Chapitre I - JUIN 1940 - AUTOMNE 1941 : NAISSANCE D'UNE OPPOSITION


D - D'ÉPREUVES EN ÉPREUVES, LA TRAJECTOIRE DES COMMUNISTES

On trouve chez les communistes en train de se réorganiser nombre de traits déjà relevés dans les embryons de mouvement précédents, mais encore plus accusés par l'isolement et la répression. Reformés souvent spontanément, leurs groupes commencent à tisser un réseau relié au " centre " marseillais. Ils ont eux aussi l'allure de sectes millénaristes urbaines, bien que leur culture soit spécifique. Ils touchent un milieu social différent, mais encore plus limité. Presque exclusivement ouvriers, ils sont également plus jeunes et peut-être un peu plus féminins. La nécessité d'une décantation idéologique n'est pas moindre, même si la fidélité à l'organisation pallie les incertitudes d'une ligne politique que l'on ne peut connaître que par bribes. Rejetés de tous, objets de l'obsession délirante des autorités, les communistes tentent de préserver une organisation réduite à son expression minimale. Leur réseau ne croise pas encore celui des anglophiles, du moins jusqu'à l'agression hitlérienne du 22 juin. Le temps des évolutions convergentes vient après. Cette chronologie nationale ou internationale est cependant de peu de poids dans la réalité locale, toujours dominée par la répression. C'est la raison pour laquelle l'automne 1941 est une césure bien plus importante que le début de l'été.

1 - Première tentative de reconstitution (septembre 1940 - janvier 1941)

Depuis septembre 1940, la répression a repris en grand avec ses internements administratifs à Chibron et ses licenciements, en particulier dans l'arsenal. L'arrêté préfectoral du 28 novembre, en instituant des représailles en cas de propagande dans une localité, permet de frapper encore plus aveuglément. La plupart des militants internés le doivent à leur activité passée et non à leur participation effective à l'activité clandestine. Mais les camps d'internement se révèleront les réservoirs militants du Parti et des écoles de formation décisives pour la suite. Entre octobre 1940 et avril 1941, 112 arrêtés d'internement sont pris dans le Var.

Le camp de Chibron rassemble près de 500 internés à l'automne, originaires en majorité des départements provençaux, Bouches-du-Rhône et Alpes-Maritimes surtout 1.J.-M. GUILLON, " Chibron (juin 1940-février 1941) ", in Les communistes..., op. cit., p. 166 et suiv. La discipline s'est assouplie après le remplacement des gardes mobiles. En novembre, l'administration du camp est assurée par les autorités civiles et les internés en acquittent certaines tâches, d'où une certaine liberté de mouvement. La police, avant tout celle de Marseille, attire l'attention sur le relâchement qui en résulte. Dès le mois d'octobre, les premières évasions l'ont conduite à s'inquiéter. Elle sait que des liaisons existent avec l'extérieur, avec le " centre " qui se trouve dans sa ville. Elles sont assurées par les détenus qui se rendent à la messe au village voisin (Signes), par les corvées de ravitaillement qui vont à l'arsenal de Toulon ou bien encore par les visiteurs 2.Tém. H. Gruber 1987 et V. Etienne 1980. L'organisation clandestine du camp est calquée sur l'origine départementale et respecte la hiérarchie du Parti. Elle a mis en place les troïkas à l'automne. Mais il y a, semble-t-il, des tiraillements entre les militants responsables, les " vieux " (ou certains d'entre eux), et d'autres, plus jeunes, qui ruent dans les brancards en ne comprenant pas pourquoi on ne met pas davantage à profit les possibilités d'évasion offertes 3.Tém. P. Giovannini 1982. C'est, en effet, l'organisation extérieure qui théoriquement décide. En fait, tous n'attendent pas le feu vert pour s'échapper et une partie, probablement la majeure partie, des 35 évasions comptées à partir d'octobre sont dues à l'initiative individuelle, y compris dans le cas de militants confirmés 4.Tém. E. Manguine 1983 ; Joseph Pastor est aussi dans ce cas, ce qui sera l'un des griefs qu'on lui reprochera par la suite. Le militant parisien Ambrogelly, 1er adjoint à Arcueil, qui aurait fait partie du triangle de direction s'évade de la même façon. Parmi les autres évadés notoires, Jean Carasco et le syndicaliste docker marseillais Victor Gagnaire.

Pour assurer un contrôle plus sévère et répondre ainsi aux souhaits de la police, les camps improvisés tels que Chibron sont finalement dissous et les internés regroupés. Le 14 février 1941, après avoir été triés, ceux de Chibron sont acheminés soit vers Saint-Sulpice-La-Pointe (401) soit, pour les présumés " dangereux ", vers Fort-Barraux (123).

L'affaire des évasions et de leur processus " normal " est l'un des signes de la reconstitution immédiate du secteur provençal du Parti, à Marseille, après les chutes du mois d'octobre 5. Sur Marseille, M.-P. BERNARD, sa contribution in Les communistes..., op. cit., p. 285 et suiv. et sa thèse, Le parti communiste à Marseille 1939-1943, Aix, 1982. Nous complétons par les rapports de police spéciale, notamment celui du 27 décembre 1940, trouvés aux ADBdR, M6 III 11 064 et 11 051. Parfaitement renseignée par l'un des membres du triangle de la direction provençale depuis septembre, la Police spéciale de la ville suit pas à pas les efforts de remise sur pied, tissant, département par département, le filet qu'elle compte refermer le plus tard possible, en gardant le contrôle de toute l'opération. Aussi, les informations qui dévoilent aux autorités varoises l'activité clandestine du Parti de leur département ne leur sont-elles transmises qu'avec retard.

Depuis le début novembre, la propagande communiste a fait sa réapparition à La Seyne et Toulon. Ce sont les fameux papillons imprimés que l'on trouve un peu partout en France au même moment (" Ni Londres, ni Berlin ", " Du pain, de la liberté ", " Du travail pour tous " etc.) et qui se terminent tous par " Thorez au pouvoir ". Le triangle mis en place en septembre a donc renoué avec Marseille par où sont venus ces petits textes. Avec les informations fournies par le " centre ", il a pu confectionner une Humanité du Var. Rédigée par l'instituteur Lambert, elle a été tirée dans la campagne six-fournaise sur la ronéo grinçante de l'Union Locale CGT de La Seyne, cachée lors de la dissolution 6.Sur les communistes varois, voir notre contribution in Les communistes..., op. cit., p. 291-294. L'Humanité du Var est reproduite in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 37. Les papillons sont diffusés à plusieurs dizaines d'exemplaires à diverses reprises en novembre et décembre 1940, à La Seyne et Toulon. Le journal est retrouvé aussi au Revest et à La Londe. Mais les internements décidés en représailles touchent quelques militants actifs de La Seyne, dont l'un des membres du triangle de direction, Esprit Armando. Cette chute est compensée en décembre par l'arrivée d'un clandestin, un militant confirmé qui a travaillé avant-guerre dans les réseaux de l'Internationale. Il s'agit de Fernand Vigne que la police de Marseille ne connaît que sous son pseudonyme de Roger. Joseph Pastor aurait dû venir renforcer la direction varoise, mais, considéré comme trop indiscipliné, il commence à être suspecté et mis à l'écart 7.Sur l'affaire Pastor, M. BAUDOIN, Histoire des Groupes Francs des MUR des Bouches-du-Rhône, Paris, 1962 et M.-P. BERNARD, Le parti communiste ... op. cit. Animateur d'un groupe très critique vis-à-vis de la direction régionale (Monmousseau) dès avant son internement, évadé sans ordre, J. Pastor est sans doute victime de la trahison que subit alors le Parti. Il est, par ses initiatives, un " traître " de choix, ce qui va le poursuivre jusqu'à la Libération, et même au-delà. On ne sait si le PCF a identifié le principal (et vrai) traître.

Cette première reconstitution du Parti s'effectue autour d'un noyau de militants pour qui la fidélité au Parti et à l'URSS ne se discute pas. Résidant à Toulon et dans les communes voisines (La Seyne, Ollioules, Six-Fours, La Cadière, La Valette), ils ne peuvent guère essaimer ailleurs. Leurs seuls contacts sont à Barjols où s'est replié le métallo seynois Paul Bardin, vraisemblablement à Hyères, peut-être à Saint-Raphaël et Brignoles. Il ne semble pas que la liaison ait pu être rétablie avec le secteur de Sainte-Maxime-Saint-Tropez, reconstitué de façon autonome et qui commencerait, d'après les témoignages, à produire ses premiers tracts 8.Tém. A. Macario 1984, J. Pinna 1987, et A. Battaglia 1980.

Le recrutement n'est pas facile. La peur fait reculer beaucoup d'anciens militants, mais elle peut cacher des désaccords politiques. Des syndicalistes de premier plan se refusent à militer à nouveau et il faudra qu'ils soient victimes de la répression pour les amener à changer d'attitude. La " solidarité " est l'une des grandes tâches militantes en permettant non seulement d'aider les prisonniers, mais aussi de reconstituer le réseau d'adhérents et sympathisants. Quelques femmes assument déjà une part notable du travail (collecte, reprographie, liaisons). Fin décembre 1940, le Var compterait 200 militants organisés dont seulement 80 sont jugés sûrs par la direction. La Jeunesse communiste, forte de cinquante jeunes, est dirigée par deux ouvriers de l'arsenal (Dusserre et Mencarelli). Elle est l'élément dynamique sur lequel compte particulièrement le Parti. Marseille a fourni 1 500 Avant-Garde et 1 000 Jeunes filles de France, mais on ne sait s'ils ont été diffusés puisque aucun exemplaire n'a été retrouvé. La JC sert aussi de base au travail " anti " avec lequel les communistes renouent alors. Elle compte dix militaires dans ses rangs. Ce secteur d'activité est placé sous la responsabilité de deux autres ouvriers de l'arsenal, Paul Pellicia et Marcel Durand (responsable régional de la JC avant-guerre). C'est dans ce cadre que sont diffusés deux journaux, toujours procurés par Marseille, La Caserne pour les soldats et Jean le Gouin, un titre de la période " anti " des années 20, pour les matelots, respectivement à 500 et à 250 exemplaires. Début janvier, Durand et Pellicia rencontrent Pierre Georges qui, sous le pseudonyme de Louis, dirige alors la JC du Sud-Est et jette les bases de l'Organisation spéciale (OS) 9. Tém. M. Durand 1980. Celui de P. Pelliccia est rapporté par C. ANGELI et P. GILLET, Debout, Partisans !, Paris, 1970, p. 227-229. Aucun numéro de Jean le Gouin et de La Caserne n'a été retrouvé par la police. Indications de tirages et d'effectifs, précisions sur l'organisation provençale tirées des rapports de Police spéciale des 10, 15 et 18 janvier 1941 in ADBdR M6 III 11 064.

La ligne révolutionnaire et l'optimisme que, par un décalque mécanique de 1917, elle est censée entretenir ne doivent pas cacher la fragilité de la reconstitution. Les mesures de sécurité, en particulier la formation des troïkas et le cloisonnement qu'elle implique, s'imposent difficilement. La presque totalité des communistes d'alors ont à apprendre la clandestinité et n'ont pas plus d'expérience que les autres résistants. D'ailleurs, il n'est pas sûr que la propagande soit toujours diffusée comme elle devrait. L'action revendicative est inexistante, la ligne politique superficiellement connue et pas forcément comprise. Comment le serait-elle puisque les liaisons sont irrégulières ? Mais est-ce l'essentiel pour les militants ? La fidélité à l'idéal que représente le Parti tient lieu de ligne. Ils cherchent, eux aussi, avant tout à faire " quelque chose ". Les moyens locaux sont très réduits, en particulier pour éditer la propagande. En janvier, la JC utilise un alphabet de caoutchouc, acheté récemment, et des bandes de papier gommé pour confectionner des papillons. Le papier manque. Cependant, mettant à profit les facilités dont dispose le typographe Othello Lupi à l'Ecole professionnelle de typographie, un tract (" Noël approche... " qui reprend les revendications matérielles alors mises en avant) est tiré à 3 500 exemplaires à partir du 14 décembre. Dénoncé, Lupi est arrêté le 3 janvier. On ne sait si le tract a pu être distribué. Il semble que certains exemplaires soient arrivés dans le Haut-Var 10. Tém. Archier, s.d., (Aups) qui l'a peut-être obtenu par Barjols. Aucun exemplaire de ce tract n'est signalé par la police.

Quelques jours après, dans la nuit du 25 au 26 janvier, trois membres de la JC sont surpris par la police alors qu'ils collent des papillons au centre de Toulon. L'interrogatoire est brutal. Il est suivi par 22 arrestations les jours suivants. La JC est décapitée, mais le Parti n'est pas épargné. En effet, l'affaire qui intervient un peu trop tôt à son gré, oblige la Police spéciale de Marseille à brusquer les choses et à fournir des renseignements à son homologue varoise. Elle l'a conduit à refermer le filet plus vite que prévu. On sait que tout le Sud-Est en est affecté, la chaîne des arrestations remontant jusqu'à la direction de zone à Lyon. Dans le Var, parmi les responsables, Dusserre et Durand sont arrêtés les premiers, Pellicia un mois après. Mais Vigne a pu quitter Toulon. Peut-être est-il parti avec Mencarelli qui est pris à Marseille à la fin mars avec 21 membres de la JC locale (dont le successeur de Pierre Georges, Jean Mérot). Après plusieurs semaines de surveillance vaine, Lambert et Etienne sont arrêtés à leur tour à la mi-avril. Malgré leurs responsabilités que l'on connaît grâce à Marseille, ils sont " seulement " internés pour ne pas dévoiler qui est l'informateur principal de la police et faute d'autres preuves utilisables pour l'instant 11. La plupart des arrestations varoises ont lieu entre le 27 janvier et le 8 février, dont celles de Durand, le 30, et de Dusserre, le 1er. Pelliccia est arrêté le 5 mars, Etienne et Lambert les 12 et 16 avril. Chaintron, responsable de zone, est arrêté le 8 mars à Lyon, après la filature d'une agent de liaison marseillaise, Mérot et Mencarelli, le 30 mars à Marseille. Ce dernier se " mettra à table " ce qui permettra de couvrir l'indicateur principal et d'inculper, entre autres, Durand et Lambert que l'on va tirer des camps d'internement où on les a envoyés dans un premier temps. On trouve l'écho erroné de cette affaire dans C. ANGELI et P. GILLET, op. cit., p. 229.

2 - Le trou noir (février - octobre 1941)

Péniblement reconstitué dans l'été 1940, le PC est à nouveau détruit dans le Var. Plusieurs mois durant, les militants épargnés par la répression vont rester isolés et coupés de toute organisation. Entre mars et septembre 1941, on ne décèle presque plus aucune trace de propagande, en tout cas rien de significatif. Avant son arrestation, Lambert a pu encore diffuser la brochure " Pétain le petit " auprès d'ouvriers de l'arsenal. Fin juillet, deux tracts sont trouvés à Toulon, mais il s'agit de tracts anciens dont on a peut-être voulu se débarrasser. Quant à La Seyne, on ne signale qu'un seul papillon, peut-être annonciateur d'une reprise de contact, un mois plus tard 12. Tracts " A bas les bourreaux des peuples " et " Des hommes sont en prison " , Toulon, 29 juillet 1941 ; " Comme en URSS, le communisme sauvera la France ", La Seyne, 28 août. Les graffitis eux-mêmes se sont raréfiés, se réduisant à quelques " Vive Staline ", " Vive l'armée rouge " à la craie, en juillet. Ils ne reprennent à La Seyne et dans l'arsenal de Toulon qu'à la fin septembre. Seuls les groupes disséminés le long de la côte des Maures, entre Sainte-Maxime et Le Lavandou, gardent une activité minimale fondée sur la solidarité avec les internés. Aux liens maintenus, mais fragiles, avec les Alpes-Maritimes, se sont ajoutées des liaisons directes avec Marseille, mais il ne s'agit que de contacts individuels. L'une de ces liaisons passe par la famille Lauze, famille de militants marseillais. Mireille Lauze milite à Marseille avec Jean Mérot et sa sœur habite la forêt du Dom, dans les Maures. C'est dans la maison forestière où elle réside, aux Ruscas, qu'Alix Macario de Cogolin et Paul Louis de Bormes ont tiré les premiers papillons à la " pierre humide " 13. Tém. A. Macario, op. cit. et tém. Mme Jayne, sœur de Mireille Lauze (celle-ci sera arrêtée plus tard et mourra en déportation) et dont le mari est garde forestier. Macario fixe les premiers tirages en octobre 1940. Aucune trace n'en subsiste.

Malgré la chute de l'activité clandestine, la répression ne désarme pas, mais elle trouve moins d'aliments à se mettre sous la dent. Les derniers élus communistes encore en place, ceux de Flayosc, ont été contraints à la démission en janvier. Les licenciements dans l'arsenal connaissent une nouvelle flambée en avril-mai. Les internements marquent le pas, mais affectent des communes épargnées jusque-là, celle du Var intérieur notamment, ce qui permet de vérifier une fois de plus qu'ils n'ont pas de rapport avec une activité communiste précise, mais seulement avec l'attitude des gens au pouvoir. Comme d'autres brimades (la saisie des fusils de chasse qui, pour les intéressés, est moins anecdotique qu'il n'y paraît), ils sont à relier à l'arrivée des " Blancs " à la tête des communes (Tourves, Le Muy, Aups, etc.).

L'hiver 1940-41 accentue encore le découragement des anciens militants et sympathisants, déjà traumatisés depuis l'été 1939. Dans ces milieux, c'est la période peut-être la plus noire. On le sent chez les internés et leurs familles à travers les nombreuses requêtes qu'ils adressent pour leur libération et qui sont accompagnées d'un désaveu de l'action passée. Des militants chevronnés, internés à Fort-Barraux, signent les premiers engagements sur l'honneur où ils promettent de ne pas agir contre le régime 14. ADV, 3 Z 4 6, 3 Z 4 30, cabinet 864 1, 875 1, 591 et 593, comportant des dossiers individuels. Les non moins nombreuses enquêtes individuelles menées alors sur d'anciens militants décrivent des attitudes prudentes, parfois des ralliements, plus souvent une nette anglophilie. La phobie anticommuniste est telle que l'affaiblissement du Parti paraît passer inaperçu aux yeux des autorités. Elles refusent assez systématiquement toutes les propositions de libération.

Vichy, en envoyant régulièrement informations et copies de documents communistes saisis à travers le pays, leur permet d'être beaucoup mieux informées de la ligne et de l'organisation du Parti que les militants eux-mêmes, mais entretient ainsi cette peur panique de sa résurgence et le sentiment d'une présence et d'une force qu'il est loin d'avoir. On peut mesurer ce décalage à propos de l' " entrisme " communiste dans la Légion française des combattants. Alors que le PC est inexistant, la police scrute le recrutement légionnaire, dépouille des milliers de fiches pour découvrir 222 légionnaires anciens communistes ou sympathisants. Vichy, où certaines factions jouent cette carte contre la Légion, prend l'affaire très au sérieux 15. ADV, 1 W 21, Pol. spéc., 16 septembre 1941 sur la situation dans la Légion du Var ; en ce qui concerne l'attitude de Vichy, circulaire du 23 juin en particulier, accompagnée d'Instructions pour les chefs de section du parti dans lesquelles Toulon est pris comme exemple de travail de fractionnement réussi au sein de la Légion. Ces instructions qui insistent sur l'action à mener dans la Légion réorientent l' " entrisme " : il ne s'agit plus de transformer cette organisation en " outil révolutionnaire " , mais d'y procéder à un travail de " désagrégation morale ". En fait, la terminologie employée et l'utilisation abusive de la région toulonnaise laisse penser à un trucage destiné à semer le trouble au sein de la Légion. La Légion s'auto-épure bien que l'on sache que la plupart de ces hommes sont inoffensifs et qu'il n'y a aucune propagande signalée nulle part. Il est vrai que le Parti a enjoint à ses militants d'adhérer à la Légion, fin 1940-début 1941. Ne voit-on pas les internés de Chibron venir trouver à cette seule fin le chef légionnaire de Signes, quelque peu surpris ! On sait aussi que Fernand Vigne a diffusé cette consigne auprès des hommes, peu nombreux, qu'il pouvait toucher 16. ADV, 7 M 12 2, Pol. spéc., 12 janvier 1941 sur Signes et tém. Lina Michel 1981 et Joseph Bessone 1981 sur les consignes du PCF. Ces consignes s'inscrivent dans une analyse qui considère la situation comme révolutionnaire. La perspective est différente quand les autorités s'en émeuvent quelques mois après. De plus, la plupart des communistes qui ont adhéré à la Légion n'ont eu aucun contact avec le Parti clandestin. Leur adhésion correspond soit au conformisme " ancien combattant " que l'on trouve chez d'autres, soit au souci de ne pas se faire remarquer ou, fréquemment, de se dédouaner. On connaît des cas de ce genre chez les ouvriers de l'arsenal licenciés.

Dans ce contexte d'extrême faiblesse, l'agression hitlérienne contre l'URSS ne peut constituer une étape de l'histoire locale du PC. L'atonie demeure et seule la répression élargit son champ d'action en internant, au moins provisoirement, les Russes et les russophiles. C'est ce qui motive l'arrestation de Jacques Sadoul, revenu en mai dans le Var pour essayer à nouveau d'y exercer son métier d'avocat 17. ADV, cabinet 883 2 : J. Sadoul a pris contact avec la préfecture pour faire " profession de loyalisme ". Mais il se heurte aux mêmes haines qu'un an auparavant et le préfet a, semble-t-il, peu apprécié le cadeau que lui laisse Sadoul, à savoir le livre d'A. de MONZIE, Ci-devant, qui vient de paraître et qui ne laisse aucun doute sur les relations de Sadoul et de l'URSS. Arrêté le 30 juin pour passer comme les Russes devant une commission de criblage, il est interné à Saint-Paul-d'Eyjaux, le 11 juillet, malgré les interventions en sa faveur. Bien qu'ils ne puissent guère l'exprimer, la guerre prend un autre visage pour les communistes, qu'ils aient été ou non fidèles en 1939. Ils sont désormais dans une situation plus claire. L'attitude de l'URSS redevient compréhensible. Il n'y a plus de contradiction entre leurs convictions et le souhait de la victoire anglaise. Les succès postérieurs du Parti reposent sur cette remise en conformité. En attendant, le 14 juillet pour lequel Vichy avait annoncé aux préfets des distributions massives de tracts se passe dans le calme le plus absolu.

Dix jours après, commence la série des procès des communistes arrêtés au premier trimestre. Le tribunal maritime juge d'abord les Varois, défendus, entre autres, par Me Moro-Giafferi. Les 22 condamnations s'échelonnent entre six mois de prison et vingt ans de travaux forcés. Lambert (que l'on a tiré du camp d'internement), Pellicia et Armando sont condamnés à quinze ans, Mencarelli à vingt ans. Peu après, le jeune Adino Basili, l'un des trois jeunes communistes arrêtés le 25 janvier, éprouvé par la dureté de la détention, meurt dans des conditions que Guillain de Bénouville a racontées avec émotion après la Libération 18. P. G. de BÉNOUVILLE, op. cit., p. 74. Basili avait 20 ans. Tuberculeux et le médecin de la prison maritime avait refusé l'hospitalisation. À l'automne, s'ouvrent, toujours à Toulon, les procès des militants marseillais. Le 7 octobre, Mérot est condamné à mort et quatre autres de ses sept camarades reçoivent vingt ans de travaux forcés. Il y a, parmi eux, Raymonde Nédelec, mais aussi, à nouveau, Mencarelli dont la coopération est cependant récompensée par une exemption de peine. D'autres procès suivent en novembre et se soldent par 24 condamnations aux travaux forcés ou à la prison.

Étrillés par la répression depuis deux ans, rejetés jusqu'à l'été 1941 par tous les autres courants clandestins, mais aussi par leur propre ligne, peu soutenus par une masse ouvrière amorphe (découragée, apeurée ou en désaccord), minés par le doute, les communistes ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils ont été et leur fonction contestataire a été partiellement récupérée par le courant anglophile.

Pourtant, durant cette période, la présence communiste dans la lutte clandestine n'en pas moins été assurée à l'insu des communistes français.

3 - Le relais italien

Les communistes étrangers ont été les premiers touchés par les internements, en particulier les combattants de Brigades internationales et les militants de l'Union populaire italienne. Le contact entre les adhérents, les internés et leurs familles a été maintenu par le biais de la " solidarité ". Dans le Var, cette activité était assurée par la femme d'un interné du Vernet, vraisemblablement la femme d'Alberganti, responsable départemental de l'UPI, qui avait la liaison avec le " centre " du Parti communiste italien à Marseille.

Comme la direction du Parti communiste espagnol, celle du PCI a commencé son repli vers cette ville avant même l'armistice. Depuis juin 1940, son délégué, Giorgio Amendola, dirige l'organisation dans toute la zone non occupée. Il peut étoffer ses maigres effectifs grâce à l'apport de militants évadés des camps d'internement en 1941. C'est la raison pour laquelle Giuliano Pajetta, à peine sorti du camp des Milles, est envoyé dans le Var avec la tâche de reconstituer un PCI dont il ne reste plus grand chose.

À son arrivée vers le mois de mars 1941 19. G. PAJETTA, Douce France, Rome, 1956, est le récit de cette expérience varoise. Sur le PCI en Provence, J.-M. GUILLON, " Les étrangers... ", op. cit., et sur le Var, Les communistes..., op. cit., p. 293 et suiv.G. PAJETTA, op. cit., p. 6, tém. à compléter par celui de G. AMENDOLA, Lettere a Milano, Rome, 1973, pour le replacer dans le cadre de l'histoire du PCI., il se retrouve dans une région inconnue avec en poche quelques adresses, pas toujours favorables, un peu d'argent et des faux papiers. Il ne peut compter que sur une poignée de militants (ou de militantes), parfois en situation précaire. " Mesquine, famélique, provinciale, caractérisée par un travail de fourmi, pénible et peu exaltant ", voilà comment il décrit cette résistance qu'il choisit pourtant de raconter en 1956 de préférence à d'autres épisodes d'une vie militante bien remplie (prison française, évasion, maquis français et italien, déportation) 20. G. PAJETTA, op. cit., p. 6, tém. à compléter par celui de G. AMENDOLA, Lettere a Milano, Rome, 1973, pour le replacer dans le cadre de l'histoire du PCI.

Toulon et Saint-Tropez sont ses deux points de chute. L'une constitue sa base de travail, l'autre son lieu de repli. À partir de là, en faisant pratiquement du porte-à-porte, se heurtant à des réticences, à des refus, au prix de risques d'autant plus grands qu'il est un étranger en situation tout à fait irrégulière, Pajetta réussit à monter un réseau de 70 à 80 militants - des Italiens surtout - en quelques mois. Son activité est si souterraine qu'elle reste ignorée de tous, tant de la police (qui ne connaît guère le monde des immigrés) que des communistes français avec lesquels il ne possède aucun contact. Recherche d'adresses et recrutement, collecte d'argent, lecture et recopiage de La Lettre de Spartacus, éditée par le " centre " de Marseille, constitue l'essentiel d'un travail militant peu spectaculaire, mais à ses yeux exemplaire. Le déclenchement de la guerre germano-soviétique lui facilite la tâche. Dans leurs témoignages, les communistes italiens le disent sans ambages. Chaperonné par Amendola, Pajetta rectifie une position trop sectaire et trop " classiste ". Le travail politique est alors si peu avancé que le changement d'attitude est aisé. Il est facilité par l'autonomie dont jouit le PCI, comme les autres partis communistes étrangers, depuis l'automne 1939. Il peut alors envisager un élargissement de son activité, une ouverture en direction de la Résistance française équivalente à celle qu'il met en œuvre vis-à-vis des autres partis antifascistes italiens. Le travail " italien " (avec des objectifs essentiellement tournés vers l'Italie) peut être complété par un travail " français ". Juin 1941 apparaît donc aux Italiens comme la possibilité de sortir du ghetto où la ligne anti-impérialiste a enfermé le mouvement communiste. Cette pente " française " tente d'autant plus Pajetta qu'il a pu mesurer la faiblesse du PCF, voire son inexistence. Parmi ses recrues, il compte des jeunes venus de la JC, d'origine immigrée, mais trop intégrés à son gré. Trop " français " pour une activité tournée vers l'Italie (envoi de militants et de militantes par le biais du service militaire ou de la commission de rapatriement), il les sait précieux pour une action locale.

Les groupes qu'il a pu créer sont disséminés à travers le Var, dans une aire plus vaste que celle du PCF au début de l'année. Toujours appuyé sur Toulon et Saint-Tropez, il a pu élargir son recrutement à La Seyne, Hyères, La Londe, Les Arcs, Draguignan et Saint-Raphaël. Ses militants sont ouvriers, mais aussi paysans, bûcherons et commerçants. La plupart sont communistes, mais pas tous. Ils sont presque tous Italiens, mais commencent à s'adjoindre des communistes d'autres nationalités. Certains veulent retourner en Italie, la plupart ne l'envisagent pas. L'antifascisme est leur préoccupation première 21.Nous avons pu identifier certains de ceux qui l'ont aidé et qu'il cite dans son récit, par exemple, à Saint-Tropez, son hôte, Joseph Rebagliatti, épicier, expulsé en sursis, qui assure la liaison avec Marseille (arrêté en 1943 par les Italiens) et les époux Capello, propriétaires de l'Auberge des Maures, restaurant réputé, qui hébergeront sa femme, à Draguignan, l'ouvrier Eugène Paolino, à Taradeau, le vieux socialiste, Giovannni Vermiglio (qui mourra en déportation), à Saint-Raphaël, la famille Landini.

Les groupes de Pajetta assurent la continuité communiste militante au moment où le PCF est réduit à peu de chose. Dans l'été 1941, la seule propagande signalée par la police est celle qu'ils font avec de petits papillons manuscrits, dactylographiés ou reproduits à la pierre. Ils apparaissent à La Seyne, La Londe et Les Arcs, confirmant par conséquent le témoignage de Pajetta. Anonymes, rédigés en français, ils mettent en pratique la nouvelle ligne et appellent Français et Italiens à lutter contre l'Allemagne et contre Mussolini, à soutenir l'URSS qui, enfin, " est avec nous " 22.ADV, 1 W 5, La Seyne, 8 août 1941. Ils insistent sur la solidarité franco-italienne face au pillage allemand et à la mobilisation fasciste. C'est par l'un de ces textes que la création du Front National est annoncée pour la première fois dans le Var (La Londe le 26 septembre 1941). Lorsque Mérot est condamné à mort, Pajetta décide d'assurer la popularisation de son cas, mais il ignore que le PCF qui vient d'entamer une nouvelle phase de reconstruction entreprend une action identique. Avec cette reconstitution, c'est une nouvelle période qui commence pour le mouvement communiste clandestin local.

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Malgré sa tradition politique, le Var ne s'est pas d'emblée converti, on ne sait par quel miracle, à " la Résistance ". Cette résistance est en construction à partir d'éléments divers. Les uns, poussés par l'humiliation de la défaite militaire, entendent continuer le combat en essayant de préparer la reconstitution d'une armée et en aidant les Anglais, confondus avec les " Français Libres ". Les autres, tout aussi patriotes, sont marquées par la défaite de la République et situent leur opposition dans un cadre plus politique. D'autres encore se veulent les tenants d'un combat antifasciste et révolutionnaire. Il peut y avoir entre eux des passerelles idéologiques. Quelques hommes ont des contacts avec les uns ou les autres. Mais, dans l'ensemble, ce sont encore des réseaux parallèles, enracinés dans des milieux différents. Aucun ne peut se prévaloir d'une large influence. Ils ne disposent pas encore des canaux qui le leur permettraient.

Ils bénéficient cependant de celle de la radio anglaise. Ils ne la contrôlent pas. Elle les ignore. Mais elle joue un rôle essentiel. Certes, Londres n'est pour rien, en général (sauf réseaux britanniques), dans la naissance de la Résistance et son développement. Mais il serait injuste d'oublier que les émissions françaises ont été l'instrument principal de préparation du terrain dans lequel la Résistance allait pouvoir s'implanter, un réconfort psychologique constant, un diffuseur d'espoir, d'idées, d'arguments, de connivence. Il s'est agi d'un atout décisif, mais, dans une certaine mesure, contraignant.

La Résistance naissante bénéficie d'un autre atout qui est l'ancrage républicain et, plus précisément, jacobin. Malgré la forte vague soulevée par la défaite, il est plus solide qu'il n'y paraît. Il est indissociable pour la masse d'un patriotisme qui fait rejeter la collaboration aussitôt proposée et qui, vis-à-vis de l'Allemagne et de l'Italie n'est pas exempt de relents xénophobes. Il fournit les références historiques et place (placera surtout) la lutte clandestine dans une continuité. Il est un facteur important de l'évolution ultérieure de la Résistance.

Mais rien, ni la fidélité républicaine, ni le patriotisme, ni l'écoute assidue de la BBC, n'induit automatiquement le passage à l'action, et encore moins à l'action organisée clandestinement. Celui-ci est un saut dans l'inconnu, une rupture avec le passé individuel ou, pour une collectivité, avec la tradition. Seules des circonstances particulières menaçant directement les individus ou les groupes peuvent amener à ce point un nombre significatif de personnes. On n'en est pas encore là. Ce saut, seuls quelques individus particulièrement altruistes (par leur culture, ou, si l'on veut pour être moins anachronique, par leur morale), écorchés vifs du patriotisme ou de l'antifascisme, ou déjà victimes des " vainqueurs " l'ont effectué. Éparpillés en petits groupes aux objectifs et aux méthodes divers, et parfois divergents, ils n'en sont qu'aux balbutiements d'une lutte à inventer jour après jour.


1. J.-M. GUILLON, " Chibron (juin 1940-février 1941) ", in Les communistes..., op. cit., p. 166 et suiv.
2. Tém. H. Gruber 1987 et V. Etienne 1980.
3. Tém. P. Giovannini 1982.
4. Tém. E. Manguine 1983 ; Joseph Pastor est aussi dans ce cas, ce qui sera l'un des griefs qu'on lui reprochera par la suite. Le militant parisien Ambrogelly, 1er adjoint à Arcueil, qui aurait fait partie du triangle de direction s'évade de la même façon. Parmi les autres évadés notoires, Jean Carasco et le syndicaliste docker marseillais Victor Gagnaire.
5. Sur Marseille, M.-P. BERNARD, sa contribution in Les communistes..., op. cit., p. 285 et suiv. et sa thèse, Le parti communiste à Marseille 1939-1943, Aix, 1982. Nous complétons par les rapports de police spéciale, notamment celui du 27 décembre 1940, trouvés aux ADBdR, M6 III 11 064 et 11 051.
6. Sur les communistes varois, voir notre contribution in Les communistes..., op. cit., p. 291-294. L'Humanité du Var est reproduite in J.-M. GUILLON, Le Var..., op. cit., document 37. Les papillons sont diffusés à plusieurs dizaines d'exemplaires à diverses reprises en novembre et décembre 1940, à La Seyne et Toulon. Le journal est retrouvé aussi au Revest et à La Londe.
7. Sur l'affaire Pastor, M. BAUDOIN, Histoire des Groupes Francs des MUR des Bouches-du-Rhône, Paris, 1962 et M.-P. BERNARD, Le parti communiste ... op. cit. Animateur d'un groupe très critique vis-à-vis de la direction régionale (Monmousseau) dès avant son internement, évadé sans ordre, J. Pastor est sans doute victime de la trahison que subit alors le Parti. Il est, par ses initiatives, un " traître " de choix, ce qui va le poursuivre jusqu'à la Libération, et même au-delà. On ne sait si le PCF a identifié le principal (et vrai) traître.
8. Tém. A. Macario 1984, J. Pinna 1987, et A. Battaglia 1980.
9. Tém. M. Durand 1980. Celui de P. Pelliccia est rapporté par C. ANGELI et P. GILLET, Debout, Partisans !, Paris, 1970, p. 227-229. Aucun numéro de Jean le Gouin et de La Caserne n'a été retrouvé par la police. Indications de tirages et d'effectifs, précisions sur l'organisation provençale tirées des rapports de Police spéciale des 10, 15 et 18 janvier 1941 in ADBdR M6 III 11 064.
10. Tém. Archier, s.d., (Aups) qui l'a peut-être obtenu par Barjols. Aucun exemplaire de ce tract n'est signalé par la police.
11. La plupart des arrestations varoises ont lieu entre le 27 janvier et le 8 février, dont celles de Durand, le 30, et de Dusserre, le 1er. Pelliccia est arrêté le 5 mars, Etienne et Lambert les 12 et 16 avril. Chaintron, responsable de zone, est arrêté le 8 mars à Lyon, après la filature d'une agent de liaison marseillaise, Mérot et Mencarelli, le 30 mars à Marseille. Ce dernier se " mettra à table " ce qui permettra de couvrir l'indicateur principal et d'inculper, entre autres, Durand et Lambert que l'on va tirer des camps d'internement où on les a envoyés dans un premier temps. On trouve l'écho erroné de cette affaire dans C. ANGELI et P. GILLET, op. cit., p. 229.
12. Tracts " A bas les bourreaux des peuples " et " Des hommes sont en prison " , Toulon, 29 juillet 1941 ; " Comme en URSS, le communisme sauvera la France ", La Seyne, 28 août.
13. Tém. A. Macario, op. cit. et tém. Mme Jayne, sœur de Mireille Lauze (celle-ci sera arrêtée plus tard et mourra en déportation) et dont le mari est garde forestier. Macario fixe les premiers tirages en octobre 1940. Aucune trace n'en subsiste.
14. ADV, 3 Z 4 6, 3 Z 4 30, cabinet 864 1, 875 1, 591 et 593, comportant des dossiers individuels.
15. ADV, 1 W 21, Pol. spéc., 16 septembre 1941 sur la situation dans la Légion du Var ; en ce qui concerne l'attitude de Vichy, circulaire du 23 juin en particulier, accompagnée d'Instructions pour les chefs de section du parti dans lesquelles Toulon est pris comme exemple de travail de fractionnement réussi au sein de la Légion. Ces instructions qui insistent sur l'action à mener dans la Légion réorientent l' " entrisme " : il ne s'agit plus de transformer cette organisation en " outil révolutionnaire " , mais d'y procéder à un travail de " désagrégation morale ". En fait, la terminologie employée et l'utilisation abusive de la région toulonnaise laisse penser à un trucage destiné à semer le trouble au sein de la Légion.
16. ADV, 7 M 12 2, Pol. spéc., 12 janvier 1941 sur Signes et tém. Lina Michel 1981 et Joseph Bessone 1981 sur les consignes du PCF.
17. ADV, cabinet 883 2 : J. Sadoul a pris contact avec la préfecture pour faire " profession de loyalisme ". Mais il se heurte aux mêmes haines qu'un an auparavant et le préfet a, semble-t-il, peu apprécié le cadeau que lui laisse Sadoul, à savoir le livre d'A. de MONZIE, Ci-devant, qui vient de paraître et qui ne laisse aucun doute sur les relations de Sadoul et de l'URSS. Arrêté le 30 juin pour passer comme les Russes devant une commission de criblage, il est interné à Saint-Paul-d'Eyjaux, le 11 juillet, malgré les interventions en sa faveur.
18. P. G. de BÉNOUVILLE, op. cit., p. 74. Basili avait 20 ans. Tuberculeux et le médecin de la prison maritime avait refusé l'hospitalisation.
19. G. PAJETTA, Douce France, Rome, 1956, est le récit de cette expérience varoise. Sur le PCI en Provence, J.-M. GUILLON, " Les étrangers... ", op. cit., et sur le Var, Les communistes..., op. cit., p. 293 et suiv.
20. G. PAJETTA, op. cit., p. 6, tém. à compléter par celui de G. AMENDOLA, Lettere a Milano, Rome, 1973, pour le replacer dans le cadre de l'histoire du PCI.
21. Nous avons pu identifier certains de ceux qui l'ont aidé et qu'il cite dans son récit, par exemple, à Saint-Tropez, son hôte, Joseph Rebagliatti, épicier, expulsé en sursis, qui assure la liaison avec Marseille (arrêté en 1943 par les Italiens) et les époux Capello, propriétaires de l'Auberge des Maures, restaurant réputé, qui hébergeront sa femme, à Draguignan, l'ouvrier Eugène Paolino, à Taradeau, le vieux socialiste, Giovannni Vermiglio (qui mourra en déportation), à Saint-Raphaël, la famille Landini.
22. ADV, 1 W 5, La Seyne, 8 août 1941.