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POM-POM-POM-POM: cet indicatif radiophonique annonçait chaque soir : «Les Français parlent aux Français ». Il est emprunté à la 5e symphonie de Beethoven, et signifie en code Morse "V", comme victoire.




«La rose et le réséda»   Louis Aragon, 1943




"La rose et le réséda"
Louis Aragon, 1944
interprétation avec images: http://www.youtube.com/watch?v=Gq01vENbmPc
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat


Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
à la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle
La rose et le réséda

http://bacdefrancais.net/roseetreseda.php

The one who believed in heaven
The one who didn't
Both loved the beauty
Imprisoned by soldiers
Which climbed the ladder?
And which stood guard below?

The one who believed in heaven
The one who didn'?
What matters the name of
This light on their steps?
that one was of the church
And the other balked from it?

The one who believed in heaven
The one who didn't
Both were faithful
with their lips, hearts, arms
And both said that she will
live, time will tell

The one who believed in heaven
The one who didn't
When the wheat is under the hail
Fool who is fussy
Fool who think of his little quarrels
In the heart of the common combat?

The one who believed in heaven
The one who didn't
From the height of the citadel
The sentinel shot
Twice and one staggers
the other falls who will die

The one who believed in heaven
The one who didn't
They are in prison
Which has the sadest pallet
Which freezes more then the other
Which prefers the rats?

The one who believed in heaven
The one who didn't
A rebel is a rebel
Two sobs make a single knell
And when the cruel dawn arrives
They pass on

The one who believed in heaven
The one who didn't
Repeating the name of the beauty
Neither of the two betrayed
And their blood runs red
Same color same vividness

The one who believed in heaven
The one who didn't
It runs, and runs, and mingles
Into the earth it loved
So in the new season
Muscat grapes would ripen

The one who believed in heaven
The one who didn't
One runs and the other flies
From Brittany or Jura
And raspberries or plums
Crickets will sing again
Flute or cello, tell the story of
This double love that burnt
The lark and the swallow
The rose and the reseda

http://impossiblepoems.blogspot.fr/2013/11/la-tordue-aragon-rose-and-reseda.html

Deux vers qui reviennent sans cesse comme un refrain (« Celui qui croyait au ciel / Celui qui n'y croyait pas »), une histoire de « belle / Prisonnière » qu'il faut libérer, des mots qui sonnent comme des comptines, proverbes ou extraits de contes populaires... ce poème paraît bien léger.
Pourtant il célèbre le courage des hommes qui réussirent à dépasser leurs petites convictions personnelles de religion et de politique afin d'oeuvrer ensemble pour une noble cause : la libération de la France pendant l'Occupation durant la seconde guerre mondiale. Communistes et catholiques se retrouvèrent en effet pour combattre, pour souffrir et pour mourir ensemble dans l'espoir de jours meilleurs. Louis Aragon leur rend ici un hommage dans ce poème écrit en 1943 alors que lui-même était communiste et clandestin.
Ainsi la « rose », c'est le rouge qui symbolise le communiste anticlérical, celui qui ne croit pas au ciel, c'est-à-dire à Dieu. Le « réséda » est au contraire la couleur blanche qui représente la noblesse.
Ce poème fut publié une première fois en 1943 puis de nouveau en 1944, cette fois avec la dédicace suivante : « A Gabriel Péri et d'Estienne d'Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru ». Quatre hommes. Deux communistes et deux catholiques. Tous des résistants, tous morts fusillés par les Allemands.
Appel au rassemblement pour la liberté, hommage aux résistants emprisonnés et tombés pour la France, ce poème très célèbre est porteur aussi d'espoir : celui de retrouver un jour la joie dans les foyers.
http://www.copiedouble.com/content/la-rose-et-le-réséda-louis-aragon-1943-texte-et-analyse




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