague de l'année précédente. La présence de l'armée italienne n'est qu'un frein très relatif et la pénurie est tout aussi réelle, y compris - ce qui est aberrant - au printemps et au début de l'été dans la zone horticole hyèroise. Mais on a appris à se débrouiller, à s'adapter, par des achats massifs à la propriété en particulier. Pèse aussi cette immense lassitude qui revient sans cesse sous la plume de ceux qui scrutent l'opinion.

L'atmosphère est à l'attentisme déprimant, au repli sur l'horizon surchargé des problèmes familiaux, aux gémissements continuels contre tout, contre l'impôt-métal, contre la garde des voies ferrées qui menace mais que la présence italienne évite, contre les malheurs du temps. Par conviction ou par prudence, la majorité des fonctionnaires ne montre plus aucun zèle pour un pouvoir condamné, mais, entre la soumission et la démission, bien peu choisissent, aux dires des Renseignements généraux 72 ADV, 1 W 21, 12 juin 1943.. En décrivant ainsi cet état d'esprit et celui de l'opinion, n'est-ce pas d'abord d'eux-mêmes qu'ils parlent ? Mais cette hésitation prolongée est une caractéristique générale de cette période où alternent et coexistent l'espoir et le pessimisme, la vivacité de certaines réactions et le fatalisme, la quête passionnée d'informations et le ressentiment blasé, la révolte face au STO et, sinon la soumission, du moins la recherche de la sécurité. Il n'y a plus de pouvoir autre que celui de l'occupant, il n'y a pas encore de contre-pouvoir. Mais la Résistance organisée se développe tandis que les rangs de Vichy ne cessent de s'éclaircir. Le choix de l'incertain n'en reste pas moins difficile.

5 - Défections dans les rangs vichystes

Tout se passe comme si l'Occupation avait ralenti la dégradation de la popularité du Maréchal. Qu'on lui garde un certain respect n'est pas surprenant. La confiance relative dont il paraît encore jouir, contre vents et marées, ou, peut-être, à cause de ça, dans une partie importante de l'opinion l'est davantage. Les critiques faites au gouvernement ne l'atteignent pas. On peut vérifier objectivement ces notations par l'absence de cris hostiles à son encontre de la part des victimes du STO. Visiblement, il n'est pas encore placé sur le même plan que Laval. Seuls les milieux qui lui étaient hostiles avant le restent. On signale à nouveau des lacérations d'affiches au lycée de Toulon. Encore constituent-elles une manière de réponse à une conférence dite “ d'enseignement supérieur ” sur “ la formation des élites intellectuelles et la France nouvelle ” où l'orateur (qui n'était autre que le proviseur) avait conclu audacieusement que
“ le gouvernement du Maréchal (avait) apporté de l'ordre, de la clarté dans l'éducation. ”  73 Le Petit Var, 10 avril 1943, pour cette conférence et, pour les lacérations, ainsi que le bris d'un buste, rapports des Rens. gén., 13 et 16 avril, 3 mai (3 Z 4 33).
En quelque sorte, l'aïeul reste considéré avec indulgence par presque tous les membres de la famille, bien qu'il ait perdu son autorité et que le coin qu'on lui assigne aille en se réduisant. La société patriarcale absout encore ses errements. Croit-elle vraiment qu'il reste une sauvegarde ? Ses dernières prestations déçoivent et “ le patriotisme ardent qu'il soulevait s'amenuise peu à peu ”  74 ADV, 1 W 28, contrôle postal, 28 mars 1943. Les rapports mensuels du 27 avril et du 28 mai évoquent son rôle de sauvegarde et constatent qu'il est toujours dissocié du gouvernement dans les critiques.. Le désengagement à son égard s'arrête aux portes du reniement. À droite, on ne va pas souvent aussi loin que Désiré Reynaud, conseiller municipal de La Seyne, dénoncé par le maire pour avoir dit le 9 mars :
“ Si jadis, j'ai été pour le Maréchal, j'ai complètement changé d'opinion et j'espère que bientôt, on nous débarrassera de ce vieux. ”  75 ADBdR, Cour de justice d'Aix-en-Provence, dossier 182. Reynaud est un propriétaire agriculteur catholique, président de la Fédération des comités d'intérêts locaux de la ville, adversaire résolu de la municipalité socialiste, anticommuniste. Mais ses deux fils sont passés en Afrique du Nord et lui-même a rejoint Libération en septembre 1942.
Mais il est vrai que sa prise de distance datait d'avant l'Occupation et avait été, sinon suscitée, du moins accélérée par le retour de Laval. Il y a des signes révélateurs. La raréfaction progressive des portraits du Maréchal dans les vitrines des commerçants est l'un d'eux. Il disparaît même des cinq pharmacies Castel-Chabre, maison très représentative de la vieille bourgeoisie toulonnaise et, lorsque la police interroge à ce sujet leurs directeurs, ils invoquent “ une baisse sensible de leurs recettes ” . La clientèle les boude et “ ils attribuent cette désaffection du public à l'activité légionnaire de leur frère ” qui n'est autre que le chef départemental de la Légion. L'affaire traduit, pour le moins, un désaccord, et pas seulement avec leur frère comme ils le disent 76 ADV, 1 W 60, Pol. d'État, 27 février 1943. Sur la raréfaction des portraits en général, 1 W 21, Rens. gén., 24 juillet 1943.. Cette année-là, la Fédération varoise du Patronat s'abstient d'émettre un vœu quelconque en faveur du Maréchal et du gouvernement lors de son assemblée générale du 17 juin. Plus prudent que l'année précédente, son président, Jacques Boyer, n'explique-t-il pas que les directives sont de ne pas se compromettre pour l'après-guerre ? 77 AN, F 1 a 3 922, compte rendu de l'assemblée générale parvenu au BCRA. La déclaration de Boyer est faite en privé.

Dans le rapport sur l'état de l'opinion qu'André Ruelle rédige pour Londres vraisemblablement dans cette période, il constate que la paysannerie “ qui s'était tenue à l'écart se rapproche des combattants ” et que “ l'armée subit la même évolution ”  78 Rapport déjà cité, s. d. Il met l'évolution de la paysannerie sur le compte de l'intérêt. Sans doute songe-t-il aux producteurs de fruits de la basse vallée de l'Argens.. Ces notations, sévères et partiellement injustes, n'en traduisent pas moins le sentiment d'un résistant devant la mise en mouvement de milieux qu'il jugeait globalement hostiles.

Les municipalités sont de moins en moins fidèles, agitées de remous qui s'accompagnent de démissions un peu plus nombreuses et encore un peu plus difficiles à remplacer 79 Voir graphique en annexe. Crises prolongées à Aups, Barjols, Bandol au début de 1943, puis à Six-Fours et La Valette pour nous en tenir aux communes de plusieurs milliers d'habitants.. Pas de raz-de-marée, mais des décrochages en fonction de la tension intérieure ou extérieure. Décembre 1942-janvier 1943 (l'occupation + le ravitaillement) et mai-juillet (le STO + le ravitaillement + l'évolution de la guerre) sont les temps forts de ces divorces qui s'ouvrent ici à cause de l'autoritarisme, devenu insupportable, du potentat local (Solliès-Pont, La Valette 80 ADV, 1 W 24, note des Rens. gén. sur Solliès-Pont, 1er juillet, d'après laquelle le maire a dressé toute la population contre lui. À La Valette, démission de neuf conseillers municipaux en désaccord avec le maire qui a oublié d'évoquer cette question dans son livre de souvenirs édulcorés (H. GAL, Un maire dans la tourmente 1941-1944, Paris, 1983).), là en profitant du prétexte commode du ravitaillement (Six-Fours, Saint-Tropez, Puget-Ville), ailleurs à la suite d'un conflit avec la Milice (Roquebrune 81 J.-M. GUILLON, “ Du refoulement... ” , op. cit., p. 268 et notre article dans Chronique de Santa-Candie, n° 34, juillet 1987, “ Un village dans la tourmente des années 40 : Roquebrune ” , p. 23.). L'Occupation rend plus délicate la gestion des communes, surtout si le doute désarme les énergies et si l'on manque de l'appui de la population. Le maire de Saint-Tropez, choisi avec la complicité de de Carbuccia, directeur de Gringoire, jette l'éponge et celui du Beausset, ancien PSF, maréchaliste inébranlable, n'en démissionne pas moins le 27 mars en arguant ne plus rien comprendre à la collaboration. Son désarroi est évidemment à mettre en relation avec l'arrestation du colonel de La Roque 82 ADV, 3 Z 20 2, lettre de démission, 27 mars 1943. Sur Saint-Tropez, 1 W 50 (la démission du Dr Laverrée, annoncée le 18 avril, réitérée le 10 juillet, surprend).. Le préfet parvient encore assez souvent à faire fléchir un maire démissionnaire. Lorsqu'il n'y a pas de solution de rechange, il en appelle à la fidélité au Maréchal (Bandol, Le Beausset, Six-Fours) et, quand il entretient une certaine connivence avec le démissionnaire, il joue de la corde républicaine en insistant sur la menace qu'il y aurait à laisser la commune aux extrémistes (Roquebrune). Mais les crises ont tendance à durer, à s'incruster, durent des mois, deviennent parfois inextricables comme à Barjols ou Bandol, là où s'entrechoquent des clans locaux que seule l'hostilité aux élus de 1935 a pu réunir un moment. Le préfet se tourne alors vers Vichy pour savoir si l'on peut recourir à un administrateur provisoire 83 ADV, 1 W 33, Aups, demande du 13 février 1943.. C'est dire combien, de haut en bas du pays, on juge la situation incertaine et transitoire.

L'appareil d'État est ébranlé. La Légion obtient enfin le départ du préfet Lahilonne, devenu sa bête noire et celle de tous les “ collaborateurs ” . Ses sympathies républicaines, sa fidélité maintenue à Marianne (dont il a gardé le buste sur son bureau) lui valent, par contre, l'indulgence de la Résistance qui lui reproche, c'est bien le moins, un opportunisme certain 84 J.-M. GUILLON, “ Vichy ou... ” op. cit., p. 388. La Résistance (MUR) lui donne l'absolution dans un rapport d'octobre 1943 tout en le considérant comme “ le type accompli de l'opportuniste ” donnant à “ chaque tendance l'impression qu'il lui était dévoué ” .. Il permute en avril avec le préfet des Côtes-du-Nord, Jacques Feschotte qui s'est bien davantage compromis. Ce fin lettré, attaché à la politique de collaboration, est en effet un fervent de Laval 85 Sur les Côtes-du-Nord, renseignements obtenus grâce à Christian Bougeard, correspondant de l'IHTP dans ce département. Feschotte a participé, après guerre, à la campagne pour la réhabilitation de Laval (voir son éloge de Laval, daté du 20 mars 1952, dans HOOVER INSTITUTE, La vie en France..., op. cit., t.1).. Accompagné de son chef de cabinet, il arrive dans un département dont il doit tout apprendre (à commencer par la pénurie alimentaire sans commune mesure avec ce qu'il connaissait). Il s'y montrera plus prudent. Comment ne pas l'être ? Les signes de la crise ne sont plus seulement les marques d'un travail de sape discret.

La police est au cœur de la zone des tempêtes comme le montrent l'arrestation de deux commissaires de police par les Italiens (Sanary, Toulon) et le départ précipité du chef de la Surveillance du territoire, suivi, un peu après, par celui du chef de la Sûreté et de ses collaborateurs. L'exécution du commissaire du 5e arrondissement de Toulon, responsable de l'arrestation de jeunes résistants, est d'autant plus spectaculaire qu'il s'agit de la première exécution sommaire réalisée ici. Les policiers résistants la désapprouvent, mais pas tous, puisque des inspecteurs y auraient participé 86 Exécution le 25 mars 1943 du commissaire Carrère. Sur la désapprobation, tém. M. Hacq, juin 1985..

La justice n'est pas épargnée, mais se met moins en évidence, sinon par la sage lenteur avec laquelle se traitent certains dossiers de Résistance. Le préfet le sait et se plaint d'une “ carence difficile à expliquer de la part du parquet ” à propos de son attitude dans une affaire d'outrages à la Légion 87 ADV, cabinet 884 2, dossier Mu., préfet, 4 juillet 1943. Le parquet de Toulon n'a répondu qu'au bout de la sixième demande concernant l'inculpé et celui de Draguignan a classé l'affaire.. Nul doute cependant que la remarque ne soit plus générale et ne concerne précisément le procureur de la République de Draguignan, Roume (membre de Combat). Son absence, quelques jours auparavant, à l'audition solennelle du discours du chef de gouvernement, le 5 juin, dans la salle du Conseil général n'est pas passée inaperçue 88 ADBdR, M6 III 41, compte rendu de la retransmission, 8 juin 1943. Le procureur Roume qui a fait traîner plusieurs affaires de Résistance doit quitter la magistrature et la région peu après.. Il est vrai que cette retransmission en grande pompe, avec hauts-parleurs dans la rue dans les principales villes et assistance imposée a confirmé une fois de plus l'impopularité d'un chef de gouvernement à l'égard duquel “ toute tiédeur est exclue ”  89 ADV, 1 W 28, contrôle postal, 28 mars 1943. On aurait préféré qu'il laisse la place à ungauleiter (1 W 21, Rens. gén., 1 W 21).. Est-il seulement soutenu par ceux qui, avec réticence ou enthousiasme, adhèrent à la politique de collaboration ?

6 - Les “ collabos ”

Le remplacement du préfet n'est qu'une piètre consolation pour une Légion étrillée par les défections et le soupçon général qui l'assimile, malgré elle, aux “ durs ” de la collaboration. Elle avait espéré on ne sait quelle initiative qui aurait instauré un pouvoir légionnaire en novembre 1942. Finalement déçue, l'Occupation, l'omnipotence de Laval, les silences du Maréchal, l'autonomie laissée au SOL. contre sa volonté sont pour elle autant de facteurs de désarroi. Beaucoup de tièdes ou de déjà opposants profitent des circonstances pour démissionner ou partir sur la pointe des pieds. Elle aurait perdu 50 à 60 % de ses effectifs pendant la période de tri qui va de novembre 1942 à février 1943 90 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 20 février 1943. Dans certaines communes, la perte paraît plus grande (Aups : une douzaine d'adhérents en 1943 pour une centaine en 1941, 14 à Entrecasteaux pour 118 en 1941, La Croix-Valmer passe de 26 à 3, etc.). Désaffection des fonctionnaires dans plusieurs petits villages. Chaque légionnaire doit répondre par oui ou non à la question : “ Acceptez-vous, sans aucune réticence, de suivre le Maréchal, d'obéir à ses ordres et de tout mettre en œuvre pour l'accomplissement de la Révolution nationale ? ” (circulaire du chef départemental, 22 janvier 1943, 1 W 61).. En obligeant ses membres à signer un engagement de fidélité (et donc à prendre parti), la Légion décourage les prudents, élimine les déjà tièdes et tous ceux qui n'avaient pas osé en partir avant.

Elle se raccroche à la seule bouée qui lui reste en la personne du Maréchal 91 J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., documents 75 (lettre du président départemental à un ami, le 11 avril, où il avoue ses espoirs passés et sa déception présente. Elle montre bien le caractère intenable d'une position qui se veut celle de “ Français travaillant pour la paix ” , mais qui, malgré tout, fait preuve de moins de réticences pour les Allemands que pour les Anglais) et 76 (affiche “ J'accuse ” , même position).. Aussi son chef départemental essaie-t-il de profiter de la popularité qu'il conserve pour opposer à la Légion, seule organisation “ strictement et uniquement française ”  92 Expression reproduite en majuscules dans son article du Petit Var, 20 février, “ Plus de 10 000 d'entre vous viennent de signer ” et allocution du 15 février (ADV, 1 W 21, Rens. gén., 20 février 1943)., le SOL, présenté comme l'instrument de Laval, et, par là, des Allemands. La réplique du SOL en train de devenir Milice est brutale. Six de ses sbires sont envoyés saccager les bureaux de l'imprudent 93 ADV, 1 W 60, préfet, 24 février 1943 : les six miliciens ont arraché les casiers, jeté à terre les archives et affiché une pancarte : “ Nous revendiquons la qualité de Français, au même titre que la Légion ” .. De nombreux autres conflits locaux opposent légionnaires et miliciens, là où il y a concurrence, confondant comme toujours à ce niveau querelles privées et combat politique. Soutenus par une direction départementale qui essaie de recruter par tous les moyens, les quelques chefs miliciens activistes (Roquebrune, Salernes, Montauroux, Saint-Raphaël) provoquent l'émoi sans attirer la sympathie 94 À Roquebrune, opposition des républicains modérés de la municipalité nommée et de la Légion à un chef milicien, médecin, royaliste ; à Salernes, la rivalité professionnelle des deux médecins a débouché sur la prise en main de la Milice par le plus jeune contre l'autre, chef de la Légion ; à Montauroux, dénonciation du maire nommé (et président de la Légion) par les Miliciens, etc.. Malgré le raccommodage obligé auquel elles se livrent au plan départemental, la Légion et la Milice ne se rejoignent que dans l'attachement proclamé au Maréchal et dans une apparence d'obéissance au gouvernement. Cela suffit d'ailleurs à disqualifier complètement la Légion, assimilée aux “ collabos ” extrêmes par une opinion qui ne se soucie ni des nuances, ni des états d'âme. Talonnée par la Milice, la Légion s'enfonce dans un déclin amer 95 Notations nombreuses à ce propos : ADV, 1 W 21 (9 et 23 janvier 1943), 1 W 14 (Pol. Saint-Raphaël, 24 mai), 1 W 28 (contrôle téléph., 28 mars). Réaction significative du chef légionnaire de Solliès-Pont, amer de l'indifférence affichée à l'égard de la Légion lors de la création officielle de la Milice (1 W 53, Solliès-Pont, lettre à l'UD, 1er avril)..

La Milice se veut moins bureaucratique et, pour tout dire, “ révolutionnaire ” . Elle s'affirme avant-garde et fait miroiter armes, uniformes, pouvoir à ses partisans. Les plus convaincus forment la franc-garde. Entre la Légion et elle, il y a aussi clivage de génération. Créée à partir de ce qui reste du SOL et de la JFOM, elle est parée aux yeux de certains jeunes de plus d'attraits que la Légion. Avantage décisif sur l'éphémère organisation concurrente qu'elle veut lui opposer (Jeune Légion), elle exempte du STO Pourtant la Milice est un échec. Considérée comme une imitation des organisations nazies, elle recrute peu, sauf là où le chef local est une personnalité influente comme les médecins de Salernes ou de Roquebrune. Malgré le patronage du conseiller national Louis Lumière 96 Louis Lumière réside à Bandol. Il préside l'assemblée départementale constitutive de la Milice, le 28 février 1943, au grand théâtre de Toulon. et l'aide de la presse locale où elle tient une rubrique régulière, ses efforts pour attirer les pétainistes traditionalistes sont assez vains. Plusieurs sections du SOL hésitent quelques jours, puis se refusent à s'y engager et se dissolvent (Le Luc, Hyères, Saint-Tropez, Carcès) 97 La démission du chef communal entraîne en général la disparition de la section. À Hyères, on trouve qu'elle se sépare trop de la Légion et du Maréchal et qu'elle convient surtout à des jeunes sans travail, ayant le goût des armes et de la politique (ADV, 1 W 120, Co., déposition à la Libération)..

Son activisme rebute même lorsqu'il l'amène à se proclamer l'alliée des ménagères toulonnaises manifestant pour le ravitaillement au mois de mars 1943. Après avoir exposé un panneau “ La Milice est avec vous qui avez faim et nous le prouverons ” devant son siège, elle fait distribuer un tract le 3 avril qui reprend le titre de celui que la Résistance a diffusé les jours précédents (“ Ménagères, on crée la famine ” ) en le signant “ un parti qui vous étonnera bientôt ” . Cette attitude est jugée provocatrice par les autorités. Son cas est aggravé par les débordements auxquels ses hommes se livrent, le lundi de Pâques, à Villecroze après le “ rapt ” manqué de la veille sur le buste de Marianne 98 Nous avons relaté à diverses occasions, voir en particulier nos articles, “ Du refoulement... ” , op. cit., p. 269. Pour punir la population qui a empêché le chef de la Milice de Salernes de prendre ce buste, placé sur la fontaine publique, la Milice de Toulon occupe le village et se livre à quelques exactions (brimades contre certains de ceux qui se sont mis en évidence, réquisitions de vivres). Par l'intermédiaire du Dr Tilman, responsable ANACR, que nous avions mis au courant de cette affaire, la municipalité du village a apposé en 1993 une plaque commémorative à côté du buste de Marianne. et par des coups de main contre le marché noir à la limite de la légalité. L'engagement militaire ou policier reste à venir. Il se prépare (autorisation de ports d'armes, stages à Uriage pour les chefs, fichage des opposants, du personnel politique, des amis 99 Circulaire SOL du 1er février 1943 pour avoir la liste des conseillers municipaux, des chefs gaullistes et communistes, des individus hostiles ou favorables au gouvernement, idem 10 mai pour avoir tous les renseignements sur les groupes, partis, chefs, effectifs et actions menées (ADV, Cour de Justice de Draguignan, archives de la Milice de Roquebrune).). Mais une bonne part de son activité se différencie finalement encore peu de celle de la Légion, qu'il s'agisse de la délation ordinaire, des pressions sur l'administration ou de l'action sociale (du type goûter pour les enfants de prisonniers). Elle se veut encore “ française ” et son encadrement hésite à suivre le PPF ou les francistes 100 Massot, chef départemental, aurait limogé le responsable du 2e bureau pour avoir eu des contacts avec les Allemands alors qu'il se les réservait (ADV, Cour de Justice de Toulon 22)..

Ceux-ci, toujours aussi groupusculaires, tentent d'abord de profiter de leurs liens traditionnels avec le Parti fasciste. Le choix est décevant. Les Italiens ne les emploient guère que pour obtenir quelques renseignements, mais, même sur ce plan, le Francisme ne leur est guère d'utilité. Le déclin de ce mouvement est bien amorcé. Il en va de même avec le PPF, mais il est masqué en partie par le rôle “ institutionnel ” que l'arrivée des Allemands lui permet de tenir. Contrôlant toujours la LVF et le Groupe Collaboration (peu actifs), installé dans l'OPA avec un chef de service et quatre employés au moins, il devient en plus leur auxiliaire à tout faire. Après l'échec de sa tentative de police supplétive à Toulon, en novembre 1942, il continue à entretenir des rapports privilégiés avec l'Abwehr à laquelle il transmet ce que ses militants collectent déjà pour le SR du Parti, la LVF ou le Groupe Collaboration 101 Dossiers saisis à la Libération chez son chef, le Dr Jamin, sur l'organisation gaulliste à Toulon, l'épuration des fonctionnaires, la police (ADV, 1 W 108, rapport Etienne Baron) et dans la correspondance du Groupe Collaboration (demande de renseignements par la direction nationale, Cour de Justice de Toulon 6 Bo.) ou celle du délégué départemental de la LVF (rapports de quinzaine sur l'opinion et l'activité politique, 1 W 61).. À partir de mars 1943, il est utilisé dans l'arsenal à la fois pour diriger un réseau d'indicateurs et pour contrôler l'embauche de ceux qui veulent travailler pour les chantiers que la Todt a ouverts, ce qui va de pair 102 ADV, Cour de Justice de Toulon 27, Cl. Le réseau est dirigé par un commandant en retraite, agent de l'Abwehr. Plusieurs milliers de travailleurs seraient passés par ce bureau d'embauche, ouvert le 20 mars, mais le réseau paraît en avoir peu profité.. Malgré cet appoint, malgré le retour dans le Var d'Henry Souville, un moment responsable national du service d'ordre et les efforts de Pascal Vedovini, salarié de l'arsenal et l'un de ses chefs les plus actifs 103 P. Vedovini, ancien responsable communiste, spécialiste des questions corporatives, écrit à plusieurs reprises dans L'Emancipation nationale, le PPF ne peut enrayer le déclin. Hors de Toulon, les sections n'ont plus d'activité. Les tentatives de regroupement des forces “ nationales ” par le biais du Groupe Collaboration se heurtent à la méfiance des mouvements concurrents, surtout de la Milice et du minuscule RNP. Si les conférences du Groupe Collaboration continuent à attirer plusieurs centaines de personnes 104 700, dont 300 femmes, pour George Claude le 9 février et autant pour le professeur Grimm, le 26 mai 1943., les mouvements collaborationnistes ne sont plus que des sectes où quelques “ purs ” s'imaginent déjà les élus de l'occupant pour “ assainir ” le pays et construire l'Europe nouvelle.

Pour l'opinion, les querelles Légion-Milice, Milice-PPF ou RNP-PPF s'effacent devant leur acceptation de la collaboration. Elle ne fait pas dans le détail. Même l'adhérent du SOL qui renonce à s'engager dans la Milice, est pour elle, et sauf exception, un “ milicien ” . Son désengagement vient trop tard. Tous ceux qui se sont compromis jusqu'ici avec le régime sont marqués du même sceau d'infamie. La rumeur en dit long sur la perception des événements. Elle attribue, contre toute vraisemblance, à la Légion et aux municipalités vichystes la responsabilité des nombreuses arrestations effectuées par les Italiens les 13 et 14 juillet 1943 105 ADV, 1 W 21, Rens. gén., 17 juillet 1943.. Un pas de plus a été franchi dans la radicalisation des positions.


 1. ADV, 1 W 21, 20 février 1943.
 2. ADV, 1 W 28, contrôle téléphonique, 30 juin 1943, par exemple.
 3. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 14 novembre 1942, 27 février, 10 avril, 1er mai 1943.
 4. ADV, 3 avril, 17 avril et 12 juin 1943.
 5. ADV, 20 février 1943.
 6. ADV, 1 W 43, Hyères, sondage d'agglomération du 18 au 22 janvier où l'on va même jusqu'à évaluer leur proportion à 80%... et 1 W 21, Rens. gén., 5 juin, sur de Gaulle et Giraud.
 7. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 2 janvier sur la menace de bombardement en Méditerranée d'après la BBC, 9 et 23 mai 1943 sur Bordeaux où l'on trouve qu'il y a trop de morts civils et sur le Général Bonaparte qui fait la liaison Marseille-Corse.
 8. Ce passage repose sur les rapports hebdomadaires des Rens. gén. (ADV, 1 W 21).
 9. ADV, 1 W 14, Pol. Saint-Raphaël, 31 mars, Saint-Tropez, 31 mars et 16 avril et 1 W 28, contrôle postal, 28 mai 1943.
 10. Une lettre datée du 31 mai et interceptée par le contrôle postal va jusqu'à prévoir un débarquement en Provence le ... 6 juin, sous prétexte qu'un avion anglais a dessiné un V et un 6 avec sa fumée ! (ADV, 1 W 88).
 11. ADV, 1 W 28, contrôle postal, 29 juin et 1 W 21, Rens. gén., 3 juillet, qui signalent que seule la croyance en de rapides succès alliés permettait au moral de tenir.
 12. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 12 juin 1943.
 13. ADV, 9, 15 et 28 mai et confirmation en 1 W 28, contrôle postal, 30 mai 1943.
 14. ADV, 9 et 30 janvier, 6 et 13 mars 1943.
 15. ADV, 1 W 13, Pol. Hyères, 25 mai, qui signale toutefois une “ explosion de joie ” à l'annonce de la chute de Tunis et Bizerte, satisfaction mitigée d'après les Rens. gén., 15 et 23 mai 1943.
 16. ADV, 1 W 13, Pol. Saint-Tropez, 25 mars 1943.
 17. ADV, 1 W 8, Gend., 9 avril 1943.
 18. Commencés en octobre 1940, leur nombre n'est pas connu, mais on a pu constater l'écart qu'il y a entre la population immigrée en 1939 et en 1942 (une baisse de 8 000 personnes).
 19. Extrait in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit. document 67. Ce livret de 20 pages, intitulé 4a Armata, est daté d'après la préface du général Vercellino du 10 février 1943.
 20 ADV, 1 W 69, rapport du préfet, 12 février 1943. Cet affichage imposé est consécutif à l'arrestation d'un Français qui avait injurié un Italien dans un café le 17 janvier.
 21. ADV, Cour de Justice de Toulon 3, dossier Ba., lettre dactyl.
 22. Listes attestées à Brignoles (37 noms), La Farlède (83), Cabasse, La Londe, Le Pradet, Saint-Tropez, Vidauban.
 23. Nous n'avons pas dépouillé les archives de ce tribunal, mais, d'après les renseignements collectés dans le Var, nous avons compté environ 80 passages devant lui, 96 internements à Modane, 24 à Embrun, 39 en Italie. Ce sont des minima.
 24. Voir tableau en annexe et comparaison avec la répression allemande dans les pages consacrées à celle-ci.
 25. ADV, 1 W 69 et Cour de Justice de Draguignan, dossier Ca./Ri.
 26. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 19 et 26 décembre 1942 où l'on rapporte que ces vols rendent l'occupation beaucoup moins supportable que celle des Allemands dans les communes de la région toulonnaise qui ont connu les deux. Incidents à Sanary, même source ainsi que B. VALLOTON et J. VERD, op. cit., aux Arcs où quatre personnes sont arrêtées pour avoir essayé de s'opposer à des vols de fruits (1 W 69, 5 juin). À Hyères, 13 plaintes enregistrées à ce sujet en décembre et 54 en janvier (1 W 12 et 13).
 27. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 13 février et 6 mars 1943 : les occupants, de plus en plus sévères, opèrent le plus souvent sans passer par les autorités françaises, les menaces sont plus fréquentes.
 28. On ne peut cependant comparer avec ce que feront les Allemands. Sur la délimitation du département, J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 69, extrait du Petit Var du 1er mai, date à laquelle cette mesure entre en vigueur. La RN 7 délimite les deux zones. Évacuations partielles du littoral et des ports de Sanary, Bandol, Six-Fours, Saint-Aygulf, Saint-Raphaël.
 29. ADBdR, M6 III39, préfet, rapport mensuel, 1er février ; même évolution à Brignoles malgré les vols (1 W 21, Rens. gén., 9 janvier) et à Hyères (1 W 43, Hyères, 28 janvier 1943).
 30. Sur la pitié que l'on a des soldats, B. VALLOTON, op. cit., extrait reproduit in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 66. J. GIRARD, op. cit., annexe 5, a attiré l'attention sur l'amiral Tur dont le frère est un antifasciste réfugié à Nice et qui acceptera de soumettre à Rome un mémorandum émanant de Combat, le 4 mai 1943. Son frère est arrêté peu après et lui-même rappelé en Italie et remplacé le 22 mai. D'après le témoignage cité par GIRARD, il a manifesté sa francophilie par des gestes que la police locale n'a pas relevés : ordre aux Allemands de détruire un svastika érigé à La Seyne, commémoration discrète de l'anniversaire fasciste pour ne pas gêner les Français, etc.
 31. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 3 avril 1943.
 32. ADV, 1 W 50, Saint-Raphaël, sondage d'agglomération du 2 au 6 mars 1943.
 33. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 21 mars 1943.
 34. ADV, 5 décembre 1942.
 35. ADV, 20 février et 10 avril 1943.
 36. ADV, Cour de Justice de Toulon 6, dossier Bo., Gend., 28 mai 1943.
 37. ADV, 1 W 21, Rens. gén.,19 décembre 1942, 16 janvier et 20 février 1943.
 38. ADV, 5 juin et 3 juillet 1943.
 39. ADV, 3 juillet par exemple ou 1 W 50, Saint-Tropez, 19 juin 1943.
 40. Nous avons étudié cette question en détail dans un travail inédit déposé au Comité d'Histoire de la 2e Guerre Mondiale en 1979 (Le STO dans le Var).
 41. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 23 janvier 1943. Dès le 23 décembre, la police prévoyait des défaillances. Elle estime qu'elles seraient plus nombreuses si l'arsenal était touché.
 42. ADV, 13 février 1943.
 43. Reproduction in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 71, trouvé à Toulon le 25 février 1943 : “ Camarade. Vous êtes inscrit sur les listes de la relève, et la police viendra vous prendre lundi ou mardi matin. Vous voilà averti. Découchez .
 44. Voir chiffres en annexe sur l'évolution des départs et des défaillances et document 64 dans J.-M. GUILLON, Le Var de 1914..., op. cit. (évaluation mensuelle des volontaires et des requis). Sur 278 partants présumés, 41 % de moins de 23 ans (77 % de moins de 33 ans), environ 1/3 de manœuvres (28,8), presque autant d'ouvriers du bâtiment (27,5), presque 20 % de métallos (19,5), et environ 5 % d'ouvriers coiffeurs et employés de l'alimentation. Ils proviennent de 40 communes différentes.
 45. ADV, 3 Z 4 22, lettre au préfet.
 46. ADV, télégramme du commissariat général à la Main-d'œuvre, 12 mars 1943. L'OPA aurait voulu 1 930 requis. Sur toute cette affaire, 1 W 21, rapports hebdomadaires des Rens. gén., 1 W 88 et 90 qui contiennent les pièces du dossier.
 47. ADV, 1 W 88, Pol. d'État, 11 mars 1943, le colonel Farina a convoqué le directeur de l'OPA pour protester contre une opération faite à leur insu et va jusqu'à menacer “ de s'opposer même par la force si besoin était, au départ des jeunes gens habitant les départements occupés par les troupes italiennes, départements qui sont à tous les titres d'influence latine et dont ils veulent prendre la défense dans tous les domaines ” .
 48. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 13 mars 1943.
 49. ADV, 3 Z 14 22, circulaire du colonel Farina, 24 mars 1943.
 50. ADV, Préfet, 13 mars 1943.
 51. ADV, 3 Z 4 22, Pol. d'État, 21 mars 1943. L'individu ajoute : “ Je voudrais savoir qui commande, l'amiral italien ou le gouvernement français ” .
 52. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 10 avril sur les réfractaires qui cherchent l'embauche dans l'arsenal, et 1 W 8, Gend., 9 avril et 9 juillet 1943, idem dans les mines et la Todt.
 53. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 29 mai 1943.
 54. ADV, 10 juillet 1943.
 55. ADV, 1 W 88, interception téléphonique, 11 juin 1943 où l'on se plaint du manque d'argent, de l'aide insuffisante de la préfecture et de la sous-préfecture alors que le fichier n'est pas mis à jour.
 56. ADV, 9 juin 1943, conversation entre le commandant de gendarmerie de Draguignan et son adjoint toulonnais : “ Comme nous n'avons pas les moyens de transport pour les jeunes de la classe 42, nous avons décidé de les avertir qu'ils doivent s'y rendre par leurs propres moyens. Ce qu'il faut, c'est leur faire ressortir que nous ne sommes pas des brutes qui les amèneraient par les cheveux. Il faut leur faire un petit discours en leur disant : " nous vous avertissons que si vous n'êtes pas à la caserne Gardanne en temps et en heure voulus, ce sont vos familles qui seront expédiées en Allemagne " ” . Ce passage est souligné en marge avec deux gros points d'exclamation horrifiés. La caserne Gardanne sert de lieu de rassemblement à Toulon.
 57. ADV, intervention des responsables de l'Association des anciens des Chantiers de jeunesse au près du préfet, 8 juillet 1943.
 58. On évalue au 20 juin à 30 % la proportion de défaillants arrêtés. Le 26, sur 40 défaillants pris, 37 bénéficient d'un sursis de quatre semaines. Les 31 juin et 1er juillet, 127 jeunes sont conduits au centre d'hébergement (pour 10 000 interpellations à Toulon-La Seyne), mais 60 sont relâchés.
 59. ADV, 1 W 88, 21 juillet 1943 (correspondance avec le préfet maritime).
 60. Voir supra, 3e partie, chapitre II, B, filière des MUR.
 61. ADV, 1 W 13, Pol. Hyères, 25 mars et 1 W 21, Rens. gén., 20 et 27 mars 1943 : propagande orale signalée à Draguignan, et papillons dans plusieurs localités.
 62. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 20 mars 1943.
 63. ADV, 20 février 1943. On craint assurément une mobilisation militaire et la Résistance utilise cette peur (par ex., papillons “ Jeunes gens, ne partez pas"” , anonymes, distribués à Brignoles le 14 mars et qui évoquent un envoi en Russie).
 64. ADV, 1 W 37, semaine du 25 au 28 mai 1943.
 65. ADV, 1 W 108, Hyères, enquête sur la Libération (1949), tém. V. Bellaguet.
 66. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 6 mars 1943.
 67. ADBdR, M6 III 38, rapport mensuel, 1er avril 1943 où il reprend les rapports qui lui parviennent et qui vont tous dans ce sens : “ il faut renoncer à toute espérance de collaboration avec l'Allemagne, celle-ci étant un objet de haine pour la majorité des Français" ” (ADV, 1 W 8, Gend., 9 février).
 68. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 6 mars 1943.
 69. ADV, 1 W 8, rapport de l'inspecteur d'Académie, 27 mars 1943. Les faits se sont déroulés le 29 janvier.
 70 ADV, 1 W 35, Bandol, sondage d'agglomération du 5 au 16 avril 1943, lettre interceptée qui affirme qu'au cinéma local, le tapage est pire que d'habitude.
 71. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 3 avril sur le caractère provisoire du pouvoir et, sur l'apathie, 1 W 15, Pol. Saint-Tropez, 13 janvier, 1 W 37, Brignoles, sondage d'agglomération du 1er au 5 février (indifférence à ce qui ne la touche pas directement, égoïsme, lassitude), 1 W 28 contrôles téléphoniques et postaux de mai 1943.
 72. ADV, 1 W 21, 12 juin 1943.
 73. Le Petit Var, 10 avril 1943, pour cette conférence et, pour les lacérations, ainsi que le bris d'un buste, rapports des Rens. gén., 13 et 16 avril, 3 mai (3 Z 4 33).
 74. ADV, 1 W 28, contrôle postal, 28 mars 1943. Les rapports mensuels du 27 avril et du 28 mai évoquent son rôle de sauvegarde et constatent qu'il est toujours dissocié du gouvernement dans les critiques.
 75. ADBdR, Cour de justice d'Aix-en-Provence, dossier 182. Reynaud est un propriétaire agriculteur catholique, président de la Fédération des comités d'intérêts locaux de la ville, adversaire résolu de la municipalité socialiste, anticommuniste. Mais ses deux fils sont passés en Afrique du Nord et lui-même a rejoint Libération en septembre 1942.
 76. ADV, 1 W 60, Pol. d'État, 27 février 1943. Sur la raréfaction des portraits en général, 1 W 21, Rens. gén., 24 juillet 1943.
 77. AN, F 1 a 3 922, compte rendu de l'assemblée générale parvenu au BCRA. La déclaration de Boyer est faite en privé.
 78. Rapport déjà cité, s. d. Il met l'évolution de la paysannerie sur le compte de l'intérêt. Sans doute songe-t-il aux producteurs de fruits de la basse vallée de l'Argens.
 79. Voir graphique en annexe. Crises prolongées à Aups, Barjols, Bandol au début de 1943, puis à Six-Fours et La Valette pour nous en tenir aux communes de plusieurs milliers d'habitants.
 80. ADV, 1 W 24, note des Rens. gén. sur Solliès-Pont, 1er juillet, d'après laquelle le maire a dressé toute la population contre lui. À La Valette, démission de neuf conseillers municipaux en désaccord avec le maire qui a oublié d'évoquer cette question dans son livre de souvenirs édulcorés (H. GAL, Un maire dans la tourmente 1941-1944, Paris, 1983).
 81. J.-M. GUILLON, “ Du refoulement... ” , op. cit., p. 268 et notre article dans Chronique de Santa-Candie, n° 34, juillet 1987, “ Un village dans la tourmente des années 40 : Roquebrune ” , p. 23.
 82. ADV, 3 Z 20 2, lettre de démission, 27 mars 1943. Sur Saint-Tropez, 1 W 50 (la démission du Dr Laverrée, annoncée le 18 avril, réitérée le 10 juillet, surprend).
 83. ADV, 1 W 33, Aups, demande du 13 février 1943.
 84. J.-M. GUILLON, “ Vichy ou... ” op. cit., p. 388. La Résistance (MUR) lui donne l'absolution dans un rapport d'octobre 1943 tout en le considérant comme “ le type accompli de l'opportuniste ” donnant à “ chaque tendance l'impression qu'il lui était dévoué ” .
 85. Sur les Côtes-du-Nord, renseignements obtenus grâce à Christian Bougeard, correspondant de l'IHTP dans ce département. Feschotte a participé, après guerre, à la campagne pour la réhabilitation de Laval (voir son éloge de Laval, daté du 20 mars 1952, dans HOOVER INSTITUTE, La vie en France..., op. cit., t.1).
 86. Exécution le 25 mars 1943 du commissaire Carrère. Sur la désapprobation, tém. M. Hacq, juin 1985.
 87. ADV, cabinet 884 2, dossier Mu., préfet, 4 juillet 1943. Le parquet de Toulon n'a répondu qu'au bout de la sixième demande concernant l'inculpé et celui de Draguignan a classé l'affaire.
 88. ADBdR, M6 III 41, compte rendu de la retransmission, 8 juin 1943. Le procureur Roume qui a fait traîner plusieurs affaires de Résistance doit quitter la magistrature et la région peu après.
 89. ADV, 1 W 28, contrôle postal, 28 mars 1943. On aurait préféré qu'il laisse la place à ungauleiter (1 W 21, Rens. gén., 1 W 21).
 90. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 20 février 1943. Dans certaines communes, la perte paraît plus grande (Aups : une douzaine d'adhérents en 1943 pour une centaine en 1941, 14 à Entrecasteaux pour 118 en 1941, La Croix-Valmer passe de 26 à 3, etc.). Désaffection des fonctionnaires dans plusieurs petits villages. Chaque légionnaire doit répondre par oui ou non à la question : “ Acceptez-vous, sans aucune réticence, de suivre le Maréchal, d'obéir à ses ordres et de tout mettre en œuvre pour l'accomplissement de la Révolution nationale ? ” (circulaire du chef départemental, 22 janvier 1943, 1 W 61).
 91. J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., documents 75 (lettre du président départemental à un ami, le 11 avril, où il avoue ses espoirs passés et sa déception présente. Elle montre bien le caractère intenable d'une position qui se veut celle de “ Français travaillant pour la paix ” , mais qui, malgré tout, fait preuve de moins de réticences pour les Allemands que pour les Anglais) et 76 (affiche “ J'accuse ” , même position).
 92. Expression reproduite en majuscules dans son article du Petit Var, 20 février, “ Plus de 10 000 d'entre vous viennent de signer ” et allocution du 15 février (ADV, 1 W 21, Rens. gén., 20 février 1943).
 93. ADV, 1 W 60, préfet, 24 février 1943 : les six miliciens ont arraché les casiers, jeté à terre les archives et affiché une pancarte : “ Nous revendiquons la qualité de Français, au même titre que la Légion ” .
 94. À Roquebrune, opposition des républicains modérés de la municipalité nommée et de la Légion à un chef milicien, médecin, royaliste ; à Salernes, la rivalité professionnelle des deux médecins a débouché sur la prise en main de la Milice par le plus jeune contre l'autre, chef de la Légion ; à Montauroux, dénonciation du maire nommé (et président de la Légion) par les Miliciens, etc.
 95. Notations nombreuses à ce propos : ADV, 1 W 21 (9 et 23 janvier 1943), 1 W 14 (Pol. Saint-Raphaël, 24 mai), 1 W 28 (contrôle téléph., 28 mars). Réaction significative du chef légionnaire de Solliès-Pont, amer de l'indifférence affichée à l'égard de la Légion lors de la création officielle de la Milice (1 W 53, Solliès-Pont, lettre à l'UD, 1er avril).
 96. Louis Lumière réside à Bandol. Il préside l'assemblée départementale constitutive de la Milice, le 28 février 1943, au grand théâtre de Toulon.
 97. La démission du chef communal entraîne en général la disparition de la section. À Hyères, on trouve qu'elle se sépare trop de la Légion et du Maréchal et qu'elle convient surtout à des jeunes sans travail, ayant le goût des armes et de la politique (ADV, 1 W 120, Co., déposition à la Libération).
 98. Nous avons relaté à diverses occasions, voir en particulier nos articles, “ Du refoulement... ” , op. cit., p. 269. Pour punir la population qui a empêché le chef de la Milice de Salernes de prendre ce buste, placé sur la fontaine publique, la Milice de Toulon occupe le village et se livre à quelques exactions (brimades contre certains de ceux qui se sont mis en évidence, réquisitions de vivres). Par l'intermédiaire du Dr Tilman, responsable ANACR, que nous avions mis au courant de cette affaire, la municipalité du village a apposé en 1993 une plaque commémorative à côté du buste de Marianne.
 99. Circulaire SOL du 1er février 1943 pour avoir la liste des conseillers municipaux, des chefs gaullistes et communistes, des individus hostiles ou favorables au gouvernement, idem 10 mai pour avoir tous les renseignements sur les groupes, partis, chefs, effectifs et actions menées (ADV, Cour de Justice de Draguignan, archives de la Milice de Roquebrune).
 100. Massot, chef départemental, aurait limogé le responsable du 2e bureau pour avoir eu des contacts avec les Allemands alors qu'il se les réservait (ADV, Cour de Justice de Toulon 22).
 101. Dossiers saisis à la Libération chez son chef, le Dr Jamin, sur l'organisation gaulliste à Toulon, l'épuration des fonctionnaires, la police (ADV, 1 W 108, rapport Etienne Baron) et dans la correspondance du Groupe Collaboration (demande de renseignements par la direction nationale, Cour de Justice de Toulon 6 Bo.) ou celle du délégué départemental de la LVF (rapports de quinzaine sur l'opinion et l'activité politique, 1 W 61).
 102. ADV, Cour de Justice de Toulon 27, Cl. Le réseau est dirigé par un commandant en retraite, agent de l'Abwehr. Plusieurs milliers de travailleurs seraient passés par ce bureau d'embauche, ouvert le 20 mars, mais le réseau paraît en avoir peu profité.
 103. P. Vedovini, ancien responsable communiste, spécialiste des questions corporatives, écrit à plusieurs reprises dans L'Emancipation nationale
 104. 700, dont 300 femmes, pour George Claude le 9 février et autant pour le professeur Grimm, le 26 mai 1943.
 105. ADV, 1 W 21, Rens. gén., 17 juillet 1943.