Nous avons déjà publié d'assez nombreux documents sur la Résistance et la vie politique varoise pendant la guerre. Nous nous permettons de renvoyer au recueil Le Var, la guerre, la Résistance 1939-1945, Nice, CRDP, 1984, qui rassemble 200 documents et au recueil collectif réalisé avec Jacques Girault et Ralph Schor, Le Var de 1914 à 1944, Nice, CRDP, 1985, qui en reproduit 26 pour notre période. Nous avons limité cette partie annexe à des documents inédits (sauf mention contraire).

 

 

Texte ronéotypé de cinq pages, trouvé à Saint-Raphaël vers le 20 mai 1941. Le manifeste rédigé par Henri Frenay à Sainte-Maxime dans l'été 1940 a certainement servi de base (à moins qu'il ne soit complètement repris) à la première partie de ce document. On comparera avec les souvenirs de Frenay (La nuit finira, op. cit., p. 28) :

le manifeste “  dit pourquoi on ne peut et on ne doit accepter la défaite, pourquoi on ne peut et ne doit afficher une mentalité de vaincu. Le combat n'est pas fini. Il est d'abord celui de l'esprit contre la barbarie et le paganisme en attendant et en préparant le recours aux armes des Français pour leur libération.

Ce texte, je ne l'ai plus. C'est pour moi un grand regret. C'était là sa tonalité générale, certains peuvent en témoigner. Je me rappelle seulement la dernière phrase :

“ ... Puisse le maréchal Pétain vivre assez longtemps pour assister au couronnement de notre œuvre. ” ”

 

LA LIBERATION NATIONALE

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

 

Depuis la défaite, des hommes de toutes conditions, liés seulement par leur amour commun de la PATRIE, se sont groupés pour sauver la France de la domination étrangère, pour lui rendre son intégrité politique et territoriale que ses armes n'ont pu lui conserver, pour lui permettre de faire ensuite la REVOLUTION NATIONALE qui s'impose.

Pour assurer le développement de l'œuvre entreprise, pour faire venir à nous tous les hommes de bonne volonté, il est nécessaire de préciser sans ambiguïté les buts de ce mouvement et sa position exacte par rapport à notre Gouvernement présidé par le MARECHAL PETAIN.

                                 _________________________

La guerre et la défaite ont provoqué dans notre pays un vaste examen de conscience qui s'est traduit par un changement profond des institutions politiques et l'accession au Pouvoir d'un Gouvernement autoritaire guidé par un homme respecté.

Le terme de REVOLUTION NATIONALE n'est pas trop fort pour qualifier l'œuvre législative du Gouvernement dans ces derniers mois. Malgré la défaite, malgré les deuils, malgré les restrictions, le Peuple Français, confiant dans le Maréchal PETAIN s'est, pour la première fois depuis de nombreuses années, repris à espérer.

Cet espoir est-il justifié ?

L'œuvre de redressement si rapidement amorcée, peut-elle, dans les circonstances présentes, être menée à bien ?

Nous ne le pensons pas et voici pourquoi.

Si cette Révolution avait été entreprise dans la Paix, alors la FRANCE était un état libre aux frontières inviolées, elle eut sans aucun doute réussi.

En 1940, il n'est pas ainsi, les troupes allemandes occupent les deux tiers de notre pays ; la capitale ; les principales régions industrielles. Des commissions de contrôle installées dans toute la zone libre surveillent nos activités économiques et militaires. La presse et tous les moyens de propagande sont, ou bien dirigés, ou bien contrôlés. La police politique du Reich a tendu sur notre territoire son réseau d'espionnage. À chaque instant, l'allemagne est donc au courant de la situation française au triple point de vue militaire, économique et moral. Elle peut mesurer à chaque instant les étapes de notre redressement.

Or, cette révolution qui commence restaurera, selon les paroles mêmes du Maréchal PETAIN, les trois notions fondamentales : “ Famille, Travail, Patrie ”. C'est-à-dire, qu'elle doit refaire une FRANCE unie, patriote et FORTE.

Si cette œuvre se poursuit sans obstacle, nous assisterions à une augmentation des valeurs matérielles et morales françaises dans le moment même où, par suite d'une guerre qui se prolonge, les mêmes forces allemandes seraient en régression. Mieux encore, la position de la France vaincue tendrait à devenir meilleure que celle de l'Allemagne victorieuse.

Pouvons-nous légitimement espérer que le Führer laissera s'accomplir cette Révolution sous ses yeux pour risquer de voir un jour le fruit de sa victoire lui échapper ? Illusion, pensons-nous, la Paix comme la guerre est une balance de forces. L'Allemagne la plus forte dans la guerre se maintiendra la plus forte dans la paix.

En résumé : la Révolution nécessaire ne se fera pas, tant que l'Allemagne sera à même de nous dicter sa volonté. Dans l'ordre chronologique cette Révolution viendra après la LIBERATION NATIONALE, laquelle vise à bouter le boche hors de France.

A l'œuvre du Maréchal PETAIN nous sommes passionnément attachés. Nous souscrivons à l'ensemble des grandes réformes qui ont été entreprises. Nous sommes animés du désir qu'elles soient durables et que d'autres réformes viennent parachever cette œuvre. C'est dans ce but que nous faisons partie du

MOUVEMENT DE LIBERATION NATIONALE
    ________________________________

Depuis l'entrevue de Montoire, le Gouvernement s'est engagé dans la politique de collaboration avec le vainqueur. De notre côté, notre volonté est de le chasser de France.

Est-ce à dire que nous rompons délibérement avec le Maréchal ?

Rien n'est plus faux. Ces deux attitudes se concilient aisément ; mieux elles se complètent.

Au matin, du 25 Juin, la FRANCE que son armée ne pouvait défendre, touchait les épaules. Trois mois plus tard, l'Allemagne nous conviait à collaborer avec elle. D'un refus nous ne pouvons rien attendre si ce n'est des mesures plus dures encore que celles que nous subissons; nos hommes groupés en unités de travailleurs, le fardeau de l'armée d'occupation alourdi, des restrictions plus sévères et toute la FRANCE occupée. Sans doute le geste eut-il été noble mais combien lourd de conséquence.

Cette collaboration qui nous était instamment demandée profitait au Reich. Le Reich avait ainsi les mains plus libres pour continuer la lutte contre l'Angleterre. Cette collaboration pouvait aussi nous profiter. Elle nous profitera.

Ce mal nécessaire nous a permis de conserver une partie de nos libertés, de commencer le redressement national. Il nous a permis surtout de gagner du temps. Le mouvement de libération Nationale l'utilisera. Voilà pourquoi nous sommes une fois encore derrière le Gouvernement qui l'a contresigné.

Le Gouvernement doit conserver une attitude imposée par les circonstances. Voudrait-il s'en départir par des paroles ou par des actes que le Pays en subirait le châtiment. Le plus rude de tous les devoirs de notre Maréchal est d'accepter cette servitude, d'ailleurs plein de grandeur. Cette acceptation était incluse dans la première parole qu'il a prononcée en prenant le pouvoir :

“ Je fais don de ma personne à la FRANCE pour atténuer son malheur ”.

Mais nous, NOUS le Peuple de France, nous n'avons rien promis ni rien signé. Nous comprenons la politique de notre Gouvernement car nous savons qu'il ne peut en suivre d'autre. Mais ce que le Gouvernement ne peut pas dire, nous voulons le CRIER :

L'ennemi d'aujourd'hui est le même que celui d'hier. Si nos armes ont cédé devant les siennes, nous ne plierons pas nos âmes.

La victoire n'a pas changé l'Allemagne. Elle demeure le Pays qui pratique le culte idolâtre de la force et du sang. C'est le pays sans Dieu qui vient de fermer la Cathédrale de Strasbourg pour en faire un musée. C'est le pays dont le maître a toujours renié sa parole, aux engagements il nous est impossible de croire. C'est le pays de la terreur, d'où la pensée libre est à jamais bannie.

La victoire totale de l'Allemagne signifierait non seulement la satisfaction de toutes ses revendications, mais l'asservissement matériel et moral que tous ses chefs ont prévu et préparé. Les menaces et les projets d'Hitler, de Rosenberg, de Dietrich et de tant d'autres sont encore présents à nos mémoires. Ils sont pour nous des avertissements qui demeurent entièrement valables quelques soient les espoirs dont on veuille bien nous bercer aujourd'hui.

Cependant, la guerre se poursuit sous nos yeux. Nous ne pouvons y rester indifférent. De son issue dépend notre sort ? L'attitude et la conduite de notre mouvement doivent être celles qui, dans la Paix à venir, permettront à la France d'avoir sa place et de faire entendre sa voix. Certains espèrent que la France sera un jour l'arbitre entre deux nations épuisées par la lutte. Selon nous, c'est une dangereuse chimère. Nous l'avons déjà dit, si l'allemagne s'affaiblit, elle affaiblira la France. Notre Pays n'aura dans cette hypothèse aucun rôle à jouer. Il subira la loi du vainqueur si faible que soit celui-ci.

Il nous faut donc choisir et répondre dès maintenant à cette question. Quel est celui des deux grands pays belligérants dont la victoire sera pour la France sinon la plus profitable, du moins la moins nuisible ?

Il n'est pas de faux fuyants. Il faut répondre. Si nous pensions qu'une victoire allemande soit profitable à la France, nous oublierions l'amertume de notre défaite et nous aiderions l'allemagne. Mais tout ce que nous savons d'elle nous indique le contraire.

C'est donc vers l'Angleterre que nous nous tournons.

C'est elle que nous voulons aider.

En nous engageant dans cette voie, nous ne nous faisons aucune illusion. Nous n'avons pas à choisir entre des avantages, mais entre des inconvénients. C'est à notre défaite militaire que nous devons ce choix douloureux.

Le mouvement de libération nationale n'a pas pour les britanniques, une sympathie particulière. Il n'ignore pas le mal que l'Angleterre, au cours de son histoire a fait à notre Pays jusque dans un passé récent. Il n'oublie ni la Paix de 1918, que nous avons perdue par sa faute, ni les évènements douloureux de Mers el Kébir et de Dakar. Mais il n'oublie pas non plus que l'Angleterre n'occupe pas la France avec ses soldats, qu'elle n'a jamais projeté ni le morcellement de notre territoire, ni notre asservissement.

Entre deux maux, nous avons choisi le moindre, lequel est, selon nous, la victoire anglaise. Nous sommes décidés à y collaborer.

Dans cette collaboration, nous conservons toute notre liberté d'action. Le mouvement de Libération Nationale est un mouvement profondément français. Jamais nous ne serons les mercenaires de l'Angleterre. Nous n'accepterons d'elle ni ordre, ni subsides. Tous ceux qui serviront dans nos rangs comme ceux qui s'y trouvent déjà, seront des Français authentiques. Les Juifs n'auront pas l'honneur de servir notre cause s'ils n'ont pas déjà combattu effectivement dans l'une des dernières guerres. L'argent indispensable à notre action sera de l'argent français. Nous ne demanderons pas un shilling à la Grande-Bretagne.

Grâce à quoi, au jour où nous aurons ensemble abattu l'allemagne, nous ne serons pas pour l'Angleterre des serviteurs à gages, mais des hommes libres qui n'auront rien reçu et auront tout donné. La voix purement française que nous ferons entendre devra être écoutée parce que nous l'aurons mérité et que nous le voulons.

A la capitulation des armes françaises, le Mouvement de Libération Nationale aura opposé le sursaut de son cœur et de sa foi. Il aura transformé notre défaite matérielle temporaire en une victoire totale grâce à l'esprit qui l'anime. D'égale à égale, la France et l'Angleterre imposeront leur paix à l'Allemagne. L'Europe de demain ne se fera pas sans nous.

     _________________________

Après la Paix, notre mouvement ne considèrera pas sa tâche terminée. Sans doute aura-t-il accompli la plus rude d'entre elles. Ce ne sera pas la dernière.

Il est probable, sinon certain, qu'à l'effondrement de l'Allemagne nationale-socialiste succèdera une vague communiste qui peut menacer non seulement la France, mais encore tout l'occident.

L'anéantissement du communiste sera notre second devoir.

Nos hommes, disciplinés, encadrés et armés, formeront le rempart contre lequel la vague rouge viendra se briser. Nous triompherons de l'ennemi intérieur comme nous aurons triomphé de l'ennemi extérieur.

C'est alors que nous pourrons entreprendre la Révolution Nationale au succès de laquelle nous ne croyons pas dans les circonstances présentes. Notre mouvement qui aura fait ses preuves en donnant son sang, sera le noyau autour duquel se grouperont toutes les bonnes volontés.

Nous prions Dieu d'accorder au Maréchal PETAIN une vie suffisamment longue pour que nous puissions nous ranger derrière lui et suivre la voie qu'il nous indiquera.

-------------------------------------

Français, nous nous engageons sur une route longue et pénible, mais aussi sur une route droite. Nous t'avons exposé tous nos buts. Il n'en est point qui ne puisse recueillir ton adhésion, qui soit contraire à ta conscience. Si tu viens à nous, nous te demanderons tout : ton travail, ton argent, et peut-être ta vie. En outre partie, nous ne te donnerons rien si ce n'est la joie profonde, exaltante de travailler à la résurrection de la Patrie.

Il en est parmi nous qui ne verront pas notre victoire. Non pas que nous en doutions, mais parce que nous aurons à combattre. Réfléchi.

Si nous te parlons franc, c'est qu'il n'est pas chez nous de place aux tièdes et aux médiocres. Que ceux-là se retirent.

Nous vaincrons sans eux et pour eux.

-------------------------------------

DIRECTIVES A L'USAGE DE NOS ADHERENTS.-

 

Jusqu'à nouvel ordre, les missions des adhérents du Mouvement de Libération Nationale sont les suivantes :

1°/- Recruter

2°/- Rechercher des moyens de liaisons.

 

1°/- LE RECRUTEMENT :

A) - Qui recruter ?

Les Français de vieille souche à l'exclusion des étrangers, même naturalisés.

Les Juifs, s'ils ont réellement combattu dans l'une des deux guerres. En exclure les membres du parti P.P.F. qui considèrent la collaboration non comme un mal inéluctable mais comme une politique d'avenir.

 

B) - Comment recruter ?

Le mouvement doit rester un mouvement secret car si la police allemande venait à apprendre son existence, elle exigerait notre dissolution.

En conséquence, avant de dévoiler à une personne l'existence et les buts de notre mouvement, il faut l'avoir longuement étudiée, il faut par une conversation préalable avoir acquis la certitude qu'elle souhaite la victoire de l'Angleterre, qu'elle est l'ennemie du communisme, des francs-maçons et de la finance internationale. Il faut être sûr en outre, de sa discrétion. En aucun cas, il ne faudra essayer de convaincre une personne qui ne serait pas de notre opinion. Ce sera le rôle de nos agents de propagande. Chacun doit être convaincu qu'un jour ou l'autre il se glissera dans nos rangs des "moutons". Pour limiter les effets du mouchardage, le recruteur doit être le seul membre de notre mouvement connu de celui qu'il recrute.

Dans les deux zones libre et occupée, il nous faut des éléments de propagande et de renseignements. dans la zone occupée, il nous faut en outre des éléments de choc.

Le recrutement doit donc avoir pour but d'amener à nous les personnes susceptibles de remplir l'un des trois rôles. Tout adhérent doit donc chercher des adhérents nouveaux en épuisant d'abord le cercle de ses connaissances et relations. Ce recrutement doit être rapidement mené parce que chacun connaît à l'avance la discrétion et la façon de penser de ses amis. Il doit être poursuivi non seulement dans la ville où habite le recruteur mais encore partout où il sait devoir rencontrer des amis sûrs.

Ce premier plan étant fait, tout n'est pas fait. Un autre plus difficile commence. Il faut chercher des personnes susceptibles de rendre des services éminents à notre mouvement. Personnes riches, personnel de direction, des administrations, des ministères, industriels importants qui peuvent fournir des renseignements intéressants sur l'activité économique allemande en FRANCE, etc...

Il faut se rappeler que la propagande doit atteindre tous les milieux. En conséquence, il faut s'efforcer de recruter dans tous les milieux : bourgeoisie, armée, administrations, agriculture, ouvriers, etc... Il faut se rappeler aussi que les femmes sont d'excellents agents de propagande.

 

2°) - RECHERCHER LES MOYENS DE LIAISON

En attendant que les moyens financiers du mouvement lui permettent d'avoir des agents spécialisés, il est nécessaire d'utiliser tous les procédés à la disposition des adhérents. Tel représentant de commerce qui fait périodiquement une tournée déterminée doit le faire connaître à celui qui l'a recruté. Il en est de même pour les commerçants qui ont de nombreuses filiales, les agents des P.T.T. voyageant en train poste, les pilotes de ligne, etc...

Nos adhérents doivent rechercher et signaler sous la forme suivante les liaisons qu'ils peuvent faire effectuer :

Point de départ :

Point de destination :

Jour et heure de départ : (à défaut de précision, indiquer la périodicité).

Moyen employé : (train, auto, avion, etc...)

Ces renseignements sont communiqués de proche en proche jusqu'à la Direction du Mouvement.

 

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

 

Sources : ADV, 1 W 79, envoi du maire de Sainte-Maxime au préfet, mai 1941.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : ADV, 2 W 29 (ex 3 Z 4 30), Rapport n° S = 3003 du Directeur de la Police d'Etat de Toulon du 4 avril 1942.  Documents saisis par la Sûreté de Toulon chez Lelièvre qui hébergeait le responsable politique André Mulland.

 

 RAPPORT DU MOIS DE JANVIER 1942

 

TRAVAIL DE MASSE.

 

EN GENERAL, NI LES GROUPES NI LES CELLULES NI LES SECTIONS NE FONT UN TRAVAIL POLITIQUE. Ni LES UNS NI LES AUTRES NE REAGISSENT DEVANT LES FAITS QUI INTERESSENT OU PEUVENT INTERESSER LA MASSE.

CECI EST DU A PLUSIEURS RAISONS :

 

A) LES CAMARADES RESPONSABLES DES SECTIONS S'OCCUPENT SURTOUT D'ORGANISATION ET NEGLIGENT MOMENTANEMENT LE TRAVAIL DE MASSE.

 

B) LES RESPONSABLES DES CELLULES ET LES CAMARADES DES GROUPES PRETEXTENT LEUR IMPOSSIBILITE DE POUVOIR SE PROCURER DE LA PATE A POLYCOPIER.

 

C) DANS LES GROUPES IL Y A ENCORE DES CAMARADES QUI SE REFUSENT POUR DES RAISONS INADMISSIBLES A FAIRE LE MOINDRE TRAVAIL.

 

Pour obvier à cette faiblesse, nous insistons oralement et par circulaires auprès des responsables des sections afin qu'ils portent leurs efforts sans négliger l'organisation sur le travail de masse.

Nous avons obtenu un petit résultat à la section A (La Seyne)*. Celle-ci tire ce mois-ci son journal d'entreprise*. Nous lui avons remis un composteur dont elle se sert. L'organisation de notre parti dans cette entreprise ne permet pas encore un travail de masse conséquent. Pour que les camarades organisés ne perdent pas de temps et qu'ils ne puissent se retrancher derrière leur manque de matériel d'édition nous allons munir chaque direction et peut-être chaque groupe de pâte à polycopier.

Notre principale faiblesse d'organisation réside dans la ville principale de notre département (Toulon). Cela s'en ressent dans le travail de propagande de la région, et dans le travail de masse qui est inexistant.

Dans le mois de Février il nous faut une direction de section susceptible de faire rassembler les groupes épars et de faire du travail de masse. Si aujourd'hui nous n'avons pas encore solutionné le problème des femmes et de A.U.S. (Amis de l'Union Soviétique), c'est parce que nous n'avons pas pu porter le maximum d'efforts sur notre ville.

La section D (Hyères-Saint-Tropez) vu le nombre de camarades qu'elle groupe, pourrait faire un travail de masse important. Elle avait promis de tirer un journal de section pour le mois de Janvier et n'a pas réalisé ce travail. Nous allons connaître sans tarder les causes de ce manquement*. Les autres sections s'organisent.

 

TRAVAIL DANS LES ORGANISATIONS DE MASSE. Dans ces organisations notre travail est nul. Ceci est du à ce que pour le moment nous n'avons pas des camarades voulus.

TRAVAIL SYNDICAL : Pas un grand travail de fait. Dans un mois il y a eu 5 adhérents au syndicat de la section A. Nous n'avons pas encore pu solutionner le problème des corporatifs.

DIFFUSION. Tous les groupes ne participent pas encore à la diffusion. Le travail se fait encore de la main à la main. Au début du mois, une très bonne diffusion a eu lieu dans l'entreprise de la section A.

 

* Entre parenthèses, indications apportées par nous. Le journal des Forges et Chantiers de La Seyne ne sera pas confectionné à ce moment-là (mais plus d'un an plus tard). Par contre, celui de la section du littoral sortira en mars 1942 (Le Travailladou).

 

 

 

 

 

Fin janvier 1942

Section A (La Seyne) : La nouvelle direction a réalisé des progrès sur la précédente. Elle a mis en place deux directions de cellules et a des contacts dans les ateliers. Elle avance lentement parce que les camarades du Parti mettent de la mauvaise volonté à s'organiser, beaucoup même refusent et ce sont ceux-là qui découragent les autres.

La cellule n° I n'a plus que le trio de direction. Cette cellule était complète et subitement elle vient de perdre ses effectifs.

Le responsable politique de la cellule attribue cette désertion à ce que les camarades ont quitté le parti pour ne pas avoir à faire la diffusion du matériel. Une enquête se fait et nous attendons le rapport des responsables pour situer les causes de cette régression.

Section B (Barjols) : Au triangle, un camarade ne peut plus s'en occuper. Depuis le mois dernier pas de progrès. Dans le mois de Février il nous faut une direction de section qui réalise. Nous allons porter tous nos efforts sur cette section.

Section C (Toulon) : Il manque un camarade de la cellule n° I. Ce camarade est allé travailler ailleurs. Le camarade à l'organisation ayant été déplacé le travail en a souffert. Il a été réintégré dans son usine et travaille. Un camarade a été chargé de constituer son trio de cellule.

Section D (Hyères-Saint-Tropez) : L'O.P. de la région a pris le contact avec les camarades en vue de la décentralisation de cette section. Il a vu également l'O.P. des sections. Le camarade de la région a constaté que l'organisation était constituée par les groupes de cellules. Il n'existe aucun groupe de trois. Les responsables des cellules voient tous les adhérents. Dans la ville ou nous voulions former les sections, il a été porté sur le rapport de la section D qu'il y avait 22 camarades organisés. En réalité il y a une direction de cellule composée de deux camarades qui sortent d'un camp de concentration et d'un camarade qui n'est pas connu de la Police et c'est tout.

En conséquence les rapports d'organisation de la section D sur lesquels je me suis basé ne correspondent pas du tout à la réalité. Seront désormais portés dans le rapport que les groupes nouvellement constitués selon les directives données. Le nombre d'adhérents sera portés de l'organisation normale c'est-à-dire que nous enregistrons 6 directions de cellules dont une doit être immédiatement modifiée et aucun groupe, à mesure que des groupes se constitueront et que nous aurons la certitude que le cloisonnement est observé, nous le notifierons. L'importance de ce cloisonnement qui avait été souligné à maintes reprises au responsable politique l'a été au responsable à l'organisation. A la prochaine entrevue il leur sera fixé des tâches d'organisation précises afin que la sécurité du Parti soit assurée.

Section E (Brignoles) : Très peu de travail de fait, toutefois quelques contacts ont été pris dans villages environnants. dans le village principal il n'a pas encore été trouvé de camarades. Le camarade à l'organisation et celui au syndicat ne serait pas très actifs. Ils se sont fixés comme tâche la formation d'une cellule dans leur localité et de trouver un camarade dans le village principal. Au début du mois de février je serais (sic) ce qu'il y a en réalité.

 

 

 

 

 

ORGANISATIONLE 15 FEVRIER 1942

 

RAPPORT SUR L'ORGANISATION 15 FEVRIER 1942

 

Du fait du désaccord de la direction sur la mise en place de nos responsables des sections et des mesures prises par le parti mesures qui auraient du être appliquées depuis longtemps de ne mettre en place que des cadres vérifiés et ratifiés. La réorganisation complète de notre région s'impose ainsi que l'utilisation de méthodes de travail qui correspondent à ce changement. Par conséquent l'état fourni au dernier courrier sur la mise en place des responsables des sections ne correspond plus à la réalité. Il doit être tenu compte de la mise en place des camarades ratifiés, ce qui fait que, seulement deux responsables politiques de section sont en place.

Nous allons trouver et proposer un camarade X par section. Nous ferons des propositions à mesure que des camarades susceptibles d'avoir des responsabilités seront trouvés. Leur mise en place aura lieu après acceptation de la direction responsable.

SONT EN PLACE : les responsables politiques de la section D et B tous deux sont ratifiés.

SECTION D (Hyères-Saint-Tropez) : le 88 est menuisier (Eugène Berre). Ce camarade dévoué au parti est très actif. Mais il n'a pas encore entièrement assimilé les méthodes de travail qui correspondent à la situation présente, ni compris la politique du parti. A cause de ces faiblesses, il a tendance à se laisser aller à la politique de facilité et (répétition dans le texte) à se laisser influencer par les camarades qu'il juge plus éduqués, politiquement, que lui.

L'organisation de sa section doit être entièrement reconstituée. Nous allons veiller à ce que dans ce travail toutes les règles de sécurité soient observées et nous verrons les progrès d'adaptation et capacité de réalisation de ce camarade. Pour corriger ses faiblesses l'O.P. de la région a rapproché ses rendez-vous. En plusieurs, (sic) je vais le voir dans quelques jours pour discuter amicalement avec lui de la politique du Parti, de son application et voir de la meilleure façon à élever son niveau politique.

SECTION (B, Barjols) : le 117 est bûcheron et travaille sa propriété (Paul Bardin). Il porte tous ses efforts sur l'organisation. Il avait constitué son triangle de direction, mais avec des camarades pas actifs. Le 5 février il n'avait pas réalisé la tâche de trouver un camarade dans le village principal de son coin. Son rapport d'activité prouve qu'il avait fait le nécessaire. Par contre, il a rempli celle de former une direction de cellule dans sa localité. Il commet la faute de vouloir réaliser trop vite et pour cela prend, comme le prouve son rapport, de trop nombreux contacts.

Politiquement, il est assez éduqué. Il a tendance à sous-estimer le travail revendicatif, mais c'est un camarade qui a des ressources et qui pourra faire rapidement un bon responsable de section.

 

 

 

 

 

Lettre du responsable politique au militant chargé de former le Front national, sans doute Paul Rigon (sans date, vraisemblablement novembre ou décembre 1941).

 

CHER CAMARADE,

 

Dans ma dernière lettre je te demandais de prendre contact avec une personnalité socialiste. Après avoir pris ce contact efforce toi de trouver des personnalités de différentes opinions (politiques) ou philosophiques.

Tu recevras dans quelques jours une résolution du comité national du Front de lutte pour l'indépendance de la France. Cette résolution devra être adoptée par le comité de notre département. Il faut donc que ce comité soit ra(p)idement constitué. Avant de recevoir la résolution il ne te sera pas possible de toucher toutes les personnalités indispensables à la formation de ce comité. Quoique incomplet, votre comité ajoutera au bas de la résolution, son approbation. Auparavant, vous porterez à la connaissance de la population qu'un comité Varois de lutte pour l'indépendance de la France vient de se former et qu'il est composé d'une personnalité catholique très connue etc... des représentants des partis socialistes, radical etc...

Il faudra souligner que, toutes les personnes n'étant pas été touchées, ce comité n'est que provisoire. Vous avez toute la latitude pour rédiger cet additif.

NOTA : Il ne faut pas discuter avec les socialistes sur la teneur de la résolution. Il s'agit de savoir s'ils acceptent ou pas ? Sans cela ils rentreraient dans des discussions interminables et ne prendraient aucune mesure d'ordre pratique.

Contrairement à ce que je pensais, il ne m'est pas possible de te voir malgré cela nous restons en liaison par l'intermédiaire d'un camarade qui aura cette tâche. Tu lui remettras quelques renseignements sur ton travail.

Tout ce que tu me feras parvenir doit être sous pli cacheté. Je te ferai parvenir également un exemplaire de tout le matériel édité par le parti.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les clauses de l'Armistice, en dépit de tous les engagements ont été violés et la France entièrement occupée.

Les nouvelles promesses qui vous ont été faites concernant le camp re-tranché ne seront pas tenues et vos bâtiments seront désarmés avant que vous ne puissiez vous défendre.

Vous restez la seule parcelle de France encore libre.

Votre honneur de marin, votre ardent patriotisme et votre vaillance vous commandent de préserver ce patrimoine sacré et vous font un devoir d'obéir aux appels qui vous sont lancés en ralliant l'Afrique du Nord, berceau de notre Empire et les Flottes Alliées qui combattent notre ennemi.

 

Les Patriotes unis dans la Résistance

 

 

Source : ADV, 1 W 63, tract trouvé à Toulon (Pont-du-Las), le 16 novembre 1942 (publié dans Le Var..., op. cit., document 63 B, p. 192).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 PACTE IDEOLOGIQUE DU CONSEIL D'ADMINISTRATION DES JOURNAUX :
“ LE JOURNAL DU VAR ”
“ LE JOURNAL DE TOULON ”
-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

 

Pour que l'entreprise, difficile, qui est tentée, puisse réunir le maximum de chance de réussite, il importe que règne entre les associés, une confiance totale. D'autre part, des difficultés suivies de mésentente pourraient résulter plus tard de divergences doctrinales, non apparentes pour le moment, mais s'affirmant avec le temps. Aussi est-il bon de prévoir dès maintenant les principes sur lesquels doit s'appuyer notre action.

Ces principes doivent être précisés dans quatre ordres d'activité : morale, politique, sociale, tactique.

 

I.- PRINCIPES DE MORALE :

I°) La présente entreprise n'est pas une affaire destinée à enrichir les associés par le hasard d'un coup heureux du sort ou par le travail d'autrui. Les succès financiers n'y sont qu'un moyen d'atteindre des buts plus élevés. Aussi bien l'affaire n'est pas “ à vendre ”, c'est-à-dire que nous n'entreprendrons dans les journaux, aucune campagne d'aucune sorte qui serait monnayée par des avantages financiers ou autres (publicité commerciale mise à part).

2°) Nous nous efforcerons de présenter au public une information objective ; nous éviterons de flatter ses goûts et ses instincts les plus bas ; nous aurons toujours comme but essentiel celui d'élever l'esprit et d'ennoblir l'âme de nos lecteurs.

3°) Nous respecterons nos adversaires ; nous attaquerons leurs idées, leur tactique, leurs manœuvres, mais toujours sous une forme élevée et courtoise ; nous respecterons leurs personnes, leurs vies privées et leurs familles ; ils trouveront toujours dans nos colonnes, l'accueil nécessaire pour leur défense.

 

II.- PRINCIPES DE POLITIQUE :

I°) Nous n'oublierons pas que notre organisation est née dans la Résistance et que c'est la Résistance qui nous a rassemblés. C'est dire que, sans haine ni mépris pour l'étranger quel qu'il soit, toujours soucieux au contraire de mieux le comprendre pour pouvoir l'estimer davantage, nous resterons cependant des patriotes désireux de toujours faire triompher les intérêts de la collectivité et de défendre le patrimoine commun de la patrie.

2°) Au point de vue politique, nous sommes des libéraux et des démocrates, fervents défenseurs des libertés essentielles de penser, d'écrire, de réunion, d'association et de conscience ; fervents défenseurs aussi des droits essentiels de l'homme : égalité devant la loi et devant l'impôt, admissibilité de tous aux emplois selon le mérite et non selon la naissance ou la richesse, droit au travail et à une vie heureuse. Comme ces libertés et ces droits n'ont jamais eu en France d'existence que dans une période républicaine, nous sommes par suite et naturellement, de fervents républicains.

3°) Au point de vue religieux, nous estimons que les luttes du passé ont pris fin avec la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; partisans de la neutralité de l'Ecole et de l'Assistance Publique, nous défendons le droit de chacun à pratiquer et à vivre la religion de son choix ou à ne pratiquer aucune religion (Etant bien entendu que cette neutralité ne nous empêchera jamais d'élever l'homme et, d'autre part, de condamner toutes les doctrines d'égoïsme et de perversion).

 

III.- PRINCIPES D'ORDRE SOCIAL :

Nous pensons qu'un ordre social n'offre de stabilité que s'il se rapproche des conditions idéales de justice. En conséquence :

I°) Toutes les réformes destinées à améliorer le sort des travailleurs, sort matériel ou sort spirituel, auront notre approbation. Nous nous efforcerons de les suggérer et de les faire aboutir.

2°) Une organisation de la production basée uniquement sur le profit et l'exploitation du travail ne peut qu'être condamnée par nous.

Défenseurs de la propriété privée toutes les fois qu'elle est le fruit de la compétence personnelle et du travail familial et que, par suite, elle permet le plein épanouissement des travailleurs qui en vivent, nous sommes, par contre, pour la même raison, adversaires résolus de toutes les formes de propriétés qui exploitent, pour l'intérêt de quelques-uns, un bien dont la jouissance doit appartenir à la collectivité, l'initiative et le profit personnel qui en résulte étant sauvegardés.

En d'autres termes, nous estimons qu'il faut produire pour permettre à l'homme de vivre pleinement et non vivre pour produire.

3°) Pour mettre en accord notre action avec nos principes, nous nous efforcerons, aussitôt que nous le pourrons, de transformer notre entreprise en société coopérative ou communautaire au revenu de laquelle, (et si possible à la propriété) selon des modalités qui restent à déterminer, participeront tous les travailleurs de tous les échelons intégrés dans l'entreprise.

4°) Toutefois, opposés à toutes formes de violence (fut-elle verbale) et conscients du fait que le papier qui permet tout, autorise facilement les poussées de la démagogie, nous ne proposerons que des réformes conformes aux principes énoncés ci-dessus que lorsque leur réalisation apparaîtra raisonnablement possible.

 

IV.- PRINCIPES DE TACTIQUE :

I°) Rassemblement de gens venus d'horizons politiques divers, nous ne défendrons plus particulièrement les intérêts d'aucun parti ou d'aucun clan déterminé.

2°) Bien mieux, pour permettre à notre journal de vivre, il nous faudra être très prudents dans l'application pratique des principes énoncés ; c'est progressivement que s'effectuera un lent débourrage des crânes.

3°) Toutefois, au moment des élections, nous prendrons position en faveur des candidats ou des partis dont les programmes se rapprocheront le plus des principes énoncés ci-dessus. Le Conseil d'Administration décidera alors de la tactique à adopter, selon la procédure prévue par les statuts.

Il n'est rien de ce qui précède qui ne se trouve, sous une autre forme, dans les messages du Général de GAULLE. Rien, par conséquent, ne devrait choquer des Gaullistes de la première heure. Si cependant, un accord absolu ne devait pas intervenir, la loyauté nécessaire à la bonne marche de l'entreprise doit commander de se retirer à ceux qui n'accepteraient pas entièrement le pacte ainsi formulé.

 

Source : AN, 72 AJ 65, documents Georges Cisson (projet élaboré en 1943, sans doute avec la commission de presse des MUR, par Cisson et Henri Michel).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA FRANCE QUE NOUS VOULONS

 

Tout d'abord, nous voulons une France libérée de l'envahisseur

Mais aussi, nous voulons une FRANCE

LIBRE, c'est-à-dire d'où seront bannies et la licence qui dégrade, et la tyrannie qui avilit ;

SOCIETE, c'est-à-dire où le travail primera le capital ;

DEMOCRATIQUE, c'est-à-dire où seront respecté, à la fois, les principes d'égalité spirituelle des hommes et ceux de hiérarchie dans la communauté, principes qui ne sont pas opposés mais complémentaires ;

PERSONNALISTE, c'est-à-dire où la dignité de la personne humaine sera exaltée ce qui exigera :

la condamnation et du libéralisme économique, et de l'étatisme ;

l'instauration d'un régime où la propriété capitaliste sera dépassée et trans-formée, en propriété privée au service de la personne humaine.

SPIRITUALISTE, c'est-à-dire où les forces spirituelles ne seront ni bafouées, ni imposées, mais respectées et honorées.

PACIFIQUE, c'est-à-dire où l'idée de PATRIE subsistera mais ne sera plus un obstacle à une entente avec les autres Nations.

HEUREUSE, dans la justice, c'est-à-dire où tous les maux n'auront pas disparu (il ne peut être question d'instaurer le Paradis Terrestre), mais où il ne sera plus toléré qu'une catégorie d'individus puisse échafauder son bonheur sur la misère d'autrui.

 

Source : éditorial de Résistance, organe des MUR et du Parti communiste de l'arrondissement de Draguignan, n° 2, juin 1943 (auteur vraisemblable du texte : Georges Cisson)

 

 

 

 

 

 

 

 

BRAVO LES DAUPHINOIS.

 

Varois, suivez cet exemple, dans un manifeste, les Dauphinois viennent de faire connaître, et leur belle initiative et les mots d'ordre qu'ils lancent.

Voici l'essentiel de ce manifeste :

“ L'empire, sauf l'Indochine, est aujourd'hui libre et l'assaut à la Forteresse Européenne ” peut intervenir à tout moment. Il importe maintenant que tous les Français Patriotes prennent leur part aux côtés de nos alliés Anglo-Américains et Russes à la libération du territoire national, sans s'en remettre tranquillement et égoïstement aux sauveteurs venus de l'extérieur. La tâche est rude et urgente, elle appelle l'action immédiate de tous les Français.

C'est pourquoi les représentants départementaux des organisations de résistance de l'Isère et des Alpes Dauphinoises : Combat, Franc-tireurs (sic), Front National, Libération et Parti Communiste viennent de se réunir et de constituer le Comité de l'Isère et des Alpes Dauphinoises de la France Combattante, sur la base des accords intervenus entre le Général de Gaulle et les représentants centraux des mouvements de résistance.

C'est à ce Comité qu'incombe désormais la mission de coordonner et d'intensifier l'action commune des Patriotes et des mouvements de résistance dans leur lutte contre l'envahisseur et les valets traîtres de Vichy.

Partout, suivez cet exemple !

Partout, constituez des Comités de la France combattante, rassemblant tous les Français pour la lutte sacrée de la Libération.

Vivent les Comités de la France combattante !

Vive le Gouvernement de la République Française !

 

Source : Rouge Midi, organe de la Région varoise du Parti communiste, n°9, juillet 1943.

 

 

 

 

A- Editorial de Rouge Midi, organe de la Région du Var du Parti Communiste Français, de décembre 1943 (non daté et non numéroté)

 

LES BANDITS DE VICHY SONT LES RESPONSABLES DU BOMBARDEMENT DE TOULON  !

 

Le 24 Novembre notre coquette ville de TOULON a connu les horreurs de la guerre. A 13 h. 10 alors que les sirènes achevaient de faire entendre leurs lugubres appels les bombes tombaient sur la ville. Un vaste rideau de fumée s'élevait, des dizaines de maisons étaient détruites, une très grande partie de l'Arsenal pulvérisé. Des décombres les voix des malheureux ensevelis s'élevaient, des cadavres jonchaient le sol. A l'Arsenal des dizaines d'ouvriers étaient enterrés dans des abris tombeaux et noyés par l'eau de mer qui y pénétrait. Spectacles effroyables, spectacle de misère.

Quels sont les responsables de tous ces maux ? C'est à VICHY que sont les responsables. C'est les bandits PETAIN LAVAL qui le 27 novembre 1942 ont livré TOULON et l'arsenal aux boches et ont ainsi placé notre ville sous le feu des Avions alliés. Ils auraient voulu également livrer notre flotte, mais les vaillants cols bleus ont préféré saborder leurs navires plutôt que de les livrer aux Boches. Gloire à nos Marins qui par leur geste ont évité que le Port de TOULON soit depuis longtemps bombardé.

Notre Parti qui a toujours vu juste dans toutes les situations n'a cessé de demander aux Toulonnais et Varois de suivre l'exemple des marins, de saboter l'Arsenal, les transports, les machines, qui servent aux boches. Si la grosse Grue avait été détruite les bombes n'auraient pas eu à le faire. Si la centrale électrique avait sauté les bombardiers ne seraient pas venus. Combien a pu être criminelle la propagande attentiste qui a conseillé le calme, toujours le calme. Aujourd'hui, dans les fosses du cimetière de Lagoubran 1 000 cadavres payent trop cher les effets de cette propagande.

L'Attentisme est le pire des Maux : C'est par la lutte, par la lutte armée contre les boches et les traîtres que tous les Varois doivent venger les morts de TOULON. Partout constituez des forts détachements de FRANCS-TIREURS et PARTISANS. A l'Arsenal, aux chantiers, dans les mines, usines etc... formez vos milices patriotiques et engagez le combat. Les armées hitlériennes reculent sur tous les fronts. Il faut leur porter le coup de grâce sur le sol même de la Patrie. Comme les Corses engageons le combat libérateur, allons résolument vers l'Insurrection Nationale.

MIEUX VAUT SE BATTRE POUR LE DROIT A LA VIE QUE MOURIR SOUS LES BOMBES !

 

B - Article de François Lonval (non identifié) dans Provence Libre, organe régional des MUR, n°4 du 31 mars 1944.

 

 

Contre l'attentisme ! Pour l'action disciplinée !

_____________

 

Si nous jetons un coup d'œil autour de nous, il nous est facile de voir que la grande masse des Français se divise en deux fractions bien distinctes, l'une, minoritaire, inféodée au Gouvernement PETAIN-LAVAL et liée à la politique de collaboration avec l'ennemi, l'autre, majoritaire, opposée à l'influence nazie et persuadée que, seule, la victoire des Alliés Anglo-Saxons et Russes peut ramener notre Patrie à la situation qui lui revient, celle de grande Nation libre et indépendante.

Laissons de côté aujourd'hui, le clan de l'Anti-France et approfondissons un petit peu celui qui volontiers accepte l'appellation de “ Résistance ” sans toujours se rendre bien compte de la mission qui lui incombe.

Ce bloc majoritaire n'a certes pas toujours l'homogénéité désirable : il est composé d'éléments aux tempéraments les plus divers.

Les uns, amorphes, croient avoir accompli leur tâche de français patriotes en écoutant, le soir, les émissions de la radio d'Alger ou de Londres, et en colportant, le lendemain, les nouvelles ainsi recueillies. Il s'agit là d'un travail de désintoxication qui n'est pas négligeable, mais qui ne peut être suffisant.

D'autres, plus ardents, mais aussi, impatients et quelquefois imprudents, pensent pouvoir détenir l'initiative des opérations, sous prétexte que le Général de GAULLE a dit un jour que “ la libération du territoire est inséparable de l'insurrection nationale ”. Ils voudraient volontiers déclencher, immédiatement, la grève générale, espérant décider ainsi les Alliés à venir tout de suite au secours de la Métropole en flamme

Je ne méconnais pas tout ce qu'il peut y avoir de séduisant dans cette dernière formule ; mais elle pêche par ignorance des nécessités militaires. N'oublions jamais que nous sommes à l'intérieur des lignes ennemis et que, si nous devons renseigner les Alliés sur ce qui se passe chez nous, porter aux forces nazies des coups que nous sommes, seuls, capables de déclencher (faire sauter des trains de munitions, d'essence, enrayer judicieusement les entreprises travaillant pour les Allemands...), punir les traîtres qui vendent leurs compatriotes à la Gestapo, n'oublions jamais que nous devons attendre les ordres d'Alger pour passer à la dernière phase du combat qui doit être la plus brutale mais aussi la plus courte.

Insurrection et libération sont bien liées, je ne le conteste pas, mais tout cela dépend d'un vaste plan d'ensemble qu'il ne nous appartient pas de connaître, à nous “ Résistants Métropolitains ”. Nos actes peuvent, sans doute, avancer l'échéance de la délivrance, mais ils ne peuvent en aucune façon nous dispenser de rester des soldats disciplinés pour donner, aux Allemands, l'estocade finale. Le Gouvernement d'Alger est en relations constantes avec le Conseil National de la Résistance, il sait donc parfaitement ce qui se passe chez nous et c'est bien en connaissance de cause qu'en accord avec les Alliés qu'il prendra toutes décisions utiles pour ce qui concerne l'ultime combat. En agissant autrement, nous ne pourrions que faire verser du sang inutilement et risquer de conduire notre Pays à la ruine et au désordre.

Les militants de la Résistance ont, en ce moment, à accomplir des tâches bien déterminées qui sont loin d'être toujours faciles et qui leur demandent souvent de faire preuve d'initiative ; qu'ils agissent donc avec courage, ponctualité et persévérance, dans le cadre de la mission qui leur a été assignée, mais qu'ils n'oublient pas cette devise plus que jamais nécessaire : “ la discipline fait la force principale des armées ”.

Hier, la radio française de Londres nous annonçait que des tracts, émanant soi- disant de la Résistance, avaient été jetés par des avions allemands sur la ville de Lyon, afin d'inviter la population à se soulever sans attendre la réception d'ordres lancés par radio. La manœuvre est simple : elle a pour but de faire connaître, dès maintenant, les Chefs de la Résistance française et, bien entendu, de les mettre tout de suite hors d'état de favoriser l'action future des Alliés.

Camarades de la Résistance ! Faites bien attention ! Ne soyez pas dupes ! Serrez-vous étroitement autour des Chefs que vous connaissez (et qui sont pour vous beaucoup plus des compagnons de lutte que des gradés) et n'obéissez qu'aux ordres qui vous sont donnés par ces Chefs. Par contre, la Résistance vous demande, avec insistance, d'agir toujours avec le maximum de célérité, car un retard de quelques heures, dans l'accomplissement d'un acte (pouvant apparaître insignifiant) risquera quelquefois d'avoir les conséquences les plus catastrophiques (arrestation de patriotes, échec d'un sabotage...).

En résumé, ACTION IMMEDIATE DISCIPLINEE tel est le mot d'ordre que nous vous lançons. Rejeté par tous les résistants théoriciens et pantouflards ou par tous les militants anarchisants, il doit assurer le grand rassemblement de tous les PATRIOTES VERITABLES qui, en en faisant leur règle de conduite, sauront surmonter utilement toutes les tracasseries de l'ennemi et se PREPARER à mener, demain, avec succès, les luttes glorieuses, mais dures, qui nous attendent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce texte péniblement élaboré par la commission de la propagande du CDL est distribué à Toulon et La Seyne dans la nuit du 9 avril 1944 sous forme de tract imprimé. La Provence Libre, journal du FN, d'avril 1944, le reproduit modifié et tronqué.

 

Comité Départemental de la Libération

 

APPEL

à la Population Varoise
    ____________

 

Il y a quelques mois, les Mouvements Unis de Résistance (Combat, Libération, Franc-Tireur), avec les autres organisations résistantes existant dans le département (C.G.T., Parti Socialiste, Parti Communiste et Front National) et des personnalités représentatives des diverses tendances de l'opinion publique ont décidé de former un COMITE VAROIS DE LA LIBERATION.

Formé selon les directives du Comité d'Alger, seul gouvernement reconnu par tous les Français patriotes, ce Comité a pour but de coordonner et d'intensifier la lutte contre l'ennemi et les collaborateurs de l'ennemi.

Toutes les organisations qui le composent ont pris l'engagement solennel, dans un esprit d'union sacrée, d'exécuter avec discipline les directives d'action données par le C.F.L.N. et appliquées dans le cadre départemental par le Comité Varois.

TOUT APPEL A L'INSURRECTION DEVRA ETRE DONNE PAR LE COMITE FRANCAIS DE LA LIBERATION NATIONALE OU SIGNE PAR LE COMITE VAROIS TOUT ENTIER.

L'heure de la Libération approche. En attendant, un grand effort de discipline est nécessaire. Observez dès maintenant les consignes que vous donne le Comité pour en accélérer la venue.

Fonctionnaires, enrayez la machine administrative de Vichy ; gendarmes, G.M.R., policiers, aidez les Patriotes ; ouvriers, sabotez le travail pour les Allemands et réclamez des conditions meilleures d'existence ; jeunes, ne répondez pas aux appels du Service du Travail Obligatoire ; paysans, ne ravitaillez pas l'ennemi et aidez les réfractaires du maquis.

Hommes, combattants de demain, n'obéissez pas aux ordres qui vous sont donnés d'évacuer et de partir.

L'attentisme n'est plus de mise ; l'heure de l'action a sonné ; la victoire est proche ; ELLE DEPEND EN GRANDE PARTIE DE NOTRE ARDEUR AU COMBAT ET DE NOTRE UNION.

Elle amènera avec elle la justice et le châtiment.

 

COMITE DEPARTEMENTAL DE LA LIBERATION.

 

 

Texte déjà publié in Le Var..., op. cit., document 74, p. 208-209.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMITE DEPARTEMENTAL DE LA LIBERATION NATIONALE

____________

Appel à la Population Varoise

__________

 

Les grandes organisations et partis politiques résistants de notre département joint à des personnalités représentatives de la Résistance qui se réunissaient pour coordonner et intensifier la lutte contre les Allemands et leurs collaborateurs depuis quelques mois ont décidé de former le Comité Varois de la Libération Nationale.

L'heure de la libération approche un grand effort est nécessaire, le Comité Français de la Libération Nationale d'Alger, notre gouvernement vous donne tous les jours des consignes, exécutez-les pour accélérer la libération de la France.

Fonctionnaires enrayez la machine administrative de Vichy. Gendarmes, GMR, Policiers, aidez les Patriotes. Ouvriers sabotez le travail pour les Allemands et revendiquez pour vous et vos familles de quoi vivre décemment, femmes réclamez et manifestez pour des conditions meilleures d'existence et de sécurité. Jeunes ne répondez pas aux appels du service du travail obligatoire. Paysans ne ravitaillez pas l'ennemi et aidez les réfractaires.

Français combattants de demain n'obéissez pas aux ordres qui vous sont donnés d'évacuer et de partir.

L'attentisme n'est plus de mise, l'heure de l'action a sonné, la victoire est proche, elle se peut en partie de notre ardeur du combat et de notre union. Elle amènera avec elle la justice et le châtiment.

- Le Comité Varois de la Libération Nationale.