DRAGUIGNAN 1939-1945. LA PREFECTURE DU VAR DANS LA GUERRE. Article paru dans le Bulletin de la SociŽtŽ dÕŽtudes scientifiques et archŽologiques de Draguignan et du Var tome XXXVII, annŽes 1995-1996. Avertissement liminaire : - Cette description des annŽes 40 ˆ Draguignan devait sÕintŽgrer ˆ une histoire de la ville. Nous nÕavons rien changŽ, pour lÕessentiel, au texte prŽvu. Il commence et se termine donc de faon quelque peu brutale. Il convient de se souvenir que Draguignan est une petite ville de 13 ˆ 14 000 habitants (1942/1943), vivant en grande partie de lÕadministration et du commerce, mais conservant un caractre semi-rural et une activitŽ industrielle traditionnelle. Elle est dirigŽe depuis 1935 par une municipalitŽ ˆ dominante SFIO menŽe par le dŽputŽ-maire Joseph Collomp. - Chacun sait que ces annŽes ont laissŽ des traces profondes dans les mŽmoires. Les tensions ont ŽtŽ vives et il nÕest pas sžr quÕelles soient Žteintes aujourdÕhui. Elles ont opposŽ partisans et adversaires du rŽgime de Vichy, mais aussi, assez vite aprs la LibŽration, rŽsistants entre eux. Cette Žtude est courte. Elle ne prŽtend pas tout dire. Elle comporte des lacunes, peut-tre des injustices et lÕon sait bien que chaque fois que lÕon cite des noms on en laisse dÕautres dans lÕombre qui ne mŽritent pas de sÕy trouver. Mais notre seul souci a ŽtŽ dÕessayer de rapporter honntement les faits qui nous paraissaient significatifs ou importants. Tout complŽment, toute rectification, si erreur il y a, seront les bienvenus. LÕhistoire proche nÕavance que par lÕentraide confiante entre lÕhistoire et la mŽmoire. De la guerre ˆ Vichy Ds l'entrŽe en guerre en septembre 1939, la vie quotidienne de la prŽfecture est perturbŽe par des restrictions. Elles tiennent au fait que le Var se situe dans la zone dite "des armŽes". Il faut organiser la DŽfense passive. La nuit, la ville est plongŽe dans une complte obscuritŽ. Les premires cartes d'alimentation sont distribuŽes au dŽbut de 1940, mme s'il n'y a pas encore de rationnement sŽrieux. Un seul train est autorisŽ ˆ circuler entre Draguignan et Les Arcs. Les cars, insuffisants, sont dŽsormais bondŽs. En interrompant l'activitŽ assez importante de la confection, la guerre a mis au ch™mage de nombreuses ouvrires - prs de 200 - qui ont peine ˆ subsister si leur mari est mobilisŽ. Pour les aider, la municipalitŽ crŽe un ouvroir municipal o elles peuvent travailler pour l'Intendance militaire. Pour les hommes qui sont au front, fonctionne un comitŽ d'entr'aide aux mobilisŽs. On accueille des rŽfugiŽs de l'Est, puis de Menton. On suit avec attention les nouvelles et, ˆ dŽfaut de pouvoir s'enflammer pour des combats qui n'ont pas lieu sur le front franais, la municipalitŽ proclame sa solidaritŽ avec la Pologne comme avec la Finlande. Mais la vie continue, mme au ralenti. On est en train de numŽroter les maisons du quartier Saint-LŽger lorsque survient le choc de juin 1940. EpargnŽe par les combats, les bombardements, l'exode, la population est frappŽe de stupeur. Le conseil municipal sige en permanence. Mais l'Žvidence de la dŽfaite s'impose et chacun pense aux hommes dont on est sans nouvelles, avant d'apprendre peu ˆ peu que certains sont morts et que d'autres - plus de 200 - se retrouvent prisonniers. Draguignan reoit les troupes que l'armistice chasse des Alpes-Maritimes avec l'accablement que l'on imagine. PassŽ en revue par le gŽnŽral Montagne, le 15e Corps d'armŽe y est dŽmobilisŽ le 9 juillet. Le prince Louis II de Monaco, en tenue de gŽnŽral franais, est lˆ avec sa famille. Il est venu lui signifier sa gratitude pour avoir ŽpargnŽ l'invasion ˆ son petit territoire. L'attitude de l'Italie fasciste a suscitŽ la colre. On se refuse ˆ considŽrer ses reprŽsentants comme des vainqueurs. Le 11 aožt, une voiture de la dŽlŽgation italienne est prise ˆ partie par des jeunes gens qui la sifflent et lui envoient des pierres. Mais, au mme moment, ˆ Vichy, ceux qui ont des comptes ˆ rŽgler avec la RŽpublique profitent des circonstances pour prendre le pouvoir et la dissoudre. Reniant son passŽ de militant rŽpublicain, le vieux sŽnateur Gustave Fourment suit son groupe parlementaire, celui de Marcel DŽat, dans cette voie. Par contre, le maire Joseph Collomp est l'un des opposants du 10 juillet avec le sŽnateur SŽns du Muy, prŽsident du Conseil gŽnŽral et SFIO comme lui, le dŽputŽ socialiste Zunino de La Garde et le sŽnateur radical RenŽ Renoult. De cet acte, il tirera une juste fiertŽ, dont tŽmoigne lÕŽpitaphe - il fut "l'un des 80" - qui, sur sa tombe, en perpŽtue le souvenir. Pour l'heure, il est dŽsespŽrŽ de ce qu'il entrevoit et, lucidement, en avertit ses amis qu'Žmeuvent dŽjˆ les premires mesures d'exclusion prises par le nouveau pouvoir. L'heure de la revanche A partir de septembre 1940, premire visŽe, l'administration dŽpartementale est "ŽpurŽe". Le prŽfet Haag doit cŽder la place, tout comme le secrŽtaire du Conseil gŽnŽral Maurice Maurin. Sous des prŽtextes divers - l'appartenance ˆ la franc-maonnerie surtout - chaque branche est touchŽe tour ˆ tour. L'h™pital compte ˆ lui seul cinq "ŽpurŽs" parmi lesquels Jean Piquemal, responsable du laboratoire, qui partira travailler ˆ Digne o il deviendra l'un des chefs de la RŽsistance. EncouragŽs par le climat ambiant, la trentaine de militants du PPF - le parti fasciste de Jacques Doriot - mnent campagne contre la municipalitŽ. Ils la dŽnoncent dans l'hebdomadaire du parti, L'Emancipation nationale, qui tient ouverte une rubrique spŽcialisŽe dans la dŽlation. Ils veulent l'empcher de dŽposer une gerbe au monument aux morts le 1er novembre et obtiennent des autoritŽs militaires l'annulation de la cŽrŽmonie. Signe des temps, en septembre, les mmes autoritŽs ont autorisŽ le passage de la procession ˆ Notre-Dame-du-Peuple ˆ travers les rues de la ville, ce qu'un arrtŽ municipal interdisait depuis 1902. Mais la municipalitŽ joue son r™le jusqu'au bout. Pour s'adapter ˆ la pŽnurie de carburants, il faut, ds l'ŽtŽ 40, Žquiper les bennes municipales de gazognes. Il faut aider les rŽfugiŽs que la dŽfaite empche de rentrer chez eux et qui logent parfois dans des baraquements insalubres. Pour lutter contre le ch™mage qui pse sur les dŽmobilisŽs, elle projette de grands travaux d'Žquipement : construction d'une nouvelle Žcole de garons, agrandissement de l'Ecole primaire supŽrieure, Žlectrification des Žcarts, etc. TouchŽe l'une des premires dans le Var par l'Žpuration politique, la municipalitŽ, dont la suspension a ŽtŽ proposŽe par le nouveau prŽfet, Gentil, ds le 30 octobre, est dissoute le 30 dŽcembre et remplacŽe par une dŽlŽgation spŽciale de 5 membres, Žlargie, toujours par nomination, en conseil municipal le 10 fŽvrier suivant. Effet secondaire intŽressant de ces mesures autoritaires : la nomination (imposŽe par la loi) d'une femme, la premire conseillre municipale donc, mais cantonnŽe ˆ un r™le d'assistance charitable. Cette nouvelle municipalitŽ est prŽsidŽe par le professeur de l'Ecole normale en retraite Fernand Escullier dont la fidŽlitŽ au MarŽchal ne fait Žvidemment aucun doute, mais dont l'intŽgritŽ et le souci de l'intŽrt de ses administrŽs seront reconnus puisqu'il ne subira aucune sanction ˆ la LibŽration. Il y a plus extrŽmiste que lui, y compris dans ce conseil municipal o toute la droite est reprŽsentŽe. Pour l'heure, c'est sa branche fascisante - celle qui se prŽtend "nationale" - qui aspire ˆ tenir le haut du pavŽ par le biais du PPF et des associations que le rŽgime a crŽŽes, la LŽgion franaise des combattants qui tient permanence place Claude Gay en premier lieu et, pour les jeunes, la Jeunesse de France et d'Outre-mer (JFOM). La dŽlation va bon train contre ce que ces gens appellent "le parti judŽo-rouge", tout comme la chasse aux symboles rŽpublicains. L'Emancipation nationale du 8 fŽvrier 1941 dŽnonce un rŽpŽtiteur du collge de garons pour brimades contre leurs enfants. Mais ceux-ci se montrent leurs dignes Žmules en jetant par la fentre de lÕŽtablissement le buste de la RŽpublique... De son c™tŽ, la municipalitŽ vichyste dŽcide sans tarder de modifier le nom du collge et celui de quelques artres de la ville. Pour le collge, le changement est minime mais significatif : FerriŽ, le pre, l'ingŽnieur du Central Var, cde la place au fils qui, lui, est gŽnŽral. L'avenue Jean Jaurs est Žvidemment attribuŽe au MarŽchal, le square Aristide Briand devient gŽnŽral Lyautey et l'avenue Roger Salengro, ministre socialiste poussŽ au suicide par la presse d'extrme-droite, reprend son ancien nom d'avenue de Trans. La pacifiste inscription du monument aux morts - "Aux enfants de Draguignan victimes de la guerre" - est jugŽe choquante et remplacŽe par celle qui subsiste aujourd'hui : "Aux enfants de Draguignan morts pour la France". De nouvelles ftes officielles essaient de faire oublier les anciennes. La fte du Travail et de la Paix civile le1er mai est suivie de la fte de Jeanne d'Arc. Celle-ci a un certain Žclat le 10 mai 1942 avec un dŽfilŽ devant l'effigie de la sainte ŽrigŽe tout spŽcialement et la venue de Franois Valentin, le directeur national de la LŽgion des combattants. Des cŽrŽmonies ponctuelles, en gŽnŽral lŽgionnaires, sont organisŽes sur le mme modle (messe solennelle, salut aux couleurs, etc.) comme celle qui marque la naissance de la LŽgion le 9 fŽvrier 1941 en prŽsence d'une grande partie de la population ou celle du prŽlvement de la terre destinŽe ˆ Gergovie en aožt 1942, beaucoup moins suivie car les temps ont changŽ. La fanfare de l'Žcole HŽriot, Žcole repliŽe de Seine-et-Oise en 1940 et destinŽe aux enfants de militaires morts ou invalides, est de toutes les manifestations. La propagande ne rencontre aucun frein puisqu'il n'y a plus de libertŽ : affiches, journaux (et tout particulirement l'hebdomadaire local Le Var), tracts, confŽrences, cinŽma sont autant de moyens pleinement utilisŽs, ainsi lors de la Quinzaine impŽriale de mai 1942 o films et confŽrences (pour filles et garons sŽparŽment) vantent les richesses des colonies. Deux mois auparavant, ˆ l'h™tel Bertin, une exposition "Un an de jeunesse" servait de tremplin aux associations nouvelles, Chantiers de Jeunesse n¡16 du Muy ou Compagnons de France de Montferrat. Seules les associations autorisŽes ont droit de citŽ. Mais, ˆ c™tŽ des Žmanations du rŽgime, subsistent celles qu'il n'ose pas toucher, le scoutisme, catholique ou la•c, les associations sportives et culturelles, etc. Certaines d'entre elles entreront peu ˆ peu dans la mouvance de la RŽsistance. Mais, pour l'heure, le rŽgime para”t triomphant et les voix discordantes peu nombreuses. RŽsistance naissante Pourtant, quelques signes laissent entrevoir quÕil nÕy a pas l'unanimitŽ que lÕon pourrait croire : l'Žcoute trs vite rŽpandue de la BBC, des critiques voilŽes contre Vichy, les premiers papillons clandestins, en gŽnŽral manuscrits, comme celui que l'on dŽcouvre collŽ sur un pilier de la place du MarchŽ au matin du 28 dŽcembre 1940 et qui, pour la police, "reflte assez bien l'Žtat d'esprit gŽnŽral de la population". Sur les murs, apparaissent des graffitis - des V, des croix de Lorraine - qui dŽmontrent assez vite l'audience de la France Libre. Les inscriptions sont nombreuses au collge de garons, ce dont s'indigne l'extrme-droite ds fŽvrier 1941. Les mouvements de rŽsistance balbutiants envoient par la poste, plus ou moins ˆ l'aveuglette, les premires feuilles clandestines, comme ce tract, signŽ LŽgion franaise de Gaulle, que l'on reoit ˆ Draguignan dŽbut novembre 1940 qui appelle ˆ soutenir le combat des Britanniques. Les socialistes, autour de Collomp, constituent un noyau d'opposition discrte, tout comme les communistes franais, surveillŽs et rŽprimŽs depuis 1939, parfois internŽs, sans contact jusquÕen 1942 avec le parti clandestin. Les communistes italiens se sont rŽorganisŽs sŽparŽment plus t™t. Giuliano Pajetta, responsable clandestin du PCI dans le Var, a formŽ un groupe ˆ Draguignan autour d'Eugne Paolino, ouvrier mŽtallurgiste originaire de Ligurie. De son c™tŽ, Georges Cisson, ancien secrŽtaire de la CFTC, membre de Jeune RŽpublique, vŽritable saint la•c, revenu de la guerre mutilŽ, n'a rien perdu de son charisme. Il continue de s'occuper des Eclaireurs. S'il adhre ˆ la LŽgion, c'est parce qu'il croit possible de l'utiliser de faon critique. Il fait conna”tre l'hebdomadaire que les dŽmocrates-chrŽtiens ont crŽŽ ˆ Lyon, Temps nouveaux.. Dans ce but, il organise le 12 juin 1941 une rŽunion au cours de laquelle Stanislas Fumet vient prŽsenter l'ŽphŽmre hebdomadaire, vite interdit par le rŽgime. Cisson et ses amis, Julien Cazelles, inspecteurs des imp™ts socialisant, le jeune docteur Angelin German, l'architecte et militant chrŽtien Jean Garrus, etc. ont formŽ un cercle d'Žtudes pour discuter librement entre eux. Ils diffusent les premiers journaux clandestins, en particulier La Voix du Vatican que fabriquent des catholiques avignonnais et marseillais ˆ partir de ce qu'ils peuvent saisir de Radio-Vatican. Les illusions des premires semaines se dissipent, le rŽgime montre son vrai visage, fait de vengeance souvent mesquine, d'autoritarisme bornŽ, de moralisme pas forcŽment sincre. L'on s'aperoit qu'il n'y a pas de double jeu vis-ˆ-vis des Allemands, or la collaboration a ŽtŽ rejetŽe trs t™t par la plupart. Chacun a compris que le retour ˆ la normale, que la paix espŽrŽe ne sont quÕillusions sur lesquelles le rŽgime du MarŽchal a b‰ti sont ŽphŽmre succs. L'angoisse du lendemain Les sujets dÕinquiŽtude accablent la population. Contraintes diverses et pŽnuries forment le lot ordinaire de la vie quotidienne. Mais les loisirs nÕen sont pas absents pour autant. L'activitŽ sportive se maintient autour du Sporting-Club, du cercle des nageurs ou du VŽlo-club. Les Boulomanes dracŽnois continue dÕorganiser le concours international patronnŽ par Le Petit Marseillais. En plus des films de l'Eldorado et des tournŽes qui viennent de l'extŽrieur, la vie culturelle est animŽe par les spectacles de la Compagnie du Dragon qui joue Molire, Musset, Labiche, etc., les sŽances de la SociŽtŽ d'Žtudes et les soirŽes du "Gay Savoir". La population s'adapte ˆ ce que l'on croyait insupportable. Une installation nouvelle permet ˆ Draguignan de retrouver un minimum d'Žclairage nocturne en juin 1942. Plus de 80 jardins familiaux sont installŽs prs de l'Ecole de gazogne rŽcemment crŽŽe sur les terrains Achard et que ravage partiellement un incendie le 13 septembre 1942. Le chauffage de l'Žglise ne peut fonctionner faute de mazout et doit tre adaptŽ au charbon. Le temps des moqueries est passŽ pour le "train des pignes" qui dŽmontre chaque jour son utilitŽ en transportant plusieurs centaines de voyageurs et les marchandises les plus diverses, avant d'tre l'un des poumons de la RŽsistance du Haut-Var. Les conditions de vie ne cessent de s'aggraver. Si le ch™mage s'est assez vite dissipŽ, la pŽnurie, elle, s'accro”t. Les chevaux, les mulets, les vaches laitires souffrent du manque de fourrage et leurs propriŽtaires de l'absence de tous les produits nŽcessaires ˆ l'agriculture. Industriels et artisans manquent de matires premires, de pices de rechange, de moyens de transport. Avec la brutale diminution de la ration de pain en fŽvrier 1941, certaines familles se retrouvent dŽmunies de tickets avant la fin du mois. Les consommateurs apprennent ˆ jongler avec les feuilles et les tickets de rationnement. La situation du ravitaillement est si difficile qu'elle favorise l'essor de toutes sortes de trafics, petits ou gros, "marchŽ noir" ou "marchŽ gris". Elle est dramatique ˆ la sortie d'un deuxime trs rude hiver, celui de 1942. La production locale ne peut suffire, d'autant que les achats faits directement ˆ la propriŽtŽ se multiplient. Devant la pŽnurie de fruits et de lŽgumes, la municipalitŽ instaure un marchŽ spŽcial place du MusŽe et Žtablit un tour de r™le selon la taille des familles. Encore faut-il faire une longue queue tant ˆ l'entrŽe, pour obtenir le ticket d'accs, que devant les maigres Žtals. Jusqu'ˆ l'ŽtŽ 1943, ce ne sont que rŽcriminations, dŽmarches du maire et du prŽfet, plaintes devant une situation tragique. Hyres, le centre fournisseur, ne permet qu'un approvisionnement irrŽgulier. Le Ravitaillement gŽnŽral se dŽbat pour rŽpartir la pŽnurie entre des grossistes et des dŽtaillants pas toujours scrupuleux. C'est ainsi que les deux marchŽs hebdomadaires de la premire semaine d'aožt 1942 ne reoivent que 3 800 kgs de tomates, 3 300 de melons, 20 de raisin et 5 de persil, ce qui reprŽsente 253 grammes de lŽgumes par personne, compte non tenu des melons, et le dŽbut de la semaine suivante est pire : 1 200 kgs de tomates dont 600 vertes et inconsommables... Le 2 janvier 1943, faute de camion, la ville ne peut tre approvisionnŽe. Pendant la premire quinzaine de mars, les distributions de produits reprŽsentent 16 g. de lŽgumes par jour, autant (si l'on peut dire) de viande, 31 g. de p‰tes, plus, pour toute la pŽriode, une ration de 50 g. de beurre distribuŽe avec un mois de retard et 175 g. de matires grasses autres. Trois mois aprs, ce n'est pas mieux. Il arrive que le marchŽ ne puisse se tenir faute d'arrivages. La situation est particulirement dure pour tous ceux - petits salariŽs, retraitŽs, rŽfugiŽs - qui n'ont pas de terre. La ville compte encore 1 165 agriculteurs, mais ils ne peuvent suffire ˆ nourrir le reste de la population. Pourtant cette situtation semi-rurale empche Draguignan de bŽnŽficier du (pauvre) rŽgime de distributions supplŽmentaires des centres urbains, en p‰tes et lŽgumes secs notamment, comme Toulon, La Seyne, Cannes ou Nice. Face ˆ ce qui est ressenti comme une injustice, l'administration municipale rŽcrimine en vain pendant de longs mois. C'est prŽcisŽment sur cette question du ravitaillement que se marque nettement le changement d'attitude vis-ˆ-vis du pouvoir. Les mŽnagres dracŽnoises sont parmi les premires du Var ˆ protester contre la pŽnurie, ds le 17 janvier 1942. Ce matin-lˆ, elles sont 30 ˆ oser manifester devant la prŽfecture, avant d'tre reues par le chef de cabinet du prŽfet. Ce n'est que le dŽbut d'une sŽrie de manifestations qui, souvent spontanŽes, n'en sont pas moins encouragŽes par la RŽsistance, en particulier par les communistes qui suscitent un comitŽ des femmes. Au dŽbut juin, circule une pŽtition d'ouvriers, cheminots principalement, pour rŽclamer la paritŽ avec Toulon. Le 2 septembre, 200 mŽnagres manifestent toute la journŽe et tentent d'envahir un magasin. MalgrŽ l'occupation, le 19 dŽcembre suivant, la police doit intervenir pour disperser les attroupements alors que le marchŽ est sans lŽgumes. D'autres manifestations se produisent le 18 et le 30 mars 1943, encore le 14 avril et surtout le 11 juin avec ˆ nouveau plus de 200 participantes. L'essor de la RŽsistance Paralllement ˆ cet esprit de fronde, une opposition plus politique s'exprime en d'autres lieux. Des spectateurs sifflent ou quittent ostensiblement la salle de l'Eldorado pendant les actualitŽs. Un employŽ franais de l'officine de recrutement d'ouvriers pour l'Allemagne est rouŽ de coups un soir et la vitrine d'un dŽpositaire de journaux o se trouvait ŽtalŽe de la propagande pour la mme officine vole en Žclats. Des inscriptions au pochoir envoient "alla cogna" Mussolini et menacent les "salauds aux ordres de Laval", en particulier les hommes du Service d'ordre lŽgionnaire (SOL), organisation qui regroupe les "durs" du rŽgime, la future Milice. Papillons, tracts et journaux clandestins circulent en plus grand nombre, dŽnonant en particulier l'envoi de travailleurs en Allemagne, la collaboration et les hommes de Vichy qui la mettent en oeuvre. Ces signes montrent qu'avant mme l'occupation, quelques hommes-clŽs ont structurŽ la RŽsistance. Cisson est de ceux-lˆ. Il est devenu le responsable de LibŽration, mouvement dont le noyau est formŽ de syndicalistes de la CGT (non communistes) et de la CFTC. Le mouvement Combat, rŽorganisŽ ˆ partir des Arcs par Raoul Textoris et ses amis socialistes, fait aussi son apparition. En liaison avec le colonel Fourrier, ancien chef du 10e rŽgiment d'artillerie coloniale, rŽvoquŽ en tant que franc-maon, Jean Cassou Bastia, propriŽtaire du Zanzi-Bar, ancien sous-officier, commence ˆ constituer des sizaines de l'ArmŽe secrte (AS) ˆ partir des jeunes du Sporting club dont il sÕoccupe aussi. C'est sans doute en venant superviser cette mise en place que Marcel Degliame, qui sera l'un des chefs de la RŽsistance en zone Sud en 1944, se fait apprŽhender par la police avec un compagnon, le 25 septembre 1942. Mais les deux hommes peuvent s'Žchapper au cours de leur garde ˆ vue. De leur c™tŽ, les communistes italiens diffusent des papillons signŽs "Les Italiens Libres" et forment le noyau de la MOI (Main-d'oeuvre immigrŽe) o sont venus s'agglomŽrer des militants armŽniens et des combattants de l'Espagne rŽpublicaine, Espagnols ou anciens des Brigades internationales comme l'infirmire polonaise Sophie Zleyer dont le mari est internŽ au camp du Vernet et qui travaille comme laborantine ici. Les contacts ont ŽtŽ renouŽs avec les communistes franais dont Etienne Luciano Prosper, responsable du syndicat CGT du b‰timent dissous en 1939, est le rŽorganisateur. A la diffŽrence des Arcs, il n'y a pas de manifestation patriotique le 14 juillet 1942. Par contre, c'est avec un soin particulier que les responsables de Combat et LibŽration (Textoris, Cassou, le colonel Fourrier, Edouard Soldani, etc.) prŽparent le 11 novembre : plusieurs centaines de tracts ŽparpillŽs dans la nuit, dŽfilŽ, Marseillaise et dŽp™t de gerbe au monument aux morts ˆ midi par des collŽgiens et des membres de l'ancien conseil municipal. A 19 h., il y a foule ˆ nouveau au mme endroit. Les cris et les chants patriotiques se prolongent jusqu'ˆ 22 h. 30. Il est vrai que l'on vient d'apprendre l'occupation totale du pays. Au temps de l'occupation JusquÕici, la guerre n'avait pas touchŽ directement Draguignan, ormis quelques bombes l‰chŽes par un avion sans doute en difficultŽ le 13 avril 1942. La prŽsence de l'occupant s'Žtait bornŽe aux quelques reprŽsentants des commissions d'armistice et, depuis aožt 1942, ˆ l'ouverture de l'Office de placement allemand chargŽ de faire de la propagande en faveur de la "Relve". A l'annonce de l'occupation, des militaires rŽsistants, commandŽs par le capitaine Lespiau, rŽcuprent des armes du 10e RAC et les cachent ˆ Rebouillon. Mais la plupart des dŽp™ts de l'armŽe d'armistice, celui des Nouradons par exemple, tomberont dans l'escarcelle italienne. Les premiers occupants italiens arrivent dans la nuit du 14 au 15 novembre. Quelques semaines plus tard, il y a des bersaglieri ˆ la caserne Chabran, de l'infanterie ˆ la caserne Abel Donet, des chasseurs alpins, des carabiniers, des batteries de DCA sur les abords, des explosifs ˆ la Poudrire, route de La Motte, une centaine de camions sous les arbres des AllŽes d'Azemar et le commandement est installŽ ˆ l'h™tel Bertin. Ces troupes, celles de la division Legnano jusqu'en juin, puis de la division Celere, rencontrent d'abord le mŽpris et l'hostilitŽ, avant que des rapports un peu diffŽrents ne se nouent surtout lorsque l'on s'aperoit que le dŽsir le plus cher de la plupart de ces soldats est de rentrer en Italie. N'expriment-ils pas leur joie ˆ la chute de Mussolini en juillet ? Cette occupation qui s'accompagne de multiples trafics perturbe encore davantage le ravitaillement. L'action de sa police politique - l'OVRA - est redoutable, mais les dŽnonciations de quelques immigrŽs fascistes et agents du consulat ne peuvent entraver le dŽveloppement de la RŽsistance, ni empcher l'opinion d'espŽrer avec plus d'impatience que jamais la victoire des AlliŽs. Le rŽgime de Vichy est compltement dŽvaluŽ. Plus des 3/4 des lŽgionnaires dracŽnois n'ont pas renouvelŽ leur adhŽsion. Seuls lui restent inconditionnellement fidles quelques fonctionnaires d'autoritŽ et l'extrme-droite "nationale" qui s'engage plus ˆ fond dans la voie de "l'ordre nouveau". Ce sont ceux - 300 personnes quand mme - qui assistent ˆ la confŽrence de propagande en faveur de la LŽgion franaise contre le bolchevisme qui se tient ˆ l'Eldorado le 11 avril ou ˆ celle que vient faire Philippe Henriot le 26 novembre sur le thme "Vos libŽrateurs, Messieurs" pour dŽnoncer les bombardements alliŽs. Alors que le PPF passablement compromis par les activitŽs de certains de ses membres corrompus met une sourdine ˆ son action, la Milice se constitue le 7 mars 1943 au cours d'une assemblŽe qui rŽunit 150 ˆ 200 personnes. Elle s'installe 1 avenue Carnot, au 2e Žtage de l'immeuble de la SociŽtŽ GŽnŽrale. MalgrŽ ses efforts pour sŽduire (exemption du STO, distribution de lŽgumes, etc.), elle ne parvient gure ˆ recruter et se limitera ˆ une trentaine de membres rŽellement actifs. A la fin septembre 1943, Draguignan obtient enfin le bŽnŽfice des supplŽments nationaux, mais cette mince amŽlioration du ravitaillement ne peut redorer le blason de Vichy, d'autant que le STO, instaurŽ au dŽbut de l'annŽe, a portŽ ˆ son comble le rejet de sa politique Une occupation plus redoutable succde ˆ celle des Italiens, emportŽs par la dŽb‰cle du 8 septembre. Laissant l'essentiel de leur matŽriel, beaucoup de militaires italiens ont fuit, parfois aidŽs par la population qui leur a fourni des vtements civils. Certains DracŽnois en ont profitŽ pour faire main basse sur ce qu'ils laissaient avant que les Allemands n'interviennent. Mais la plupart des soldats italiens ont ŽtŽ faits prisonniers aprs un simulacre de combat, et, ne se ralliant pas aux fascistes, sont expŽdiŽs les jours suivants vers l'Allemagne. Ces dŽparts sont accompagnŽs par les pleurs d'assez nombreuses femmes, parentes ou petites amies, attitude choquante aux yeux de beaucoup. Les Allemands prennent donc le relais, rŽquisitionnant ˆ leur tour logements et b‰timents, par exemple les h™tels pour loger les officiers. L'h™tel Bertin reste le sige administratif des autoritŽs occupantes, en l'occurrence de ce que l'on appelle la Feldkommandantur 800 ˆ partir du 18 fŽvrier 1944, dirigŽe par le colonel von Bartenwerfer, puis par le gŽnŽral Bierenger. Draguignan acquiert une importance stratŽgique incontestable en devenant aussi le sige de l'Žtat-major du XIIe Corps d'ArmŽe qui dirige les divisions chargŽes de dŽfendre le littoral provenal contre un dŽbarquement que tout le monde attend. CommandŽ par le gŽnŽral Neuling, il se trouve ˆ la villa Gladys, au nord-ouest de la ville, sur les hauteurs. Pendant un temps, le PC de l'une de ses divisions, la 242e, se trouve au ch‰teau Mercier, quartier de la Clappe. D'autres services s'Žparpillent en ville : Todt ˆ la caserne Chabran, dŽp™t de ravitaillement boulevard du Repos, h™pital militaire, Soldatenheim au CafŽ du Commerce, etc. Draguignan est ŽpargnŽe par les bombardements, mais accueille les rŽfugiŽs qu'ils chassent du littoral. Les alertes deviennent frŽquentes et le 27 mai 1944, deux forteresses alliŽes sont abattues par la DCA, l'une tombe vers le Castellas et l'autre vers le Rastel. L'occupation est de plus en plus pesante. A partir de fŽvrier 1944, les hommes sont requis par roulement pour participer aux travaux de dŽfense c™tire. Cette importante ponction de main-d'oeuvre - en gŽnŽral plus de 100 requis - dŽsorganise un peu plus l'Žconomie locale. L'Žtablissement des tours de r™le est un casse-tte. Le nombre de dŽfaillants est si grand que la mairie les menace de sanctions sŽvres le 27 mai. Cette servitude supplŽmentaire ajoute un motif de colre pour une population dŽjˆ exaspŽrŽe. Le contre-pouvoir rŽsistant Avec le STO, beaucoup de jeunes cherchent refuge dans les fermes et les exploitations forestires des environs ou essaient de se faire embaucher dans les entreprises que la rŽquisition de main-d'oeuvre Žpargne, les ateliers des Chemins de fer de Provence par exemple. D'autres gagnent le maquis par des filires qui les mnent en Savoie ou dans les Alpes-de-Haute-Provence, comme FŽlix DŽromas qui y laissera la vie, ou tentent l'aventure dans le Var. L'AS de Draguignan effectue l'un des premiers essais de crŽation de maquis local, mais l'affaire est compromise par l'arrestation de son promoteur, Ludovic Altieri, par la police de Vichy le 24 mars. Ce n'est qu'ˆ l'automne 1943 que le ComitŽ dŽpartemental de LibŽration (CDL) peut jeter les bases du futur maquis Vallier dans la rŽgion de Fayence. SupervisŽ par le responsable dŽpartemental maquis, Louis Picoche, et par Soldani qui est son adjoint, les divers ŽlŽments de ce maquis - le principal maquis AS du Var - circuleront tout lÕhiver autour du Plan de Canjuers, entre Mons et Aups o une annexe chargŽe du triage des recrues a ŽtŽ installŽe. Avec lÕaide du maire Gagnaire, rŽvoquŽ par Vichy, Figanires sert dÕŽtape pour les futurs maquisards qui viennent de tout le Var et parfois de plus loin. Parmi eux, des DracŽnois comme le sulfureux Dominique Luciani, ˆ peine sorti des prisons italiennes. Draguignan est devenu ds lors la plaque tournante entre les maquis du Haut-Var et le reste du dŽpartement. La rŽpression a gnŽ la RŽsistance gaulliste. Elle a ŽtŽ contrainte de se rŽorganiser aprs l'arrestation par l'OVRA de plusieurs habituŽs des conciliabules du Grand CafŽ, fin janvier 1943, et celle de Textoris le 1er fŽvrier. RecherchŽs, Cassou et le colonel Fourrier doivent se cacher et se rŽfugie aux Arcs chez Soldani. Ludovic Altieri qui a repris l'AS en mains est arrtŽ peu aprs, mais peut nŽanmoins superviser les premiers pas de l'action directe gr‰ce ˆ l'aide de deux gardiens de la prison o il se trouve, Alexandre Mayali et LŽon Veyret. Dans la nuit du 14 avril, le sige commun ˆ la LŽgion et ˆ la Milice est l'objet d'un attentat, de mme qu'un mois aprs, le 15 mai, le Centre de propagande de la RŽvolution nationale et les domiciles des deux miliciens les plus notoires. Le procureur Roume, rŽsistant lui aussi, qui sera obligŽ de quitter Draguignan par la suite, parviendra ˆ faire libŽrer Altieri. Il n'en reste pas moins que ces ŽvŽnements perturbent la mise en place des Mouvements unis de la RŽsistance (MUR) qui fusionnent Combat, LibŽration et Franc-Tireur. Cisson est le premier chef des MUR pour l'arrondissement, mais sa promotion rapide ˆ des responsabilitŽs dŽpartementales et rŽgionales entraine son remplacement par Cazelles Amar (ŽtŽ 43), jusqu'ˆ ce qu'il soit recherchŽ par la Gestapo et cde ses responsabilitŽs ˆ Garrus Mistral et Soldani Valmy qui se partagent un secteur et des services devenus beaucoup plus ŽtoffŽs. A c™tŽ de l'AS dont le chef rŽgional est le colonel Fourrier et qui, localement, est dirigŽe par le capitaine Morron puis le capitaine Fonts KlŽber, il y a dŽsormais le "noyautage des administrations publiques" (NAP), le service de renseignements, le service maquis, le service social, etc. L'un des fleurons importants et originaux de la RŽsistance dracŽnoise est un journal clandestin, le seul journal local crŽŽ par la RŽsistance non communiste dans le Var. Il s'appelle tout simplement RŽsistance. Conu par Cisson au printemps 1943, il est dirigŽ ensuite par Soldani et para”t rŽgulirement jusqu'ˆ la LibŽration, ce qui n'est pas un mince exploit. RonŽotypŽ, diffusŽ dans tout l'arrondissement, il se veut l'organe de la RŽsistance unie en s'ouvrant aussi aux communistes. Il n'existe malheureusement aucune collection complte de ce journal. On ne peut le conna”tre que gr‰ce aux quelques numŽros conservŽs par les Archives dŽpartementales ou la Bibliothque nationale. A travers eux, on peut voir qu'il se partage entre informations gŽnŽrales et fortes rubriques locales qui mettent en garde les individus compromis. Autre ŽlŽment essentiel de cette RŽsistance dans le chef-lieu du Var, le NAP repre les fonctionnaires patriotes et les "collabos" et constitue une vŽritable administration parallle. ConfiŽ ici ˆ l'inspecteur des imp™ts Jean Altieri, il est dirigŽ dans le Var par Fernand Roustan, bras droit de Cisson aux Ponts et ChaussŽes et dans la RŽsistance, Cisson en Žtant lui-mme le chef rŽgional. Paralllement, le Parti socialiste et plusieurs rŽseaux de renseignements Žtendent leurs antennes. En gŽnŽral, leurs membres participent aussi aux MUR. Les socialistes se rŽorganisent autour de Collomp qui rŽunit chez lui, au ch‰teau des Salles, les principaux responsables de lÕarrondissement. Le rŽseau de renseignement Ajax possde des recrues jusqu'au cabinet du prŽfet, Roger Mouret et Maurice Richier, ce qui lui permet d'Žmettre ˆ l'intŽrieur de la prŽfecture. Le doyen des rŽseaux, F2, Žmanation des services britanniques et polonais, possde une antenne locale - Azur - dont les services d'Žmission radio sont repliŽs dans la rŽgion de Salernes-Draguignan. Elle sÕappuie sur les Žpoux Massonat et possde des agents dans l'administration municipale, comme Angelin Clair ou Pierre Veyret gr‰ce auxquels la RŽsistance peut se procurer les papiers qui sont nŽcessaires ˆ ceux qu'elle aide, rŽfractaires et juifs en particulier. L'Organisation de RŽsistance de l'ArmŽe (ORA) confondue ici avec l'AS bŽnŽficie du camouflage commode que lui procure l'administration des Eaux et Forts. Elle installe ˆ Draguignan, autour de P‰ques 1944, le radio Paul Paoli Camous, parachutŽ avec le lieutenant Franois Pelletier Ruben pour assurer des liaisons maritimes avec la Corse. Il est protŽgŽ par les membres actifs d'un groupe local original, le Groupe d'avant-garde (GAR), qui rassemble une partie des jeunes rŽsistants dracŽnois. DirigŽ par Louis Casanova, assistŽ d'AimŽ LŽocard et Edouard Terzian, le GAR a participŽ ˆ la manifestation du 11 novembre 1942. Il anime celle, encore plus ample, de 1943. Toute la RŽsistance s'est mobilisŽe ce 11 novembre-ci : le personnel de la scierie Collomb a arrtŽ le travail ˆ 10 h. 50 pour participer aux dŽp™ts de gerbes au carrŽ du cimetire et au monument aux morts ˆ 11 h. 30 en prŽsence d'une foule dense malgrŽ l'alerte que font sonner les autoritŽs. Les jeunes du GAR sont ˆ la tte d'une autre manifestation vers 18 h. 30, mais, ne pouvant approcher du monument, ils dŽposent leur gerbe devant la mairie, alors qu'une dizaine d'entre eux sont interpelŽs. D'autres actes spectaculaires marquent la prŽsence de la RŽsistance. Dans la nuit du 8 au 9 octobre 1943, le drapeau tricolore ˆ croix de Lorraine a ŽtŽ hissŽ au sommet de la Tour de l'horloge. Au centre du drapeau, une tte de Maure cŽlbre la libŽration toute fra”che de la Corse. Le 8 dŽcembre suivant, la plaque de l'avenue du MarŽchal PŽtain est recouverte par le nom du gŽnŽral de Gaulle. Plusieurs sabotages sont effectuŽs sur des installations qui servent l'occupant, par exemple sur les machines des Chemins de fer de Provence ou sur les lignes Žlectriques ou tŽlŽphoniques des environs. Les plus marquants affectent les scieries Stadec et Collomb dans la nuit de la Saint-Sylvestre. La scierie Collomb est encore la cible d'un sabotage dans la nuit du 1er mai 1944. Dans le domaine de la propagande et de l'action directe, la RŽsistance communiste fait preuve d'un dynamisme remarquable. Les diffusions de ses feuilles clandestines, journaux nationaux ou dŽpartementaux (Rouge-Midi, La DŽfense Paysanne du Var, etc.) et bulletins locaux, sont frŽquentes. ConfectionnŽs sur une "ronŽo" rŽcupŽrŽe, celui du ComitŽ des Femmes mne une active campagne sur le ravitaillement et La Lutte patriotique qui para”t en novembre 1943 popularise les mots d'ordre du parti. Son Front national Žlargit son audience ˆ l'ancien ministre Victor Peytral et ˆ ses amis radicaux. Avec Marcel Meissel, la CGT s'organise dans les entreprises. Les jeunes communistes, autour d'Auguste Sicard Avenir, soutiennent les maquisards, en particulier gr‰ce aux bals (interdits) qu'ils organisent dans des lieux ŽcartŽs et qui permettent de recueillir queques fonds. Ils forment le vivier des FTP "sŽdentaires", constituŽs au dŽbut de 1943. Un an plus tard, les FTP dracŽnois sont l'un des maillons importants de la 2e compagnie qui rayonne sur tout l'Est-Varois sous la responsabilitŽ militaire de Paul Marrucci, militant de la MOI ŽchappŽ des camps italiens, et de Joseph Garrido, officier de l'armŽe rŽpublicaine espagnole, responsable un moment du sous-secteur FTP. Les militants sont en liaison avec les maquis FTP des environs dont ils assurent le recrutement, l'hŽbergement, les contacts (Camp Robert ˆ Aups, Camp Valcelli au Malay). Marcel Jardin est l'un des relais de l'organisation clandestine et Marcelle Massarone qui tient le Restaurant de la C™te d'Azur la providence de ceux que les circonstances ont transformŽ en hors-la-loi. C'est chez elle que viennent se cacher les maquisards Antoine Coga et Philippe Giovannini, futur dŽputŽ-maire de La Seyne, aprs leur Žvasion de la prison dans la nuit du 13 dŽcembre 1943. Les armes dont les FTP disposent en 1944 proviennent des parachutages qui ont lieu sur le Malay. TransportŽes par le "train des pignes" avec la complicitŽ du personnel, elles sont entreposŽes aux Nouradons, au Refuge, chez Dominique Montiel. Parmi les services allemands, le plus redoutŽ est assurŽment la "Gestapo" (en rŽalitŽ le Sipo-SD) dont l'antenne, dŽpendant de Marseille, s'est installŽe ˆ la villa La ForŽzienne, quartier Saint-LŽger. Lˆ, quatre policiers allemands, dirigŽs par l'obersturmfŸrher Kober, sont assistŽs par des agents franais ou Žtrangers, payŽs, hommes ou femmes (ce ne sont pas les moins redoutables), recrutŽs au hasard d'une affaire de marchŽ noir ou d'une rencontre, des jeunes le plus souvent, des dŽvoyŽs attirŽs par l'app‰t du gain, qui collectent des informations sur les Juifs, les maquisards, les personnalitŽs, etc. dans tout l'arrondissement ˆ partir d'indications fournies par quelques dŽlateurs, miliciens, pŽtainistes obsŽdŽs par le maintien de l'"ordre", trafiquants, etc. Trois interprtes, d'origine alsacienne, jouent le double jeu (l'un d'eux, milicien repenti, est effectivement au service de la RŽsistance) ou essaient de le faire croire. Cette petite antenne o les coups et les tortures ne sont pas rares a une activitŽ considŽrable (plus de 100 arrestations). Beaucoup de ses victimes dispara”tront dans l'enfer de la dŽportation. Quelques uns peuvent s'Žchapper, tels les Žpoux Bialgue, rŽsistants actifs, le 12 janvier 1944. La RŽsistance rŽagit et essaie d'Žliminer les agents les plus dangereux. Cassou et des rŽsistants arcois parviennent ˆ mettre hors-de-combat l'un d'eux le 10 mai, mais son acolyte s'Žchappe et fait arrter le jeune rŽfractaire Bigel, grivement blessŽ, ainsi que les fermiers qui l'ont aidŽ. Gr‰ce ˆ un faisceau de solidaritŽs qui illustre bien ce qu'est devenue la RŽsistance, l'AS parviendra ˆ faire sortir Bigel de l'h™pital le 2 juin avec l'aide de rŽsistants toulonnais et la complicitŽ du Dr German, tandis que son confrre Gayrard soignera le rescapŽ chez Angelin Clair. Quelques heures aprs, dans la nuit du 3 au 4 juin, le GAR dŽtruit les fiches de recensement et les feuilles de rŽquisition dans le bureau du service municipal chargŽ d'organiser le travail obligatoire sur la c™te. Commence alors la phase dŽcisive de la lutte libŽratrice. La LibŽration ConformŽment aux consignes, ceux que l'on commence ˆ appeler les FFI prennent le 6 juin les positions convenues. Certains, comme le Dr German, montent au maquis Vallier prs d'Aups, d'autres, les jeunes du GAR, vont aux Salettes. Cisson et son ami, le Vidaubanais Henri Michel, professeur dÕhistoire qui deviendra le fondateur des Žtudes historiques franaises sur la 2e guerre mondiale, viennent ˆ Draguignan pour assurer, au nom du CDL, la prise du pouvoir dŽpartemental par la RŽsistance. On croit en l'imminence du dŽbarquement en MŽditerranŽe. On attend les parachutages d'armes. Mais rien n'arrive et les semaines qui suivent constituent la pŽriode certainement la plus difficile, la plus exaltante, mais aussi la plus tragique pour une RŽsistance en partie dŽcouverte. Sur ordre du prŽfet, la Milice et la gendarmerie du Var se rassemblent ˆ Draguignan. Les miliciens et leurs familles sont installŽes ˆ l'Ecole supŽrieure de jeunes filles et au couvent Sainte-Marthe, alors que l'Žtat-major occupe le sige local. Police supplŽtive, les quelques 150 miliciens contr™lent les voyageurs, surveillent des b‰timents publics et servent de force d'appoint aux occupants en lanant des opŽrations contre la RŽsistance ˆ Aups, Flayosc, Bargemon, Le Luc, etc. A Draguignan mme, le 29 juin, aprs l'exŽcution de Philippe Henriot, la Milice rafle en reprŽsailles des gaullistes connus (Cazelles, Meiffret des PTT, etc.). Elle arrte le responsable du service radio du rŽseau Azur et les habitants de la ferme Honnorat, au col de l'Ange o il Žtait cachŽ. Aprs l'Žvasion de ces derniers, le 25 juillet, avec l'aide du GAR, le gardien Veyret est maltraitŽ et expŽdiŽ ˆ Marseille. Au dŽbut de juillet, une "centaine" de la Milice part combattre les maquis auvergnats. Les autoritŽs ne peuvent plus compter sur grand monde. Les gendarmes, prs de 80, rechignent ˆ obŽir aux ordres. Certains n'ont pas rejoint Draguignan et sont montŽs au maquis. D'autres, comme le commandant Favre, chef dŽpartemental, agissent de concert avec la RŽsistance. Le commissaire de police lui-mme tra”ne dŽsormais les pieds aprs avoir opŽrŽ contre les requis dŽfaillants le 4 juillet (85 arrestations suivies de 42 envois ˆ Saint-Rapha‘l). De son c™tŽ, la police nazie para”t redoubler d'activitŽ. GuidŽ par un dŽserteur, elle arrte plusieurs rŽsistants de la rŽgion de Saint-Maximin parmi lesquels Paul Bertin, sauvagement torturŽ. Celui-ci, hospitalisŽ aprs avoir tentŽ de se suicider, est libŽrŽ le 14 juillet par les rŽsistants de La Motte avec des appuis dracŽnois, dont celui de lÕomniprŽsent German. Mais, ce mme jour, le SD arrte le secrŽtaire de Cisson, AndrŽ HŽrouard, puis Garrus le 20 juillet, lui aussi torturŽ. Cisson vient d'tre arrtŽ ˆ Marseille dans le magasin de Charles Boyer, ancien conseiller gŽnŽral d'Aups. Ils seront fusillŽs ˆ Signes le 18 juillet avec une partie de l'Žlite rŽsistante provenale dont Jean Piquemal. Dominique Luciani est abattu ˆ Aups quatre jours aprs, victime, parmi beaucoup d'autres, de lÕexpŽdition de ratissage menŽe par les occupants ce jour-lˆ. MalgrŽ cette pression et les difficultŽs crŽŽes par la mobilisation du 6 juin, la RŽsistance multiplie les actions. Son apogŽe se situe aux approches du 14 juillet avec divers coups de main (accrochage au Flayosquet le 6 juillet, sabotages de voies de communication, prise des cartes et feuillets de rationnement au bureau municipal le 11 juillet, tentatives d'attaques de miliciens et hommes du SD) et des actions "de masse" sous couvert de la (trs rŽelle) pŽnurie de pain : grve chez Collomp l'aprs-midi du 10 et dŽlŽgation ˆ la prŽfecture, arrt de travail le 11 aux ateliers des Chemins de fer de Provence et grve au service municipal de nettoiement, grve le 12 dans l'entreprise de carrosserie Roberto et manifestation de 80 femmes, aprs diffusion de tracts sur le marchŽ, interrompue par le dŽclenchement de l'alerte par les autoritŽs. Le 14 juillet voit ˆ la fois une manifestation au monument aux morts, une pŽtition de 519 personnes rŽclamant 500 g. de pain, en plus de l'Žvasion de Bertin dŽjˆ ŽvoquŽe. Il y a Žmulation entre les deux grandes branches de la RŽsistance, MLN (ex-MUR ˆ tendance gaulliste-socialiste) et communiste. Il convient de prŽparer la LibŽration et des rŽunions avec le prŽsident du ComitŽ dŽpartemental, Frank Arnal, se tiennent ˆ ce propos rue des Minimes, chez les Tummino, couple de rŽsistants actifs dont le mari est responsable local des Milices patriotiques. Mais le comitŽ local de LibŽration, mis en place par le MLN, est boudŽ par les communistes qui s'y estiment mal reprŽsentŽs. Il comprend les ŽlŽments dirigeants du MLN (Soldani, Cazelles, les frres Altieri, Garrus une fois libŽrŽ, Cassou, Gilly, Barrme, Fonts, Blanc). C'est sous son Žgide que vont s'effectuer les opŽrations ultimes au cours desquelles se ressoude l'unitŽ rŽsistante. Se doutant que l'ŽchŽance approche, les occupants s'emparent des mousquetons et des munitions qui se trouvent dans la caserne de gendarmerie au petit matin du 13 aožt. PrŽvenue du dŽbarquement, la rŽsistance locale peut compter sur environ 600 FFI-FTP, trs peu armŽs, et sur 150 gendarmes et militaires, en plus des agents de police municipaux. Le 15 aožt, alors que l'on entend au loin le bruit des combats, les Allemands Žvacuent Draguignan. Le SD dŽmŽnage parmi les premiers. Le repli essentiel commence au dŽbut de l'aprs-midi, la Milice fuyant vers 16 h. Alors que le groupe de Ludovic Altieri attend vainement un parachutage annoncŽ ˆ la Colle Pelade, les FFI mettent en place leurs barrages. La prise de contr™le de la ville s'effectue ˆ partir de 16 h. 30. MenŽe par les seuls ŽlŽments armŽs, gendarmes surtout, elle se traduit par la neutralisation des Allemands isolŽs (42 prisonniers), la mise ˆ l'Žcart des dirigeants vichystes, l'installation des autoritŽs de la RŽsistance, la prise de contr™le du central tŽlŽphonique, l'organisation d'un service mŽdical ˆ la clinique German. Mais le plus difficile reste ˆ faire. Les occupants mettent le feu aux b‰timents qu'ils quittent, en particulier aux dŽp™ts de vivres et ˆ la poudrire o retentissent de nombreuses explosions. Il faut combattre les incendies, mettre fin aux pillages qui ont commencŽ, mais aussi isoler les derniers points d'appui allemands, la villa Gladys et l'h™pital. Il faut aussi prendre contact avec ces AlliŽs que l'on sait non loin et dont les premiers ŽlŽments parachutŽs, isolŽs, sont touchŽs vers 19 h. La nuit est longue, sur fond des combats proches et d'attente anxieuse, alors que les incendies font rage. Le collge de garons et le garage Mazoulier qui servaient de dŽp™ts sont en feu, les pompiers intervenant courageusement malgrŽ les risques, sauvant ainsi des denrŽes prŽcieuses, tandis que les gendarmes parviennent ˆ rŽcupŽrer les mousquetons entreposŽs afin d'armer les FFI. Les Allemands contre-attaquent le matin du 16, venant de la Clappe. Ils sont stoppŽs aux abords de la PrŽfecture, du collge et au nord de la ville. Les escarmouches se poursuivent en ville, interdisant sa traversŽe par les estafettes adverses, alors que la villa Gladys est encerclŽe et que des armes lourdes prises aux occupants sont pointŽes vers elle, ce qui cožte la vie au FFI Maugieri. Les DracŽnois reoivent en dŽbut d'aprs-midi le renfort des FTP de Flayosc et de quelques parachutistes. Mais la situation sur les lisires est plus menaante que jamais. Vers 16 h., la pression allemande s'alourdit. Les Allemands attaquent ˆ partir des routes de Trans, de Lorgues et de Rebouillon, tentent de s'infiltrer derrire le collge o le gendarme Scheers est tuŽ. Ils essaient de prendre l'usine ˆ gaz et la gendarmerie, provoquant l'intervention d'un avion alliŽ qui l‰che quelques bombes. Tout le problme est lˆ. Il faut convaincre les AlliŽs d'intervenir et les dissuader de bombarder la localitŽ selon leur tactique courante. Plusieurs liaisons FFI sont tentŽes, en particulier celle de Ludovic Altieri et de ses FFI, accompagnŽs de Melle Vidal, adjointe de Mme Cazelles au service social de la RŽsistance, pour servir d'interprte. Mais les AmŽricains paraissent rŽsolus au bombardement. Perspective redoutable. Il faut prŽvenir les rŽsistants dracŽnois pour prendre les mesures d'Žvacuation qui s'imposent. Par chance, le projet est finalement abandonnŽ. Des ŽlŽments des 551e et 517e Cie sont envoyŽs ˆ l'attaque, guidŽs par les FFI. Les uns se heurtent ˆ La Foux ˆ de la rŽsistance, tandis que les autres dŽbouchent ˆ Saint-LŽger vers 22 h. 30, Altieri et Alexandre Laurent en tte. La LibŽration de Draguignan est alors effective. Le gŽnŽral Bierenger se rend vers 23 h. et la prise de la villa Gladys est une question rŽglŽe ˆ coups de mortier et de bazooka le lendemain matin. Le gŽnŽral Neuling et son dernier carrŽ de soldats seront rejoints et arrtŽs ˆ Ampus par la Task Force Butler, unitŽ motorisŽe rassemblŽe ˆ Draguignan selon les indications de la RŽsistance pour foncer ˆ travers les Alpes dŽjˆ libŽrŽes pour l'essentiel et doubler ainsi la vallŽe du Rh™ne. Au total, la LibŽration a cožtŽ la vie ˆ 60 Allemands (qui ont eu aussi 150 prisonniers), ˆ 3 FFI, le soldat indochinois Von Chot s'ajoutant aux deux victimes dŽjˆ nommŽes, et ˆ 5 victimes civiles des bombardements du 15 aožt sur le quartier Saint-LŽger. La restauration de la RŽpublique La ville une fois libŽrŽe, la RŽsistance, portŽe par l'enthousiasme gŽnŽral, a la lourde charge d'assurer le rŽtablissement de la dŽmocratie et le retour ˆ la normale aprs quelques jours de flottement. En attendant que la libŽration totale du Var permette au prŽfet de la RŽsistance, Henri Sarie, de rejoindre son poste, le directeur des Ponts-et-ChaussŽes, Vidal, assure son interim. C'est lui qui reoit le 21 aožt le reprŽsentant du Gouvernement provisoire Raymond Aubrac, commissaire de la RŽpublique en charge de la rŽgion de Marseille qui vient de dŽbarquer ˆ Saint-Tropez. Le CLL de Draguignan liquide les sŽquelles de Vichy et met en place, ds le 18 aožt, une dŽlŽgation municipale issue de la RŽsistance unifiŽe. Autour de Joseph Collomb qui retrouve les fonctions dont il avait ŽtŽ exclu, elle est composŽe de Julien Cazelles, Marcel Meissel, RenŽ Gayrard, Louis Fabre et Marius Tardieu. Cette nouvelle municipalitŽ est complŽtŽe et Žlargie en octobre. Les 25 conseillers mlent des anciens, Žlus avant-guerre, et des rŽsistants reprŽsentant les divers mouvements, mais Cazelles s'est retirŽ et Ernest Maurel retrouve son mandat de 1er adjoint. Les problmes ˆ rŽsoudre sont considŽrables et parfois douloureux. L'Žpuration est l'un des plus urgents. Unanimement rŽclamŽe, elle est assurŽe par les FFI, les FTP et la SŽcuritŽ militaire. Le 17 aožt ont ŽtŽ fusillŽs publiquement, aux AllŽes, quatre agents incontestables du SD, petits voyous que leurs employeurs n'ont pas jugŽ utile d'emmener avec eux. Quelques femmes - 5 le 27 aožt et 9 le 10 septembre - qui ont entretenu des relations avec les occupants sont tondues. Mais, pour Žviter les dŽbordements d'une population que les dernires semaines ont poussŽe ˆ bout, un comitŽ d'Žpuration de l'arrondissement, composŽ de rŽsistants et du procureur Croisille, est installŽ le 28 aožt pour contr™ler les arrestations et les poursuites. Il sige jusqu'au 18 octobre aprs avoir instruit 359 dossiers, beaucoup sans suite, d'autres rŽglŽs par un internement (23), une libŽration (43) ou Žtant transmis au prŽfet ou ˆ la justice (145). Les cas les plus importants aboutissent ˆ la Cour de Justice du Var dont une section se rŽunit ˆ Draguignan ˆ partir du 5 octobre et jusqu'en novembre 1945. Le 11 janvier, elle est complŽtŽe par une Chambre civique chargŽe de sanctionner les membres des groupements de collaboration. La guerre, dŽsormais loin de Draguignan, n'est pas terminŽe pour autant. Sous le commandement du capitaine Fonts, les FFI et les FTP dŽsireux de continuer le combat constituent l'un des bataillons du RŽgiment des Maures, crŽŽ le 1er septembre. InstallŽ primitivement ˆ la caserne Chabran, il rejoint Hyres en novembre, mais reste patronnŽ par les "Femmes de France" de Draguignan qui avaient organisŽ un Foyer du FFI au CafŽ du Commerce. Les problmes matŽriels sont probablement les plus difficiles ˆ rŽsoudre. L'abondance que beaucoup croyaient na•vement retrouver d'un coup n'est pas au rendez-vous. Le ravitaillement reste un problme crucial et une source de tension entre des pouvoirs locaux qui essaient de se dŽbrouiller et une administration dŽpartementale qui tente de contr™ler les initiatives. Le prŽfet sanctionne la ville en la privant de distribution de viande dŽbut novembre pour avoir organisŽ une vente "sauvage". Une grande partie des difficultŽs reste liŽe au problme des transports, bien que le "train des pignes" ait pu rejoindre Meyrargues ds le 27 aožt et Tanneron le 5 septembre (on sait qu'il ne pouvait plus aller au-delˆ). Il faut, en outre, alors que l'on manque des matŽriaux indispensables, rŽparer les dŽgats causŽs par les combats de la LibŽration. La vie Žconomique ne peut reprendre que lentement. L'ŽlectricitŽ est coupŽe par intermittence, ce qui provoque une grve des coiffeurs en fŽvrier 1945. Cette pŽriode pendant laquelle le pays reprend gožt ˆ la dŽmocratie est une pŽriode d'intense vie civique et politique. Une nouvelle presse est nŽe qui est reprŽsentŽe ici d'abord par La RŽsistance du Var libŽrŽ, premier journal libre paru en zone Sud. Sorti le 17 aožt sur trois feuilles, revenant vite ˆ son titre clandestin, RŽsistance, il est quotidien pendant 12 numŽros, jusqu'au 30 aožt et devient l'hebdomadaire du MLN ˆ partir du 11 octobre, sous la direction de Soldani. De son c™tŽ, le Parti communiste sort au grand jour sa Lutte patriotique depuis le 23 aožt. AppuyŽ par son Front national, les Femmes de France, les Jeunesses et les Milices patriotiques, influent chez les FFI, il multiplie les rŽunions. L'Union locale CGT tient sa premire assemblŽe gŽnŽrale le 1er septembre. Le Parti socialiste regroupe assez vite aux environs de 350 membres, mais un millier de personnes se pressent pour venir Žcouter AndrŽ Philip, l'un des leaders nationaux de la SFIO, le 13 avril 1945. L'unitŽ de la RŽsistance, difficilement construite, s'incarne dans l'action des ComitŽs de la LibŽration. Ceux du dŽpartement se rŽunissent ˆ Draguignan les 9 et 10 dŽcembre pour prŽparer les cahiers de dolŽances qui doivent tre portŽs ˆ Paris. Mais l'approche des premires Žlections, les municipales du 29 avril et du 13 mai, exacerbe les rivalitŽs. La liste MLN/socialistes arrive largement en tte au premier tour avec 20 Žlus. La mystique unitaire de la RŽsistance continuant de jouer, elle laisse les places vacantes ˆ la liste concurrente, celle des communistes et de leurs alliŽs radicaux. Alors que reviennent les quelques rescapŽs de la dŽportation et que l'on dŽcouvre l'Žtendue de l'horreur, la nouvelle municipalitŽ que dirige Bertin BousquiŽ, ancien directeur dŽpartemental des PTT, entend honorer ceux qui ont laissŽ la vie dans le combat clandestin. Elle dŽcide, le 30 mai, de rŽtablir les noms de rues dŽbaptisŽes sous Vichy et de donner ceux de Gabriel PŽri, le communiste fusillŽ, et de Max Dormoy, le socialiste assassinŽ, aux c™tŽs est et ouest de place de la Victoire. La rue Nationale portera le nom de Georges Cisson, le boulevard de Paris, celui d'Antoine Francisoud, arrtŽ en janvier 1944 et mort en dŽportation et l'avenue du 4 septembre devient celle des Martyrs de la RŽsistance. Le souvenir de Jean Piquemal doit tre associŽ au laboratoire de l'h™pital o il travaillait. Enfin, pour honorer les AlliŽs, il est dŽcidŽ d'ouvrir une souscription publique pour l'Žrection d'une stle au quartier Saint-LŽger, stle inaugurŽe pour le premier anniversaire de la LibŽration, le 16 aožt suivant. Jean-Marie GUILLON Professeur UniversitŽ de Provence (Aix-Marseille I) Sources Cette courte monographie repose sur le dŽpouillement systŽmatique des sŽries dÕarchives disponibles aux Archives dŽpartementales, sŽrie W principalement (notamment dossiers communaux), des dŽlibŽrations du conseil municipal et de la presse locale (Le Var, RŽsistance, etc.), ainsi que sur les nombreux tŽmoignages oraux ou imprimŽs de rŽsistants (avec une mention particulire pour le Dr German et les amis de lÕANACR qui mÕont permis de complŽter la collecte effectuŽe par Victor Masson). Bibliographie indicative sur lÕhistoire locale GŽnŽralitŽs : Ralph Schor dir., Le Var de 1914 ˆ 1945, CRDP, Nice, 1985. Pour lÕavant-guerre : Jacques Girault, Le Var rouge. Les Varois et le socialisme, Presse universitaire de la Sorbonne, 1995. Pour les annŽes 40 : Victor Masson, La RŽsistance dans le Var 1940-1944, Association des MUR et maquis du Var, 1983. Jean-Marie Guillon, La RŽsistance dans le Var, essai d'histoire politique, thse de doctorat d'Etat, 1989, Aix-en-Provence (un exemplaire dŽposŽ aux Archives dŽpartementales). D'accs plus commode, Le Var, la guerre, la RŽsistance 1939-1945, CDDP, Toulon, rŽŽd. 1994 (recueil de documents dont certains concernent Draguignan), ÒLa LibŽration du Var : RŽsistance et nouveaux pouvoirsÓ, Cahier de l'Institut d'histoire du temps prŽsent n¡15, juin 1990. Pour des comparaisons entre communes, on pourra aussi se reporter ˆ Òun village dans la tourmenteÓ in Roquebrune. Des bords de lÕArgens au sommet du rocher sous la dir. de Jean-Paul Ollivier, Dr. Jean LandrŽat et AndrŽ Abbe, Nice, Ed. Serre, 1992 et ˆ la chronique ÒLa RŽsistance de A ˆ ZÓ dans RŽsistance Var, journal trimestriel de lÕANACR du Var, qui Žvoque, commune par commune, les actions de la rŽsistance varoise.